Das Evangelium Johannis. Berlin
si Ep.
produit d'un processus littéraire qui se développe en plusieurs étapes (p.6). Wellhausen procède donc à une analyse des diverses sections de l’évangile pour rechercher les diverses couches qui l’ont formé. Il signale les passages qui sont simplement la répétition l’un de l’autre : VI, 36-40 — 41-46; VII, 25-30 — 40-44; I, 22- 24 — 25-28. En outre, l'argumentation revient constamment sur elle-même : II], 41-21 ; III, 31-36; X, 1485. ; V, 19-27. Même, lorsque de nouveaux éléments sont ajoutés, ils ne ressortent pas logiquement de ce qui. précède, mais lui sont joints par une façon d’agglutination. Les récits présentent des traces d’interpolation; les discours n’offrent pas une suite de preuves articulées et ne sont pas reliés aux circonstances dans lesquelles ils ont été prononcés. Wellhausen en conclut que l’évangile s'est formé graduellement par des apports successifs. Quelques morceaux émergent çà et là de l’ensemble comme des pierres dressées et s’arrangent dans une ligne plus ou moins continue, qui forme l'ossature de l’évangile ou Grundschrift, À. Cet écrit primitif n’a pas été reproduit dans son entier et a été incorporé dans un ouvrage plus récent, B, qui a grandi par degrés et a été l’œuvre de plusieurs mains. Les discours sont surtout l'œuvre de B, quoique À contienne aussi quelques dialogues qui ont été développés par B. Dans celui-ci se trouvent des péricopes originales, qui ne sont pas en rapport avec À : l'entretien de Jésus avec Nicodème et les allégories du bon Pasteur et de la vigne.
La critique littéraire a une importance beaucoup plus restreinte pour l'évaluation historique du IV° évangile que pour l'exégèse, Malgré ses diverses couches on peut l’estimer cependant comme une œuvre essentiellement une. Les accroissements qui y sont insérés proviennent du même cercle que celui où est né l'écrit
fondamental et s'adresse aux mêmes lecteurs. Jean, le fils de Zébédée, ne peut être l'auteur primitif de l'évangile qui porte son nom. Marc, Papias et le vieux martyrologe syrien s'accordent à attester que celui-ci a été mis à mort de bonne heure à Jérusalem. On n’a donc aucune indication de nature positive sur l’origine du IV* évangile, p. 119.
L'analyse qu’a faite Wellhausen du IV® évangile ne nous semble pas établir que les divergences qu'il a relevées entre les diverses sections de l'écrit, les répétitions et les ressemblances qu’il signale obligent à conclure que l'écrit a été formé à l’aide de documents différents ou qu'il s’est accru progressivement. Il a reconnu d’ailleurs l’unité du IV° évangile, malgré les couches successives qu'il y découvre. Il faut donc expliquer autrement qu'il ne l’a fait les observations qu'il a relevées.
Et d’abord ces divergences et ces incohérences ne sont pas aussi profondes qu'il le prétend. Ainsi, que l’évangile rapporte que Marie Madeleine raconte à Jérusalem ce qu’elle a vu au tombeau du Christ, et que peu après elle est auprès du tombeau, sans qu'il dise qu'elle y est retournée, est-ce là une incohérence ? Un évangile n'est pas un procès-verbal où toutes les circonstances sont notées. |
Est-il nécessaire aussi qu'il soit une œuvre logique .
où tous les événements sont strictement enchaïînés et disposés dans leur ordre historique ?
L'apôtre Jean n'était pas un historien de métier; il n’a pas voulu non plus faire une œuvre d'art. Ceci nous explique les répétitions, les retours des discours sur des idées déjà exprimées et ce qui semble être des contradictions. Rien n'empêche d’ailleurs de supposer et cela paraît bien être la vérité que l’auteur a écrit d’abord des sections séparées, relatant un fait ou un
ÉVANGILE DE SAÏNT JEAN. k09
discours. Cela expliquerait bien la connexion assez lâche qui existe entre les diverses parties de l’œuvre et aussi les répétitions, répétitions qui, pour les discours, peuvent provenir de Notre-Seigneur.
V.R.C. Gregory! a fait ressortir toute la faiblesse des arguments sur lesquels Wellhausen appuyait son hypothèse. Il reconnaît que la parole de Jésus, Jn, XIV, 21 : Levez-vous, sortons d'ici, paraît étrange à la place où elle se trouve, mais, placée là, elle prouve que l’évangile n’a pas été revisé. S'il l'avait été, le reviseur ne l'aurait pas laissée subsister à cet endroit et l'aurait reportée à la fin du discours du Seigneur. Il conclut que c’est trop demander à un livre de cette époque que chaque mot soit parfaitement intelligible et s'accorde exactement avec son contexte. Wellhausen a refait dans son travail sur le IV° évangile ce qu’il avait déjà fait pour les livres historiques de l’Ancien Testament. |
VI. Th. Zahn? discute aussi le système de Wellhausen et il n’y trouve que des affirmations indémontrées, des hypothèses esquissées, où il n’y a pas un petit grain de connaissance nouvelle.
Rappelons qu’antérieurement à ces hypothèses critiques Jülicher avait protesté contre les procédés mis en œuvre. Il fait remarquer que les inégalités et les contradictions sur lesquelles on appelle l'attention pour établir les hypothèses d’interpolation et de déplacement des textes sont caractéristiques de Jean. Les critiques prennent trop souvent comme norme leur: propre logique, leur attention aux détails, leur besoin de correction et de cohérence et voudraient un évangile tel qu’ils l’auraient écrit eux-mêmes. Mais la tâche de