‹ Etudes de critique et d'histoire religieuse [microform]Chapitre 9 sur 177 · Cf. Batiffol, loc cit., note précédente · texte numérisé non relu

Cf. Batiffol, loc cit., note précédente

« Craignant que toute l'Église ne tombât dans l'hérésie, nous, les douze apôtres, nous nous sommes réunis à Jérusalem, et avons examiné ce qu'il y avait à faire, et il nous a plu à tous d'écrire d'un commun accord cette Didascalie catholique, pour la confirmation de vous tous , et nous avons établi et décidé que vous prieriez Dieu tout-puissant et Jésus-Christ et le Saint-Esprit, et que vous useriez des saintes Ecritures, et que vous croiriez à la résurrection des morts, et que vous jouiriez de toutes les créatures avec actions de grâces ^ . »

Nous tenons dans ce récit une des formes les plus anciennes de la croyance à l'origine apostolique d'un Credo ecclésiastique. Le lecteur voudra bien remarquer qu'elle est empruntée à un ouvrage apocryphe. Déjà au II'' siècle circulaient des œuvres du même genre sous le nom de Constitutions apostoliques, StaxàÇeiç OU StaTayai xtov aTTOffToXwv. L'ouvrage le plus célèbre qui prétend se rattacher de la sorte aux Apôtres est la Didachêy découverte par Briennyos : AtSaj^rj Kupi'ou otà xwv Sojoexx à^zoa•z6\by^ , ou Atoa/.'^i twv owSsxa aTCOdTÔXojv. On n'y trouverait rien qui ait trait au Symbole -. Mais ce qui est à considérer, c'est l'emphase du titre. A l'époque où il fut composé, on tenait à faire croire que les Apôtres avaient laissé

\. Zalin, Neuere Beilrà'ge zur Geschichie des aposlol. Symbolum, p. 23; Curn, ouv. cité, Appendix F, p. 316-317; Ilahn, p. 14-13. A noter que saint Paul fait ici partie des Apôfres, dont le nombre s'élève de la sorte à treize.

2. Sur la Didachê, cl". Batiffol, ouv. cité, p. 71-72. Le chapitre VII réglemente l'adminislration du sacrement de baptême. Voir le texte avec Commentaires dans Harnack, Die Lehre der zivôlf Apostel, Leipzig, 1884 et 1893. A consulter D"' C. Holzhey, Die Abhândigkeit der syrischen Didaskalia von der Didache, dans Compte rendu du 48 congrès scientifique international des catholiques, Fribourg, 1898, t. I, p. 249 et seq.

après eux un enseignement autre que celui qui est contenu dans les épitres ou évangiles. On voulait aussi que cet enseignement fût leur œuvre commune. De là à imaginer qu'ils avaient composé un Credo en commun, la transition était facile. La formule la plus ancienne que nous possédions de cette légende est la: Didascalie, d'origine orientale comme les Constitutions apostoliques (qui en dérivent pour une partie). Il y a donc tout lieu de penser que la tradition invoquée par Rufm, iradunt majores nostri, provient de l'Orient^.

Est-il bien sûr que Rufin n'a pas embelli ou du moins amplifié la légende, en la transcrivant? Nous n'oserions le garantir. Ce qui est certain, c'est qu'après lui elle reçut des accroissements considérables. Saint Maxime la transmet encore à peu près dans la même teneur que le prêtre d'Aquilée-. Mais lorsqu'elle eut passé les Alpes et les Pyrénées, elle prit avec le temps une forme beaucoup mieux arrêtée. Cassien (-J- vers 425) et Fauste de Riez (f après 485) insistent sur le caractère inspiré du Credo, sur son origine apostolique et sur son autorité comparable

i. Notons cependant que saint Cyrille de Jérusalem ne la connaît pas ou, du moins, n'y fait jamais allusion.

2. Saint Maxime (Homil. 83, Migne, P. L., t. LVII, p. 433 et seq.) explique aussi le mot « symbole » par signum, mot d'ordre ; allusion au mot d'ordre que donnaient les cliefs de partis dans les guerres civiles : « ut quos una armorum faciès confundebat, secretioris sacramenli distinguerai sacramentum. Quod beati apostoli, ut ego reor, exemplum sequentes... mysteriutn symboli tradiderunt ». Kattenbusch incline à attribuer encore à saint Maxime un sermon de Jejuniis Quadragesimae, publié par Ballerini dans son édition des Œuvres de saint Ambroi-se, VI, 471 et seq., où on lit : « Arbitrer 11lam (clavem = lldem) duodecim artiflcum operatione contlatam; duodecim enimapostolorum symbolo fides sancta concepta est, » etc. Kattenbuscb, ouv. cité, 1. 1, p. 81 ; t. Il, p. 8, note 4.

