La solution du problème synoptique. Tours
que Matthieu ait eu des sources écrites ; témoin oculaire | de la plupart des événements qu’il raconte, il dit ce qu'il a vu et entendu. Son évangile se compose de discours parfaitement ordonnés ; l’enchaînement logique des sentences prouve que Matthieu n’a pas trouvé ces sentences à l'état dispersé et fragmentaire, sans liaison entre elles, mais qu’il a rapporté exactement quant à leur substance, sinon avec tous leurs développements, les instructions du Seigneur, comme elles avaient été réellement prononcées.
Luc a utilisé la tradition orale transmise par les témoins oculaires; en ce qui concerne les faits on ne peut aflirmer qu'il se soit servi de documents écrits. Dans les discours il faut distinguer les sentences des paraboles. Les paraboles qui lui sont propres lui ont été fournies par la tradition orale ou écrite et sont indépendantes de Matthieu. Les sentences, au contraire, sont en dépendance de Matthieu; elles ne lui ont pas cependant été empruntées directement, vu qu'elles sont disposées dans Luc tout autrement que dans Matthieu. Luc a emprunté ces sentences à des documents fragmentaires qui avaient été formés par les fidèles lesquels avaient reproduit les parties des discours du Seigneur qui, dans Matthieu, les avaient le plus frappés.
L'évangile de Marc est une combinaison de Matthieu et de Luc. Marc se proposait avant tout d'établir une concorde des événements déjà racontés par les deux autres synoptiques en prenant comme base l'évangile de Matthieu, le rectifiant surtout au point de vue chronologique et le complétant par des détails empruntés à Luc et quelques rares additions fournies par la pré-
. dication de Pierre.
Sans entrer dans la discussion de ce système, nous
ferons remarquer qu'il est en opposition avec le texte
de Papias, où il est parlé de la composition de l’évangile de Marc. D'après Pasquier la priorité de Marc est « une invention allemande », imaginée par des protestants et des libres penseurs, p. XI. Si cet argument a une valeur quelconque il se retourne contre l’hypothèse de Marc postérieur aux évangiles de Matthieu et de Luc. Cette hypothèse a été présentée tout d'abord par Griesbach, un protestant; elle a été reprise par le rationaliste Christian Baur et l'école de Tübingen. Enfin, elle a été exposée en détail par Davidson, un des derniers représentants de l’école de Tübingen, dans son /ntroduction to the Study of the New Testament, Vol. I, p. 478-498 : Davidson avait trouvé avant Pasquier les arguments qui établissent la postériorité de Marc.
XX. E. Rede Buckley a étudié aussi la question synoptique dans toute son ampleur !. Voici d'abord les conclusions auxquelles, d’après lui, les critiques seraient arrivés :
1. Marc, ou un document grec qu’on peut difficilement distinguer de Marc, a été utilisé par Matthieu et Luc dans la compilation de leurs évangiles. Quoique la majorité des critiques s'accordent sur ce point, quelques-uns ne l’acceptent pas et d’autres l’admettent avec cette restriction que Luc s’est servi d’une forme plus courte de l’évangile de Marc. Quelques-uns enfin soutiennent que Marc est lui-même une compilation et qu'une de ses sources a été le document Q.