De fide et operibus, lib. I, cap. xiv
2. Cf. De Symbolo ad catechumenos, loc. cit. Augustin attribue, il est vrai, aux Apôtres tout ce que pratique l'Église universelle : « Sicut multa quae non inveniuntur in litteris eorum (Apostolorum), neque in conciliis posteriorum, et tamen quia per universara custodiuntur Ecclesiatn, nonnisi ab ipsis tradita et commendata creduntur. » De baptismo contra Donalistas, lib. II, cap. xu; cf. lib. IV, 9, 31 {quod universa tenet Ecclesia, nec conciliis institulum, sed semper retentum est, nonnisi apostolica traditum rectissime creditur); lib. V, cap. xxxi. Mais en raison des variantes des divers symboles, il est probable qu'il n'osait attribuer aux Apôtres une formule plutôt qu'une aulre.
3. Cf. Rufin, Commentarius in Symbolum apostolorum, cap. m. Migne, P. L., t. XXI, col. 339.
4. Voir dans les Catéchèses VI et XVIII de saint Cyrille le vieux Credo baptismal de Jérusalem. Cf. Burn, ouv. cité, p. 7-69. Le Credo connu sous le nom de Symbole de Constantinople n'est autre que le
que toutes les églises, à l'exception de celle de Rome, avaient perdu le souvenir de l'origine apostolique de leur Credo et, par suite, n'avaient pas craint de le modifier selon les circonstances et les besoins des âmes? Ce serait là une hypothèse bien injurieuse pour ces églises, et d'ailleurs toute gratuite. Mais c'est en même temps une hypothèse inutile, qui ne résoudrait pas la difficulté. Il n'est pas sûr que l'Église romaine elle-même n'a pas fait subir à son Credo une modification assez importante, sinon plusieurs. Il paraît avéré que ce Credo contenait à l'origine le mot « in unum Dëum » qui s'est si bien conservé dans les Symboles orientaux et qu'elle a cru devoir supprimer au cours du in^ siècle ^ . Nous ne voulons pas insinuer par là qu'elle ne transmettait pas aux fidèles avec un soin jaloux, comme elle s'en faisait gloire, le texte authentique et traditionnel du Symbole. Mais en certains cas, selon la remarque de Vigile de Thapsé, il ne lui sembla pas interdit de sacrifier les mots, pourvu que le sens restât sauf : Nec prsejudîcantur verha, ubi sensus incolumis permanet^. Le fait n'en est pas moins considérable et d'une extrême gravité. Une église quelconque, et surtout TÉglise romaine, aurait-elle pris une telle liberté à l'égard d'un texte reconnu apostolique et inspiré? Nous ne le pensons pas.
Credo de Jérusalem, révisé probablement par saint Cyrille. Voir, sur ce point, Burn, ouv. cité, p. iOl-HO et The old latin teixt of our Nicene Creed dans The Journal of theological Studies, t. n (1901), p. 102.
1. Cf. Burn, p. 57-64 : Was ihe old roman Creed ever revised? Vacandard, Revue des Quest. historiques, octobre 1899 (t. LXVI),
2. Adversus Eutychian., IV, 1, Migne, P. L., t. LXII, col. 119.
Nous estimons donc que, dans la pensée des premiers Pères et des premiers pontifes romains, la formule du Credo baptismal ne provenait pas, à proprement parler, des Apôtres. Que cette formule fût recommandable par son antiquité, qu'elle remontât à peu près jusqu'aux temps apostoliques, ce fut sans doute la pensée de ceux qui, les premiers, cherchèrent à déterminer son âge et sa provenance. Peu à peu et vraisemblablement sous l'influence des légendes orientales que nous avons signdliees, on voulut donner aux mots tradition apostolique un sens plus précis ^ . Et c'est sous cette forme que le Sacramentaire gélasien recommanda le Credo baptismal comme evangelicl symboli sacramentum. D'après ce que nous avons dit plus haut, les termes « Symbole des Apôtres » ne seraient sûrement pas antérieurs au iii^ siècle, peut-être au iv^. Selon toute probabilité, c'est vers.ce même temps que la légende de l'origine proprement apostolique du Credo a pris naissance et s'est accréditée.
