‹ Etudes de critique et d'histoire religieuse [microform]Chapitre 160 sur 177 · Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

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cette année, l'ambassadeur Pierre Guicciardini annonçait au grand-duc de Toscane que le pape Paul V et Bellarmin affirmaient que l' opinion de Galilée était (c erronée et hérétique » et qu'ils tiendraient une congrégation pour la déclarer telle : Fece Sua Santita chiamare a se BellarminOy e discorso sopra questo fatto fermarono che questa opinione del Galileo fusse en^onea ed eretiea; etper l'altro sento fecero una Congregazione sopra questo fatto per dichiarla taie ^ . Cette révélation ne jette-t-elle pas une lumière nouvelle sur le sens du décret du 5 mars 1616?

Le P. Grisar réplique en faisant observer que, huit ans après ce décret, le pape Urbain VIII, dans une conversation avec le cardinal Hohenzollern, affirmait que l'Eglise n'avait pas condamné la doctrine copernicienne comme hérétique mais seulement comme téméraire^ et que du reste il n'y avait pas à craindre que personne fût jamais capable de la démontrer nécessairement vraie ^.

Sans doute la note « téméraire » est une des censures ecclésiastiques, mais il ne suffit pas qu'un pape l'ait prononcée dans un entretien particulier pour qu'elle forme un jugement officiel et authentique. La déclaration d'Urbain VIII en 1624 ne modifie aucunement le sens du décret de 1616.

Sa déclaration s'explique d'ailleurs aisément. Le cardinal lui faisait remarquer que les luthériens allemands étaient partisans de la doctrine copernicienne et qu'il fallait prendre garde de les froisser

\. Le Opère di Galileo Galilei, t. VI, p. 227-228. 2. Lettre de Galilée à Ce^si (8 juin 1724), dans Le Opère, t. VI, p. 296.

en se prononçant contre elle. Le pontife voulut rassurer son interlocuteur sur la portée du décret de l'Index ^ , et la chose lui fut d'autant plus facile que le texte ne contenait pas proprement le mot « hérétique » ou « hérésie » . A quelque temps de là, il alla même plus loin dans cette voie des atténuations; Campanella lui ayant dit que des Allemands prêts à se convertir avaient reculé en apprenant la condamnation de la théorie de Copernic, il répliqua : « Ce ne fut jamais notre avis, et, si cette affaire nous eût regardé, ce décret n'eût jamais été rendu, » èse fosse toccato a noi, non si sarebbe fatto quel decrelo ^. On voit par là combien Urbain VIII avait à cœur d'affaiblir le sens du décret de 1616. Son interprétation est donc sûrement sujette à caution.

« Si cela nous eût regardé, dit-il, jamais un tel décret n'eût été rendu. » La suite des événements allait montrer combien cette déclaration, pour sincère qu'on la tienne, était aventureuse. Ce fut en effet Urbain VIII qui engagea le procès de Galilée devant le Saint-Office en 1633 ; ce fut lui qui ordonna de menacer l'accusé de la torture, afin de lui faire avouer qu'il avait soutenu intentionnellement dans son Dialogo une doctrine hérétique, la doctrine copernicâenne ; ce fut d'après ses ordres que le Saint-Office condamna Galilée à désavouer cette doctrine, à l'abjurer, à la maudire ^. On voit par là ce que valait la

1. « ZoUer... mi disse aver parlato con N. S. in materia del Copernico, e corne gli erelici sono tutti délia sua opinione, e l'hanno per certissima, e ciie pero é d'andar molto circospetto nel venire a determinazione alcuna ; al che fu da S, S. risposto come Santa Chiesa non l'avea dannata, ne era per dannarla per eretica, ma solo per temerarla. • Loe cit.

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