RELIGIEUX
On a raison de faire la plus belle part à l'aristocratie dans là bonne conduite du gouvernement anglais ; mais on y fait une trop petite part aux classes moyennes. La puissance de l'aristocratie anglaise diminue, non par sa faute, car elle n'a pas cessé de payer de sa personne sur les champs de bataille comme dans les conseils de son pays, mais par des causes communes à tous les États de l'Europe, lesquelles, en élevant partout les classes moyenne
et le peuple, abaissent en proportion les aristocraties. L'aristocratie anglaise le sent, elle l'avoue; elle peut s'en inquiéter, elle ne s'en irrite pas. Elle s'en irriterait s il y avait de sa faute ; mais elle confesse la force des choses et elle y obéit. Aussi bien ce n'est pas un combat où elle est vaincue ; c'est un dessein de la Providence devant lequel elle s'incline. La fameuse réforme des lois sur les grains était une atteinte profonde portée à sa puissance territoriale : elle s'y est soumise. Qu'elle en ait eu et qu'elle en conserve de la mauvaise humeur ; que sir Robert Peel, si admiré ici pour ses expédients, y soit traité de politique sans principes, d'homme qui a retourné son habit, turncoat, peu importe; elle n'en a pas moins cédé sans avoir épuisé tout son droit de résistance. Le sacrifice n'est glorieux qu'en raison de ce qu'il a coûté, et celui-là a été double, sacrifice d'argent, sacrifice de puissance : c'est la chair et le sang qui ont pâti, mais le patriotisme l'a emporté.
J'ignore si les événements imposeront bientôt à l'aristocratie anglaise d'autres épreuves; mais, dût-elle disparaître, les classes moyennes la remplaceraient ; elles y sont prêtes. Elles ne lui font pourtant pas la guerre, elles ne la dénigrent pas; elles lui prennent plus de ses qualités que de ses privilèges ; elles songent plus à l'imiter qu'à la jalouser ; elles font comme l'héritier d'une grande fortune aux mains d'un possesseur qui vieillit : sans désirer là mort du possesseur, elles s'exercent à administrer la fortune. Elles ont imité de l'aristocratie les principes et les pratiques qui ont fait sa puissance, en faisant la grandeur de l'Angleterre; elles lui ont pris son attachement à la religion, sa fidélité au roi, son orgueil pour le pays, son attention aux souffrances des classes inférieures. il y a d'autres qualités encore où les classes moyennes
ont suivi l'exemple de l'aristocratie; mais je ne veux qu'examiner eu quai, sur ces quatre points, elles font preuve d'intelligence politique.
Leur attachement à la religion est très-vif; c'est d'ailleurs un trait du caractère anglais. Swift aurait pu ajouter à sa définition l'épithète de religieux. Il n'est pas de droit dont les Anglais soient plus jaloux que celui d'être religieux à leur façon et chrétiens de leur secte. De là tant de diversités d'églises en Angleterre; mais, comme si le schisme même, dans ce pays, avait la vertu d'unir, cette diversité fortifie l'attachement de la nation au principe protestant, lequel n'est que le droit de différer dans l'interprétation des livres saints. Ainsi ce qui détruit ailleurs la foi, ici l'affermit; il y a beaucoup d'églises, il n'y a qu'un protestantisme.
Les classes moyennes mettent plus d'ardeur aux choses de religion que l'aristocratie et le peuple. Toutes les sectes y recrutent des croyants. Mais, en s'occupant de religion, on se souvient de la politique. Ces sectes se suspectent entre elles, et, toutes sont, d'accord pour suspecter l'église établie, et, comme on dit dans la langue sectaire, la haute église. On combat de tous côtés avec des textes de théologie. Les femmes même s'en mêlent, et quelques-unes échangent des lettres où l'imagination féminine ajoute aux subtilités de la matière. Dans tout cela, personne ne parle d'attaquer l'église établie. Chose établie, chose sacrée. Le respect que les dissidents refusent à la doctrine, ils l'accordent à l'institution. L'excès de l'esprit de secte pourrait les rendre intolérants, la politique les rend libéraux.
