‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 75 sur 162 · Studies in the synoptic Problem, p · texte numérisé non relu

Studies in the synoptic Problem, p

lui viendrait probablement de l’évangéliste Philippe.

XI. A propos du document Q les critiques se sont demandé si Marc l'avait connu et s'en était servi. Streeter a étudié cette question dans les Studies in the synoptic Problem, p. 265. Il examine les: passages suivants : Prédication de Jean-Baptiste, Mc, I, Me, IT, Le, IT; la Tentation de Jésus dans le désert, Me, I, M, IV, Le, IV; la discussion sur Beelzebub, Mc, IT, Mt, XII, Le, XI; la parabole du grain de moutarde, Me, IV, Mt, XI, Le, XIIT; l'envoi en mission des apôtres, Me, VI, Mt, X, Le, IX, X. De cet examen il ressort que Matthieu et Luc ont emprunté leur récit à une autre source que Marc, au document Q, mais que le récit de Marc ne suppose pas une autre tradition que celle de Matthieu-Luc. Il est invariablement plus court, mais la brièveté du récit provient de ce qu'il omet des traits qui faisaient partie du document original. Marc a donc connu celui-ci et l’a abrégé. Une seconde preuve qu'il l’a connu, c’est que fréquemment il a combiné dans un seul contexte des sentences qui se rencontrent séparées dans Q, où elles sont dans un contexte mieux approprié. Cette seconde preuve ne nous paraît pas décisive, parce que Marc a fort bien pu connaître ces sentences à l'état séparé par la tradition qui lui était particulière.

Streeter fait observer que Marc a connu le document Q, mais qu'il l’a cité plutôt de mémoire. Il ne voulait pas le remplacer mais le compléter; il l’a donc cité seulement dans la mesure où il était nécessaire de le faire pour ne pas mutiler son récit biographique.

XI. Une autre hypothèse serait possible, à notre avis, Pour les passages cités plus haut Marc aurait connu une tradition où les faits et les paroles du Seigneur étaient exposés plus brièvement et Matthieu-Luc, une autre tradition où ils étaient plus complets. En d’autres

termes nous aurions dans ces passages deux traditions indépendantes l’une de l’autre.

C'est à cette conclusion qu'est arrivée aussi G. Dewitt Castor !. « Les deux sources, dit-il, sont si fondamentalement différentes, les matériaux qu’elles ont employés sont si manifestement une partie d'un héritage commun dans ces premiers jours de la tradition orale, lorsque des relations écrites commencèrent à être faites, que toute relation directe entre ces sources paraissent improbables. » Il faut donc toujours en revenir à une dépendance d’une même tradition antérieure, la tradition apostolique pour les diverses sources qu'ont. utilisées les évangélistes.

XII. Etudiant les mêmes passages des évangiles synoptiques, le P. Lagrange est arrivé aux mêmes conclusions ?. « Nous sommes donc amenés à ce dilemme. Ou bien Marc n'a pas eu sous les yeux le texte de Q, même en araméen, et il ne s’en est donc pas servi, ou bien il l'a eu sous les yeux, mais il l'a traité avec une entière indépendance. Dans cette seconde hypothèse, il faut encore expliquer cette indépendance de Marc. A moins de supposer qu'il a agi par pur arbitraire, ce que les critiques très indépendants n'accordent pas volontiers aux ultra-radicaux comme Loisy, Marc ne s’est éloigné des Logia que parce qu'il suivait une autre tradition. C'est la seule supposition raisonnable, étant donné le respect avec lequel les évangélistes ont recueilli les paroles de Jésus. Par conséquent, en dernière analyse, l'autorité préférée par Marc était une tradition distincte, très probablement celle de Pierre, pour les paroles de Jésus, comme pour les récits. »

