‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 90 sur 162 · Die Glaubwürdigkeit des Markusevangeliums · texte numérisé non relu

Die Glaubwürdigkeit des Markusevangeliums

d'introduction : Marc et son évangile d’après l’Écriture et la tradition; la composition du second évangile et la critique récente; la critique du texte; le style et la composition de Marc; le caractère sémitique et spécialement araméen de l’évangile de Mare, ses latinismes : les sources du second évangile; le témoignage historique du second évangile; quelques points de la théologie de Marc; conclusion. Relevons les positions de l’auteur au point de vue critique et historique.

Après un examen attentif des données du Nouveau Testament et de la tradition sur Marc et son évangile, le P. Lagrange conclut que toutes s'accordent à attribuer un évangile à Marc, qui a écrit comme disciple de Pierre. Sur la date de composition les données sont : pour les années 42 ou 43, ou bien entre la mort de Pierre et de Paul et l’an 70. C’est cette seconde date appuyée sur des textes de Papias et d’Irénée, qu'adopte notre auteur. Il passe ensuite en revue les opinions des critiques sur la composition du second évangile. Les critiques catholiques se sont abstenus des hypothèses aventureuses comme le Proto-Marc, le paulinisme exagéré de Marc, la décomposition en membres épars d’un ouvrage parfaitement un; tous sont d'accord pour voir dans la catéchèse de Pierre le fondement des récits de Marc; ils sont divisés ou hésitants sur la question très délicate de l'emploi par Marc du recueil des discours ou de l’évangile araméen de Matthieu. Les opinions des critiques protestants ou rationalistes n’aboutissent pas à des résultats critiques généralement reçus sur la composition littéraire du second évangile.

Le P. Lagrange, après avoir rassemblé les passages qui montrent l’action de Pierre et groupé les faits qui suggèrent de lui attribuer une part prépondérante dans les origines de Marc, conclut que ce qui demeure

le plus probable, c'est que Marc ne dépend pas des Logia. Mais s’il en dépend ce n’est assurément pas comme un compilateur ou un imitateur servile, et c’est, selon toute apparence, comme un auteur qui a ses sources à lui. Car Marc n'est pas un rédacteur, mais un auteur. « L'auteur a toujours suivi des sources, très probablement des sources orales; il n’a pas transcrit servilement des RES écrits, sauf à les souder par de petites ajoutes. »

Le P. Lagrange ne veut Se étudier le problème synoptique, car, d’après lui, ce serait prématuré. Il ajoute cependant que « la critique est aujourd’hui unanime sur ce point que Marc a servi de source à Luc et au Matthieu grec, qui est notre premier évangile ». Actuellement cependant la critique n'est plus aussi unanime sur ce point.

Le P. Lagrange émet ensuite des vues très suggestives sur la critique textuelle des évangiles et de Marc en particulier ; il montre bien qu’en général on n’a pas à tenir compte des leçons occidentales qui ne sont que des leçons dérivées. Il ne refusera pas cependant, dans le commentaire, de citer les plus importantes et de les discuter, L'étude sur le style et la composition de Marc et sur le caractère sémitique et spécialement araméen de Marc est remarquable. La conclusion est que « Marc est exempt d’hébraïsmes dérivés directement d’un texte hébreu; il n’est pas la traduction d’un texte araméen ; son texte est moins grec que celui de Matthieu et de Luc. Le grec de Marc doit son caractère sémitique à ce fait qu'il reproduit d'assez près des conversations ou des récits en langué sémitique et spécialement en langue araméenne. Son grec est toujours du grec, mais du grec de traduction, non qu'il traduise un écrit araméen, mais parce qu’il reproduit une catéchèse araméenne ».

Nous regrettons de ne pas disposer d’un espace suffisant pour suivre le P. Lagrange dans son exposé sur la valeur historique et sur les enseignements doctrinaux du second évangile. Signalons seulement son interprétation sur l'expression : « Le Fils de l'homme ». « Il me semble, dit-il, que lorsque Jésus se nomme Fils de l’homme, il entend simplement « l’homme que je suis », pour attirer l'attention sur sa personne, sans prendre ouvertement, et pour ainsi dire offciellement, le titre de Messie. Il va sans dire que, par le fait même, les plus glorieuses prérogatives messianiques peuvent s’accorder avec ce titre. » Rien n'empêche d'estimer que Jésus se réservait de développer au moment voulu ce nom de Fils de l’homme et c'est ce qu’il a fait en particulier devant le Sanhédrin, où il déclare très nettement qu'il est le Christ, le Fils du béni, lui, le Fils de l’homme que l’on verra assis à la droite de la Puissance et venant avec les nuées du ciel.

