Une nouvelle édition du Nouveau Testament
plus accusées, contaminer ensuite des textes grecs du type de W et de D et du groupe Ferrar et très légè- rement les versions coptes, Si j'ai insisté sur un phénomène aussi étrange que l'influence latine, ce n’est pas que j'y voie la seule cause, ni peut-être la plus active de la formation des textes dits occidentaux. J’ai seulement voulu dire que si cela a pu se passer de cette façon paradoxale, il ne faut pas hésiter à admettre des transformations sporadiques du texte moins étranges, moins radicales et moins significatives. C’est me ranger parmi les partisans du texte travaillé (überarbeitet) de Gregory qui fut plus fortement rejouché au 11° siècle que jamais. »
Quant à l'accord des syriens anciens avec le texte représenté par D W et les versions latines, le P, Lagrange se demande s’il est aussi étroit qu'on le dit : il est surprenant sur certains points, mais combien de divergences, Pour lui le manuscrit sinaïtique Lewis renferme des textes évidemment remaniés, Il est le fruit d'un compromis entre le texte travaillé et le texte influencé peut-être par Origène.
Quant à l'établissement du texte du Nouveau Testament le P, Lagrange constate qu'il est fondé sur le principe majoritaire, ce qui, à notre avis, n'est pas un critérium scientifique de critique textuelle.
XI, A. Souter ! a examiné le texte du Nouveau Festament qu'a édité von Soden et il a relevé surtout les passages où le critique a manqué de jugement dans le choix des variantes qu’il a adoptées. Voici quelques unes de ses observations.
Matthieu, XI, 5 : Avec d’autres éditeurs, von Soden insère dans le texte, nai mrwyot ebayyeltoyru, qui est
1. Von Soden's Text of the Greek New Testament, examined in select passages; The Exæpositor, VIII S., N° 59, p. 429, London, 4915.
une interpolation provenant de Luc, VII, 22. Les plus anciens témoins, africains, antiochiens, romains, alexandrins s'accordent à omettre ce passage.
Marc, XI, 9-10 : La leçon primitive de ce passage est : eèloynuévoc 6 épydmevos êv Baciela vod matpoç AG, ainsi que l’a démontré H. Turner dans The Journal of theological Studies, octobre 1909, n. 20. Von Soden reproduit la lecon adoptée d'ordinaire.
Luc, V, 14 : La leçon, van sic mapréptov Suiv [adroic?] est plus primitive que la leçon ordinaire qu’adopte von Soden.
Luc, XI, 33 : Von Soden a placé dans le texte : oùôt Or rov wodtov, dont l'absence est attestée par les témoins orientaux et occidentaux; c’est une interpolation issue de Mi, V, 15.
Luc, XII, 14: Von Soden place aussi dans le texte à ueptotiv, omis par un codex neutre, à 48, Dd, 28, 33, les deux anciennes versions syriaques, Marcion, etc., placé différemment dans les manuscrits et qui a dû être introduit en harmonie avec peptoucor du ÿ 13.
I Cor., XII, 2 : Oidure Ore 8re Eôvn re, rt est à supprimer.
Jude, 22, 23 : Le vrai texte représenté par la syriaque philoxénienne, Clément d'Alexandrie, Jérôme est : xal oÙç pèv èx mupès Gprabere, taxpivouévous dà 2AeGre. Von Soden a adopté la leçon longue et n’a pas mentionné la leçon courte.
Nous ajouterons que nous sommes étonné que von Soden ait adopté, Mt, 1, 16, la leçon : ‘luohy dt, 6 épvnoteun raphévos Mapiéu, éyévynoev ’Incodv, qui s'appuie sur la version syriaque sinaïtique et avec des variantes sur quatre minuscules et sur cinq vieux latins, mais a contre elle toutes les autres autorités. On sait d'’ailleurs que cette leçon est en contradiction avec ÿ 18 et 25.
