‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 96 sur 142 · P. L.,t. CLXXXIII, col · texte numérisé non relu

P. L.,t. CLXXXIII, col

3. Folio 42 w°, col. 4. « Le D' Holder, bibliothécaire de Karlsruhe, estime que la probatio pennae ducodex Augensis LV peut très bien dater de la première partie du x1° siècle. » CF, Jean de Valois, op. cit., D. 47-48.

mx,

RS D RS NE RS RE ft :.

de ces trois formules dans une même pièce soit fortuite. On en conclura que le texte du Sa/ve Regina existait déjà au x1° siècle !.

Le chant remonte-t-il aussi haut ? Parmi les écrivains qui ont été proposés, avec quelque vrai semblance, comme pouvant être les auteurs de la célèbre antienne, figurent avantageusement les noms de Hérimann Contract (+ 1054), de saint Bernard (+ 1153), de Pierre Mezonzo, évêque de Compostelle (+ 1003), d'Aymar, évêque du Puy (+ 1098). Le P. Jean de Valois expose et discute longuement, posément et lôyalement, les titres divers que chacun d’eux peut avoir à la paternité de l'ouvrage. J

Nommons d’abord celui qui fut le plus en vue en ces derniers siècles, Hérimann ou Hermann Contract, moine de Reichenau. Hermann composa un certain nombre de mélodies religieuses qui eurent un grand retentissement. Rien d'étonnant qu'on lui ait attribué le Sa/re Regina. On ne prête

1. On a prétendu (Godet, dans la Revue du Clergé français, 15 août 4910, p. 472) que le Salve Regina, sous sa forme actuelle, ne remonte pas plus haut que les premières années du xm° siècle. On en donne comme preuve les sermons du pseudo-Bernard, qui, commentant l'antienne, s'arrête aux mots lacrymarum valle. Mais il semble que l’additionnal 18302 et les sermons d'Amédée de Lausanne témoignent du contraire. Aussi bien le pseudo-Bernard a pu arrêter son Commentaire aux mots : lacrymarum valle sans qu'on soit en droit d’en conclure que le Salve n’était pas déjà complet. Cf. Jean de Valois, op. cit., p. 20-22, Ce qui est vrai, c’est que, au cours des siècles, on a ajouté les mots : mater (misericordine), virgo (Maria), voire en certains endroits : (ostende) benignum. Richard de Saint-Laurent, pénitencier à Rouen entre 1245 et 1260, donne déjà les variantes : Mater Misericordiae et Virgo Maria. Cf. Jean de Valois, op. cit, p. 66.

qu'aux riches. Mais nous n'avons pas de preuves qu'on ait pensé à lui avant la fin du xv° siècle. Dans une des premières éditions de la Chronique de Jacques de Bergame (1434-1520) se lisent ces mots {ad annum 1049) : Jermannus Contractus.. multos edidit hymnos etin honorem Virginis Mariae nonnullas celebresque comosuit laudes, inter quas Salve Regina misericordiae praecipua habetur !. Jean de Trittenheim, abbé de Spanheim, en 1483 (mort en 1516), a la prétention de désigner un grand nombre des compositions musicales ou autres

.de Hermann Contract; entre autres, il cite é//a

de beata Virgine Maria dulcissima Salve Regina et Alma redemptoris mater et caetera?. « Depuis Jean de Trittenheim, remarque le P. Jean de Valois, la plupart des auteurs ont attribué le Saye à Contract. » ;

Il semble qu’à sa suite l'opinion publique se soit égarée. Jean de Trittenheim arrive bien tard pour témoigner en faveur de Hermann Contract. Et il n'a sur le moine de Reichenau que des notions confuses ou des renseignements peu sûrs. Il en fait, par exemple, un moine de Saint-Gall, monachus coenobit Sancti Galli; il lui prête gratuitement la connaissance de l'arabe, Zinguae arabicae peritissimus ; enfin il lui attribue nombre de compositions qui n'étaient pas jusque-là signalées

1. Supplementum chronicarum orbis ab initio mundi usque ad annum 1482, libri XV, 2° édit., Brescia, 1485.

2, Catalogus scriptorum ecclesiasticorum, cap. cxxt, Mayence, 4494. Cf. De viris illustribus ordinis S. Benedicti, lib. II, 184, Cologne, 1575.