Le P. Lagrange fait aussi bien ressortir que, dans la . pensée de l’évangéliste, Jésus est Fils de Dieu : dès la première ligne il l’affirme et tout lé long de son récit il rappelle les témoignages des esprits mauvais, du Père et de Jésus lui-même sur sa nature divine, « Ilest parfaitement clair que Marc a dit Jésus Fils de Dieu dans son sens propre. S'il n’eût vu dans ces mots qu'un terme métaphorique, un synonyme de Messie, il aurait dû indiquer une fois ou l’autre l’équivalence. C’est ce qu'il n’a pas fait. Il a même fait le contraire en s’abstenant de faire nommer Jésus Fils de Dieu par aucun Israélite. Jésus est Fils de Dieu du fait d’une existence surnaturelle, plus ou moins connue des démons cet'affirmée par le Père et par le Fils lui-même. »

Le savant auteur conclut ainsi son introduction: : « Si l’on considère que Marc, informé par le principal

témoin de la vie publique de Jésus, évidemment sincère comme rapporteur des faits, n’est influencé par aucune théologie spéciale, on tiendra son évangile, même au simple point de vue scientifique, pour un. document d'une gravité hors de pair, qui nous donne une connaissance très incomplète, mais certaine, des faits et des paroles de Jésus. »

XIX. A. Loisy déclare au commencement de son ouvrage que celui-ci n’est pas un « livre d'érudition ». « Il a essayé seulement de projeter quelques lumières sur les questions importantes : caractère, origine, objet de la composition, en les traitant d’un point de vue purement critique et historique. » Ces vues sont exposées en raccourci dans l'introduction. « L’évangile de Marc est mal composé ou plutôt n’est pas composé du tout. On y trouve quelques anecdotes mal liées, quelques brèves sentences, et quand le discours est un peu plus long, c’est une compilation qui s'adapte mal aux circonstances indiquées. »

Après un résumé rapide du contenu de l’évangile, Loisy extrait ce qui lui paraît être le fond primitif; le reste est une addition d’un disciple de Paul qui a voulu adapter la tradition galiléenne sur Jésus aux enseignements de son maître. Ce dernier rédacteur est celui qui a donné un caractère nettement paulinien à l’évangile. L'analyse qu'a faite Loisy montre sa part dans la rédaction. Il reconnaît qu’elle ne correspond pas exactement à la réalité du travail rédactionnel, mais « il en subsistera toujours assez, et elle paraît assez juste dans son orientation générale pour donner une idée exacte de la place occupée par l’évangile dit de Marc dans l’évolution de la pensée chrétienne, et mieux encore dans l’évolution du christianisme. Elle permet, en effet, de voir comment le plus ancien des évangiles canoniques est une synthèse ou une ébauche de syn-

thèse, avec adaptation réciproque des maigres traditions relatives .à la prédication et à la mort de Jésus, de l'Evangile qu'on appelle apostolique ou galiléen et de l'Evangile paulinien de la religion que préchait Paul, fondée sur la mort rédemptrice d’un être divin et concrétisée dans des rites d'initiation et d’union mystique, les sacrements du baptême et de Dee charistie ».

Tout cela est une vue systématique, le développement d'un premier postulat : L'Évangile de Paul est indépendant de la tradition; c’est un mélange des doctrines juives et des mystères gréco-syriens. Le * Christ de Paul, c’est un Dieu sauveur à la manière des Osiris, des Adonis, des Mithra; un être céleste qui fait son apparition sur la terre et accomplit une œuvre efficace de salut universel. « Il est mis à mort et revient à la vie comme eux, préfigurant dans son sort celui des humains qui participeraient à son culte, -commémoreraient sa mystique aventure et s’associeraient ainsi à sa passion. » L'auteur oublie de nous dire quels sont les passages des épîtres pauliniennes où il a trouvé ces affirmations. Si tel est vraiment l’evangile que prêchait l’Apôtre des gentils, comment expliquer que Pierre et les apôtres aient accepté son Évangile, si radicalement différent de celui qu'ils prêchaient eux-mêmes. L'opposition qui exista tout d’abord entre Paul et les chrétiens de Jérusalem avait

pour cause les conditions d'admission des Gentils. Quelles n’eussent pas été les protestations si l’Apôtre avait prêché un Jésus analogue aux Adonis, aux Mithra des mystères païens! Il n’y a d’ailleurs qu’à lire attentivement les épiîtres pauliniennes pour constater que Paul connaissait et prêchait le Fils de Dieu, fait homme, dont il rappelait les actes sur la terre.”

Il est permis de se demander si Loisy dans ce

nouvel aspect qu'il donne à l’évangile de saint Marc n'a pas été influencé par les récentes théories allemandes sur les infiltrations des mystères orientaux et grecs qui se seraient produites dans les croyances des premiers chrétiens. Ce qu'il veut, en définitive, démontrer, c'est que les évangiles sont des écrits, élaborés à diverses reprises, suivant l'évolution de la conscience chrétienne. Tout cela n’est pas nouveau et repose sur une base assez chancelante, celle de la critique littéraire des textes, qui dépend la plupart du temps d’un point de vue préconçu.

XX. Dans son commentaire sur l’évangile de saint Marc!, À. Plummer présente les points de vue suivants : Les versions syriaques de Cureton et du ms. Lewis du Sinaï seraient du v° ou du rv° siècle, ce qui nous parait assez fondé ?. Le texte de Marc témoigne de ses accointances avec l’enseignement et les souvenirs de Pierre. Il a connu les Logia, écrits anté-

rieurement à son évangile, mais il ne s’en est pas servi. Il a plutôt voulu faire un récit plus complet de

la vie de Jésus, récit contenant les faits et les discours. Il n'y a chez lui aucun esprit de système, aucun parti pris de controversiste. « 11 ne décrit pas le Messie, ni ne l'interprète : sa grandeur était suffisamment démontrée par ses actes et par ses paroles. » Il a pris plaisir à raconter et il l’a fait avec le caractère et le charme d’un réaliste. La finale longue de l’évangile n’est pas authentique au sens strict. Marc a du être interrompu par la persécution. Il écrivait plus près de l’an 70 que de l'an 65.

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