Jaugey, Le procès de Galilée et la théologie, p
lequel elle s'appuie; ce motif étant une déclaration de l'autorité ecclésiastique sujette à rescission, l'assentiment de l'intelligence ne peut être aT)solu. L'intelligence se soumet, sous l'empire de la volonté, en s'appuyant sur la confiance que méritent les décisions, même provisoires, du Saint-Siège; cette confiance, à son tour, est fondée sur la sagesse habituelle des papes, sur les grâces ordinaires que Dieu leur accorde pour bien diriger l'Église, sur la science et la vertu des membres des Congrégations qui leur servent de conseillers et d'organesi/ C'est en ce sens que Galilée, dans son interrogatoire du 21 juin 1633, dit qu'après la décision de 1616 il a quitté le système de Copernic, « en s'appuyant sur la sagesse de ses supérieurs ^ ».
Que cette confiance, qui inspira la conduite de Galilée au cours de son procès, l'ait animé pendant le reste de sa vie sans subir la moindre éclipse, celaest en soi fort douteux, et la note secrète que nous avons citée témoigne du contraire. Nécessairement, aux heures de doute ou de colère, la docilité de son esprit fut loin d'être entière. Mais quand la confiance reprenait le dessus, sa raison se conformait sans doute de nouveau aux décisions du tribunal qui l'avait condamné. Et l'on peut concevoir de cette sorte que son génie soit demeuré, jusqu'à la fin, sincère avec lui-même.
La sentence doctrinale du Saint-Office, par-dessus la tête de Galilée, regardait et atteignait toute l'Eglise. Le pape avait ordonné qu'elle fût transmise non seulement à l'Inquisition de Florence, mais
1. « Assicurato dalla prudenza de superiori, cesso in me ogni ambiguità. » Von Gebler, Die Acten, p. 113; ms. du Procès, fol. 452.
à tous les inquisiteurs et à tous les nonces de la chrétienté, afin qu'elle sortît partout son effet ^. L'ordre fut exécuté. Les inquisiteurs des villes italiennes, les nonces de Vienne, de Bruxelles, de Madrid et de France accusèrent réception de la communication qui leur était adressée ^. Il s'agissait d'imposer à tous les esprits comme obligatoire en conscience la réprobation de la doctrine copernicienne. Dans- quelle mesure cette obligation allaitelle être acceptée?
Tous les membres de l'Église avaient à résoudre le même problème moral que Galilée. Ils le résolurent différemment, selon les lumières particulières de leur raison et de leur foi.
Nous n'avons pas à nous occuper de la masse flottante des esprits, qui se soumit par habitude et sans réflexion à la décision des Congrégations romaines. L'attitude des penseurs, philosophes ou théologiens, mérite un examen plus attentif.
Les uns n'éprouvèrent aucune difliculté à se soumettre; ils étaient convaincus d'avance que. Rome avait raison. Tel ce directeur du collège de Douai, qui écrivait au nonce ""de Bruxelles, le 7 septembre 1633 : « J'ai saisi la première occasion qui s'est offerte pour notifier la sentence des sacrées Congrégations au chancelier et à nos autres professeurs. Bien loin d'admettre l'opinion extravagante [phanaticse opiniont) de Copernic et de Galilée, ils ont toujours pensé qu'il fallait la chasser des écoles et la siffler. Dans notre collège anglais de Douai, jamais