Revue du clergé français, t. LXXVIN, p
rique hellénistique. Son séjour à Jérusalem, lors du martyre d'Étienne, devrait être distingué de son séjour d'études.
XXII. Une partie des matériaux de ce travail, particulièrement ce qui regarde Tarse et la famille de Paul, est empruntée à l'ouvrage de Ramsay, The Cities of St Paul. Le sous-titre nous en indique le but : Leur influence sur sa vie et sa pensée. L'auteur étudie dans ce volume les cités de l'Asie Mineure, Tarse, patrie de Paul et Antioche de Pisidie, Iconium, Lystres et Derbé, qu’il a évangélisées pendant son premier voyage
missionnaire. À l’aide des données géographiques et.
historiques il reconstruit l’histoire et les caractères distinctifs de chaque cité. Tarse n'était pas seulement une cité grecque où Paul a puisé ses connaissances de la vie grecque et de la civilisation romaine, mais aussi une ville orientale qui, outre les dieux grecs, avait admis dans son culte des divinités orientales, que Paul a dû connaître. Paul était donc plus qu’un hébreu; c'était aussi un homme qui avait estimé ce qu’il y avait de bon dans les religions païennes, dans l'éducation
grecque et dans le gouvernement romain; il portait |
ainsi en lui une combinaison de l’hellénisme universaliste avec un hébraïsme universaliste. Est-ce dans ce sens qu'il faut interpréter la parole de Paul aux Romains, [, 14 : “HAnoiy te al Bapbaporc, copots ve xal &voyrous dpetkérne eut? Il est débiteur aux Grecs et aux barbares en ce sens qu'il a reçu beaucoup de ces diverses classes d'hommes et doit, par conséquent, leur payer sa dette. Cette interprétation nous parait fort douteuse.
XXII. E. Moske ! étudie l'apparition de Jésus à Paul sur le chemin de Damas d’après les récits des Actes,
4, Die Bekehrung des Apostels Paulus.
dont les différences sont examinées et d’après les diverses allusions à sa conversion qu'on trouve dans les épîtres de Paul, Gal., 1, 13-17; I Cor., XI, 1, etc. Il établit la réalité des apparitions contre toutes les négations ou explications naturelles, hypothèse d'un orage ou de coups de foudre, rapport à la mort apparente de Jésus, vision subjective et objective. Il signale divers facteurs qui ont pu préparer indirectement la conversion de Paul; la connaissance qu’il a eue de l’œuvre de Jésus, le sentiment de l'impuissance de la Loi pour la justification du pécheur.
XXIV. Sh. J. Case! eroit qu'il est peu vraisemblable que Paul n’ait pas connu le témoignage des premiers disciples du Seigneur et que leur prédication n’ait pas exercé une influence sur ses doctrines. Il signale les occasions que Paul a eu d'être en rapport avec eux : avant sa conversion; à Damas; lors de son premier
voyage à Jérusalem; dans les pays de Syrie et de Cilicie : lors du concile de Jérusalem, ou de son entrevue avec Pierre à Antioche.
XXV. À la question de savoir si Paul parlait le latin, A. Souter? répond affirmativement. Il était citoyen romain et comme tel devait probablement connaître le latin, langue assez répandue en Orient, particulièrement dans les villes, colonies romaines que Paul a évangélisées. Le latin était, indépendamment des dialectes locaux, la seule langue parlée en Espagne, que Paul avait l'intention d'évangéliser. Enfin, à Corinthe, la plupart des hommes que Paul a connus étaient des Latins. Ces diverses observations sont des présomptions, mais non des certitudes. Souter conclut que Paul aurait parlé les trois langues de l’inscription placée sur la croix : l’araméen, le grec et le latin.
1. Pauls historical relations lo the first Disciples. 2, Did St. Paul speak lutin?
XXVI. On s’est beaucoup occupé en ces derniers temps des influences qu'a pu subir Paul tant au point de vue littéraire qu'intellectuel. Voici quelques-uns des travaux publiés. Bultmann'! s’est surtout occupé des influences littéraires qui se sont exercées sur le style de l’Apôtre. Son but est d'étudier le style de Paul, mais seulement en ce qui touche sa formation grecque, car il reconnaît que le style de l'Apôtre est formé de deux éléments, l’un juif et l’autre grec. Il pense trouver les analogues de l'argumentation paulinienne dans la diatribè de l’école cynique-stoïcienne. D’après lui, la diatribè ou discussion critique était formée, chez les Grecs, de trois parties : un exposé positif d’une question, la défense de celle-ci contre un opposant et une exhortation en forme de conclusion. C'est ce qui se dégage d'un examen attentif de la rhétorique, du style, du dialogue, et de l’argumentation de la diatribè dans Bion, Teles, Sénèque, Maximus Rufus, Epictète, Dion Chrysostome et Plutarque. Bultmann le prouve par des textes concluants. Il examine alors les épîtres pauliniennes et il montre qu'on trouve dans celles-ci les mêmes procédés. Ainsi, il y relève la forme dialoguée de la diatribè : de même qu'Épictète, Paul, dans l'épitre aux Romains, interroge un adversaire imaginaire, ou se pose à lui-même des objections. Il a les mêmes procédés rhétoriques que les Grecs : le parallélisme antithétique, les questions répétées avec réponses identiques, l’anaphore, le paradoxe, la comparaison. Son argumentation et le ton de ses épîtres rappellent aussi la diatribè grecque.
De ces comparaisons, Bultmann conclut : L'argumentation de Paul se présente sous des formes et des
4. Der Stil der Paulinischen Predigt und die kynisch — stoisch Diatribe,
expressions semblables à celles de l'argumentation des philosophes populaires, cyniques et stoiciens. Cette ressemblance de la manière de s'exprimer provient de ce que Paul dépend de la diatribè ; en d’autres termes, Paul a connu et utilisé les procédés rhétoriques des Grecs.
Malgré toutes ces ressemblances présentées, dont - nous sommes frappé, nous le reconnaissons, nous ne sommes pas cependant complètement convaincu. Il est d’abord tel mode d’argumentation qu’on retrouve dans la diatribè grecque et dans les épîtres pauliniennes qui est tellement naturel que Paul a bien pu l’employer sans le tenir des Grecs. Certaines formes rhétoriques telles que le parallélisme des membres peut provenir chez Paul de sa connaissance de la poésie hébraïque dont c'était le procédé ordinaire. Ainsi donc la question de la formation stylistique et rhétorique de l’Apôtre ne devra être résolue que si l’on tient compte de son éducation juive. De celle-là, nous sommes certain; sur son éducation grecque, nous ne pouvons faire que des conjectures ou la présumer par induction.
XXVII. La ville de Tarse a pour nous une importance spéciale du fait qu’elle a été la patrie de Paul, la ville où il a passé les premières années de sa vie, où il est revenu après sa conversion, par conséquent, le milieu où s’est formée son intelligence, où il a dû s'initier à la littérature et à la philosophie grecques, peut-être même où il a appris à connaître les religions de mystères, florissantes à son époque. C’est donc une excellente idée qu’a eue Bühlig ! de nous exposer l’état de la culture intellectuelle de Tarse au temps d’Auguste au point de vue religieux et philosophique,