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GREGOIRE XIII ET LA PREMEDITATION DE LA SAINT-BARTHÉLEMY

Grégoire XIII, en prenant la succession de Pie V (13 mai 1572), recueillait en même temps l'héritage de sa politique contre les Turcs et contre les protestants.

Mais vainement il s'efforça d'enrôler Charles IX dans la ligue catholique, dont le but principal était d'abattre la puissance ottomane. Même après la Saint- Barthélémy, le roi de France, délivré pour quelque temps des embarras de la guerre civile, repoussa obstinément les propositions d'alliance que lui fit la cour de Rome.

Si Charles IX ménageait les Turcs, en revanche il frappa les Huguenots d'horrible manière. A cet égard,

la politique papale fut singulièrement dépassée.

Il semble que Catherine de Médicis, qui méditait, nous l'avons vu, par intermittences , le massacre de Coligny, recommença à caresser de nouveau ce dessein, lorsqu'elle vit que le mariage de sa fille avec Henri de Navarre amènerait forcément à Paris et placerait de la sorte sous sa main l'amiral et ses amis \ Mais Rome ne connut pas ce criminel projet, qui resta d'ailleurs jusqu'au dernier moment à l'état imprécis ^.

Il n'en transpira rien dans les demandes de dispense que Charles IX et Catherine adressèrent coup sur coup, pendant trois mois, à Grégoire XIII. Dès sa première audience après l'élection du nouveau Pape, l'ambassadeur de France avait exposé les considérations d'intérêt public, « l'intérêt du repos de tout un royaume », disait-il, qui rendaient nécessaire le mariage de Marguerite avec le prince Henri. « Tous les décrets de l'Église sont contraires à ce que vous me demandez, » répondit un peu vivement le Pontife. Quelques jours plus tard, Grégoire XIII revint sur sa parole. « La résolution que j'ai à prendre, dit-il à l'ambassadeur, mérite un sérieux examen. Mon intention est d'accorder la dispense, si toutefois mon pouvoir va jusque-là •^. »

Cependant' Charles IX devenait très pressant. a Les difficultés que le Saint-Père me fait pour la dispense du mariage de ma sœur avec mon frère de Na-

i. Cf. H. de la Ferrière, Lettres de Catherine de Médicis, t. IV, Introduction, p. CXLHI, CXLIV, CXLVII.

2. Voir la dépêche de Salviati, en date du 27 août 1572, dans Theiner, Annales eccles., 1. 1, p. 329-330. Nous la donnerons plus loin.

3. H. de la Ferrière, ouv. cit., p. liv, avec les références aux documents : Bibliothèque nationale, fonds français, n" IfiOiO.

varre me mettent en grande peine, écrivait-il à Ferais, car je suis résolu <le faire et consommer ledit mariage... pour plusieurs considérations qui importent grandement au repos de mon royaume^. » Catherine tenait au pape un langage analogue. « Le Roy mon fis ne désire que achever de acommoder le dedans de son royaume, et que l'on lui en donne le louisir et ne lui empeschet de establir le repos qui est encomensé, lequel yl se promet entier par le mariage du roy de Navarre 2. » , ;

Dans leur impatience, et sans attendre même la réponse d'un ambassadeur extraordinaire ^ qu'ils avaient envoyé auprès du Souverain Pontife, Charles IX et Catherine firent bénir le mariage, en dépit des empêchements canoniques qui le rendaient nul de plein droit. La cérémonie eut lieu le 18 août''. Le lendemain Catherine écrivait de nouveau au Saint- Père pour solliciter la dispensé, attestant la droiture de son intention dans « la sollannisation dudict mariage ». « S'il plest ha Votre Sainteté mestre toutes ces causes et considérations ensemble et Testât de ce royaume, qu'ele juegera cet mariage aystre nécessaire pour le salut et le repos d'icelui^. »

A cette date, Grégoire XIII, persuadé « que le roy de Navarre était réduict et prest de satisfaire à toutes les conditions que Sa Sainteté désire », persuadé en outre que « le faict dudit mariage apporterait ung entier et asseuré repos à tout le royaulme » , se mon-

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