Hist. eccl., II
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manuscrit de la Chronique de Georgios Hamartolos; les vingt-six autres manuscrits de cette Chronique omettent tout ce qui est dit du martyre de Jean et à la place ils s'expriment ainsi : Il termina sa vie en paix. Il est à croire que cette notice sur le martyre de Jean a été insérée dans la Chronique, pour établir qu'en lui s'était réalisée, comme dans son frère, la parole du Seigneur.
Lightfoot' croit que la notice est bien de Papias, mais il suppose qu'elle est incomplète et que dans le texte primitif il y avait : Iariac..….... odoxet tt Twavync [uèv 6nd rod ‘Popalwv Bacthéwc xatedixdoôn, pmapruoüv el Taruov, Iéxw60ç à] ünd ’Toudatwv dvnpéôn. Papias dit que Jean [fut condamné par le roi des Romains, étant martyr, (rendant témoignage) à Patmos et Jacques] fut tué par les Juifs. Cette hypothèse trancherait la difficulté.
Reste celle que présente le second texte, qui proviendrait de l'Histoire ecclésiastique de Philippe de
‘ Side : Papias dit en son livre deuxième que Jean le
théologien et son frère Jacques furent mis à mort par les Juifs. En supposant même que cette notice vienne de Papias ou de Philippe de Side, il est certain que Jean n'a pas été mis à mort en même temps que son frère Jacques. Ce dernier a été exécuté en l'an 43-44, par ordre d’Hérode, et Jean vivait encoré lors de la
- visite de Paul à Jérusalem, ainsi que celui-ci le dit
dans son épitre aux Galates, II, 9 : Jacques et Céphas et Jean, qui sont considérés comme des colonnes, me donnèrent la main d’association. Or, cette visite a eu lieu vers l’an 49. Schwartz avait supposé que le Jean dont parlait Paul n’était pas le fils de Zébédée,
4. Essays on the Work entitled LA Religion, p. 212. London, 1889.
mais Jean Marc; il a plus tard abandonné cette supposition absurde.
De plus, comment expliquer d’une façon plausible que Luc en racontant la mort de Jacques n'ait pas ajouté que son frère Jean, qu'il nomme d’ailleurs, à été mis à mort en même temps que lui : Il fit tuer par le glaive Jacques, frère de Jean, Act., XII, 2?
La discussion a été poursuivie entre Spitta et Schwartz sur la signification du texté de Mare sans que rien de bien nouveau ait été apporté pour la solution de la difficulté.
Signalons seulement en opposition à l'hypothèse de Schwartz cette notice extraite de la Chronographie d'Élie bar-Sinaya, métropolitain de Nisibe, traduite par L. J. Delaporte, Paris, 1910 : p. 59. CCXX® Olympiade-An 413-An 414-An 415. — En lequel, en l'an 7 de Trajan, mourut Jean l'Evangéliste (Irénée l'écrivain)- An 416. Le chronographe, se basant sur le témoignage d'Irénée, mentionne la mort de Jean en l'an 7 de Trajan, donc vers l'an 105.
IV. On avait remarqué qu’en dehors des témoignagés de Philippe de Side et de Georgios Hamartolos sur le martyre de l'évangéliste Jean on n'en avait aucun autré dans la tradition chrétienne. Latimer Jackson ! donne encore les quatre suivants :
1. Heracleon, cité par Clément d’Alexandrie?, mentionne ceux qui n'ont pas scellé leur foi parle martyre : & @v Mario, Délrtoc, Ouus, Acvls xal &Xdot modkof. Puisque Jean n’est pas cité parmi ceux-ci, c'est donc qu’il a été martyrisé, à moins qu’on ne le range dans les or rolkol.
1. The Dealh of John, the son of Zebedee; The Journal of thelogical Studtes,:Vol. XVIII, p. 30-32. London, 1916.
2, Strom., IV, 9%
2. Dans le Martyre d'André! nous lisons : xai ExAnp6ôn ITérpos vhv repurouiv. ’Idxw6oc xol ’Tudvvne rhv &varohv. Dimenos the môkec rc Zauaplos xat rhv ’Aclav.. Nous ne voyons pas comment ce passage prouve que Jean a été martyrisé.
3. Le troisième témoignage est celui du Martyrologe syriaque, qui a été déjà cité et discuté.
4. Dans son homélie De persecutione, 343-344 après J.-C:, Aphraat s'exprime ainsi : « Grand et excellent est le martyre de Jésus... Après lui suivit le fidèle martyr Etienne que les Juifs ont lapidé.. Simon et Paul furent des martyrs parfaits. Jacques et Jean marchèrent sur les traces du Christ leur maître. Aussi (d’autres) apôtres plus tard et en divers lieux confessèrent leur foi et se montrèrent de véritables martyrs. » Seul, ce témoignage nous paraît affirmer nettement que Jean l’apôtre, frère de Jacques, à été martyrisé et probablement en même temps que son frère. Il faudrait donc reconnaître qu’au 1v° siècle en Asie Mineure
-et dans l'extrême Orient il existait une tradition à ce sujet. On avouera que ce n'est pas suffisant pour infirmer la tradition contraire.
