‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 120 sur 162 · The fourth Gospel in Research and Debate · texte numérisé non relu

The fourth Gospel in Research and Debate

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juive et de culture philosophique, tel que l’a été Apollos. Le IV° évangile a circulé en Asie Mineure, à peu près au temps d'Hadrien. Le contenu de cet évangile, loin de former un tout homogène, a été altéré, abrégé, augmenté, revisé et remodelé, peut-être à diverses reprises, L'’uniformité du style n’est pas une raison suffisante pour nier ces changements.

Bacon rejette donc l’origine johannique du IV* évangile : Jean avait été martyrisé à Jérusalem avant l'an 70, mais non en même temps que son frère Jacques, martyrisé en l'an 44, puisqu'il était présent à la conférence de Jérusalem, vers l’an 49. D'ailleurs, il est impossible qu'un pêcheur du lac de Génézareth ait pu écrire cet évangile. Peut-on le supposer au courant de la philosophie ionienne et du développement de l’idée du Logos dans l’école stoïcienne et de son application juive à Alexandrie et à Éphèse ? Cependant, il était bien au courant de la topographie de la Palestine, mais il a pu visiter le pays et faire des pèlerinages à Jérusalem. Le récit rapporte souvent des

. faits historiques, mais l’allégorie est dominante et

interprète les faits. S'il a indiqué le 14 nisan comme le jour de la mort de Jésus, c’est parce que c'était conforme à l'enseignement de son église : la Pâque, c'est la mort de Jésus, tandis que, pour les synoptiques, l’eucharistie remplace là pâque.

Et Bacon conclut: L'’acceptation des vues critiques sur le IV® évangile implique un grand défi et une grande responsabilité. On ne peut plus parler de l'autorité apostolique d’un témoin oculaire, d’un confident de la conscience profonde de Jésus. Encore moins sera-t-il possible de présenter la christologie du IV* évangile comme un témoignage personnel de Jésus sur lui-même.

IT. Avant de traiter les trois questions mention-

nées plus haut, signalons le résumé qui a été donné par Goguel ! des conclusions auxquelles ont abouti les critiques rationalistes :

1. La tradition extérieure sur l’évangile est sans valeur. dy

2. L'évangile n’émane pas d’un témoin oculaire; il n'est donc pas de l’apôtre Jean.

3. La préoccupation de l’évangéliste est d'ordre didactique et apologétique, non d'ordre historique et biographique. E

4. L'auteur a utilisé la tradition synoptique en l’adaptant à ses besoins.

5. Les déviations que son récit présente par rapport à ceux de ses devanciers proviennent de cette adaptation et non d'une ou de plusieurs sources particulières.

6. Les discours représentent la pensée de l’évangéliste, non celle du Christ.

$ 1. — L'auteur du IV* évangile.

Sauf l'ouvrage de Lepin : L'origine du quatrième évpangile, il n’a pas été publié de travaux d'ensemble sur cette question, mais des travaux de détail qui permettent d’éclaircir quelques difficultés.

I. Le but de Lepin ? a été d'établir l'authenticité johannique du IV° évangile, qu'il a décomposée en trois parties : authenticité d'époque, authenticité de lieu, authenticité d’auteur. Pour déterminer l'époque de composition, il s'applique à montrer par les écrits du ir siècle que le IV° évangile, très répandu vers la fin du 11° siècle, avait été utilisé par les gnostiques vers

1. Les études sur le quatrième évangile : Revue de Théologie et de Philosophie, janvier, p. 48. Lausanne, 1914.

2, L'origine du quatrième évangile.

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145-180 et par les montanistes à partir de 156, par Justin, 150-160, qu'il avait exercé une certaine influence sur le Pasteur d'Hermas, sur Valentin, sur | la Didachè, sur l’épitre du pseudo-Barnabé, et sur Basilide. D'un examen des épîtres d’Ignace, de Polycarpe et du témoignage des presbytres de Papias, il ressortirait enfin que l’évangile serait antérieur à l’an 110 ou même à l’an 100. Remarquons que l'on ne peut citer aucun passage de l’évangile, reproduit dans ces documents ; tout ce qu'on peut affirmer c’est que les épitres ignatiennes sont imprégnées des enseignements christologiques du IV* évangile. L'authenticité du lieu de composition est très importante, car elle est actuellement la question la plus discutée, et voici pourquoi. La tradition, repré-

‘sentée principalement par Irénée, affirme que « le

IV: évangile a été publié à Éphèse par Jean, ledisciple du Seigneur, celui qui reposa sur sa poitrine ». Le témoignage est aussi net que possible. Pour l’infirmer les négateurs de l'authenticité johannique soutiennent qu'irénée a confondu Jean l’apôtre, le fils de Zébédée, avec un Jean le presbytre qui aurait, en effet, vécu à Éphèse et dont nous parle Papias. Quant à Jean l’apôtre il n'aurait jamais séjourné à Ephèse et, d'après Georgios Hamartolos, il aurait été mis à mort : par les Juifs en même temps que son frère Jacques. La question très complexe a été fort bien exposée et discutée par Lepin. En résumé, il prouve que le témoignage de Georgios Hamartolos et de Philippe de Side sur la mort de Jean n’a aucune valeur et qu'Irénée n’a pu confondre Jean l’apôtre avec Jean le presbytre pour diverses raisons, dont la plus concluante est que ce Jean le presbytre n’a jamais existé ou tout au moins qu’on ne peut conclure son existence du texte de Papias. Sur ce dernier point nous ne

sommes pas parfaitement convaincu. Le texte de Papias nous semble résister à cette énergique tractation et peut-être y aurait-il lieu de placer ici plutôt un point d'interrogation, ou d'expliquer ce texte d’une autre façon, 3 ;

Le IV*° évangile a donc été écrit à Ephèse par Jean l’apôtre. Cette seconde partie de la proposition a été prouvée en détail par Lepin. Il a établi que la tradition primitive a attribué unanimement le IV* évangile à Jean, qu’il y a unité d'auteur entre les épiîtres johanniques, l'Apocalypse et l’évangile et que les deux premiers écrits sont de Jean, que l'examen interne de l’évangile prouve que l’auteur est Jean, parce que l’évangéliste s’identifie personnellement avec le disciple que Jésus aimait, disciple réel et apôtre, parce qu’il est un palestinien et qu'il possède une tradition spéciale, indépendante de celle des synoptiques, enfin parce que de tous les traits caractéristiques il ressort que l’auteur est Jean. De ce long examen, Lepin conclut que les contradictions des critiques montrent que la négation de l'authenticité johannique du IV* évangile entraîne dans des diffcultés insolubles, tandis que la concordance exacte des vérifications faites sur le témoignage de la tradition et le témoignage interne du livre garantit pleinement la thèse de l'authenticité. Cette conclusion nous paraît inattaquable dans son ensemble,

Nous avons déjà donné les mêmes preuves de l’authenticité johannique du IV° évangile !; nous n'avons donc à revenir que sur quelques points de la démonstration qui ont reçu de nouveaux développements.

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