J'ai vu quelque chose de plus caractéristique. On sait que la haute église s'appuie sur l'aristocratie, j'entends ('aristocratie tory. Il semblerait donc que les dissidents
de toutes les sectes, dans l'inquiétude que leur donne la haute église, dussent être les ennemis de l'aristocratie avec qui elle fait cause commune, ou tout au moins appartenir au parti whig. Point. J'en ai vu, et plus d'un, qui sont à la fois opposés à la haute église et tories, hostiles aux évêques et amis des lords. Exemple fort commun en Angleterre, inouï chez nous, où tel qui est mal avec son curé en veut à l'évéque qui nomme le curé et au gouvernement qui nomme Pévêque. Il n'en faut même pas tant pour être de l'opposition systématique. Un garde champêtre un peu strict sur la chasse va faire des ennemis irréconciliables au pouvoir, roi ou président. Il est vrai qu'il est certaines gens qui en veulent au gouvernement de ce qu'ils sont de petite taille ou de ce qu'ils ne savent pas proportionner leurs dépenses à leurs ressources. Que de révolutionnaires ne fait pas chez nous un tailleur un [eu pressant !
Le même discernement qui leur fait voir par où la politique est intéressée dans la religion produit l'accord de toutes ces sectes sur un autre point, le maintien de la célébration du dimanche. Ils y tiennent comme à un article de dogme, comme à une institution, comme à un usage. La foi, l'esprit politique, les mœurs, se liguent pour soutenir le dimanche. Toute distinction de secte disparait; la basse église tend la main à la haute, et le même jour, aux mêmes heures, toute la Grande-Bretagne est unie, comme un seul cœur, dans un même acte, religieux, politique et social à la fois.
Ce jour-là, tout travail cesse, tout soin des affaires de ce monde est interdit, tout plaisir est une impiété. Les joujoux même sont ôtés des mains des enfants, à qui Ton apprend, dés leur entrée dans la vie, l'esprit de sacrifice, qui seul fait les hommes libres. Toute la maison, maîtres
StQ ÉTUDES DE CRITIQUE LITTÉRAIRE.
et domestiques, va à l'église, rarement à la même, les maîtres à la paroisse, les domestiques à la chapelle dissidente, et sans y maudire leurs maîtres. Le père y conduit ses fils et leur donne l'exemple du recueillement; manquer au prêehe n'est pas seulement irréligieux, c'est de mauvais goût. Tous les yeux suivent sur le livre la lecture que fait le pasteur, et plus d'une voix d'homme se mêle aux voix des femmes et des enfants qui chantent les psaumes. La piété ne paraît point gênée par le respect humain, et personne ne prie soit avec le désir, soit avec la honte d'être vu. Rentré à la maison, on fait des lectures pieuses; les repas sont courts, et, pour la plupart, les mets sont de la veille, afin que les domestiques aient plus de temps à donner au devoir religieux. S'il est vrai que le dimanche paraît un peu long à plus d'un, surtout aux enfants, que tel fidèle moins rigide se retire dans sa chambre, sous prétexte de recueillement, pour y écrire en secret quelque lettre à un ami; s'il est vrai que, parmi les plus stricts observateurs du dimanche, il y en ait qui sont plus touchés de la perpétuité d'une chose établie que de l'acte de foi et d'obéissance à un commandement de l'église chrétienne, j'admirerai d'autant plus cet universel accord qu'il en coûte davantage aux individus pour y contribuer. Ceux qui ont la foi en jouissent plus librement, et ceux qui ne l'ont pas protègent ceux qui l'ont. En vérité, il y a des spectacles plus scandaleux.
