XI. Le discours que lés Actes mettent dans la
1. The work of St. Luke : A historical Apology of Pauline Preaching before the Roman Court; The Expositor, décembre 1914, p. 518
bouche de Paul aurait été, d’après Norden !, composé par un écrivain du 1° siècle, qui s’est inspiré des termes généraux de la prédication apostolique, et a particularisé son discours en y mêlant dés idées stoiïciennes. Le discours de l’Aréopage n’aurait rien d'original : il reproduisait un type de discours commun en ce temps-là sur le thème stoïcien, wept voù 6élou, conception étrangère à Paul. Norden retrouve ce type de discours dans les écrits similaires de l’époque, le Poimandrès, la XXXII1° Ode de Salomon, 1e Kerygma Petri, la Prédication de Barnabas, dont il donne des passages parallèles. En fait, les rapprochements avec les deux premiers écrits sont très vagues, même difficiles à apercevoir; ils sont plus discernables avec les deux autres, mais se réduisent à la reproduction d’un thème général : un appel du prédicateur chrétien aux païens, des exhortations à se repentir et une allusion à la résurrection du Christ; il n’y a aucune dépendance littéraire entre les Actes et ces écrits. Or, un thème de prédication a bien pu être emprunté à la tradition chrétienne et rien ne prouve que les écrits cités, surtout le Kerygma Petri et la Prédication de Barnabas, n’aient pas été influencés par les Actes qui leur étaient antérieurs.
Norden essaye ensuite de démontrer que le discours d'Athènes reproduit des penséés que nous connaissons déjà par d'autres passages des Actes: XVII, 24 = Ex., XX, 11; Actes, IV, 24; XIV, 25; VII, 74. De même ÿ 26— Deut., XXXII, 8, etc. Ces ressemblances prouvent simplement que les apôtres reproduisaient des idées qui étaient le thème ordinaire dé la catéchèse chrétienne.
Norden examine ensuite la dédicace « à un Dieu
4, Agnoslos Théos,
LE
inconnu », éyvoctw 666, que Paul dit avoir trouvé sur un autel d'Athènes et essaye d'établir que nous avons là un procédé de rhétorique dont se servaient les orateurs de l’époque. Ils commençaient leurs discours en se référant à un trait caractéristique, religieux ou non, qu'ils avaient remarqué dans la ville où ils parlaient. Ainsi avait fait Apollonius de Tyane. Dans un discours à Athènes sur les sacrifices il aurait parlé des dieux inconnus. Le discours des Actes aurait été composé d’après ce discours, parce qu'ils présentent tous deux les mêmes arguments, spécialement en ce qui concerne la piété des Athéniens et leurs autels à des dieux inconnus. Il n'existait pas de dédicace à « un dieu inconnu », mais seulement à « des dieux inconnus ». Paul, dit-on, pour établir sa thèse, aurait employé le singulier au lieu du pluriel. Mais s’il avait agi ainsi on se serait moqué de lui ou on l'aurait accusé de tromperie. Ce discours ne peut donc pas être de lui : il est du rédacteur qui a compilé les documents qui forment les Actes et les a retravaillés pour les adapter à son but. Dans un appendice : la Composition des Actes des apôtres, Norden soutient en effet que les Actes sont un livre composite, qui a pour fond le récit d’un compagnon de Paul, récit qui a subi les interpolations et les retouches d'un écrivain postérieur. Un exemple de ces interpolations est dans la préface, I, 1, 2, très mal agencée et qui n'exprime pas, comme elle aurait dû le faire, le but du livre. Norden croit que la préface primitive était ainsi conçue : « J'ai consacré mon premier livre, à Théophile, à tout ce que Jésus a fait et enseigné jusqu’au jour où il fut enlevé; maintenant, je vais essayer d'écrire les événements qui ont suivi, ceux dont j'ai été témoin moi-même et ceux que j'ai connus par des hommes dignes de foi, jusqu’au séjour de Paul à Rome. » L'auteur original devait donner un
» La
aperçu sommaire de ce qui s'était passé à Jérusalem entre la mort de Jésus et la conversion de Paul. Il raconte ensuite les faits, mais n’emploie le terme « nous » que pour les événements où il a pris part ou dont il a été témoin.
XII. Harnack ! a fait ressortir le mal fondé des conclusions de Norden et réfuté les preuves sur lesquelles celui-ci s’appuyait. Harnack fait remarquer que les idées stoïciennes que l’on rencontre dans ce discours pouvaient être connues de Paul, car elles étaient très répandues au r‘" siècle. Il n’est aucun des termes ou des expressions employés dans ce discours qui ne se retrouve dans les Actes; les rencontres d'idées entre ce discours et le reste des Actes sonttrès nombreuses. Ce discours a de proches affinités avec les épîtres pauliniennes.
