IX. D'une étude sur les citations de l'Ancien Testa
ment, particulières à l’évangile de Matthieu! Stephenson reconnaît que ces citations sont empruntées à un Florilège hébreu de prophéties messianiques. Il examine dix d’entre elles et remarque qu'elles sont introduites par une formule spéciale : va (8rus) rAnpuôÿ ou rôte éxAnpôn To fn0év; elles sont empruntées au texte hébreu de l'Ancien Testament, tandis que les autres citations de Matthieu proviennent des Septante. Il en conclut qu'étant donnés leurs caractères spéciaux elles dérivent d’une source unique et qu’elles font partie de l’œuvre de l’auteur original.
X. La Commission Pontificale « de Re biblica » a rendu le décret suivant, le 19 juin 1911, sur l’évangile selon saint Matthieu :
De auctore, de tempore compositionis et de veritate historica Evangelii secundum Matthaeum.
I. Utrum, attento universali et a primis saeculis constanti Ecclesiae consensu, quem luculenter ostendunt diserta Patrum testimonia, codicum Evangeliorum inscriptiones, sacrorum librorum versiones vel
antiquissimae et catalogi a sanctis Patribus, ab ecclesiasticis scriptoribus, a Summis Pontificibus et a Conciliis traditi, ac tandem usus liturgicus Ecclesiae orientalis et occidentalis, affirmari certo possit et debeat Matthaeum Christi apostolum, revera Evangelii sub eius nomine vulgati esse auctorem?
Resp. affirmative.
II. Ütrum traditionis suffragio satis fulciri censenda sit sententia quae tenet Matthaeum et caeteros Evangelistos in scribendo praecessisse, et primum Evangelium patris sermone a ludaeis palaestinensibus tune usitato, quibus opus illud erat directum, cons-
cripsisse ?
1. The Old Testament quotations peculiar lo the Matthew : The Journal of theolagical Studies, Vol. XX, p. 227. London, 14949.
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Resp. Affirmative ad utramque partem.
IT. Utrum redactio huius originalis textus differri , possit ultra tempus eversionis Hierusalem, ita ut vaticinia quae de eadem eversione ibi leguntur, scripta fuerint post eventum; aut, quod allegari solet frenaei testimonium (Adp. Haer., I, 1, 2) incertae et controversae interpretationis, tanti ponderis sit existiman- dum, ut cogat reicere eorum sententiam qui congruentius traditioni censent eamdem redactionem ante Pauli in Urbem adventum fuisse confectam ?
Resp. Negative ad utramque partem.
IV. Utrum sustineri vel probabiliter possit illa modernorum quorumdam opinio, iuxta quam Matthaeus non proprie et stricte Evangelium composuisset, quale nobis est traditum, sed tantummodo collectionem aliquam dictorum seu sermonum Christi, quibus tanquam fontibus usus esset alius auctor anonymus, quem Evangelii ipsius redactorem faciunt ?
Resp. Negative.
V. Utrum ex eo quod Patres, et ecclesiastici scriptores omnes, imo Ecclesia ipsa jam a suis incunabulis, unice usi sunt, tanquam canonico, graeco textu Evangelii sub Matthaei nomine cogniti, ne iis quidem exceptis, qui Matthaeum apostolum patrio scripsisse sermone expresse tradiderunt, certo probari possit ipsum Evangelium graecum identicum esse quoad substantiam cum Evangelio illo patrio sermone ab eodem Apostolo exarato?
Resp. Affirmative.
VI. Utrum eo quod auctor primi Evangelii scopum prosequitur praecipue dogmaticum et apologeticum, demonstrandi nempe ludaeis Jesum esse Messiam a prophetis praenuntiatum et e davidica stirpe progenitum, et quod insuper in disponendis factis et dictis quae enarrat et refert, non semper ordinem chronolo-
gicum tenet, deduci inde liceat ea non esse ut vera recipienda ; aut etiam aflfirmari possit narrationes gestorum et sermonum Christi, quae in ipso Evangelio leguntur, alterationem quamdam et adaptationem sub influxu prophetiarum Veteris Testamenti et adultioris Ecclesiae status subiisse, ac proinde historicae veritati haud esse conformes ?
Resp. Negative ad utramque partem.