L'examen de la doctrine connue des Apôtres et des Pères apostoliques conduit à penser qu'en réalité le Symbole baptismal romain ne remonte pas plus haut que le commencement du ii^ siècle.
Comme témoins de l'enseignement apostolique proprement dit, nous possédons les Actes des Apôties, les Epîtres de saint Pierre, de saint Jean, de saint Jacques et de saint Jude, et surtout les Epîtres de saint Paul. On trouverait sans peine dans ces ouvrages, par
1. Tertullien (De Praescript., cap. xxxvii) montre bien en quel sens vague et général on entendait de son temps l'origine apostolique de la Régula fidei : * In ea régula quam Ecclesia ab apostolis, apostoli a Christo, Chrilus a Deo tradidlt. » Cf. Ibid., cap. xii.
phrases détachées, sous forme historique' ou théologique, à peu près tous les éléments qui constituent la doctrine, ou, si l'on veut, la charpente du Symbole romain. Les critiques, notamment Adolf Harnack, ont fait un recueil des expressions empruntées aux livres canoniques, qui pourraient servir de textes parallèles aux articles du Credo K Mais ce n'est là qu'un travail de comparaison d'où il est impossible de rien tirer pour prouver l'existence du Symbole aux temps apostoliques. Ce qu'il y a de plus remarquable en ce genre, c'est la doctrine de saint Paul qui implique « la foi en un Dieu qui vivifie toutes choses, en Jésus-Christ de la semence de David, qui a souffert sous Ponce-Pilate et qui viendra juger les vivants et les morts » . Tout cela se trouvé dans les seules épîtres à Timothée, /. Timoth., vi, 13; II. Timoth., II, 8; iv, 1. C'est ce qu'il appelle lui-même « la belle profession de foi », tyjv xa^viv ôixoXoYi'av. Mais si ce langage est conforme au Credo de l'Église romaine, c'est plutôt par le sens que par les expressions mêmes ; les termes ex semine David n'ont jamais fait partie du Symbole romain, pas plus que omnia vivificantis . Dans ses épîtres antérieures, notamment dans l'épître aux Romains (x, 9), saint Paul donne à entendre que la vraie foi consiste à « confesser de bouche le Seigneur Jésus et à croire dans son cœur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts ». Saint Jean (/. Ep.y iv, 15) offre un passage parallèle : « Quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu. » « Qui est-ce
\. Materîalien zur Geschichte und Erklûrung des alten rômischen Symbols aus der chrisllichen Litteratur der zioei ersten Jahrhunderte, dans Hahn, ouv. cité, p. 369 et seq.
qui a vaincu le monde, écrit encore saint Jean [Ihid., V, 5), si ce n'est celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu? » Cette formule est d'autant plus digne d'être notée qu'elle constitue le Credo requis de l'eunuque pour son baptême, dans les Actes des Apôlres : « Voici de l'eau, dit-il à Philippe, qu'est-ce qui m'empêche d'être baptisé? » Philippe lui dit : « Si tu crois de tout ton cœur, rien n'empêche. » Et il répond : « Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu K » De tous ces textes on a conclu que le. Credo baptismal primitif n'était autre que la formule employée par l'eunuque. Cette opinion n'est pas invraisemblable^.
Mais on est allé beaucoup plus loin ; on a même prétendu que la formule baptismale consistait uniquement, à l'origine, dans cette invocation du nom de Jésus, sans égard au texte que nous a transmis saint Matthieu : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Des critiques plus avisés ont démontré sans peine le mal fondé d'une telle affirmation. S'il est vrai que la première de ces formules suffit, en toute rigueur théologique, pour la validité du baptême^: s'il est également vrai que certaines sectes gnostiques s'en sont servies pour l'administration de ce sacrement.