Harnack résume ainsi ses arguments contre l’hypothèse de Norden.
1° On ne peut pas prouver qu'Apollonius, dans son grand discours à Athènes sur les sacrifices, qui a été reproduit probablement dans son écrit ep Guouwv, se soit inspiré d’autels à des dieux inconnus.
2° On ne peut pas prouver qu'Apollonius ait jamais, quelque part que ce soit, prononcé un discours qui procède d'une inscription d’autel ou même d’autels à des dieux inconnus.
3° On ne peut pas prouver non plus qu'il ait jamais eu seulement connaissance d’autels athéniens à des dieux inconnus.
4° Enfin, il est impossible de prouver que son biographe Damis, au commencement du n° siècle, ait mentionné ces autels, car les mots mis en cause
1. ist die Rede des Paulus in Athen ein ursprünglicher Bestandteil der Apostelgeschichte ?
peuvent appartenir aux œuvres de Philostrate, commencement du mxr° siècle.
Les doctrines de Paul et celles d'Apollonius sont de tous points différentes. Il n'y a aucun lien qui unisse Paul strictement monothéiste et Apollonius nettement polythéiste.
XIII. Quelle est pour nous la signification de la personnalité d’Étienne, de son action et de ses paroles? Telle est la question qu'étudie Maurice Jones dans The Expositar !. Tout ce que nous savons sur lui se trouve réuni dans les Actes des apôtres, VI- VIII, 84, D'après Harnack, ce serait un extrait d’un document antiochien, dû à Silas, auquel auraient été empruntés aussi XI, 19-30, l'église d’Antioche; XII, 25-XV, 35, voyage de mission de Paul et de Barnabé en Asie Mineure; discussions à Antioche, conférence de Jérusalem, retour de Paul et de Barnabé à Antioche. Ce document dû à un témoin oculaire serait de haute valeur historique. Ramsay est du même avis, mais il rattache ce document au diacre Philippe, à qui nous devrions tout ce qui est raconté dans les chapitres II-XIT. Sur la question discutée du choix des diacres pour le service des tables, Jones affirme nettement qu'il n’y eut pas là l'institution d’un nouveau ministère dans l'Eglise, mais seulement l'adjonction aux diacres hébreux déjà existant de diacres hellénistes qui devaient s'occuper spécialement des veuves de leur nationalité. Tous les diacres mentionnés sont en effet des Juifs hellénistes ; il n’eût pas été naturel, s’il s'agissait là d’une institution nouvelle, que tous les élus fussent des hellénistes et qu'il n’y eût aucun Juif palestinien,
Etienne était un juif helléniste, probablement
1. The Significance of St. Slephen in the History of the primitive Christian Church; The Expositor, march 4917, p. 161-178.
d'Alexandrie, Dans son discours il cite l'Ancien Testament d'après la version des Septante et en plusieurs passages il dépend de Philon et de Josèphe. Mais comment se justifie l'accusation portée contre lui : « Cet homme ne cesse de tenir des propos contre le lieu saint et contre la Loi? » L'examen de son discours : la fait ressortir. La vraie religion pour Étienne était la religion dont Moïse a été le premier représentant et qui a été prêchée par les prophètes, religion toute de culte spirituel. Mais, depuis Moïse, l'histoire d'Israël a été l’histoire de sa désobéissance à la volonté de Dieu, telle qu’elle a été révélée par Moïse et du passage d'une religion spirituelle à une religion relativement matérielle et à des observances rituelles. La dégénérescence a commencé dans le désert quand Aaron a élevé le veau d’or et elle s'est poursuivie pendant tout le cours de l’histoire d'Israël. Même l'érection du temple de Jérusalem fut une apos-
tasie de la religion formulée par Moïse. La vie reli-
gieuse du peuple d'Israël a donc été une continuelle résistance au Saint-Esprit et cette résistance a atteint son plus haut degré par le rejet de Jésus, le Messie, choisi par Dieu. Pour Étienne la religion de son temps était donc contraire à l'institution divine.
XIV. Dansson travail sur le diacre Étienne ! Schumacher étudie d’une manière spéciale le discours d'Étienne. « Qui veut savoir, dit-il, l'idée mère et le but du discours d'Étienne doit se garder d'y voir un modèle d’éloquence où chaque mot porte, où chaque phrase tend au but, où le moindre détail est coordonné à la pensée maîtresse. » C’est une improvisation prononcée dans l'émoi d'un guet-apens, devant un auditoire hostile, pour répondre à des accusations qui ne s’accor-