3. Op. cit., p. 42, note 2. Cf, la liste des auteurs dans Bourassé,

Summa aurea de laudibus B. Mariae Virginis, éd. Migne, t. LI, p. 65% sq.

ür,

ALBENT'S CUiLLLLE LIURANZ

parmises œuvres. Or nous avons sur les ouvrages de Contract le témoignage de son disciple «et continuateur, Berthold de Constance; le catalogue que celui-ci nous offre comprend : Cantus historiales plenarios, utpote quo musicus peritior non erat, de S. Georgio, S. Gordiano et Epimacho, S. Afra martyre, S. Magno confessore et de S. Wolfgango episcopo mira suayitate et elegantia euphonicos…. neumatizavit et composuit'. Le Salve Regina n’y figure pas.

Il est vrai que Berthold ajoute : « Praeter alia hujusmodi perplura. » W. Brambach s'empare de cette note pour conclure que Contract pourrait bien être aussi l’auteur du Save Regina, sans que son disciple en eût fait mention. Une pareille omission, suivant nous, serait difficilement explicable, Nous ferons d’ailledrs remarquer que les alia hujusmodi perplura suppose des cantus historiales et non pas des antiennes.

M. Brambach insiste. Une œuvre bien authentique de Contract offre de telles ressemblances avec le Salve Regina que les deux chants ont nécessairement la même origine. « Que l'on compare, dit-il?, le Save Regina dorien à l’ Historia de sancta Afra. C'est le même sentiment qui se manifeste dans les mouvements ascendants et descendants des plus petits intervalles. Les mêmes tournures suaves et tendres se rencontrent dans les degrés intermédiaires formés de quarte et de seconde. Quand la mélodie demande une plus grande puissance d’'ex-

4. Elogium Herm. Contract, et Chronicon, dans P. L.,t. CXLHI, col. 25-31,55-63.

2, Op.cit., p. 14 Cf. Jean de Valois, op. cit., p. 38-47.

pression, on voit justement apparaître de part et d’autre les grands intervalles de sixte et de septième avec, sur laquinte, un degré intermédiaire. Ce n'est là ni copie ni imitation ou similitude fortuite entre deux rythmes poétiques ; dans les deux cas se révèle le même auteur, Hermann Contract. »

Le P. Jean de Valois, après avoir discuté cette argumentation et ces conclusions techniques, déclare qu’elles sont trop vagues pour signifier quelque chose. « Évidemment, dit-il, les remarques de M. Brambach s'appliquent au Save : elles conviendraient aussi bien à une mélodie de style différent. Des pièces en ré contenues dans l’Historia, On ne peut tirer aucun renseignement; elles offrent des formules sans originalité avec des traits communs aux antiennes du premier mode!. »

Aïnsi, pas plus que la tradition historique, la critique interne des documents ne justifie l’attribution du Salve Regina à Hermann Contract.

Saint Bernard ne saurait davantage en revendi= quer la paternité.

Un de ses biographes, qui écrivait entre 1180 et 1182, c'est-à-dire moins de quarante ans après sa mort, nous rapporte qu'une nuit le saint abbé fut réveillé par le chant des anges qui célébraient dans l’église du monastère les louanges de Dieu et de la sainte Vierge Marie. Touché d'une curiosité bien légitime, Bernard se rendit discrètement à l’église. La sainte Vierge y siégeait entre deux anges qui l’encensaient. Une voix angélique entonna le Salve Regina et le chanta ‘usqu'au

Page 1