à celle de l'Écriture sainte ^ . Saint Isidore (-|- 646) se borne encore à transcrire le texte de Rufin, qu'il commente d'après Nicétas de Remesiana^. Saint Ildeplionse de Tolède (f 669) se contente de l'imiter 2. Mais les auteurs d'un ouvrage contre Élipand, Étherius, évêque d'Osraa, et le prêtre Beatus expliquent la légende de la manière suivante : « Pour donner à l'Église une foi ferme, le Christ a choisi douze apôtres. Bien qu'il fût leur chef, saint Pierre n'osa composer seul le Symbole, qui fut rédigé par les douze apôtres avec le plus grand soin et remis aux croyants. Douze étaient les disciples du Christ et les docteurs des nations : comme tous ils ne faisaient qu'un, ils <;omposèrent aussi un seul symbole; chacun d'eux dit son mot, et ces mots s'accordèrent en une seule foi, et il n'y eut que douze mots ou articles ^. » Suit un commentaire sur le nombre douze. Ceci s'écrivait en 784.

A cette date, la légende s'était encore mieux précisée en Gaule ^. Certains commentateurs du Sym-

i. « Symbolus... ex coUatione nomen accepit.., Collatio autem quia collata ia unuin ab apostolis Domini tolius catholicae legis flde, quidqûid per universum divinorum voluminum corpus immensa funditur copia, tolum in symbolo coUigitur brevitate perfecta... Niliil in symbolo deest, qui ex scriptis Dei per Apostolos Dei conditus, » etc. Cassianus, De Incarnatione Domini, VI, 3 et 4, éd. Petschenig, t. I, p. 327 et seq. Cf. Kattenbusch, op. cit., t. II, p. 14-13. Sur Fauste de Riez, cf. Kattenbusch, Jbid-, p. J5-16; Hahn, p. 70, note lui.

2. Isidorus, De Officiis ecclesiasticis, lib. II, cap. xxiir. Il emprunte à Nicétas cette pensée : De Scripturis haec bretitatis causa collecta sunt, en y interpolant les mots <■ ab apostolis ».

3. Liber adnotationum de cognitione baptismi, cap. xxxii-xxxm, Migne, P. L., t. XCVI, col. 126.

4. Reterii et S. Beati ad Elipandum Epistola, lib. II, cap. 99 ; Migne, P. L., t. XCVI, col. 1026.

5. La légende ne prit guère d'extension en Afrique. Augustin n'y fait jamais allusion. Fulgence de Ruspe (f 533) rapporte seulement que le Credo est d'origine apostolique : ab apostolis ordinalum, per apostolos in symboli brevitate perfecticm. Cf. Kattenbusch, op. cit.

bole avaient entrepris d'assigner à chaque apôtre sa part dans la composition du Credo. Cette combinaison fut appliquée non seulement au Symbole romain primitif, tel que le transmettait Rufîn, mais encore au texte amplifié déjà en cours, et devenu depuis le Textus receptus, comme nous l'expliquerons plus tard. On connaît plusieurs manuscrits de sermons qui suivent ainsi la liste des Apôtres dans l'ordre indiqué par saint^Matthieu, x, 2-4, plaçant en regard de chaque nom un article déterminé du Credo romain. Tels sont les manuscrits" cotés Sangallensis, 40; Vatican. Palat., 220\ Sessoj-ianus 52 (B)^. Saint Pierre y est censé proclamer le premier article ; saint André, le second; saint Jacques, le troisième; saint Jean, le quatrième; saint Philippe, le cinquième; saint Barthélémy, le sixième; saint Thomas, le septième ; saint Matthieu, le huitième ; saint Jacques, fils d'Alphée, le neuvième; saint Thaddée, le dixième; Simon le Cananéen, le onzième; saint Mathias, le douzième. Le nombre des commentaires consacrés de la même manière au Textus receptus est plus considérable. Les uns, notamment le pseudo-Augustin (serm. 241) et saint Pirmin, ne suivent plus l'ordre de saint Matthieu, x, 2-4, mais celui des Actes, i, 13^.

t. II, p. n, note 13. A.U \« siècle Vigile de Thapse invoquait pareillement l'origine apostolique du Credo romain : « Sed Romae et antequam Nicaena synodus conveniret, a lemporibus apostolorum usque ad nunc, et sub beatae memoriae Celestino, cui iste (Eutyches) rectae fidei testimonium reddidit, ita fidelibus symbolum traditur. » Contra Entychen, iV, 1, Migne, P. L., t. LXII, col. 119. Cf. Kattenbuscli, Ibid., note 13.

