‹ Etudes de critique et d'histoire religieuse [microform]Chapitre 16 sur 177 · De Praescription.i cap. xxxvi · texte numérisé non relu

De Praescription.i cap. xxxvi

3. Cf. Kattenbusch, ArkandiscipUn bei Tej-tuUian, ouy. cité, t. Il, p. 94-101.

Il importe de remarquer aussi que la « règle de foi » de TertuUien est une profession de foi baptismale. « Lorsque nous entrons dans Peau, dit-il, nous professons la foi chrétienne aux mystères de la loi divine, et nous attestons de bouche que nous renonçons au diable, à ses pompes et à ses oeuvres. » « Puis nous sommes plongés trois fois dans Peau, donnant une réponse un peu plus explicite que celle que le Seigneur a déterminée dans l'Evangile. » Ce Credo comprend notamment « la foi à la nativité, à la passion et à la résurrection » du Seigneur ^ .

Pour TertuUien, cette règle de foi remonte très haut dans l'Église. Il accuse Marcion de l'avoir altérée dès le milieu du ii^ siècle, et, d'une façon plus générale, il déclare que « la vérité sur la règle de Dieu a subi une altération après les temps apostoliques^ ». Dans sa pensée, le Credo romain, resté inviolé, remonte sûrement aux origines. Croit-il qu'il ait été proprement rédigé par les Apôtres? A cet égard son langage, sinon sa pensée, est extrêmement vague. « L'Église, dit-il, a reçu cette règle de foi des Apôtres, les Apôtres du Christ, le Christ de

1. « Cum aquam ingressi christianam fîdem in legis suae verba profitemur, renuntiasse nos diabolo et pompae et angelis ejus ore nostro contestamur. » De Spectacul., cap. iv. « Dehinc ter mergitamur, amplius aliquid respondentes quam Dominus in evangelio determinavit. » De corona milît., cap. m. « Fuerit salus rétro per fidem nudam ante Domini passionem et resurrectionem. At ubi Odes aucta est credenti in nativitatem, passionem, résurrection emque ejus, addita est ampliatio sacramento, obsignatio baptismi, » etc. De Baptismo, cap, xm. Cf. Kattenbusch, t. U, p. 60-61; Hahn, p. 9-11.

2. « Marcionem non tam innovasse regulam separalione legis et evangelii, quam rétro adulteratam recurasse. » Advers. Marcion., I, 20. « Post apostolorum tempora adulterium A'eritas passa est circa Dei regulam. » Ibid., 21. Il dit : « Dei régula » et non pas « symbole baptismal», pas même» règle de foi », ce qui indique qu'il songeait à la doctrine catholique en général.

LE SYMBOLE DES APOTilES. 43

Dieu^ » Visiblement il s'agit ici de la doctrine, et non proprement de la formule qui la contient^.

d. « In ea régula quam ecclesia ab apostolis, apostoli a Christo, Christus aDeo tradidit. » De Praescription., cap. xxxvii. Évidemment TertuUien ne sait rien de la légende signalée plus tard par Rufin.

2. Ces conclusions ont été attaquées par dom Chamard (Revue des Quest. historiques, avril et juillet 1901), qui nous oppose notamment deux texies de TertuUien et un de saint Cyprien. Saint Cyprien écrit : « Quod si aliquis illud opponit ut dicat eamdem Novatianum ïegem tenere quam catholica Ecclesia tenet, eodem symbolo quo et nos baptizare..., sciât quisquis hoc apponendum putat, primum non esse unam nobis et schismaticis symboU legem neque eamdem interrogationem. » Ep. 76, à Magnus, Migne, P. L., t. III, çql. 1143. Dom Chamard souligne les mots que nous avons imprimés en italiques, et il ajoute : « Remarquez que saint Cyprien dit que le symbole baptismal est le même dans toute l'Église catholique. » Revue cit.i juillet 1901, p. 251. Si saint Cyprien avait dit cela, il aurait exprimé une erreur; le symbole baptismal de Jérusalem par exemple n'était sûrement pas mot à mot celui de Carthage. Mais « je remarque » que saint Cyprien n'a pas tenu le langage qu'on lui prête; il a dit que Novatien « suivait la même loi », c'est-à-dire la même doctrine « que l'Église catholique, et baptisait avec le même symbole que l'Église de Carthage ». Et ce n'est plus du tout la pensée de dom Chamard. Le même critique dit encore : « Je demanderai à M. Vacandard pourquoi il ne cite pas ce passage de TertuUien : « Hanc regulam ab initio « Ecclesias decurrisse, etiam ante priores quoscumque hœreticos. » Contra Praxeam, cap. n, P. L., t.. II, col. 157. Par le fait, ce texte est très embarrassant pour les partisans de l'opinion qui rejette l'origine apostolique du Credo; car il n'y peut être question de la doctine chrétienne, en général. Il serait par trop naïf de dire de la doctrine du Christ qu'elle a eu cours dans l'Église dès son origine, avant l'apparition des premiers hérétiques. Ce serait même un nonsens. U faut donc entendre par le mot Régula fidei ce formulaire de la foi, composé dès l'origine du christianisme. » Art. cit., juillet 1901, p.250-251. Dom Chamard tire ici le texte à lui, selon son habitude. TertuUien vient de faire un exposé de la doctrine chrétienne et il ajoute : Hanc regulam, etc. U ne dit pas : « La doctrine du Christ » a été enseignée depuis le commencement du Christianisme ; il dit : « cette doctrine que je viens de formuler et de préciser » a été enseignée depuis l'origine. Où est ici la « naïveté »? où est le « non-sens » ? Uniquement dans l'interprétalion de dom Chamard. Celui-ci nous objecte encore un passage du De Virginibus velandis « Regcla quidem Fidei, una omnino est, sola immobilis et irreformabllis, crèdendi scllicet in unicum Deum omnipotentem... etc. Bac lege Dei manente, caetera jam disciplinai et conversation is admittuntnovitatem correctionis, etc. » Cap. i, Migne P. L., t. II, col. 889. Or, s'il résulte quelque chose de clair de cette citation, c'est qu'il faut maintenir à tout prix l'unité de doctrine, car ici encore il s'agit de la doctrine que TertuUien vient d'exposer. Quant au formu-

