‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 142 sur 162 · Johannes · texte numérisé non relu

Johannes

admet avec la tradition chrétienne, Jean Chrysostome, Cyrille d'Alexandrie, Cyprien, Hilaire, que dans les discours de Jésus au chapitre VI il est question de l’eucharistie. « Le terme rowyetv, répété quatre fois, 54-58, nous oblige à nous représenter une manducation véritable. Plus loin, nous trouvons dans notre chapitre réunie ensemble toute la terminologie de la Cène : edyapioteiv, Gudovar dpvov, payeiv, miveiv, alu, capé. Manger et boire la chair et le sang du Christ devaient rappeler la cène du Seigneur aux lecteurs de l’évangile. Cet ordre avait à sa base cette idée, que l’on retrouve dans les religions païennes, que manger ce qui représentait un Dieu incorporait à ce Dieu et donnait l’immortalité. » Et Bauer cite les mystères de Bacchus, de Mithra, d’Attis. Inutile de réfuter ces affirmations ; nous l'avons déjà fait.

XX. Persuadé qu’il était impossible d'aborder le problème de la composition du [V° évangile avant

d’avoir déterminé les sources diverses qui ont contri-.

bué à le former, Goguel s’est attaché à rechercher les sources du récit johannique de la passion !, et celles des récits sur Jean-Baptiste ?. Il s'appuie sur les incohérences qu'il a cru relever : « Là où l’on constate, dit-il, une incohérence dans le récit, on trouve un fil conducteur qui permet de reconstituer les diverses traditions en groupant les fragments qui ont entre eux une relation organique. » Voici les résultats de son enquête : Plusieurs indices matériels établissent que le récit de la passion dans le IVe évangile, sous sa forme actuelle, n’est pas homogène, mais qu'il est une

4. Les Sources du récit johannique de la Passion. Paris, 4910.

2. Les Sources des récits du quatrième évangile sur Jean-Baptiste, dans Revue de Théologie et des questions religieuses, t. XX, p. 12-44. Montauban, 1914. k

combinaison de fragments d'origine et de caractère assez différents. Les éléments divers qui ont constitué ce récit forment les groupes suivants : Il y à d’abord quelques traditions anciennes, indépendantes du récit synoptique, mais qui peuvent avoir été en contact avec la source du récit de Marc; telles seraient, par

exemple, l'indication chronologique, divergente de

celle des synoptiques, discrètement mais nettement marquée à trois reprises, XII, 1; XVIII, 28; XIX, 14; la première annonce de la trahison de Judas, XIII, 18-20 et le discours d’adieu sous sa forme primitive, XIV, 1, 2; XVI, en partie; 17-26; certains détails de l'arrestation de Jésus au Jardin des Oliviers; le fond premier de la relation du procès juif et du reniement de Pierre. Il y eut donc un récit johannique de la passion dont quelques fragments seulement ont été conservés dans le IV° évangile actuel.

Les morceaux empruntés par le rédacteur johannique à la tradition synoptique sont nombreux et importants ; en voici quelques-uns : XI, 47-53, décision des Juifs de faire mourir Jésus ; XIT, 1-11, onction de Béthanie; XII, 12-16, entrée à Jérusalem; XIII, 21-30, annonce de la trahison; XVIIL, 1-11, arrestation de Jésus; XVIII, 28-XIX, 16, procès romain; XIX, 17-37, exécution; XIX, 38-42, mise au sépulcre.

Certains morceaux du IV° évangile, composition du rédacteur, sont dus à des préoccupations dogmatiques et apologétiques : l'exécution de Jésus par les Juifs, le développement du récit du procès romain, la sympathie évidente que Pilate montre pour Jésus, la présentation de Jésus comme roi, l'épisode du titulus, les détails qui assimilent la mort de Jésus à celle de l'agneau, Ceux qui sont destinés à montrer que Jésus ne tombe pas dans les embüûches de ses ennemis mais va librement à la mort, le sang et l’eau qui coulent

du côté de Jésus, les paroles de Jésus intercalées dans la narration.

Les sources utilisées par l’auteur pour les récits sur Jean-Baptiste sont au nombre de trois : deux sont des variantes du récit qui a servi aux évangélistes synoptiques; la troisième, la plus ancienne, est la meilleure de toutes celles que nous avons sur Jean- Baptiste.

