‹ Etudes de critique et d'histoire religieuse [microform]Chapitre 15 sur 177 · Mandat. I · texte numérisé non relu

Mandat. I

lisons-nous, est notre mère à tous, qui nous a engendrés dans la sainte Eglise, à qui nous avons fait serment d'allégeance. » Le mot « repromittere » ina'iyi'klioQa'., est caractéristique; saint Ignace s'en était déjà servi pour indiquer sa profession de foi. Les termes « sainte Eglise » ne sont pas moins dignes de remarque. M. Zahn en conclut, et M. Burn après lui, que l'article « sainte Eglise » était contenu dans le Cj-edo baptismal de Marcion, et par là même dans le Credo romain de l'an 145^. . i '

Nous sera-t-il donné de recueillir de plus amples renseignements dans les œuvres de saint Irénée? Ce docteur relie en quelque sorte l'Orient à l'Occident, et marque la transition entre l'âge apostolique et le ni'' siècle. Il naquit en Asie Mineure, et fut disciple de saint Polycarpe. Jeune encore, il vint en Gaule et reçut la prêtrise à Lyon. Une importante mission qu'il remplit à Rome lui fournit l'occasion de connaître le Credo de cette église. Il était naturel que ses écrits contre les hérésies du temps renfermassent sa profession de foi. On y lit un Credo qui se rapproche, plus que tous ceux que nous avons étudiés jusqu'ici, du Symbole romain 2. Par exemple, les formules « un Dieu le Père tout-puissant », « le Christ Jésus qui a souffert sous Ponce-Pilate » , sont carac- . téristiques du romain. Par contre, « créateur du ciel et de la terre et de la mer », et quelques autres traits montrent, à l'évidence, que le Credo de Rome, à supposer qu'il ait été déjà fixé, n'a pas fourni à saint Irénée tous les éléments de sa proJFession de

1. ï9hrï,J)as Apostol. Symbol, p. 32 et seq.; Burn, ouv. cité, p. oî.

2. Contra Saeres., lib. I, cap. ix, n" 4. Voir le texte et d'autres passages parallèles dans Hahn, p. 6-8; Burn, p. 41-44; Eattenbusch, t. II, p. 2o-S3.

foi. De son temps, l'Église était néanmoins fortement organisée, et, à l'en croire, les diverses communautés chrétiennes, la Germanie, l'Ibérie, les Celtes, l'Egypte ,- la Libye , avaient reçu la même foi^ Mais il faut entendre cette assertion dans le sens d'une réelle unité de doctrine et non dans celui d'une rigoureuse uniformité de formule.

Au iii^ siècle, le Credo romain est en plein usage. Les témoignages abondent en faveur de son texte. Citons notamment Novatien à Rome, saint Cyprien et TertuUien en Afrique.

Novatien, qui s'éleva contre le pape Corneille et entreprit de le supplanter, écrivit vers 260 un traité De Trinitate, où percent très visiblement les allusions au Credo de l'Afrique et de Rome. Il s'inspire de TertuUien et lui emprunte son expression : « régula veritatis » , Les principaux articles du Symbole romain sont cités par lui en termes reconnaissables ; nous les donnons en note^.

Dans les lettres 69 et 70 de saint Cyprien, qui sont des environs de 255, nous lisons les formules suivantes : K Credis in remissionem peccatorum et vitam aeternam per sanctam ecclesiam? » et « Credis in vitam aeternam et remissionem peccatorum per sanctam ecclesiam? » L'emprunt au questionnaire baptismal est manifeste. A noter les mots « vitam aeternam », qu'on ne lit pas dans le Symbole romain.

i. Contra Haeres., lib. I, cap. ix, n"^; cf. Hahn, p. 7.

2. « Régula veritatis exigit ut... credamus in Deum Patrem et (Dominum) omnipotenlem ; credere etiam in Filium Dei, Cliristuin Jesum Dominum (Deum)nostrum sed Dei Filium ex Maria, resurrecturus a mortuis, sessurus ad dexteram Patris, judex omnium, credere etiam in Spiritum sanctum, ecclesiam... veritatis sanctitate adresurreclionem corpora nostra perducat. » Migne, t. Iir. p. 88C et scq., et p. 898. Cf. Burn, p. 46-48.

Tertullien est plus explicite. Nous avons de lui quatre professions de foi qui reproduisent presque exactement les articles du Credo romaine Et ce n'est pas là une simple coïncidence, due au hasard. Tertullien invoque l'unité de foi qui existe entre l'Afrique et Rome; il invoque même expressément l'autorité de la foi romaine. « Vous êtes près de l'Italie, dit-il à son interlocuteur dans le traité des Prescj^iptionsy vous avez Rome, qui fait aussi autorité chez nous... Voyez ce qu'elle a appris (des Apôtres), ce qu'elle professe de concert avec les églises africaines, » quid cum africanîs quoque ecclesiis contesseravit. A noter ce contesseravit, dont nous avons plus haut expliqué le sens. Il continue, et cite quelques articles du Symbole : « Unum Deum novit creatorem universitatis et Christum Jesum ex Virgine Maria Filium Dei creatoris et carnis resurrectionem 2. » Si on s'en tenait à cette simple citation, il y aurait lieu de croire que le Credo de Tertullien différait assez notablement du Credo romain. Mais d'autres passages corrigent cette impression. Il se pourrait que la loi du secret qui pesait sur « la tradition du Symbole » ait empêché Tertullien d'en donner un texte écrit qui eût un caractère en quelque sorte ofiiciel ^. Mais dans son De Virgînihus velandis et dans son écrit Adversus Praxeam^ le fond du texte romain est assez reconnaissable.

1. De Virginibus velandis, cap. i; de Praescrîptionibits, cap. xiii; I6id,,cap. xxwi; Advers. Praxeam, cap. 11. Cf. Burn, p. 30-31; Hahn, p. 9-10. Kaltenbusch consacre à Tertullien un chapitre intitulé :Dîe Stellung des Symbols bei Tertullian, ouv. cité, t. II, p. 33-101.

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