Der Apostel Paulus und sein Werk
2, Paulus, der Apostel Jesu Christi.
religieuse'. Ce titre indique que nous ne trouverons pas dans cet ouvrage une biographie de l’Apôtre et non plus un exposé de sa théologie, mais plutôt un portrait de Paul qui ressortira de la description du milieu dans lequel il a vécu. C’est, en effet, ce qui nous est donné dans les chapitres du livre : Le monde de Paul, l'homme Paul, le juif Paul, le chrétien Paul, l’apôtre Paul et comme résultat des études précédentes, Paul dans l’histoire universelle de la religion.
| Comme introduction, Deissmann expose le problème que nous avons à résoudre et les données que nous possédons pour sa solution. L'histoire primitive du christianisme est tout entière dans les noms de Jésus et de Paul. Mais ces deux personnalités ne sont pas l'une à côté de l’autre comme le premier et le second. De toutes les données historiques il ressort que Jésus est l'Unique et que Paul est le premier après lUnique, ou pour employer le langage de l’Apôtre le premier dans l’Unique. Ce qu'est Paul, il l’est dans le Christ. Deissmann consacre son travail à prouver que toute la doctrine de l’Apôtre se résume dans la contemplation de la personne de Jésus et de sa vie, dans l'union personnelle avec le Christ. Les sources de l'exposé, ce sont en première ligne les épîtres de Paul que l’auteur accepte toutes comme authentiques, sauf les épîtres pastorales et l'épitre aux Hébreux, et encore pour les premières il paraît disposé à y voir un fond paulinien. Les épîtres de Paul sont de véritables lettres et non des exposés théologiques; ce sont des écrits de circonstance, des conversations par écrit; elles nous donneront le portrait de Paul et non une théologie coordonnée.
Se rappelant son expérience personnelle de voya-
4. Paulus. Eine Kultur-und religionsgeschichtliche Skizze. ÉTUDES DE CRITIQUE. 7
geur, Deissmann décrit l'aspect physique des régions que Paul a parcourues; il les fait revivre sous nos yeux. Il l’a pu, car en Orient tout reste immuable et c'est par la vue de ce qui existe encore aujourd’hui que l’on peut comprendre ce qui fut autrefois.
« L'homme Paul » n'est pas une biographie de l’Apôtre mais une étude de sa personnalité. Celle-ci est faite de contrastes et peut s’exprimer ainsi; la force dans la faiblesse. Le corps est faible, malade, mais l'esprit est puissant. Paul est un homme d'action dans lequel se mélangent intimement la douceur et l'énergie, la sensibilité et la violence, chez qui à des élans d'enthousiasme succèdent des accès de dépression physique. Il écrit comme un père, mais il sent comme une mère. Îl est amer envers ses adversaires; il est coutumier d’une ironie irritée et caustique. Nous ne devons pas oublier que Paul est un homme d'autrefois, auquel il ne faut pas appliquer nos normes actuelles. Bien que converti, Paul est resté juif dans sa pensée, dans ses affections. C'est un juif qui cite les Septante et dont la discussion exégétique procède d’après la dialectique juive et les traditions rabbi- - niques.
Les chapitres suivants sur Paul chrétien sont les plus importants. Ils débutent par une étude sur le culte apostolique primitif rendu à Jésus. Dès l’origine les adhérents au Christ vivant possédaient une organisation de fraternité dont le lien était le baptème et la cène du Seigneur; le mot de passe était l'appel : Maran atha, Notre-Seigneur, viens! C'est par sa conversion sur le chemin de Damas que Paul fut uni à cette première organisation chrétienne. Deissmann déclare qu’il n'est pas en mesure de donner une explication définitive de l'événement, mais il peut dire comment Paul a compris l'événement. Il le décrit une
première fois avec les mêmes mots techniques que les Septante emploient pour les épiphanies de la divinité, et avec ceux dont il se sert pour les apparitions du Christ aux autres apôtres : Il, c’est-à-dire le Christ vivant, m'est apparu à moi aussi. Une autre fois, il dit d’une manière encore plus précise : J’ai vu Jésus, Notre-Seigneur, ou bien : J'ai été saisi par le Christ Jésus. Une quatrième fois, il parle d’une révélation en lui du Fils de Dieu, produite par Dieu; une cinquième fois, il dit que le mystère du Christ lui a été communiqué par une révélation. L'Apôtre exprime ce qu’on pourrait appeler le résultat de cette révélation par ces paroles : Dieu a révélé son Fils en moi; le Christ vit en moi. Mais, d’après Deissmann, cet événement avait été préparé négativement par ses expériences décevantes de jeune pharisien, qui ne pouvait atteindre à l'idéal de sainteté qu'il s'était formé par la lecture des saints Livres, et positivement par se conscience religieuse et plus directement surtout pai la connaissance de Jésus qu'il avait apprise des chre tiens qu’il poursuivait.