V. Il est inutile de nous arrêter longtemps aux objections que nous avons mentionnées déjà sur la possibilité du séjour de Jean à Ephèse. S'il y avait vécu, dit-on, Paul aurait parlé de lui dans son épitre aux Éphésiens, ainsi que dans sa première lettre écrite à Timothée, vivant à Éphèse, et Pierre aussi dans sa première lettre adressée aux chrétiens d'Asie. On s'étonne même que Timothée ait pu exercer le ministère que Paul lui avait confié si Jean était à Éphèse. Et surtout, comment Ignace, dans sa lettre aux Éphésiens, XII, leur écrit-il qu’ils ont été initiés aux mêmes
4. Édition Bonxer, Acéa apostolorwm apocrypha, He partie, T: I, p. 46.
mystères que Paul, Ilaélou cuuuooru, qui avait vécu chez eux, il y avait une quarantaine d'années et ne leur dit-il rien de Jean qui avait vécu longtemps parmi eux et cela peu de temps auparavant? Ce silence d'Ignace paraît en effet assez extraordinaire, mais il n’est pas une preuve positive contre le séjour de Jean à Éphèse. Ignace avait une raison spéciale pour parler de Paul et ne paraît pas en avoir une de parler de Jean, auquel d’ailleurs on peut croire qu'il fait allusion quand il dit : Je vous demande une place dans vos prières pour avoir part, moi aussi, à l'héritage des chrétiens d'Ephèse qui, par la puissance de Jésus-Christ, furent toujours unis aux autres apôtres, ad Eph., XI, 2. Aucun apôtre en dehors de Jean et de Paul n’a eu de rapports avec les chrétiens d'Éphèse. Le contexte nous indique pourquoi Ignace parle de Paul et non de Jean : Vous êtes le chemin de passage de ceux qui vont à Dieu par le martyre, vous, les initiés aux mêmes mystères que Paul, cet homme d’une sainteté éprouvée sur les traces de qui je voudrais avoir marché. Comme Paul il allait au martyre et il n'avait pas ce point de ressemblance avec l'apôtre Jean. Il est facile d'expliquer pourquoi Jean n’a pas été mentionné par Paul dans ses épiîtres aux Éphésiens et à Timothée. L’apôtre Jean n'était pas à Éphèse au moment où Paul a envoyé ces épitres.. Nous ne savons pas à quelle époque il vint habiter cette ville, mais.ce fut tardivement, vers la fin du r°’ siècle, si nous tenons pour véridique ce passage de la Chronique de Georgios Hamartolos : Après Domitien, Nerva régna un an et ayant appelé Jean de l’île, il lui permit d’habiter à Ephèse. Des Acta Johannis!, 160-180, il semble résulter que Jean vivait déjà à Ephèse du temps de
4, Lipsius-BONNET, Acfa apostolorum apocrypha, T° partié, T.T, p. 153.
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Domitien et ce faitest confirmé par Clément d’Alexandrie ! qui parle du retour de Jean à Ephèse après la mort de Domitien. En tout cas, on comprend très bien que Paul n'ait pas parlé de Jean dans l’épitre aux Ephésiens, qui est une circulaire où ne se trouve aucune allusion à quelque personne que ce soit.
VI. Nous avons déjà parlé? de l’objection très sérieuse qui a été faite à l'attribution du IV° évangile à l’apôtre Jean, fils de Zébédée, un pêcheur du lac de Tibériade, du fait de la sublime doctrine du Logos, qu’il enseigne au début de cet évangile. Cette doctrine aurait été, dit-on, empruntée à Philon d'Alexandrie. Nous avons reconnu qu'il existait en effet certaines ressemblances de terminologie entre le Logos du IV° évangile et celui de Philon, maïs nous avons établi qu’elles provenaient non d’un emprunt du premier au second, mais de la source commune où tous deux avaient puisé, l'Ancien Testament, les écrits rabbiniques du temps et les idées ambiantes surle Logos.
Dans son fond le Logos du IV° évangile est essentiellement différent de celui de Philon. Entre le Logos de Jean et le Logos de l'écrivain juif, il y a toute la différence d’un être distinct, concret, réel, vivant à un être abstrait, métaphysique.
Les travaux qui ont paru en ces dernières années ont fortifié ces conclusions en les développant et en apportant de nouvelles preuves, que nous allons indiquer.
C'est dans l'important travail du P. Lebreton sur les Origines du dogme de la Trinité que nous trouvons des notions précises sur l'emploi et la signification du terme « Logos » chez les philosophes grecs,