VII. Utrum, speciatim solido fandamento destitutae censeri jure debeant opiniones eorum, qui in dubium revocant authenticitatem historicam duorum priorum capitum, in quibus genealogia et infantia Christi narrantur, sicut et quarumdam in re dogmatica magni momenti sententiarum, uti sunt illae quae respiciunt primatum Petri, Mt, XVI, 17-19, formam baptizandi cum universali missione praedicandi Apostolis traditam, Mt, XXVIIT, 19,20, professionem fidei Apostolorum in divinitatem Christi, Mt, XIV, 33, et alia huiusmodi, quae apud Matthaeum peculiari modo enuntiata occurrunt ?
Resp. Affirmative.
De ce décret il résulte : 4° Du consentement universel de l'Eglise dès les premiers siècles, lequel est établi: par les témoignages des Pères, les titres des manuscrits des évangiles, par les versions les plus anciennes et les catalogues des Livres saints, par l'usage liturgique de l'Église orientale et occidentale, on peut et on doit affirmer que Matthieu, l’apôtre du Christ, est vraiment l’auteur de l’évangile qui porte son nom.
2° Du témoignage de la tradition il s'ensuit que Matthieu a été le premier à écrire un évangile et il l’a écrit dans la langue parlée en ce temps-là en Palestine, c'est-à-dire en araméen.
3° La rédaction du texte original ne peut êtredifférée après la ruine de Jérusalem, sous prétexte que
les prophéties qui parlent de cette ruine ont été écrites après l'événement. Le témoignage d'Irénée, d’une interprétation douteuse et controversée ne doit pas être estimé d’un tel poids qu'il oblige à rejeter l'opinion de ceux qui, plus attachés à la tradition, pensent que cette rédaction a été faite même avant l’arrivée de Paul à Rome.
Le texte d'Irénée, dont il est parlé ici, a été l’objet de discussions nombreuses. Le voici d’abord : « Matthieu, parmi les Hébreux, publia un évangile écrit en leur propre langue, tandis que (pendant que) Pierre et Paul préchaient l'Évangile à Rome et en fondaient l’église. Après le départ (la mort) de ceux-ci, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, lui aussi, nous a transmis par écrit ce que Pierre prèchait. Et, de son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna dans un livre ce qui avait été prêché par celui-ci. Ensuite, Jean, le disciple du Seigneur, qui avait reposé sur la poitrine de Jésus, publia, lui aussi, l'Evangile, tandis qu'il habitait à Ephèse, en Asie. »
Diverses explications ont été données de ce passage : Les uns pensent qu'irénée a voulu dire que Matthieu a écrit son évangile pendant que Pierre et Paul prêchaient l’évangile à Rome et que Marc a écrit le sien après la mort des apôtres; les autres ont déclaré tout simplement qu'Irénée s'était trompé sur la date de composition des évangiles; d’autres enfin ont cru qu'il ne s'agissait pas ici de la mort des deux apôtres, mais de leur départ de Rome. Aucune de ces solutions n'a satisfait Dom Chapman', qui a soutenu qu'il ne s'agissait pas dans ce passage de la date des évangiles, mais d'établir contre les Valen-
1. St. Irenaeus on the dates of the Gospels : Journal of theol. Studes, Vol. VI, p. 563, London, 1903.
daté ht
tiniens que l'enseignement de quatre des apôtres principaux n’a pas été perdu, mais nous a été transmis par écrit.