XIIT. Examinant aussi la question de savoir si Mare

1, Journal of biblical Lileratur, Vol. XXXI, p. 82. Boston, 1912. 2, Évangile selon saint Mare, p, CIX. Paris, 4944, :

s’est servi de Q ou si Q s’est servi de Marc, C. Patton! croit qu'il est impossible d'établir quel est celui des deux, Marc ou le document Q, qui est le plus ancien. Marc n'a pas pu avoir sous les yeux le document Q, pas plus que celui-ci n’a eu Marc. Ils sont donc indépendants l’un de l'autre. Leurs matériaux communs leur viennent de sources indépendantes l'une de l’autre, XIV. Harnack examine la place qu'a occupée la source Q dans les évangiles? et l'usage qui en a été fait principalement par Matthieu et Luc. Il détermine le contenu et la forme de ce document en examinant les parties communes à Matthieu et à Luc. Ces parties forment les deux onzièmes du premier et le dixième du second. On peut les classer en trois groupes : 1, de nombreux passages où la ressemblance est souvent tout à fait littérale; 2, les passages où la divergence est si grande qu'il semble douteux que les deux évangélistes aient eu une source commune; 3, des sections importantes où des ressemblances frappantes sont combinées avec des divergences non moins frappantes. De cet examen il résulte que Matthieu a modifié sa source sous l'influence de préoccupations dogmatiques ou apologétiques tandis que Luc l’a modifiée surtout au point de vue du style. Harnack croit que les deux évangélistes ont utilisé la même traduction grecque du document araméen. Il y avait tout au plus des diffé» rences de détail entre leurs exemplaires. D'après la reconstruction qu'il fait de ce document il aurait eu 7 récits, 12 paraboles, 13 collections de sentences et 29 discours courts et longs. Il commençait à la prédication de Jean-Baptiste et se terminait avec le discours

4. Did Mark use Q? Or did Q use Mark? The American Journal of

Theology, Vol, XYI, p. 634. Chicago, 1912.

2, Sprüche und Reden Jesu.

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sur les fins dernières. Les récits de la passion et de la résurrection n’y étaient pas inclus.

Harnack analyse et essaye de reconstruire ce document et il conclut : Q est une collection de discours et de sentences de Jésus, non orientée vers la passion, avec un horizon presque exclusivement galiléen, et sans traces spéciales de tendances particulières, apologétiques, didactiques, politico-religieuses ou nationales.

XV. En 1894 un anonyme avait soutenu que les Logia que Papias avait attribués à Matthieu n'étaient pas des sentences du Seigneur mais un recueil de prophéties messianiques destinées à prouver aux Juifs que Jésus était le Messie annoncé par les prophètes !. C. Burkitt? avait présenté la même conjecture, sans pouvoir l’établir d’une façon rigoureuse. C’est ce que vient d'essayer Rendel Harris *.

On sait qu'il existait chez les premiers chrétiens un recueil des oracles messianiques et des autres textes de l'Ancien Testament applicables à Jésus : l’Épitre de Barnabé, le Dialogue entre Jason et Papiscus, le Dialogue avec Tryphon, l'Adversus Judaeos de Tertullien et surtout .les Testimonia ad Quirinum de Cyprien, les Témoignages choisis contre les Juifs attribués à Grégoire de Nysse en sont des exemplaires sous des formes diverses. Rendel Harris dresse la généalogie de ces recueils et remonte à leur source originale. D’après lui elle serait les Logia compilés par l’apôtre Matthieu. Le terme Xéyix peut fort bien désigner des oracles messianiques. D’après les témoignages d'Irénée et d'Eusèbe, Papias aurait écrit cinq livres de Aôyix xupraxé. Or, dans le catalogue du pro-

4. The Oracles attributed Lo Matthew by Papias of Hierapolis. 2. The Gospel History and its transmission. Edinburgh, 1906. 3. Testimontes, Cambridge, 4916.

De

fesseur Lambros il y a un manuscrit du monastère d’Iveron au Mont Athos dont le titre est : Marôaou povæyou. Êvyypagn xara LouSauv averrypapos ev Aoyou s’. Ce moine Matthieu, inconnu à l’histoire ecclésiastique, ne serait-il pas tout simplement l’apôtre Matthieu et n’aurions-nous pas dans ce manuscrit une refonte grecque des Logia de Matthieu ? Rendel Harris en est persuadé.

XVI. Dans leurs études sur le problème synoptique Spitta et Haupt se sont placés à des points de vue spéciaux.

Les critiques s'accordent à supposer que les évangiles dépendent de récits évangéliques primitifs, et admettent, pour la plupart, qu’il faut distinguer deux sources, Marc et les Logia, qui auraient été utilisées de manière différente par Matthieu et Luc. Spitta, tout en croyant que les évangélistes ont reproduit des

documents, et d’abord un écrit fondamental, qu'il : appelle Grundschrift, ne pense pas que celui-ci ait été

surtout reproduit par Marc, mais plutôt par Luc; c’est

done dans cet évangéliste qu’il faut le rechercher. Il

le rétablit, p. XIII-XVIII, tel qu’il le conçoit après une longue discussion des textes évangéliques de Luc, Marc et Matthieu.