Le hasard m'a rendu témoin de la susceptibilité des classes moyennes sur la célébration du dimanche. L'administration des postes avait eu l'idée de faire deux distributions le dimanche, l'une dans la matinée, l'autre le soir, avant et après l'heure des offices religieux. Une circulaire, non d'exécution, mais d'avertissement, avait été adressée aux directeurs des bureaux de poste ; la pièce n'était point
LES CLASSES HOTEKRES ES AMXTDML 91
signée; personne n'avait voulu s'exposer « noua au premier feu d'anathèmes qae b mesure allait susciter. lue lettre menaçante b dénonça dans le Tïane*. «m t puait la défense des employés de b poste, qu'on aîbit priw*T„ disait-on, de la douceur des devoirs religieux accciapUs en famille. On défiait l'administration d'instituer le n*«veau service. Elle répondit par des explications coEtectives et timides; elle atténuait b mesure: les lettres serait m portées à des heures où ce ne serait pas encore, où ce ne serait plus le dimanche; subtilités auxquelles personne ne se laissa prendre. Les gens d'église s'en montrèrent trèsémus ; ils provoquèrent des meetings contre une mesure qui, disaient-ils, déshonorerait le dimanche anglais, mglish sabbath, en étant légalement an jour du saint repos son caractère de jour consacré. La foule vint à ces meetings, les vieilles filles y étaient en grand nombre; on y amena jusqu'à des pensions de demoiselles, qui signèrent avec tout le monde des pétitions contre t cette servitude du dimanche, cette désécratûm du dimanche, ce péché du dimanche, » comme le qualifiaient les placards affichés à tous les coins de rue. Il y eut même des prédicateurs qui s'échappèrent en insinuations contre le gouvernement et qui invitèrent tous les chrétiens des trois royaumes à résister.
L'administration avait offert douze francs à chaque clerc, cinq francs à chaque facteur qui ferait le service, ajoutant, disaient les emportés, la corruption à l'insulte. Je donne à deviner combien acceptèrent l'offre. Aucun. Dans cette multitude d'employés, la plupart chargés de famille, il ne s'en est pas trouvé un seul qui voulût vendre son dimanche ou qui l'osât. En Angleterre, le gain fait le jour du repos est réputé ne pas profiter. Je demandais un dimanche à un meunier, après une semaine où les ailes
de son moulin avaient été immobiles, s'il n'avait pas quelque regret de laisser perdre le vent que le bon Dieu faisait souffler ce jour-là. « J'ai toujours remarqué, me dit-il, que ce qu'on gagnait le dimanche, on le perdait le lundi. »
Que, dans ce soulèvement des classes moyennes en faveur du dimanche, tout n'ait pas été pour la gloire de Dieu; que d'honnêtes marchands, de pieux tradesmen, qui tiennent à faire bien leurs affaires dans ce monde, tout en les préparant dans l'autre, aient fait réflexion que le nouvel arrangement postal profiterait surtout au spéculateur qui veut des nouvelles, fût-ce au prix de son âme, ou donnerait aux affaires d'un concurrent peu scrupuleux sur le dimanche l'avantage d'un jour de plus; je ne le sais pas certainement, je le crois. Mais qu'importe encore? La plus innocente condition que nous puissions mettre à nos vertus, c'est assurément qu'elles ne profitent pas aux vices des autres. Il faut être bien parfait pour trouver mauvais qu'un honnête marchand ne soit pas bien aise de prier, tandis que son concurrent lui enlève ses clients.
l' ATTACHEMENT A I.A ROYAUTÉ. — LE DROIT D AINESSE
Après rattachement à la religion vient la fidélité au roi. Après Dieu, le roi, non comme personne privilégiée, non comme Sluart, Orange ou Brunswick, mais comme loi. Le dévouement à la personne ou à la famille a cessé avec la maison des Stuarts; le dévouement au roi, comme personnification de la loi, date de la révolution de 168&.
LfcS CLASSES MOYENNES EN ANGLETERRE. SIS
Rien ne ressemble moins à ce qu'on appelait en France, avant 89, l'amour pour le roi, que la loyauté du peuple anglais d'aujourd'hui. Nos pères s'agenouillaient dans les rues quand passait le carrosse du roi. Le peuple des provinces croyait le roi d'une autre nature que ses sujets. J'ai ouï dire à mon père qu'une femme de la 'campagne, venue à Versailles pour voir le roi, s'était écriée, en le voyant passer : « Ah! n'est-ce que cela? Je croyais que c'était une boule d'or! »
Le peuple anglais n'a pas d'adoration ni d'illusion de ce genre. Il est pourtant certaines cérémonies où Ton s'agenouille devant le roi; mais, outre que son caractère de chef suprême des églises peut expliquer la forme religieuse de cet hommage, c'est là un de ces abus qui aident à conserver les bons usages. La fierté anglaise n'en paraît pas humiliée, et le roi lui-môme n'en est pas dupe. Il ne prend pas pour lui l'hommage qui s'adresse aux reliques-, il sait qu'on s'agenouille devant la royauté, non devant le roi. Telle est, en Angleterre, la doctrine monarchique : ce qu'on respecte et qu'on aime dans le roi, ce n'est pas la personne, mais la fonction. La mort de Charles I er , l'expulsion de Jacques II, n'ont été que des sacrifices de la personne au principe. Deux fois, en Angleterre, la royauté a survécu au roi. Cela prouve combien on y estime l'institution, et combien, par contre, un roi d'Angleterre se méprendrait s'il voyait dans la dignité royale le privilège et non l'office.
