‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 126 sur 162 · LEE · texte numérisé non relu

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hommes du premier siècle ont-ils été préparés à comprendre le message de Jean que « le Verbe est devenu chair » pour apporter la rédemption et la vie? Chez les Juifs et les païens, chez les philosophes et dans le peuple simplement religieux on avait la notion que la raison universelle ou la Sagesse du Dieu personnel n'était pas seulement la créatrice ou la médiatrice du monde, mais aussi la conductrice des âmes, celle qui apportait la vraie connaissance et le vrai salut. Une appellation en usage pour ce médiateur du salut était copix Où Àdyos. Mais le terme logos était surtout celui qui était compris dans ce sens chez les Juifs aussi bien que chez les païens, chez les Palestiniens et chez les Alexandrins. »

Krebs ne croit pas cependant qu'on doive en conclure que la doctrine de Jean sur le Logos vienne de ces idées diffuses ou des spéculations philosophiques. Il en retrouve plutôt les premières origines dans l’œuvre et la personne du Christ, connu comme Sauveur, législateur et révélateur, Fils de Dieu, telles

. que nous les présentent les évangiles synoptiques; il les retrouve aussi dans les épîtres de Paul et dans la liturgie primitive. Il y a donc eu seulement adaptation de la foi chrétienne à un langage qui la rendait accessible à tous. C’est dans Jean que se rencontre la première manifestation de cette adaptation. Écrivant à Éphèse, où s'étaient répandues toutes les doctrines sur le logos hermétique, messager de la révélation et idée du monde, sur le logos stoïcien, raison universelle, la doctrine alexandrine du logos et peut-être aussi celle de la Memra juive, l'évangéliste a choisi le terme logos en opposition au logos païen et au culte du logos hermétique. Au faux logos il plaçait en face le vrai Logos, le Fils de Dieu, créateur du monde et Dieu lui-même,

VIIL. J. S. Johnston! a voulu démontrer que la | Christologie du IV* évangile n’était en. aucune façon étrangère à la pensée chrétienne du temps. Il examine ensuite ce qu'est le Logos pour Jean et il prouve qu’en opposition avec la spéculation grecque ou philonienne, il le regarde comme une personne et non comme une idée. Il se demande alors comment a pu naître cette conception du Logos et il en trouve l'origine dans les livres de la Sainte Ecriture, Psaumes, Isaïe, Genèse, Exode, Job, Sagesse surtout, puis dans les écrits juifs postérieurs, Targums, Hénoch. Il examine ensuite l'apport de la philosophie grecque par l'entremise de Philon et, après avoir comparé les données grecques sur le logos et celles du IV° évangile, il conclut que Jean a adopté la terminologie grecque, mais a donné au terme Logos une signi- . fication précise en l'individualisant. Ainsi que l’a très bien dit Plummer, « la personnification de la Parole divine est poétique dans l'Ancien Testament, métaphysique dans Philon, historique dans Jean. Entre la poésie juive, la spéculation alexandrine d'un côté et le IV° évangile de l’autre, il y a le fait historique de la vie de Jésus-Christ, l’Incarnation du Logos ».

Johnston recherche ensuite les traces de cette conception du Logos dans les écrits néotestamentaires, l'objet de cette doctrine et sa valeur philosophique pour la théologie chrétienne. :

IX. Dans son étude sur l'Evangile éphésien?, P. Gardner donne de bonnes raisons pour établir l'origine éphésienne du [IVe évangile; il en rattache les doctrines à celles des épîtres pauliniennes. Paul a prêché à Ephèse : l'évangéliste est clairement un disciple de l'enseignement paulinien dont il a adopté

1. The Philosophy of the fourth Gospel. 2. The Ephesian Gospel.

la tendance à l’allégorie et surtout la communion mystique entre le Christ et l'Eglise et l'identification de l'Esprit ou de l'Esprit du Christ avec le Christ glorieux lui-même. L’évangéliste a reproduit aussi quelques-unes des doctrines de Cérinthe; il insiste sur la réalité humaine de Jésus. L'influence de Philon sur le IV évangile est bien moins profonde qu'on ne l'a supposé. L'évangéliste était plus immédiatement dépendant d'une théorie du logos répandue à ce moment à Éphèse, la patrie d'Héraclite.

Gardner découvre des affinités entre l’enseignement de l’évangile et ceux des mystères païens. Il s'étonne que l’évangéliste n'ait pas rapporté l’institution de l’eucharistie. Mais il y a fait allusion par son enseignement sur le pain de vie et il ne pouvait dévoiler davantage le mystère chrétien par excellence.