À. Souter conclut que les services rendus par von Soden à la crtique textuelle du Nouveau Testament consistent surtout dans l’arrangement des manuscrits et dans la collation qu'il a faite dé manuscrits non examinés avant lui. Rappelons cependant que Hoskier a démontré que l’apparat critique était positivement encombré d'erreurs, que de nombreux documents n'avaient pas été examinés, que d’autres ne l'avaient été que partiellement et que d’autres encore avaient été mal utilisés.
Souter pense que von Soden n’a pas suivi les vrais principes pour l'adoption des variantes, ce qui l'a conduit à adopter souvent les leçons longues, tandis que les probabilités indiquaient la leçon courte. Dans les évangiles, il ne semble pas avoir suffisamment étudié le problème synoptique. Il est quelquefois capricieux dans son emploi des autorités patristiques. Son texte doit être tenu pour rétrograde et si l’on veut suivre un texte de préférence, on peut continuer à suivre celui de Westcott-Hort. L’apparat critique de Tischendorf n’est pas rendu obsolète par celui de von
Soden.
XI. Nous avons parlé dans Le Nouveau Testament dans l'Église chrétienne, vol. KI, p. 499-527, du grand travail du D’ H. baron von Soden sur le texte du Nouveau Testament et nous avons exposé le système de critique textuelle qu’il a adopté pour l'établissement du texte néotestamentaire. Nous n'avons pas à y revenir. Nous nous occuperons donc seulement du texte du Nouveau Testament que vient de publier von Soden!. Nous ferons connaître d’abord comment il a dressé son apparat critique, puis nous examinerons le texte néotestamentaire qu’il nous offre.
4. Die Schriften des Neuen Teslaments in threr ältesten érréichbharèn Textgestalt.
Von Soden nous explique dans son introduction la disposition et le contenu de son apparat critique. Il
nous dit d’abord quels sont les témoins du texte qui ne :
sont pas représentés dans son apparat. Pour le texte grec il ne cite pas les commentaires tardifs d'Oecumenius, Théophylacte, Nicétas, Zigabenus, Arethas, parce qu'ils ont à la base de leur travail un texte du type K. Nous rappellerons aux lecteurs que von Soden range tous les textes du Nouveau Testament sous les sigles K H I qui désignent les trois types de textes néotestamentaires. Il laisse aussi de côté les variantes données par Chrysostome, Victor et Titus qui se rattachent aussi au type K. 11 fait observer qu'il n’est aucun de cès témoins qui ne soit le représentant des recensions opérées vers l’an 300 à Alexandrie, Césarée et Antioche. Pour les anciennes versions il ne tient aucun compte de celles qui sont des versions secondaires, versions éthiopienne, arabe, géorgienne, perse et les traductions du latin. La version gothique n'est pas représentée parce que son texte est une forme de K et qu'il n'est pas établi d’une façon suffsamment critique. Sont exclues aussi la Vulgate et la Peschitto, importantes, la première seulement pour l’histoire de la version latine, la seconde comme témoin du texte de Rabbula, évêque d'Édesse, v° siècle, ainsi que les versions syriaque, philoxénienne et harkléenne, dont on ne possède pas un texte sûr. Pour les Pères de l'Eglise sont exclus tous ceux du v° siècle et au delà; il en est de même pour Augustin.
Tous les représentants du type K ne sont pas cités dans l’apparat, parce que leurs variantes sont de
détail : fautes de copiste, réminiscences, mauvaises -
lectures, influence des versions, emprunts aux coms mentaires ou aux Pères de l'Église; on ne donnera donc que la forme la plus ancienne de K. Pour les
témoins du type I, on cite ceux qui présentent des caractères distincts. |
Tous les témoins du texte néotestamentaire qui n’ont pas été exclus dans les remarques précédentes sont rangés sous les lettres H I K dont il est dressé une liste qui indique tous les manuscrits employés, la partie de ces manuscrits qai a été collationnée et les lacunes de ces codex. Entre parenthèses on trouve les lettres employées jusqu’à présent pour les majuscules.
