The historical Value of the fourth Gospel
relate qu'elle était écrite en hébreu , en grecet en latin,
qu’elle l'avait été par Pilate et qu'il y eut à ce sujet une discussion entre lui et les Juifs. La distribution des vêtements de Jésus aux soldats est racontée avec plus de détails par Jean, ce qui s'explique par le fait qu'il a assisté à la cène. De même il raconte que, près de la croix, se tenaient la mère de Jésus, la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléopas et Marie Madeleine, tandis que Matthieu et Marc relatent que Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé, regardaient de loin ce qui se passait. Mais est-il impossible qu'à un moment donné les femmes se soient approchées de la croix et qu'après que Marie, mère de Jésus, fut partie, accompagnée de Jean, elles se soient éloignées ? Mais Jean nomme la sœur de Marie, et Marie la femme de Cléopas tandis que Matthieu et Marc nomment Marie, mère de Jacques et de Salomé. Mais on peut
identifier Marie, femme de Cléopas et Marie, mère de .
Jacques, ainsi que Salomé et la sœur de la mère de Jésus, d’où il résulterait que Jésus et Jean seraient cousins germains, ce qui expliquerait pourquoi Jésus confie sa mère à Jean.
Matthieu, Marc et Jean relatent que les soldats pré- :
sentèrent à Jésus une éponge imbibée de vinaigre pour étancher sa soif, mais Jean seul dit que Jésus s'était écrié : J'ai soif. Exclamation bien naturelle, puisque la soif était le tourment le plus atroce du crucifiement. Jésus cria ensuite : Tout est consommé, parole que rapporte seul le IV° évangéliste, tandis que Matthieu et Marc relatent seulement qu’il poussa un grand cri et expira. D’après Luc Jésus s'écria d’une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Mais rien ne s'oppose à ce que Jésus ait prononcé ces diverses paroles.
Asqwith examine ensuite l’ensevelissement de Jésus …
et les divers détails qui l’ont précédé et accompagné d’après les évangélistes et établit que là encore ces détails s'accordent.
IV. Nous reproduisons en partie l'analyse qu'a donnée Goguel! de l’article Johannesevangelium publié par W: Bousset dans l'Encyclopédie de Schiele et Zscharnack? : « Les synoptiques sont des chroniqueurs qui racontent à leur tour ce qui leur a été transmis, le quatrième évangéliste est un esprit créateur. Si l’auteur du IV® évangile avait disposé d'une source historique sur la vie de Jésus, son procédé qui consiste à développer exclusivement les idées à l’exclusion des faits aurait eu pour effet de dénaturer complètement cette source. L'unité de l’évangile est loin de paraître incontestable à Bousset; il est porté à considérer que les passages où il est question du disciple bien-aimé pourraient bien ne pas être primitifs et qu’un certain nombre de développements pourraient avoir existé en dehors de l’évangile avant d’y avoir été incorporés. On peut encore, d’après lui, relever des gloses et des corrections faites d’après les synoptiques. Tout cela d’ailleurs ne va pas très loin. L'analyse littéraire de l’évangile se heurte d’après Bousset à deux faits : à l'unité religieuse et théologique du livre et à l'impossibilité de reconstituer une Grundschrift indépendante des synoptiques et parfaitement homogène.
« C’est en effet des synoptiques que l’évangéliste a tiré la matière de sa narration, mais il l’a transformée. Il a d’abord transporté la majeure partie du ministère de Jésus de Galilée à Jérusalem, parce que c’est à
1. Les Études sur le quatrième évangile; Revue de Théologie et de Philosophie, p. 1M. Lausanne, 1914.
2. Johannesevangelium; Die Religion in Geschichte und Gegenwart, Bd III, p. 608-636. Tübingen, 4911.
Jérusalem que la primitive église s’est développée. :
Ce n’est pas en s’autorisant d’une tradition historique
que Jean a attribué à Jésus plusieurs voyages à Jéru-
salem. Tout au plus pourrait-on se demander si d’autres n'avaient pas fait avant lui la même transposition. On peut, d'après Bousset, prendre l’un après l’autre les différents points sur lesquels le quatrième évangile se sépare des synoptiques, qu'il s'agisse des auditeurs de Jésus, des Juifs, de la forme des discours, de la chronologie du ministère, à propos de chacun de ces points il serait possible de montrer qu’on a affaire seulement à une déformation de la tradition synoptique, car sur chacun il s’agit d’une alternative qui, en définitive, doit être résolue en faveur des synoptiques. Ainsi le quatrième évangile est, en dernière analyse, un ouvrage didactique qui sert un dessein parfaitement déterminé. On pourrait l’appeler aussi une œuvre d'imagination mais avec cette réserve que l’auteur n’a peut-être pas eu le sentiment bien net de son activité librement créatrice. La valeur du livre ne tient pas au tableau historique qu’il trace mais à l’idée qu’il exprime et qui se traduit dans ces mots : « Le Logos est devenu chair. » « Nous devons admirer, dit Bousset, l'énergie religieuse et la puissance créatrice que l’évangéliste a mises en œuvre. Il a tracé le portrait d’un homme et ce portrait est en même temps divin. Le dogme de l’Homme-Dieu ne pouvait être symbolisé d’une manière plus grandiose, plus puissante et plus impressionnante que dans le Jésus du quatrième évangile. »
V. P. Wendland'! se met au point de vue littéraire pour étudier les écrits du Nouveau Testament. D'après
1. Die urchristlichen Literalurformen, II° Auf, p. 292-314. Tübingen,