‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 42 sur 162 · SECRET TE · texte numérisé non relu

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qui fut crucifié par ordre de Ponce Pilate, c'est la foi au Christ qu'annonçaient les convertis hellénistes, le Seigneur glorieux autour duquel les élus de tous les peuples se rallieront en son avènement, et c'est de plus la foi à un Christ dont Paul antérieurement, sans s’en douter, portait déjà en lui l’idée. » Cette vision du Christ aurait donc été préparée soit par les idées qu’il aurait entendu émettre autour de lui, soit par celles qu'il cherchait à écarter. Cette hypothèse nous paraît valoir toutes celles qu’on a déjà émises pour expliquer d'une façon naturelle la conversion de Paul. « Sa conversion paraît avoir été due tout autant et même davantage au travail fébrile et, pour employer le mot juste, à l'agitation de l'esprit. La foi de Paul ne s’est pas formée dans des expériences attentives, mais dans des discussions passionnées ; à un moment donné, elle fait un bond qui n’est pas la conclusion logique d’observations faites par le principal intéressé, mais une révolution, un saut de la foi mystique, occasionné par l'état cérébral du sujet et relevant de la psychiatrie non moins que de la psychologie rationnelle et morale. » En d'autres termes, la conversion de Paul a été le résultat d’un déséquilibre mental. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que cette rupture avec l’ancien état mental de Paul se soit maintenue, sa vie durant, que ce saut dans l'inconnu ait produit dans l'esprit de Paul toute une nouvelle suite d'idées et de conceptions en contradiction nette avec les idées antérieures de Paul.

Immédiatement après sa vision à Damas, Paul serait allé en Arabié et, contrairement à l'opinion commune qui pense qu'il y aurait vécu dans la retraite, il aurait prêché de suite la foi en Jésus. Cette opinion a déjà été soutenue et ne présente aucune impossibilité.

Trois ans après sa conversion, il serait monté à Jéru-

salem pour voir Pierre et quatorze ans après sa con= version; il y serait retourné, accompagné de Barñabé.

« Ce second voyage doit se placer avant que Pierre soit chassé de cette ville par la persécution d'Hérode \ Agrippa » qui eut lieu en l’an 43-44. Il faut alors supposer que la conversion de Paul eut lieu en l'an 29 « qui paraît être l'année indiquée par Luc, IE; 1, pour la mort du Christ ». Comment croire que Paul a été converti si tôt après la mort du Seigneur, surtout si l’on admet avec Loisy qu'il a été converti à Damas; où déjà existait une commuriauté chrétienne? Cetté date de l’an 43-44 pour la réunion apostolique à Jérusalem lui permet d'expliquer comment l’apôtre Jean y participa; tandis qu'il suppose qu'il a été mis à mort par les Juifs; en même temps que son frère ! Jacques; c'est-à-dire au printemps de l'an 44:

Le second voyage de Paul à Jérusalem, dont il parle « dans lépitre aux Galates, serait donc celui qui est « mentionné dans les Actes, XI, 27; et rien de ce qui est « raconté au ch. XV des Actes sur la discussion à propos des observances légales ne serait historique. « Les Actes ont dédoublé le second voyage de Paul »: « La M rédaction des Actes a faussé complètement le caractère « des entretiens qui eurent lieu entre les apôtres sur - cette affaire des observances, et elle en a fait une sorte « de concilé avec un décret solennel dont elle n’a pas craint de confier l'exécution à Paul lui-même. » Un peu plus loin cependant, Loisy dira : « Conime le décret apostolique dont parlent les Actes, XV, 22:29, correspond vraisémblablement à quelque réalité, il doit représenter un comprornis établi dans une com= 4 munauté mixte telle que celle d’Antioche, où, pour « ménager les scrupüles des judaïsants sans renoncer ! à prendre ensemble le repas eucharistique, on aura !