Des versions anciennes von Soden cite les témoignages des versions égyptiennes : sahidique, bohairique, fayoumique, du lectionnaire palestinien, de la vieille version syriaque, des vieilles versions latines. La Vulgate et la Peschitto sont citées quelquefois pour fixer la date d’une leçon.
Pour les Pères de l'Eglise sont cités seulement les écrivains égyptiens qui donnent des leçons différentes du type H. Il y a bon nombre de variantes à relever chez les Pères palestiniens; pour les antiochiens il n’y a à tenir compte que des leçons différentes du type K.
L'apparat critique placé au-dessous du texte est divisé en trois parties : dans la première sont rangées les variantes qui peuvent sérieusement prétendre être le texte original; cette première partie est assez souvent absente. La seconde offre les variantes représentées par les recensions, celles qui sont antérieures aux recensions, si singulières qu’elles soient et celles qui présentent un intérêt particulier. La troisième contient les lectures de hasard, les formes de langue, les fantaisies ou les fautes de copiste. Le premier et le second apparat sont importants pour l’histoire du texte, le troisième pour la psychologie du copiste ou le destin de la tradition manuscrite.
Von Soden explique ensuite la disposition de l’appärat, la manière dont sont citées les variantes et
enfin il donne en résumé les règles qu'il a suivies pour l'établissement du texte.
1. Pour l'orthographe et les pures formes de langage on suit une manière unique, autant du moins que les recensions nc diffèrent pas sur ces points, auquel cas on décide d’après des règles. La ponctuation et les divisions du texte sont traitées de la même façon. Les accents et les esprits sont employés suivant les règles modernes.
2. Si les lecons des recensions sont sûres on reçoit en principe dans le texte la leçon représentée par deux recensions. — Cette règle nous paraît un peu mécanique et a l'air de tenir les trois recensions comme d’égale valeur critique, ce qui n’est pas admissible.
3. Si deux recensions offrent une variante s’accordant avec des passages parallèles des autres évangiles synoptiques on donne la préférence, sauf exception, à la: leçon de la troisième recension qui s'écarte des passages parallèles. — Cette règle s'explique par l’habitude qu'avaient les copistes d’harmoniser les passages parallèles, mais elle doit être appliquée avec discrétion, car il peut bien se faire que, vu la façon dont ont été composés les évangiles synoptiques, l'harmonisation fût primitive.
k. La leçon représentée par Tatien est, à priori, soupçonnée de s’écarter du texte original. Seulement, quand deux recensions s'accordent avec Tatien et que celle qui en diffère concorde avec un passage parallèle, celle-ci doit être tenue pour secondaire, alors même que l’une des deux premières a aussi un passage parallèle.
5. Quand des témoins anciens, certainement indépendants les uns des autres, que ce soit seulement des versions ou des Pères, s'accordent à présenter une leçon qui s’écarte de Tatien, celle-là peut être le texte
tn
primitif, quand même les trois recensions marchent avec Tatien. — Il s’ensuivrait de cette règle que Tatien ne présente que de mauvaises leçons. Et cependant von Soden nous a dit que Tatien reproduisait dans son Diatessaron le texte primitif, I H K.