Enfin, le rédacteur du IV®° évangile a dû connaïtrenon seulement les récits synoptiques mais leurs sources !. Ils éclaircissent ce passage assez imprécis : « Après deux jours, Jésus partit de là et alla en Galilée; car Jésus avait déclaré lui-même qu'un prophète n'est point honoré dans sa propre patrie. Lors donc qu'il fut arrivé en Galilée, les Galiléens l’accueillirent, ayant vu toutes les choses qu'il avait faites à Jérusalem pendant la fête, car eux aussi étaient allés à la fête », IV, 43-45. Il semble qu'il y a contradiction entre la première partie du récit et la seconde. Mais tout s'éclaireit si l’on se rappelle le récit de Mt, XIII, 53-58; Me, VI, 1-6; Le, IV, 16-30. Jean fait ici allusion à une scène connue de ses lecteurs et l’on peut reconstituer l'épisode de la façon suivante. Les Galiléens reçoivent Jésus avec joie parce qu'ils savent qu’il a fait des miracles à Jérusalem et qu'ils s’attendent à lui en voir accomplir en leur présence. Mais Jésus leur reproche de ne pas croire s'ils ne voient des miracles et il leur déclare qu'un prophète est mal accueilli dans son pays. À cette constatation de Jésus se rapproche ce qu’il dit à l'officier royal, à Capharnaüm : Si vous ne voyiez des miracles et des prodiges, vous ne croiriez point.

4. Le Rejet de Jésus à Nazareth, Aans Zeitschrift für die nt. Wissenschaft, XIL°' Iahrgang, p. 321. Giessen, 1911.

XXI. Le P. van Kasteren ! estime vraisemblable l'opinion qui suppose que la péricope johannique de la femme adultère a existé primitivement dans le texte araméen de l’évangile de Matthieu et qu’elle se trouvait probablement dans le ch. XXII entre les ÿ 40 et 41. Pourquoi cette péricope a-t-elle été évincée du texte de Matthieu et a-t-elle été introduite dans celui de Jean, c’est là ce que l’auteur ne peut expliquer complètement et les raisons qu’il en donne ne sont que plausibles.

$ 3. — Valeur historique du IVe évangile.

Sur la valeur historique du IV° évangile nous avons eu un ouvrage de haute valeur scientifique, celui de M. Lepin; avant de l'analyser, signalons quelques études intéressantes, quoique de moindre envergure. 5

I. J. A. Robinson? s'attache à démontrer que dans ses grandes lignes le IV° évangile est en accord avec . les évangiles synoptiques et les suppose. On s’est étonné de trouver dans le IV° évangile plusieurs voyages à Jérusalem et des polémiques avec les Juifs dans cette ville, voyages et polémiques inconnus aux synoptiques. Robinson remarque que l'hostilité des Juifs, lors du dernier voyage de Jésus à Jérusalem, ne s’expliquerait pas s’il n’y avait pas eu déjà des dispositions haineuses des Juifs envers Jésus, lors des précédents voyages dans cetté ville. Il est, d’ailleurs, impossible de croire que le Seigneur n'est pas allé durant le temps de sa vie publique à Jérusalem,

4. Verisimilia cifca pericopen de muliere adullera, JoAN., VII, 53- VIII, 41; Revue biblique, 1911, p. 96.

2, The historical Character of St. John's Gospel, London. 1 08.

au moins au temps de Pâques, suivant la coutume fuive,

Robinson signale ensuite les rapports qui existent entre plusieurs sentences de Jésus dans le [V° évangile et celles des synoptiques. Il examine les trois objections qui ont été faites contre le miracle de la résurrection de Lazare : Il ne peut être placé dans le cadre du récit de Marc; il est même en opposition avec le récit des événements qui, dans Marc, ont abouti au crucifiement; Marc aurait relaté ce miracle s’il avait existé et s’il l'avait connu, et prouve qu'elles ne sont pas fondées. Enfin, il montre en quoi les récits de la résurrection de Jésus dans les synoptiques sont en accord avec ceux du IV° évangile et en quoi celui-ci complète ceux-là.

Il. F. W. Worsley! veut prouver que l’auteur du IV® évangile prenant en général Marc comme la base de son œuvre parce qu'il reproduit très succinctement la tradition synoptique, omet tout ce qui se rapporte à la matière suffisamment développée par les synoptiques. Il fait cependant de temps en temps des allusions à leurs récits, comme s’il voulait dire « pour plus de détails voyez les autres récits »; il répète les faits déjà racontés par d’autres quand il veut y faire des corrections. intentionnelles ou compléter les récits des synoptiques en y introduisant des détails que l’auteur considère comme essentiels pour l'intelligence des événements. Le but principal de l’évangéliste a été d'appeler l'attention spécialement sur la manifestation personnelle du Seigneur à ses disciples. Seul, un témoin oculaire et un apôtre pouvait entreprendre une tâche semblable et était capable de la mener à bien. Worsley prouve sa thèse dans le détail en mon-

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