1. Ces mss. sont décrits parBurn, ouv. cit., p. 237-238. Le Cad. Sessorianus 52 a été étudié spécialement par dom Morin, Revue bénédictine, 1897, p. 481; il comprend plusieurs formules du Credo.

2. Cf. Burn, ouv. cit., p. 233-238. Le texte de saint Pirmin se litdans son Scarapsus de singulis libris canonicis, Migne, P. L., t. LXXXIX, col. 1034; celui du pseudo-Augustin, Ibid., t. XXXIX, col. 2190.

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D'autres, par exemple le pseudo-Augustin (serm. 240), reproduisent l'ordre du canon romain de la messe'.

VALEUR DE LA TRADITION QUI ATTRIBUE AUX APÔTRES LA C03IP0SITI0N DU Credo BAPTISMAL ROMAIN

Les accroissements que la légende rufînieiine a reçus, en cours de route, à partir du iV siècle, sont évidemment des conceptions arbitraires ; il n'y a pas lieu d'en tenir compte. Nous écartons pareillement sans discussion la date indiquée par Rufin (jour ou environs de la Pentecôte ^) pour la composition du Credo, en raison du peu d'importance de cette donnée légendaire.

Mais il est un point de son récit qui, avant tout, veut être examiné; c'est l'appellation que, d'après lui, les Apôtres auraient donnée au Credo. Les Apôtres, ditil, « voulurent que le résumé de leur future prédication s'appelât Syjnbole ».

Cette assertion ne supporte pas l'épreuve de la critique. Aucun Père de l'Eglise primitive, invoquant le Credo qu'il considère comme une règle de foi, ne songe à l'intituler Symbole. Harnack, qui a examiné à ce point de vue toute la littérature ecclésiastique

1. Le sermon 240 du pseudo-Augustin, dans Migne, P. L., t. XXXIX, col. 2189. 1.e Cod. Augiensis CCXXIX (de 821), biblioth. de Karlsruhe, et le Cod. Sessorianus o2 A, sont apparentés au précédent. A noter que le Sessorianus marque saint Paul au second rang des Apôtres et omet saint Mathias à la fin ; les deux autres ne connaissent pas saiat Paul. Cf. Burn, ouï). ci7., p. 238.

2. Saint Pirmin (Migne, P. L., t. LXXXIX, col. 1034) précise la pensée de Rufin et dit nettement : Ipsa die (Pentecostes), horâ tertiâ.

des deux premiers siècles, n'a pas rencontré ce mot une seule fois. « Régula fidei », « doctrina », « traditio, » sont les termes les plus souvent employés dans ce sens^. On trouve, par exemple, dans saint Irénée, « règle de vérité », « tradition des Apôtres ^ ». Bien que TertuUien se serve du mot Si/mbolekiproipos de ce qu'il faut croire, cette expression n'a pas encore chez lui de sens bien défini^. Le grand docteur africain emploie de préférence le terme Tessera pour désigner la règle de foi qui est commune aux églises d'Afrique et de Rome^'. Il faut descendre jusqu'à saint Cyprien pour trouver le mot Symbole appliqué au Credo baptismal, dans une discussion contre les Novatiens ^. Et encore il n'est pas sûr que la lex syniholi qu'il invoque soit le Credo complet; peut-être se réfère-t-il tout simplement au Credo plus bref contenu dans les interrogations que le ministre du

1. Materialien zur Gesehîchte und Erklârung des alten rômischen Symbols, aus der christlichen Litteratur der zioei ersten Jahrhunderte, dans Hahn, ouv. cité-, p. 366-369.

2. Irénée, Contra Haeres., I, 9, 4 ; I, 22, 1 ; III, 3, i. Cf. Harnack, miv. cité, note précédente.

3.. Par exemple Adversus Marcîonem, X, i : « Quosymbolo susceperisapostolum Paulum. » Kattenbusch remarque que dans ce passage le mot Symbolum a quelque afOnité avec les termes sacramentum et régula {ouv. cité, t. Il, p. 80, note 13). Voir tout le chapitre consacré à TertuUien par Kattenbusch [Ibid., p. S3-102) et par Burn {ouv. cité, p. 48-37, et 283).