Et maintenant, quel est le caractère du texte qu'a établi von Soden? Il s'éloigne assez du Textus receptus dont il a rejeté toutes les harmonisations de textes parallèles et les leçons agglomérées; il se rapprocherait plutôt du texte de Westcott-Hort, bien qu'il accepte certains passages que ceux-ci ont rejetés. Avec eux il rejette le passage Le, IX, 55: Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Actes, VIII, 37 : Philippe lui dit : Si tu crois de tout ton cœur, tu seras sauvé. Ayant répondu (l’ennuque dit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu). Jr, V, 4: L'ange de la piscine de Béthesda qui met l’eau en mouvement. Jn, II, 6 : Car Dieu est esprit. Il met entre parenthèses : M1, IX, 49; Le, VI, 1 : evreporpére; XXII, 43; XXII, 34; XXIV, 36, 40, 51. La péricope de la femme adultère, Jr, VII, 53 est à sa place, mais dans un autre caractère et non accentuée pour marquer que von Soden ne la regarde pas comme johannique; il la croit cependant d'origine évangélique. Il a accepté Mt, I, 16, la leçon : ’luohp dé, & éuvnoteuôn mapévos Mapuau, éyyévnoev ’Incoûv vov Àeyouevov Xpuotév, laquelle n’est donnée par aucun manuscrit grec et n’est soutenue que par la version syriaque sinaïtique. Il semble qu'ici von Soden est allé contre toutes les règles qu'il avait établies. Pour la finale de Marc il donne la longue et la courte mais toutes deux en un caractère différent du reste du texte. Dans 1 Jean, V, 7, il supprime la mention des trois témoins célestes. Il y aurait encore de nombreuses particularités à citer dans le texte qu’a établi von Soden, mais nous pensons
en avoir suffisamment relevé pour faire ressortir le caractère de son édition.
XIII. Les lecteurs savent qu’en 1906 un Américain, Ch. L, Freer, a acheté à un marchand arabe, nommé Ali, quatre ballots de manuscrits contenant : le premier, en bon état, le Deutéronome et Josué, dans la
version des Séptante; le second, en mauvais état, les psaumés, dans un texte grec dont on n’a pas d’analogue; lé troisième, bien conservé, le texte grec des quatre évangiles; le quatrième, en très mauvais état, contenait probablement le reste du Nouveau Testament, sauf l'Apocalypse. Le Deutéronome et Josué ont été publiés par H. A. Sanders, professeur à l’Université de Michigan, lequel vient de nous donner aussi une édition en phototypie des évangiles sous ce titre : Facsimiles of the Washington Manuscript of the four Gospels in the Freer Collection et un travail critique sur ce manuscrit !.
Ce manuscrit, qui a reçu la lettre W dans la classification de Gregory et le sigle « 014 dans celle de von ‘Soden, nous donne un texte des évangiles d’un caraetère fort particulier, et qui soulève des questions de critique textuelle très difficiles à résoudre, Sanders a rassemblé dans son travail tous les éléments du pro blème et a présenté un éssai de solution. Nous résumons son exposé en le dégageant autant que possible de ce qu'il a de trop ardu.
On ne sait pas encore d'une manière certaine d’où provenaient les manuscrits achetés à l'arabe Ali, car on n’a aucune confiance à attacher à ses dires. Sanders pense qu’ils proviennent des ruines du monastère du Vigneron, près de la troisième pyramide; Goodspeed d'Anba Shenood et Schmidt du couvent d'Atripa, dans le voisinage de Sohak, localité près d'Akhmîm.
4, The Washington Manuscript of the four Gospels,
Nous ne nous arrêterons pas sur la paléographie du texte, fort importante, il est vrai, pour la fixation de la date du manuscrit, mais qui ne serait intéressante que si nous pouvions donner des fac-similés des détails paléographiques; signalons cependant quelques particularités,
Les différences orthographiques sont nombreuses pour les voyelles et les consonnes, sans qu'on puisse toutefois préciser exactement la proportion de ces différences; elles sont d’ailleurs différentes suivant les évangiles!, On a « pour «: et « pour; x pour & et € pour at; les autres iotacismes sont rares, On a ov pour co, Mc; ca pour ov, J/n; Gtaevuyônt pour Stavoiyônr:, Mc; o pour w, n pour et, ou pour w, « pour n, € pour o, « pour n;n a remplacé presque complètement « pur dans les noms de la première déclinaison. On a aussi ay pour w, o pour «, L'orthographe de quelques mots est toujours la même dans un évangile. La dissimilation des consonnes est la règle dans ce manuscrit : evreon, evéavra, etc. On a aussi des variations dans l’aspiration, des omissions de lettres, une seule consonne au lieu de deux, ou l'introduction d'une consonne surabondante. Les échanges de consonnes sont rares. On a les aoristes seconds dans la forme alexandrine en «; épuyav, eupav et, inversement, Ou o pOur w, axnyyethov ; la forme attique yryvosxw, yryvouar se rencontre; stmxw remplace quelquefois :5:n. Les changements de voix sont rares,
Ces particularités sont en une telle quantité qu'on péut se demandér si le copiste était bien soigneux. Bon nombre d’entre elles devaient cependant se trouver dans le texte qu'il copiait et provenaient du lieu d’origine et de la date du manuscrit original.