Il rejette comme tout à fait improbable que l’évangéliste soit Jean, fils de Zébédée, L'évidence interne s’y oppose. Outre de nombreuses divergences avec les synoptiques on remarquera que le IV° évangile n’attribue jamais la maladie à la possession démoniaque. Or, d’après Marc, IX, 38, Jean croyait à l’action des démons. Gardner croit que le disciple bien-aimé était le fils de Zébédée. H

X. H. Barklay Swete, décédé en 1917, se demande qui était le disciple bien-aimé, dénommé ainsi cinq fois dans le IV® évangile ; il est encore appelé l’autre disciple, connu du grand-prêtre !. C’est ce disciple qui a écrit l'évangile. Avec lequel des disciples du Seigneur faut-il l'identifier ? Il était présent à la dernière cène et occupait une place prééminente; il était connu du

1. The disciple whom Jesus loved; John of Ephesus Journal of theological Studies, juillet 4916, p. 371. London.

grand-prêtre. Il serait inconcevable qu'un pêcheur de î Galilée ait été en relation avec un membre de l’aristocratie sadducéenne. Il était au pied de la croix avec Marie, mère de Jésus; les apôtres s'étaient enfuis. Jésus lui confie sa mère et le disciple l’emmène dans sa maison, ce qui suppose qu’il avait une maison à Jérusalem. Peut-être est-ce dans cette maison qu'eut lieu

la dernière cène ? Et cela expliquerait que le maître de

la maison ait occupé une place de choix auprès de Jésus.

Le disciple que Jésus aimait était-il apôtre? Il est appelé disciple, maënrfs; mais le IV° évangile désigne souvent les apôtres sous le nom de uaëntat. Il est souvent nommé en compagnie de Pierre dans les évangiles et les Actes, ce qui indiquerait qu'il était apôtre. Mais d'autre part il n’était pas Galiléen, mais un riche habitant de Jérusalem ou des environs. Le IV° évangile, dont il serait l’auteur, indique qu'il était hiérosolymitain. Il relate peu de choses sur le ministère de Jésus en Galilée et au contraire entre dans les détails les plus précis sur l’action du Seigneur à Jérusalem. Il paraît très bien connaître la ville et ses monuments.

Si le disciple que Jésus aimait n'était ni Jean, le fils de Zébédée, ni un des apôtres, qui était-il donc? Jésus a aimé tous les siens, mais deux personnages seulement sont nommés dans les évangiles, comme : ayant été particulièrement aimés par Jésus, Lazare, Jn, XI, 3, 5 et le jeune homme riche qui l'interrogea sur le chemin de Jérusalem, Mc, X, 21. Lazare remplirait bien toutes les conditions, signalées plus haut, mais il est étonnant que lors du récit de sa résur- : rection, Lazare n'ait pas été désigné comme le disciple que Jésus aimait. Quant au jeune homme riche il pourrait aussi remplir les mêmes conditions, mais il est

dit, Me, X, 22, qu'il se retira tout triste PAR de Jésus. Swete conclut que Dieu seul connaît la vérité sur cette question du disciple que Jésus aimait.

H. Barklay Swete a rassemblé ensuite tous les renseignements que la tradition nous a transmis sur Jean d'Ephèse. D'après Papias, un auditeur de Jean, il semble qu'il y aurait eu deux Jean, l’un apôtre et l’autre qualifié de presbytre. Le canon de Muratori qualifie Jean de disciple, tandis qu'André est apôtre. Les Valentiniens tenaient l'Evangéliste pour un apôtre. Hippolyte appelle Jean, apôtre et disciple. Clément d'Alexandrie identifie Jean d'Éphèse avec Jean l'apôtre. Justin déclare que Jean, l’auteur de l’Apocalypse, était un des apôtres du Christ. D’ après Clément d'Alexandrie il possédait à Éphèse une autorité suprême : c'est lui qui fut le créateur de l’ordre des évêques. Jean d'Ephèse a été enterré dans cette ville d’après Polycrate; sa mort eut lieu après le commencement du règne de Trajan, après 98. D’après un renseignement qu'on attribue à Papias, Jean, fils de Zébédée, aurait été mis à mort par les Juifs; mais on a probablement mal compris Papias et il serait étonnant qu'Eusèbe qui avait Papias entre les mains n’en

“ait pas parlé, non plus que les autres témoins de la tradition.

De ces données, Swete conclut qu'on n'a pas de preuve convaincante de l'identité de l’apôtre Jean avec Jean d'Ephèse, ou même de la résidence du premier à “phèse, à la fin du r°’ siècle. Il est douteux que Jean d Éphèse soit le presbytre Jean de Papias ; il n’est pas prouvé qu'il ait été apôtre au sens strict. La tradition l'a appelé apôtre, mais au sens large, pour honorer la mémoire du plus grand docteur que l'Église d'Asie ait connu après le passage de Paul.

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