Concluons : le Symbole romain est inconnu aux écrivains ecclésiastiques du i^"" siècle ; dès le commencement du m^ siècle, il est en plein exercice non seulement à Rome, mais encore en Afrique; sa composition remonte donc sûrement au ii" siècle.Le style, remarquable par sa netteté et sa vigueur [lapidar stylj dit Caspari), ne saurait nous renseigner sur son auteur et sa date. Il y a lieu de croire que saint Justin et saint Irénée lui ont fait des emprunts. Son existence serait donc attestée entre 150 et 200. Fautil croire que Marcion lui-même y ait fait allusion vers 145 ? Le silence que le Pasteur d'Herraas garde à son sujet (vers 140) serait, dans cette hypothèse, quelque peu surprenant. Cette considération n'arrête pas M. Burn, qui circonscrit la date delà composition du Symbole romain entre 100 et 120 ^ .

M. Zahn voudrait remonter plus haut encore, persuadé que, vers l'an 100, la formule romaine régnait

laire même, Tertullien n'y songe même pas. « La discipline peut changer, dit-il, la doctrine (le dogme) ne cliange pas. > De là à prétendre qu'il attribue aux Apôtres la composition du symbole baptismal romain, il y a loin. Dom Cliamard nous objecte enfin un texte de Priscillien {Tract. III, éd. Schepss, p. 49) : «Symbolum o-pus Domini est... qui Apostolis suis symbolum tradens, quod fuit, est, et futurum erat in se et in symbolo suo monstrans, nomen Patrem , Filium, itemque Filii Spiritum, ne Beniotritarum (Ebionitarum) error valeret, edocuit. » Mais ce passage ne ruine-t-il pas justement sa tlièse? Où est-il question" du Credo baptismal romain? J'y vois que le Clirist a remis aux Apôtres un symbole, et que ce symbole se réduit à la formule du baptême que signale saint Maltliieu, xxvni,

1. Ouv. cité, p. 64-63. Pour comprendre l'opinion de M. Burn, il faut savoir qu'il place la composition du Pasteur au commencement du n« siècle. C'est là un fait contestable. Pourtant Hilgenfeld {Hermae Pastor, 2« édit., Llpsiae, 1881, Prolegomena) attribue le Pasteur à trois auteurs différents, l'un contemporain de Trajan {Vision, i-iv) le second contemporain de Pie I {Vision, v; Similitud. vn) le troisième Similitud. vui-x) de très peu postérieur au second. M. Harnack, tout en maintenant l'unité d'auteur du Pastor, estime que les parties de l'ouvrage sont de dates différentes, entre llO et 140.

à Rome, pendant que la formule de saint Ignace servait de règle à Antioche : ces deux Symboles, assez dissemblables dans l'expression, mais très apparentés dans la doctrine, auraient été des formules sœurs, issues d'une formule primitive due aux Apôtres euxmêmes. Cette hypothèse ne nous paraît pas soutenable*; comme le fait remarquer M. Burn, elle tombe devant l'objection formidable que voici : si le Credo avait été dicté littéralement par les Apôtres, comment la première génération clirétieniië eût-elle eu la présomption d'en altérer le texte ^? Une telle audace, nous oserons dire une telle impiété, n'est pas imputable aux évêques et aux docteurs des temps apostoliques.

PROPAGATION ET ACCROISSEMENT DU Cl'edo ROMAIN

PRIMITIF : APPARITION DU « TEXTUS RECEPTUS »,

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