4. Pour nous conformer au texte donné par Sanders, nous n’accentuons pas les mots grecs.
Quelques-unes de ces erreurs se retrouvent, en effet, dans d’autres documents, surtout dans les papyrus les plus anciens, d’origine égyptienne, ce qui indiquerait une date ancienne pour le texte du manuscrit W.
Ce codex en parchemin a 187 feuilles, mesurant 20° sur 14°, disposées en 26 cahiers de huit feuilles chacun. L'écriture est sur une seule colonne, ordinairement de trente lignes. C’est une majuscule claire, bien formée, un peu penchée; elle est généralement très lisible. |
Les évangiles de ce codex sont rangés dans l’ordre occidental : Matthieu, Jean, Luc, Marc, que l’on a dans le codex de Bèze, dans le majuscule X, le minuscule 549, les codex vieux latins, a be f ff? qet la version gothique. Il y a deux lacunes dans le manuscrit, causées par la perte de trois feuilles : Jr, XV, 25 à XVI, 7 et Me, XV, 13 à 38; il y a aussi quelques omissions dans le courant du texte. On distingue nettement quatre groupes de correcteurs; le scribe s’est lui-même corrigé plusieurs fois.
Sanders examine ensuite comment se pose le problème que présente le texte de ce manuscrit. 11 avoue d’abord qu'il a été très embarrassé, car un grand nombre des variantes qu'il contient ne se retrouvent pas dans les apparats critiques de Tischendorff et de Westcott-Hort. Il croit donc que ces éditeurs ont établi leur texte du Nouveau Testament sur une base défectueuse et il préfère, en partie du moins, les positions qu'a adoptées von Soden.
De l'examen du texte du manuscrit W il ressort qu’il présente, outre les leçons appuyées par les manuscrits de type neutre et syrien, des variantes que l’on trouve seulement dans les codex bilingues, dans les versions latines, syriaques, coptes et- quelques-unes qui lui sont particulières, mais que l’on retrouverait
peut-être dans les anciennes versions ou dans les manuscrits minuscules, s’ils étaient tous collationnés. Pour expliquer ces anomalies M. Sanders propose l’hypothèse suivante que lui a suggérée la théorie des manuscrits trilingues du Nouveau Testament, émise par Hoskier. Le scribe du codex W avait sous les yeux un manuscrit trilingue et, au lieu de reproduire simplement le texte grec, il aurait adopté des leçons du texte latin ou copte adjacent. Mais quelques-unes des lecons de W sont très anciennes; Sanders est donc obligé de supposer que les versions du Nouveau Testament ont été faites de très bonne heure : la version latine avant 150 après J.-C. et la version sahidique avant l’an 300. Les preuves qu'il en donne ne paraissent pas décisives, sauf pour la date de la version sahidique. KR étaye encore sa thèse sur l'hypothèse de Vogels qui soutient que le Diatessaron de Tatien a été influencé par une version latine des évangiles.
On n’a pas vu jusqu'à présent de codex trilingue des évangiles et les anciens écrivains n’en ont jamais mentionné. On sait seulement qu’il existe des manuscrits trilingues des psaumes : copte, grec et arabe; grec, latin et arabe, mais ils sont de date tardive, xi° siècle, et du fait qu'il y a eu à une époque récente des codex trilingues des psaumes on ne peut inférer qu’il y en eut primitivement des évangiles; ce n’est pas impossible, mais rien ne le prouve. Voyons maintenant les faits.