4. « Si autem Italiae adjaces, habes Romam, un de nobis quoque auctoritas praesto est... Yideamus quid didicerit, quid docuerit, quid cum Africanis quoque ecclesiis contesseravit. Unum Deumi noyit... et carnis resurrectionem. » De Praescript., cap. xxxvi. Allusion à la tessera hospitalitatis, sorte de morceau de bois oblong sur lequel on inscrivait les noms des deux hôtes; en se séparant, chacun gardait la moitié de cette pièce, qui servait de reconnaissance et qui donnait le droit respectif à chacune des deux familles de recevoir l'hospitalité.

5. « Symbolum et lex symboli et quaesliones. » Ep. 76, ad Magnum, aligne, P. L., t. m, col. 4143.

baptême adresse aux. catéchumènes avant de leur administrer le sacrement <.

Au IV® siècle, le terme Symbole a définitivement cours en Occident; saint Ambroise, saint Augustin, Rufin, le Sacramentaire gélasien (s'il est vraiment de cette époque), l'identifient avec le Credo romain^. Les diverses interprétations que l'on donne alors à ce mot prouvent qu'il n'était pas tout à fait nouveau. De toutes, la plus singulière, destinée à traverser les âges, reposait sur la confusion de cxufxSoXov avec G\i^èo\-f[ =z collatio. Nous ne connaissons personne avant Rufin qui ait proposé cette étymologie. Elle a sa source dans l'idée que les Apôtres s'étaient réunis pour composer ensemble un résumé, un epitome de leur doctrine ; c'est ce qui devait la rendre plus tard si populaire.

Rufin est plus près de la vérité quand il explique le mot symbole par indicium ou signum ; le Credo est, en effet, un gage de Torthodoxie pour les fidèles, le mot d'ordre du chrétien. De même, dit-il, que dans les guerres civiles, les soldats d'un parti ne se reconnaissent et ne se distinguent de leurs adversaires que par le « symbole », en latin signum, ou mot d'ordre, indicium, ainsi, quand vous doutez de l'orthodoxie d'un homme qui se présente à vous, il vous sufiit de

\. Le doute provient de ce que Firmilien de Cappadoce, dans son épîlre à Cyprien sur le baptême (Migne, P.L., t. in, col. 1168), emploie le mot Symbolum Trinitatis à propos du questionnaire baptismal, qui est ainsi conçu dans les épîtres 70 et 76 de saint Cyprien : « Credis in Deum Patrem, in Filium Christum, in Spiritum sanctum? — Credis in vitam aeternam et remissionem peccatorum per sanctam Ecclesiam? »

2. Nous avons cité les textes de tous ces auteurs, sauf de saint Augustin. Voir les Sermons (de ce dernier) 212-214, In Traditione Symboli, et le De Symbolo ad catechumenos. Migne, P. -£», t. XXXVIII, col. 10S3 seq. Dans le sermon 212, Augustin explique ainsi le mot symbole : « Symbolum... nuncupatur a similitudine quadam, translalo

l'interroger sur le Symbole [Credo baptismal) pour savoir s'il est un ennemi ou s'il est des vôtres ^ .

Le titre « Symbole des Apôtres » se rencontre pour la première fois dans saint Ambroise ; il se lit dans la lettre du concile de Milan au pape Sirice. Saint Jérôme écrit pareillement : symbolum fidei... quod ah apostolis traditum. Dans quelques manuscrits, on rencontre la forme symbolum apostolicum, qui est beaucoup plus rare..

La forme plus simple Symbolum continua d'être usitée quelque temps encore, aussi bien que les précédentes. Nicétas de Remesiana, à la fin du iv^ siècle, ne connaît que celle-là, et il l'explique dans le sens d'un pacte sacramentel que le fidèle fait avec le Seigneur, un sommaire des mystères contenus dans la sainte Écriture 2.

En résumé, le mot Symbole appliqué au Credo romain ne paraît pas remonter plus haut que le m® siècle, et c'est à tort que Rufin en attribue l'invention aux Apôtres eux-mêmes.

Mais cette question de mot est sans importance. Le seul point vraiment grave, est de savoir si la formule même du Credo romain fut composée par les Apôtres.

L'affirmative ne paraît pas soutenable.

vocabùlo, quia symbolum inter se faciuut mercatores, quo eorum societas pacto fidei teneatur. » cf. Kattenbusch, ouv. cité, 1. 1, p. 51-53 ; t. n, p. i\ et seq.

