LITTÉRAIRE, MUSICALE ET LITURGIQUE DU « SALVE REGINA
La question des origines du Salve Regina se pose depuis le xn° siècle. Et c’est de nos jours seulement qu'on semble l'avoir résolue avec probabilité. Le P. Jean de Valois, qui l’a reprise et traitée en véritable érudit, est arrivé à des conclusions que l'avenir ne démentira vraisemblablement pas !. Il n'a d’ailleurs pas la prétention d’avoir découvert rien de bien nouveau. Les travaux de ses devanciers, Brambach ?, dom Pothier , A. Gastoué #, P. Wagner’,
4. Jean de Valois (de l’ordre de Saint-Benoît), En marge d'une antienne, Le Salve Regina, Paris, 1912, aux bureaux d'édition de la Schola. Cette étude avait déjà paru dans la Tribune de Saint-Gervais, revue musicale de la Schola cantorum, n°’ de février, mars, avril, mai, septembre, octobre, novembre, décembre 1941, janvier, mars 1912.
2. Die Verlorem geglauble Historia de sancta Afra und das Salve Regina des Hermannus Contract, Karlsruhe, Groos, 1892.
3. Le Salve Regina, dans la Revue du chant grégorien, Grenoble, mai 1902.
4. Le Salve Regina, ses origines et son histoire, dans l'Écho de N-D. d'Avioth Meuse), novembre, décembre 1902; janvier, février, mars 1903. «
5. Eine bisher noch nicht veroffentliche Legende über die Ent-
LE
Eladio Oviedo Arce !, Godet ?, etc. *, ont singuliè-
rement facilité sa tâche. Mais il a le mérite d’avoir. :
mis sous les yeux des lecteurs tous les éléments d'informations capables de les éclairer. À eux de juger si ses conclusions s'imposent ou simplement sont acceptables.
Dans cette question, comme en tant d’autres, la fantaisie s’est donné carrière. Croirait-on que certains écrivains ont attribué le Save Regina soit à saint Athanase ‘, soit à saint Jean Damascène *, soit au pape Grégoire IX 5? Un chroniqueur du moyen âge a poussé la plaisanterie — ou la naïveté — jusqu’à le faire remonter aux apôtres. Son texte mérite d'être cité : Hymnus Salve Regina Mater misericordiae GRAECE AB APOSTOLIS COMPOSITUS {r'Anslatus est de graeco a sanctissimo viro Petro episcopo Compostellanof.
On ne nous dit d’ailleurs pas s’il s’agit du texte
stehung des Salve Regina, dans Theolog. Revue, 1903, n° 7; et Das Salve Regina, dans Gregor. Rundschau, 1903, n°° 5 et 6.
4. Memoria sobre el autor de la « Salve », Compostella, 4903.
2, Godet, L'origine liturgique du « Salve Regina », dans la Revue du Clergé francais, 15 août 1910.
3. Cf. dom Gabriel Meïer, Note lue au congrès catholique international de Munich, Actes du congrès, p. 160, Munich, 1900; dom Schubiger dans Maîtrise de Niedermeyer et d’Ortigue, 45 mai 1859, etc.
h. Nicolas de Porto (1410), dans Recueil des historiens des croisades (Hist. occident.), t. V, p. 242, n° 4.
5. Saint Antonin de Florence (+ 1459), dans sa Summa theologica, Vérone, 1740, 1. IV, tit, xv, Cap. x1v, sccCt. 7. :
6. Jean Lasicki (1534-1599), Polonais passé au protestantisme, écrit, scandalisé : Æ1t illud : Salve regina misericordiae, vita et spes nostra salve, a Gregorio IX papa, cum ingente injuria Jesu Christi, vitae et spei nostrae, anno 1227 compositum. Cf. Verae religionis apologiaet falsae confutatio (cap. xur: De invocationesanctorum), Spire, 1582.
7. Ramirez de Prado, Chronicon, Paris, 4614, qui cite le pseudo- Julien Pérez (n° 510).
littéraire ou du texte musical; supposons gracieusement qu'on n’a pas voulu parler de l'emploi liturgique du Save.
Avant d’être mis en plain-chant, le Salpe Regina misericordiae circulait peut-être sous forme de simple prière. La tradition manuscrite nous le présente en cet état. Sans parler du codex additionnal 18302 du British Museum (xrr° siècle), qui donne, au fol. 130, le Salpe non noté, comme antienne de tierce à l’Assomption, on peut signaler le codex 230 d'Einsiedeln des environs de 1200, quile reproduitégalement sans aucune indication musicale ‘. Entre 1145 et 1159, Amédée de Lausanne, ancien abbé cistercien d'Hautecombe, faisait allusion au Sa/ve Regina dans plusieurs de ses homélies : la septième contient les mots et illos misericordissimos oculos ad nos convertens, et la huitième la triple invocation : O clemens! © pia! O dulcis Maria ?! Enfin un codex du rx° siècle, qui provient de Reichenau et qui porte la cote LV de ce fonds à la bibliothèque de Karlsruhe, renferme sous forme de probatio pennae,du xi° siècle, plusieurs passages du Sa/pe; on y lit : Salve Regina misericordiae... In hac lacrymarum valle…. Eïa ergo®. Il n’est guère vraisemblable que la rencontre
4, Dans une Note sur ce manuscrit lue au congrès catholique de Munich en 1900 (Actes, p. 460-164), dom Meier estime que ce manuscrit « appartient peut-être au x1r° siècle ».