Il est nécessaire d'examiner chacun des évangiles en particulier, car ils ont chacun leurs variantes spéciales. Le fond de l’évangile de Matthieu est conforme à ce que Sanders appelle la « Version tradition », c’està-dire le type de texte que l'on trouve dans les manuscrits bilingues, les anciennes versions, latines,
syriaques, coptes et dans les manuscrits grecs apparentés à ces versions. Ce texte fondamental a été corrigé en 1905 passages pour le conformer à la recénsion antiochienne, type K! de von Soden, Nous avons ici la plus ancienne recension antiochienne, telle que nous la trouvons dans les manuscrits, @ S V, mais non les variantes des types revisés de cette recension. Enfin, ce texte de Matthieu présente des traces de la recension hésychienne, texte neutre de Westcott-Hort, texte H de von Soden.
Le texte de Marc n'est pas forages dans le manuscrit W; il faut le diviser en deux parties : I, 1-V, 80 et V, 31 à la fin. Dans la première partie il est apparenté aux vieilles versions latines, surtout avec le codex e (codex Palatinus) de type africain ; dans la seconde, il l’est encoré aux mêmes versions, mais n'offre plus de rapprochements spéciaux avec le codex e. Dans cette seconde partie, c'est avec k (codex Bobiensis), de type africain aussi, qu’il a le plus de rapports; il s’accordé souvent, en outre, avec les manuscrits du groupe Ferrar et les vieilles versions syriaques. Le texte de Marc est donc nettement occidental dans le codex W.
Lé texte de Luc se divise aussi en deux parties :-
1, 4-VIIT, 12 et VIII, 13 à la fin. Dans la première partie, il est en accord avec la récension hésychienne, représentée surtout par le Vaticanus, le Sinaiticus, le Regius et le minuscule 33; dans la deuxième il s'accorde avec l’Alexandrinus et la recension antiochienne; il y a quelques traces de la recension hésychienne et de la « Version tradition ».
Le premier cahier de l’évangile de Jean, I, 1-V, 41 est d'un autre copiste que le reste de l'évangile; il est d’un type de texte analogue à celui de Jean V, 12 à la fin, mais avant la correction hésychienne qu'a
subie cette deuxième partie; celle-ci est nettement hésychienne avec des variantes provenant de la tradi« tion des versions anciennes.
De cet examen Sanders dégage les conclusions suivantes. L’ancêtre ou les ancêtres du manuscrit W
ont été formés de six parties différentes: 1, Mat-
thieu; 2, Jean, V, 12 à la fin; 3, Luc, I, 1-VIII, 12; 4, Luc, VIT, 13 à la fin; 5, Mare, 1, 1-V, 30; 6, Mare, V, 31 à la fin. On ne peut savoir si orginairement Jean, I, 4-V, 11 était dans ce manuscrit. La partie 2 a été formée à l’aide de deux manuscrits différents; lé point de séparation est au chapitre XIII. Les parties 1 et 4 ont été corrigées pour les conformer à la recension antiochienne et les parties 2 et 3 pour lés adap= ter à la recension hésychienne. La partie 5 vient d'un bilingue grec-latin; la partie 6 d’un trilingue avec ses tendances latines et syriaques et quelques-unes coptes, Le texte des parties 1, 3, 4, avant les corrections, était de même type que celui de 6; la première partie de 2 était analogue à celui-ci, mais la seconde avait de plus nombreuses affinités avec lé copte.
L'ancêtre du codex W a donc été formé de pièces et de morceaux, de types de texte différents, ce qui nous fait croire qu'il a été copié à un moment où il était difficile de se procurer des manuscrits complets des évangiles et nous ajouterons que ces codex étaient des manuscrits copiés par des particuliers, qui se permettaient de compléter leur texte et, n'étant pas profes= sionnels, laissaient s’introduire dans leur copie de nombreuses fautes. Sanders pense à la persécution de Dioclétien, en 303, pendant laquelle les manuscrits dès Écritures furent recherchés et détruits, surtout en Égypte, Les manuscrits officiels disparurent et l'on ne trouva plus que des manuscrits incomplets dus à des particuliers.