Cette Grundschrift aurait été tout à la fois plus

complète et moins complète que l’évangile de Marc.

Elle aurait contenu les données chronologiques de Luc, III, 1-3, la généalogie de Jésus, les trois tentations, le discours de Jésus dans la plaine, Le, VI, 17-49, les apparitions de Jésus ressuscité, l'ascension. Mais elle n'avait pas les morceaux que Luc a empruntés à Marc : la multiplication des pains, la purification du temple, la préparation du repas pascal, etc. Elle aurait

4. Die synoptische Grundschrift in ihrer Ueberlieferung durch das Lukasevangelium.

été écrite d’après la t'aditioti araméenne, vers l'an 40, par quelqu'ut de bien informé, peut-être un apôtre. La Grüundschrift dé Marc provient de la même tradition, mais én est une traduction différente.

Si l’on admettait l'hypothèse de Spitta, ce serait donc dans Luc qu'il faudrait chercher lé document primitif qui est à la base de nos évangiles. Dans Marc il ÿ manque des sections importantes qui ont disparu dans le texte actuel par suite d’une mutilation probablement accidentelle du manuscrit archétypé, d'où dérivenit tous nos manuscrits de Marc. Après lés mots : « Commencement de l’évangile de Jésus-Christ », I, 1; qui sont le titre du livre, il dévait y avoir un évangile de l'enfance, peut-êtré une généalogie de Jésus, et certainement un récit de là naissance surnaturelle de Jésus. Puis venait une notice sur Jean-Baptiste dont les citations dés prophètes, I, 2, 3, sont une suite. Dans lé corps de l’évangile il y aurait aüssi une lacune qui se serait produite, Ch. III, 21. Entre la première partiè du Ÿ 21 et la seconde, le passage perdu rapportait le discours dans la plaine, la guérison du démoniaque, ete. À la fin de l’évangile à disparu ce qu'on appelle la finale longue, XVI, 9-20.

Spitta conçoit la formation du III‘ évangile de la façon suivante : Luc aurait reproduit l'écrit fondamental satis le modifier; il aurait emprunté quélques pas- Sages aù proto-Mare ou aù Marc actuel et aurait reproduit un document qui contenait surtout des discours, IX, 57-XVIII, 14. Enfin il aurait ajouté des récits de provénances diversés : le centurion de Capharnaüm, la résurrection du fils de la veuve de Naïm, l'histoire de la pécheresse, Zachée, lé bon larton, les disciples d'Emmaüs, etc.

Nous reconnaîtrons volontiers que Spitta a déployé dans son exposé une grande souplesse critique, qu'il

a fait preuve d’une extraordinaire habileté à manier et à disposer les textes, mais dirons-nous qu'il a résolu le problème synoptique? Nous devrons seulement constater qu'il a changé les dispositions des données de la question. Des critiques pensent comme lui que Luc ne dépend pas de notre Marc actüel, mais cela n'explique qu’un côté du problème; il reste à savoir quelle est la position de Matthieu. En tout cas, il nous paraît difficile d'admettre que Marc ait subi des muti= lations aussi considérables que celles que supposé Spitta. Pâsse pour la lacune de la fin, bien que nous croyons que la finale, XVI, 9-20, est de Marè, mais pour celles du comméncement et de l'intérieur de l’évangile, elles ne nous paraissent pas justifiées. Il est plutôt probable que si Märc n’a pas les passages susmentionnés c'est qu'ils n’existaient pas dans la Grundschrift primitive, ce qui détruit en partie l’hÿpo: thèse de Spitta. Û

XVII. W. Haupt! a essayé aussi de déterminer les sources qui ont servi à la formation de nos évanigiles synoptiques. Voici celles qu'il a cru découvrir?, Il établit d'abord les sources existantes vers le milieu du r' siècle.

1. Un essai écrit de Mémoires de Jérusalem, racontant les deux derniers jours de la vie de Jésus.

2, Un essai semblable de Mémoires de Galilée, racontant lé ministère de Jésus depuis l'apparition de Jean-Baptiste jusqu’à la prédiction de sa passion par Jésus et son départ pour Jérusalem pour sa dernière Pâque.

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