La conception que Paul s’est faite du Christ lui vient de cette révélation sur le chemin de Damas; il ne faut plus parler de la Christologie de Paul, mais de ses expériences, de ses révélations du Christ. Sa piété est christocentrique dans un sens profond et réel; c'est une société avec le Christ. Paul vit dans le Christ, dans le Christ spirituel, vivant et présent, qui l'entoure, qui le remplit, qui parle en lui et avec lui. Le Christ n’est pas pour Paul une personnalité du passé, avec lequel on ne communique que par la méditation de ses paroles qu'on nous a transmises; ce n’est pas une grandeur « historique » mais une réalité et une puissance du présent, une « énergie » dont les forces vivantes agissent chaque jour en lui-même,
Nous n'insisterons pas sur ce que nous a dit Paul sur le salut du pécheur, d'après Deissmann. Il ne nous paraît pas être dans le vrai sur cette question. Si nous l'en croyions, il faudrait renoncer à établir un système cohérent de théologie d’après les épiîtres : des conceptions comme justification, rédemption, pardon, adoption sont une série d'expressions qui traduisent une seule et même pensée. La lecture attentive de l’épître aux Romains où l'Apôtre expose les diverses étapes que parcourt le pécheur pour aller du péché à Dieu et pour vivre en Dieu prouve clairement la faiblesse de cette hypothèse.
Les chapitres suivants exposent la morale pratique qui découle des conceptions pauliniennes, l’activité missionnaire de Paul et son importance pour l’histoire universelle de la religion. Dans la conclusion, Deissmann décrit l’action que Paul a exercée sur le christianisme; la plus décisive a été d’unir indissolublement la piété chrétienne à la personne de Jésus-Christ. Paul a rendu le christianisme du Christ (Christus- Christentum) plus assimilable aux païens et a rompu par là le lien qui l’unissait au judaïsme et en a fait une religion universaliste.
Dans un chapitre des Etudes de Critique et d’exégèse nous étudions Paul, l’homme, le théologien, PApôtre.
XI. Dans le premier volume de son ouvrage, La Théologie de saint Paul, le P. Prat étudie les questions critiques et historiques que soulèvent les épîtres pauliniennes. Voici quelques-unes des positions qu'il tient : Avec Origène, il distingue entre l’auteur et le rédacteur de l’épître aux Hébreux en faisant très large la part du rédacteur, Paul aurait fourni les idées, l'inspiration; un disciple de Paul, connu de Dieu seul, les aurait recueillies en y ajoutant les éclaireissements
Me
nécessaires. C’est à lui que seraient dus la diction, l’arrangement des parties, la composition en un mot. Il serait l'écrivain d’une œuvre dont Paul resterait l’auteur. Pourtant hypothèse pour hypothèse, Barnabé, dit le P. Prat, aurait nos préférences. Toutes les autres épîtres de Paul sont authentiques. L'épitre aux Éphésiens est une circulaire adressée aux églises d'Asie, dont Éphèse était la métropole. Les épîtres de la captivité ont été écrites de Rome plutôt que de Césarée; certainement pour l’épître aux Philippiens, très probablement pour les trois autres. Ces épiîtres ont été écrites vers l’an 61-62. Il n’y aurait pas eu, d'après le P. Prat, de visite intermédiaire de Paul à Corinthe entre la première et la seconde épitre aux Corinthiens, ni de lettre perdue entre ces deux-là. La question des destinataires de l’épitre aux Galates est accessoire; il suffit de savoir qu'ils n'étaient pas Juifs de race.
Signalons les nombreuses notes explicatives : Paul et l'Ancien Testament, l'assemblée des apôtres, le point précis du conflit d’Antioche, l’eschatologie de Paul et l’exégèse, les charismes, la foi qui justifie, la hiérarchie des anges, l’authenticité des Pastorales, la hiérarchie chez Paul, etc.
Dans le second volume, l’auteur établit la synthèse des doctrines pauliniennes. C’est un bel effort pour présenter sous une forme systématique un enseignement qui, de soi, ne l'était pas. Paul avait émis ses idées doctrinales, pour ainsi dire, au jour le jour, suivant les circonstances, les besoins religieux de ses lecteurs, son expérience intime du moment; aussi se produit-il quelquefois des divergences assez sensibles entre l'exposé d'une même doctrine. Le P. Prat a essayé de tout ramener à l'unité et l’on peut affirmer qu'il y a réussi dans la mesure du possible.