‘mposé aux païens convertis l'abstinence du sang, des :

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viandes de sacrifices, de certaines relations sexuelles, supprimant ainsi les causes d'impureté légale qui faisaient obstacle au libre commerce et à la commensalité des Juifs avec les paiens: » Cette hypothèse avait déjà été présentée; venons-en à la question qui est à la base de cette épitre. « Personne, dit Loisy, pas même Jacques; ne contestait que les païens pussent arriver au salut par la seule foi au Christ; Jacques admettait, tout comme Paul, que le païen était sauvé par la foi sanis la Loi. »

Mais pour Paul la loi n’était plus obligatoire pour personne tandis que, d'après Loisy; pour Jacques « obligatoire pour le juif, la Loi était, en quelque manière, une condition de son salut, mais elle n’en était pas le principe. Quoi qu’en dise Paul, le principe du salut pour le juif, même non chrétien, n’était pas la Loï; mais la grâce de Dieu, dont la Loi pourrait être comprise comme un moyen ». Paul ne l’entendait pas ainsi et il combattait des adversaires qui subordon-

-naïient le Christ à la Loi et qui tenaient la circoncision : pour nécessaire au salut.

La seconde partie de l'épitre aux Galates est théologique : Paul établit sa thèse à l'aide d'arguments surtout scripturaires: Et Loisy soutient qu’il a mal compris ou faussement interprété divers passages de l’Ancien Testament, en particulier celui de la Genèse, XV, & : « Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice: » D'après lui; le terme justice a ici le sens cohcret d'action bonne et méritoire et non le sens abstrait de justification, comme le veut Paul.

Il est inutile de pousser plus loin l'analyse du travail de Loisy : le lecteur voit par ces extraits quel en est le caractère et à quoi il vise:

IIL. Il serait bien difficile de relever toutes les idées que développe le P. Lagrange dans son commentaire

sur l’épître aux Galates : signalons-en quelques-unes seulement. L'épitre aux Galates, avec ses formules plus saisissantes peut-être dans leur brièveté, mais moins nettes, moins nuancées aussi et d'aspect quelquefois paradoxal, doit être considérée plutôt comme une ébauche de l'épître aux Romains, où la pensée de l'Apôtre se présente sous une forme plus modérée et avec un souci plus marqué des nuances et de l’équilibre. Le thème principal de l’épitre aux Galates c’est l'imperfection de la Loi dont les enfants de Dieu sont désormais libérés; ce qui regarde la justification par la foi et la vie chrétièhne n'y vient qu'à titre d’argument pour prouver cette thèse. Le sujet principal de l’épitre aux Romains, c’est la vie chrétienne, c’est la sanctification; ce qui regarde la Loi et les Juifs n’est que thème secondaire.

L'épitre a été écrite probablement à Éphèse vers les années 53-54. Sur la question des destinataires de l’épître aux Galates le P. Lagrange se prononce nettement pour les habitants de la Galatie proprement dite, ceux que l’on appelle les Galates du nord par opposition aux habitants du sud de la province romaine de Galatie, laquelle comprenait, outre la Galatie proprement dite (l’ancien royaume des Gaulois) la Lycaonie, l'Isaurie, le district sud-est de la Phrygie et une partie de la Pisidie, avec les villes d'Antioche de Pisidie, Iconium, Lystres et Derbé. La Galatie du nord aurait été évangélisée par Paul, lors de son second voyage missionnaire. Voulant aller évangéliser Éphèse il en fut empêché par le Saint-Esprit et il marcha vers le Nord, traversa la Phrygie et le pays galate, Act., XVI, 4; plus tard, il parcourut successivement le pays galate et la Phrygie, confirmant tous les disciples, ib., XVIII, 23. P L'épitre n'a pas dû être envoyée aux églises de la

Galatie du sud. Dans la titulature des gouverneurs de

province les inscriptions distinguaient la Galatie, la

Pisidie et l’Isaurie, bien que ces trois pays fissent

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