1. Commentarius in Symbolum apostolorum^ Migne, P. L., t. XXI, p. 338. Saint Maxime adopte cette explication, en la fortifiant par un exemple tiré du Livre des Juges, Migne, t. LVin, p. 433.

2. « Retinete semperpactum quod fecistis cum Domino, id est hoc symbolum... Pauca quidem sunt verba, sed omnia continent sacramenta. De lotis enim scripturis liaec brevitatls causa collecta sunt. » Mai, Nova CoUectio, p. 338.

D'une part, il est à remarquer que nombre de docteurs catholiques du iv° siècle ignorent ou affectent d'ignorer l'origine proprement apostolique du Symbole. Ce n'est pas seulement le cas des Pères de l'Église orientale, notamment de saint Cyrille de Jérusalem qui a composé de si nombreuses catéchèses sur le Credo baptismal de son église ^ . Plusieurs Pères latins, et des plus qualifiés de cette époque, notamment Nicétas, évêque de Remesiana-, et saint Augustin, ont eu maintes fois l'occasion de s'expliquer sur la composition du Credo; jamais ils n'ont eu l'idée de lui donner les Apôtres pour auteurs ^. Tout ce qu'on trouve de plus caractéristique à cet égard dans saint Augustin, c'est que le cérémonial du baptême a une forme fixe traditionnelle : série

\. Sur les Catéchèses de saint Cyrille, qui ont trait au Credo baptismal, cf. Kattenbûsch, owo. cilè, t. I, p. 40-46.

2. Nicétas, évêque de Remesiana en Dacie (aujourd'hui Bela- Palanka, sur la ligne ferrée de Nisch à Pirot), est un des hommes les plus actifs de son temps (f vers 420). Il fut l'ami de saint Ambroise, de Sulpice Sévère, d'Eucher de Lyon, de Paulin de Noie; il visita Rome à plusieurs reprises; il évangélisa les peuplades des Balkans, les Scythes de Dodrudseha, et les Gètes au delà du Danube. Sur Nicétas, cf. Kattenbûsch, ouv. cité, î. I, p. i08 et seq., 403-407; Burn, ouv. cité, p. 252-235. Nicétas estime que les articles du Symbole : de totis scripturis hacc brevitatis causa collecta sunt. H a sur ce point les idées de saint Cyrille de Jérusalem, dont il s'inspire. Cf. Kattenbûsch, t. H, p. 10.

3. Dans son sermon 214 qui est probablement de 391, Augustin dit en parlant du Symbole : « Quae accepturi estis... non nova vel inaudila sunt vobis. Nam in sanctis scripturis et sermonibus ecclesiasticis ea... soletis audire. Sed collecta brcviter et in ordinem certum redacta... tradenda sunt vobis. » Jligne, P. L., t. XXXVni, col. 1066. Rien de l'origine apostolique. Cf., sur les textes qui ont trait à cette question, Kattenbûsch, 1. 1, p. Sl-53 ; t. II, p. 11-13. En dehors de rilalie, nous ne voyons guère que Priscillien (f 383) en Espagne, qui dès le iv« siècle attribue au Symbole une origine apostolique ou même évangélique : « Symbolum opus Domini est... (Christus) qui Apostolis suis symbolum tradens quod fuit et futurum erat in se et in symbole suo monstrans. » Tractatus III, éd. Scheps (Vienne, 1889), dans Corpus Script, eccles. latin., t. XVIII, p. 49.

traditionis sciirtus implenda^ . Quant au Credo, il n'est qu'un résumé de l'Écriture sainte : Ista verha quae audislis per divinas scripturas scripta sunt, sed inde collecta et ad uniun redacta -. Nous sommes loin de la légende de Rufin.

En second lieu, si les Apôtres avaient composé de concert une règle de foi uniforme, comment imaginer que le texte fixé par eux ne se soit pas conservé partout religieusement, pur et immuable? Les Pères de l'Église, les évêques et les i prêtres, se sont de tout temps fait un scrupule de rien changer à l'Ecriture sainte. Comment la même règle n'aurait-elle pas été observée à l'égard du Credo, censé de même origine apostolique et inspirée? Or, il est incontestable que les Symboles des diverses Églises, tant occidentales qu'orientales, offrent de notables variantes ^. Le Credo baptismal de Jérusalem, qui est .devenu, avec quelques retouches de saint Cyrille, le Credo connu sous le nom de « Symbole de Constantinople », différait déjà gravement du Symbole romain au iv" siècle ''. Dirà-t-on

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