Comment ont été rassemblées les parties qui ont formé le manuscrit ancêtre de W et ce que le scribe de W y a ajouté, nous ne pouvons le déterminer. « Quelqu'un, dit Sanders, a dû envoyer du nord de l'Afrique un manuscrit vieux latin pour le commencement de Marc, et la recension hésychienne qui aurait dû être prédominante en Égypte à cette époque paraît avoir été en grande partie introuvable. Matthieu et la deuxième partie de Luc, qui sont de recension antio- ‘ chienne, ont été probablement ajoutés par le seribe de W pour combler les lacunes du manuscrit ancien qu'il copiait. »
Il nous est impossible de discuter les conclusions de Sanders; pour le faire d’une façon scientifique, il faudrait-avoir entre les mains le fac-similé du manuscrit ou une reproduction imprimée du texte, ce que nous n'avons pas. Remarquons seulement qu'elles établissent d’une manière définitive que le texte occidental était en usage en Égypte, et cela beaucoup plus qu'on ne l'avait constaté jusqu'à présent. Le manuscrit W apporte donc une contribution importante à la solution du problème que pose le texte occidental et nous oblige à penser qu'il contient plus de leçons originales qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. La présence de variantes antiochiennes ne peut nous étonner, car on savait que l'influence du texte antiochien s'était exercée en Egypte d'assez bonne heure. Resterait à expliquer pourquoi le texte hésychien est si peu représenté dans ce manuscrit. Diverses suppositions pourraient être faites, mais aucune ne nous paraît suffisamment appuyée par des faits.
Le manuscrit W a été copié probablement vérs la fin du rv° siècle ou au commencement du v°; Hoskier affirme qu'il est du 1v° siècle et ajoute qu'il a ‘été copié sur un codex en forme de livre, datant du mi° siècle :
ou du commencement du iv°, car le codex W ressemble beaucoup au plus ancien papyrus du Nouveau Testament que nous possédons, le $!, lequel est en forme de livre. Le manuscrit W serait donc aussi ancien que le Vaticanus et le Sinaiticus.
Sanders signale ensuite les rapports qui existent entre le texte de W et celui de Clément d'Alexandrie, d'Origène et d’autres Pères anciens, puis il compare le texte de W avec celui du Textus receptus d’après l'édition de Mill, Oxford, 1880; les variantes sont excessivement nombreuses ainsi que les additions.
Outre les additions et Les omissions, il y aurait lieu de signaler de nombreux changements de termes : Thotoy pOur æhotaptov, nuEepa POUT wpæ, EpYWV POUT TExvwy, eurpocüev pour ortofev; des changements de nombres, oyhov moÂuy pour mohkoucs oyhouc, autotçs DOUT auto; de très nombreux changements de temps ou de modes, farriiv pour fartiwv, wuotwôn pour ouowbncetat, etcty POUT eartv, axexpthn POUT aTExpiyaTN, axouGuwatv POUT axoUGoVTat ; des transpositions de mots, etc.
Sanders a relevé les différences qui existent entre le codex W et le Textus receptus. 11 serait bon de relever aussi les différences entre le codex W et le texte de Westcott-Hort; c’est ce que vient de faire Goodspeed pour le texte de l’évangile de saint Matthieu, saint Luc, saint Jean et saint Marc. Il y a de nombreux changements de mots, des transpositions de termes et de menues additions.
En 1918, Sanders? a publié le Manuscrit des épîtres de Paul provenant de la même origine que celui des évangiles. Ce manuscrit appuie les variantes du texte
4. The Freer Gospels, dans The american Journal of Theology, Vol. XVII, p. 365, p. 599; Vol. XVII, p. 131, p. 266. Chicago, 1913, 4944.
2. The Washington Manuscript of the Epistles of Paul. New York,