L'ouvrage est divisé en six livres. Le premier est consacré à une étude générale sur le paulinisme. L’auteur passe en revue les conceptions modernes du paülinisme : conception hégélienne ou évolutionniste, conception kantienne ou subjectiviste, conception radicale et il constate qu'actuellement on s’oceupe des rapports entre Jésus et Paul, de la dépendance doctrinale du second au premier. À dire vrai, la controverse sur ce point paraît terminée. Jülicher a dit le dernier mot : Si le christianisme doit beaucoup au Docteur des gentils, il doit son existence à un plus grand que lui, à Jésus.
Le P. Prat examine ensuite les travaux anciens et modernes sur la théologie de Paul. Pour lui, ce que l’on. appelle de ce nom, c'est « l’enseignement de l'Apôtre des Gentils considéré dans ses caractères particuliers et dans son enseignement organique. » On le trouve dans ses épîtres, mais à l’état dispersé et probablement incomplet, car il n'a pas dû, dans dés écrits d'occasion, exposer toute sa doctrine, qu'il avait d’ailleurs déjà exposée à ses lecteurs.
Après avoir défini le paulinisme, c'est-à-dire ce que Paul appelle son évangile, le P. Prat recherche quelle a été l’idée mère de la théologie paulinienne. On en rencontre plusieurs qui, suivant le point où l'on se place, peuvent être regardées comme idées maîtresses ; le P. Prat, admettant que la théologie de Paul est essentiellement christologique et que sa christologie est surtout sotériologique, en déduit que l’idée mère de cette doctrine est l'incorporation des rachetés au Christ Jésus dans la mort et dans la vie et peut être exprimée par cette formule : Le Christ Sauveur associe tout croyant à sa mort et sa vie. « Le Christ Sauveur définit la personne du Rédempteur; c'est le Messie, l’envoyé, l'agent et le man-
dataire de Dieu, le pontife de l’humanité coupable, le nouvel Adam chargé par Dieu de réparer l’œuvre du premier. Tout croyant spécifie le sujet de sa rédemption — universel en puissance, sans distinc= tion, exclusions ni privilèges — et indique en même temps la condition essentielle du salut : la foi. L'Union à la mort et à la vie du Christ résume le plan rédempteur, conçu par le Père dès l'éternité, exécuté au tournant des siècles par le Fils, qui, se solidarisant avec nous, et nous unissant avec lui par un lien d’identité mystique, fait passer sur lui ce qui est à nous et sur nous ce qui est à lui, »
Le P. Prat développe cette doctrine dans les cinq livres suivants : Préhistoire de la Rédemption, où il décrit la psychologie paulinienne et ce que fut le règne du péché, quels ont été les desseins de miséricorde de Dieu et son plan rédempteur pour le salut de l’huma= nité. Dans la Personne du Rédempteur, il résume les enseignements de l’Apôtre sur le Christ préexistant, son origine divine, sa place dans la sainte Trinité, son humanité, sa figure historique. Le livre principal étudie l'Œuvre de la Rédemption dans celui qui l'a opérée, la façon dont il l’a opérée et les effets qu’elle a produits. La rédemption dérive tout entière du fait que le croyant est uni au Christ, Dieu et homme, qui a satisfait pour lui à la justice de Dieu, en ce sens que, ne faisant plus qu’un avec le Christ, l'humanité coupable satisfait personnellement à la justice divine. L'homme, étant ainsi solidaire du Christ, est affranchi comme lui de la mort, du péché et de la loi mosaïque. C'est ce qui nous est expliqué dans les livres suis vants : les canaux de la Rédemption, les fruits de la Rédemption. I] y aurait lieu de s'arrêter sur le: chapitre intitulé; la foi, principe de la justification, qui est de première importance et explique certaines
expressions pauliniennes assez difficiles à comprendre. Il y est très bien montré que la justification du pécheur n’est pas seulement déclarative de la part de Dieu, mais vraiment effective. La justification non seulement déclare mais produit la justice. Dans le VI livre, le chapitre second, les fins dernières, expose ce que nous pouvons savoir sur ce sujet assez obscur.
Dans les notes se trouvent les explications critiques, philologiques et historiques sur certains termes employés par Paul : Évangile, royaume de Satan, éléments du monde, la Kénose, le nouvel Adam, mysterium, sacramentum, la charité, les termes de la langue psychologique de Paul, etc.