Si nous lisons le contexte nous constatons que l’évêque de Lyon combat les Valentiniens qui prétendaient que les évangiles devaient être complétés par l'Évangile de la vérité. Or, argumente-til, les apôtres n'ont prêché l'Évangile qu'après avoir reçu le Saint- Esprit et nos quatre évangiles ne sont que leur prédication mise par écrit par eux ou par leurs disciples; ces évangiles n’ont donc pas besoin d’un complément. Et voici, d'après dom Chapman, comment il faut traduire le texte pour rétablir l'argumentation d’Irénée; toute l'attention doit se porter sur le fait que ce qui a été prêché a été ensuite transmis par écrit :
« Matthieu, chez les Hébreux, [outre qu'il leur prêcha l’évangile|, publia un évangile écrit en leur propre langue; Pierre et Paul prêchant l'Evangile [non aux Juifs mais] à Rome [sans l'écrire] en fondant là l'Eglise [dont je donnerai le témoignage bientôt, c’est-à-dire, Ill, 3]. Mais [quoiqu'ils moururent sans avoir écrit un . évangile] après leur mort [leur prédication n'a pas été perdue pour nous, car] Mare, le disciple et l’interprète de Pierre, nous l’a transmise, ayant aussi écrit [comme Matthieu] les choses qui ont été prêchées par Pierre. En outre Luc, le compagnon de Paul [l’autre apôtre|, écrivit dans un livre l’évangile prêché par cet apôtre. Enfin, Jean, le disciple du Seigneur, publia aussi un évangile, pendant qu'il vivait à Ephèse en Asie. »
« Qu'importe à cette argumentation, fait remarquer le P. Prat, qui a adopté l'interprétation de Dom Chapman, l’ordre et la date des évangiles? Ce qu'Irénée veut mettre en lumière c’est la continuité de l'Évangile oral et de l'Évangile écrit, avec leur dérivation -
commune des apôtres remplis de l’Esprit-Saint. Aussi s’attache-t-il à montrer que l'Évangile a été prêché partout : aux Juifs, aux Romains, aux Grecs, et que cette prédication des apôtres s’est conservée dans nos évangiles canoniques. Souligner que deux évangiles auraient été écrits seulement après la mort des apôtres, c'eût été, de gaieté de cœur, soulever une objection et affaiblir sa thèse. Mais il se garde bien d’en user ainsi. Il se borne à déclarer, qu'après la disparition des apôtres, Marc nous a transmis par écrit — éyypagws tapadsdwxey — remarquez la valeur propre de ce parfait — ce que Pierre avait coutume de prêcher. Rien n'’insinue le fait que le second évangile aurait été composé sculement alors. Et cela est vrai, à plus forte raison, pour Luc, dont l’activité littéraire n’est pas mise en corrélation avec la mort des apôtres. »
Nous continuons la traduction du décret de la Commission biblique.
4° On ne peut tenir, même comme probable, l'opinion moderne d’après laquelle Matthieu n'aurait pas composé proprement et strictement un évangile, tel que celui que nous possédons, mais aurait formé seulement une collection des paroles et des discours du Christ dont un autre auteur anonyme se serait servi comme de source, et par suite serait le rédacteur de notre évangile de Matthieu.
5° Du fait que-tous les Pères et les écrivains ecclésiastiques, l'Église elle-même, se sont servis uniquement comme canonique du texte grec connu sous le nom de Matthieu, sans excepter ceux qui affirment que l’apôtre Matthieu a écrit dans sa langue maternelle, on peut prouver que l’évangile grec lui-même est identique quant à sa substance avec l’évangile écrit par l’'Apôtre dans sa propre langue.
6° Du fait que l’auteur du premier évangile a pour-
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suivi un but principalement dogmatique et apologétique, à savoir de démontrer aux Juifs que Jésus était le Messie annoncé par les prophètes et qu'il était de race davidique et de ce que en outre dans la disposition des faits qu’il raconte et des discours qu'il rapporte, il n’a pas toujours gardé l’ordre chronologique, on ne peut en conclure que les uns et les autres ne doivent pas être regardés comme historiques; on ne peut pas affirmer non plus que les récits des faits et des discours du Christ, qu’on lit dans les évangiles ont subi une altération quelconque et une adaptation sous l'influence des prophéties de l'Ancien Testament et de l’état de l'Eglise déjà adulte.
7° On doit tenir comme dénuées de fondement solide les opinions de ceux qui mettent en doute l’authenticité historique des deux premiers chapitres, dans lesquels sont racontées la généalogie et l’enfance du Christ, ainsi que plusieurs sentences de grande importance dogmatique, telles que celles de la primauté de Pierre, Mt, XVI, 17-19, la forme du baptême et la
mission de prêcher partout donnée en même temps
aux apôtres, Mt, XX VIIT, 19-20, la profession de foi
des apôtres à la divinité du Christ, M£, XIV, 33, et d’autres semblables que l’on rencontre dans l’évangile de Matthieu.