Von Gebler, Die Acten, p. 114; ms. du Procès, fol
2. Cette correspondance se lit dans le ms. du Procès, du fol. 4S6 au fol. S44; Von Gebler, Die Acten, p. 116-171.
ce paradoxe n'a été approuvé, jamais il ne le sera; nous l'avons toujours eu et nous l'aurons toujours en horreur^.»
Ces sentiments étaient ceux de la grande majorité des professeurs et théologiens du temps. Parmi les savants mieux initiés à la science de la nature, quelques-uns, qui paraissaient disposés à suivre Galilée dans la voie de ses recherches, battirent en retraite par respect pour l'autorité de l'Eglise romaine. De ce nombre était Gassend ou Gassendi, le, célèbre ami du savant florentin. Voici en quels termes il révèle son état d'âme : « Je respecte la décision par laquelle quelques cardinaux ont, d'après ce que l'on rapporte, approuvé l'opinion de l'immobilité de la terre. En eiffet, quoique les Coperniciens soutiennent que les passages de l'Écriture qui attribuent l'immobilité ou le repos à la terre et le mouvement au soleil doivent être entendus des apparences et comme un langage accommodé aux idées et à la manière de parlerdu vulgaire..., cependant, comme ces passages sont entendus autrement par des hommes qui ont tant d'autorité dans l'Église, je me sépare en cela des Coperniciens, et je ne rougis pas, en cette affaire, de captiver mon intelligence. Je n'estime pas néanmoins que ce soit un article de foi; je ne sache pas, en effet, que les- cardinaux l'aient ainsi déclaré, ni que leur décret ait été promulgué et reçu dans toute l'Eglise; mais leur décision doit être considérée comme un préjugé qui est nécessairement d'un très grand poids dans l'esprit des fidèles ^. »
La soumission de Gassendi était un acte d'obéis-
■1. Von Gebler, Die Acten, p. 170-171 ; ms. du Procès, fol. S4i. 2. De Motu impresso a motore translata III Epistolœ, t. HI, p. 471.
370 ÉTUDES DE CRITIQUE ET DHISTOiRE.
sance religieuse fondé sur la confiance que lui inspirait la sagesse, pourtant faillible, des Congrégations de l'Index et du Saint-Office. Nombre d'autres l'imitèrent. Ce ne fut cependant qu'une exception. La plupart estimèrent que le Saint-Office s'était prononcé trop vite dans une question où l'avenir de la science était engagé. Bien que la preuve définitive, absolue, du mouvement de la terre autour du soleil ne fût pas encore trouvée — le sera-t-elle jamais? — il leur semblait que la démonstration de Copernic, fortifiée par les arguments de Galilée ou par d'autres de même genre, suffisait à convaincre les esprits non prévenus, et qu'en dépit des lacunes de la théorie, le fait à prouver était désormais hors de doute.
Telle paraît avoir été, notamment, la pensée de Descartes*. Par égard pour la décision des cardinaux du Saint-Office ou par peur de la censure, il renonça à enseigner publiquement la doctrine du mouvement de la terre, mais il ne consentit pas pour cela à l'abandonner. Vers la fin de novembre 1633, il écrivait au P. Mersenne : « Je vouis diray, que m'estant fait enquérir ces jours à Leyde et à Amsterdam, si le Sistème du Monde de Galilée n'y était point, à cause qu'il me semblait avoir appris qu'il avait esté imprimé en Italie l'année passée, on m'a mandé qu'il estoit vrai qu'il avait esté imprime, mais que tous les exemplaires en avaient esté brûlez à Rome au mesme temps, et luy condamné à quelque amande : ce qui m'a si fort estonné, que je me suis quasi, résolu de brûler tous mes papiers, ou du moins de ne les laisser voir à personne. Car je
1. Œuvres de Descartes, éd. Charles Adam el Paul Tannery, Paris, 1897et.suiv., t. V, p. 5S0.
ne me suis pu imaginer que luy qui est italien, et mesme bien voulu du Pape, ainsi que j'entens, ait pu estre criminalizé pour autre chose, sinon qu'il aura sans doute voulu establir le mouvement de la terre, lequel je sçày bien avoir esté autrefois censuré par quelques cardinaux ; mais je pensais avoir oûy dire, que depuis on ne laissait pas de l'enseigner publiquement, mesme dans Rome; et je confesse que, s'il est faux, tous les fondements de ma philosophie le sont aussi, car il se démontre par eux évidemment. Et il est tellement lié avec toutes lés parties de mon traité que je ne l'en sçaurais détacher sans rendre le reste tout défectueux. Mais comme je ne voudrais pour rien au monde qu'il sortit de moy un discours, où il se trouvast le moindre mot qui fust dèsaprouçè de l'Eglise, aussi aymè-je mieux le supprimer, que de le faire paroistre estropié ^ . » Cette soumission de Descartes n'engageait pas son intelligence. En février 1634, il exprime l'espoir que ni le pape ni le concile ne ratifieront la sentence de la Congrégation des cardinaux, et il demande à Mersenne a ce qu'on en tient en France et si l'autorité des cardinaux a été suffisante pour faire de leur sentence un article de foi 2 ». Lorsqu'il eut parcouru le livre de Galilée, sa réserve s'accentua encore : « Les raisons pour prou-