Revue des Quest. historiques, octobre 1888, p
le texte de saint Epiphane est loin d'avoir la signification qu'on lui prête.
Quand il indique la mon ogamie comme règle ecclésiastique du sacerdoce, il ne fait que répéter la recommandation de saint Paul. S'il affirme ailleurs que « la sainte Eglise n'admet aux ordres sacrés, ^^ compris le sous-diaconat, que les vierges ou ceux qui mariés renoncent àl'usage de leurs droits conjugaux », il a soin de marquer que. cette règle n'est pas observée partout. Et les mots dont il se sert sont à retenir. Une dit pas, comme traduit Bickell : « Le célibat est en vigueur surtout dans les pays où les canons ecclésiastiques sont exactement observés » , mais : « surtout dans les pays où régnent de sévères canons ecclésiastiques » ; [AaXîffTa 07C0U OLKÇiiësiq xavoveç oî IxxXrjdia- (TTixoi. A la vérité il ajoute que, « si dans quelques endroits les prêtres, les diacres et les sous-diacres continuent d'avoir des enfants, cela n'est pas selon la règle, iouto où Ttapà tov xavôva, mais bien plutôt par suite de la lâcheté des hommes ». Mais le mot xavwv n'a pas ici le sens strict de « règle » ou de « loi » ecclésiastique ; il signifie simplement, comme le prouve le contexte, « l'idéal » que se propose l'Église. Bref la doctrine de saint Epiphane se réduit à ceci : « Le célibat ecclésiastique est d'un usage général au iv** siècle; l'Église le recommande et l'impose autant qu'elle peut; il répond à son idéal, cela est convenable, très convenable, TupsTrov icTi. Mais cet idéal n'est pas réalisé partout. » Nulle part l'évêque de Salamine ne laisse entendre que les clercs qui n'observent pas le célibat violent une règle apostolique ^ .
1. Sur tout ceci, cf. Funk, Côlibat und Prîesterehe in christlichen AUertum,loc. cit., Tp. i31-lS%.
A côté des textes assez spécieux de saint Epiphane, le reste de ceux que Bickell allègue encore en faveur de sa thèse ont bien peu de portée . Je ne parle pas seulement des canons de la Constitution apostolique égyptienne ^ et de quelques expressions du syrien Aphraate ^, qui sont loin de supposer l'existence d'une loi du célibat ecclésiastique; ni saint Ephrem, ni le pape Sirice, ni les Pères du concile de Carthage de 390 n'ont davantage les sentiments que Bickell leur attribue.
Saint Ephrem, faisant l'éloge d'Abraham évoque" d'Édesse, écrivait : « Quelque soin que le prêtre apporte à sanctifier son esprit, à purifier sa langue, à se laver les mains et à tenir tout son corps net, il n'en apportera jamais assez pour sa dignité, il doit être pur à toute heure parce qu'il est comme un médiateur entre Dieu et l'humanité. Loué soit celui qui purifie ainsi ses serviteurs ^ ! » Et la première strophe du poème suivant continue ainsi : « Tu vérifies pleinement le sens de ton nom, Abraham, car tu es devenu le père d'une multitude ; cependant tu n'as pas d'épouse, comme Abraham avait Sara; mais ton épouse, c'est ton troupeau. » On peut admettre que la continence est comprise dans la vertu de pureté que recommande saint Ephrem; mais il ne s'ensuit pas qu'elle soit l'objet d'une loi apostolique. Et si Abraham n'a d'autre épouse que son troupeau, rien ne prouve qu'il personnifie tout l'épiscopat syrien de
1. KaXbv fièv stvat àyûvaio;, et 6e ^%, aTcb [xiaç yuvaixd;, xvi, 2. Remarquer le mot xaXbv, qui exclut toute idée de règle positive.
2. Zeitschrift fur katol. Théologie, lll, 797. Le texte allégué a trait à la vie monastique et non à la vie sacerdotale; cf. Funk, Côlibat und Priesterehe, p. 437.