Il y a, même dans le parti tory, bon nombre de très-honnêtes gens qui approuvent en droit la mort de Charles 1 er . J'assistais un jour à une discussion sur ce point entre deux tories de beaucoup de mérite, l'un ancien officier, l'autre membre éminent du barreau anglais. Le premier, esprit agréable et délicat, d'une instruction très-
variée, ayant beaucoup voyagé, sachant plusieurs langues et parlant la nôtre à merveille; l'autre, jurisconsulte profond, esprit très-pratique et très-orné, sachant par cœur tous les beaux vers des poètes anglais et en faisant luimême d'agréables, parlant avec l'abondance du barreau et la précision qu'on y désirerait, en homme qui a des idées et qui ne harangue pas en les attendant : c'étaient deux types accomplis des classes moyennes en Angleterre. L'officier, outre la fidélité militaire, qui est plus personnelle, paraissait plus touché du grand intérêt de l'autorité royale; il blâmait la mort de Charles I er comme une irréparable atteinte à un principe si nécessaire à la liberté, disait-il, qu'il eût été digne de la nation anglaise de pardonner au roi ses manquements à la royauté, pour ne pas ébranler le principe en portant la main sur la personne. L'homme de loi, plus préoccupé de la question légale et de la couronne que de la tête couronnée, tout en regret* tant en homme de bien et en chrétien un acte sanglant, tirait de ta nécessité même du principe l'excuse du sacrifice qu'on avait dû lui faire, et estimait qu'en ôtant la vie au roi parjure on avait consacré de nouveau la fonction.
Je n'étais guère compétent pour les départager. Que pouvait dire, sur un sujet si grave, un Français âgé d'un peu plus de quarante ans, qui a déjà vu cinq changements de gouvernement dans son pays? Mes deux interlocuteurs eurent la civilité de ne pas me demander mon avis. Je me contentai de les écouter, et, quoique citoyen d'une république, j'admirais que deux hommes libres, presque plus libres que moi, fussent si convaincus de l'excellence de la royauté que l'un lui pardonnât ses torts envers la liberté, par intérêt pour la liberté elle-même, et que l'autre approuvât le régicide par amour pour la royauté.
Un autre jour, dans un dîner de corporation où j'avais
eu l'honneur d'être invité, le moment des toasts venu, le président du banquet porta la santé de la reine. Une explosion de hourras ébranla la salle. Surpris de tout des gens si calmes, après le dîner le plus décent, a?ant les vins du dessert, éclater tout à coup en cris presque sauvages, je me penchai vers le président et je loi demandai si je devais mesurer à la force de ces ois le dévouement des convives pour la reine, c C'est à la santé de la royauté que nous buvons, me dit-il ; nos hourras sont pour le principe. Nous aurions, au lieu d'une reine, un roi; an lieu de la jeune femme, capable et charmante, qui tient le sceptre d'une main si discrète et si ferme, un vieillard en enfance : notre toast n'eût pas été moins vif, et nos poitrines n'auraient pas poussé moins fortement le vieux cri anglais que vous venez d'entendre. Nous sommes heureux que la personne assise en ce moment sur le trône remplisse à merveille son office de roi constitutionnel, qu'elle en ait tout le tact et toute la réserve, et qu'elle porte légèrement sur une tête gracieuse la couronne des trois royaumes; nous sommes fiers de pouvoir donner en exemple à nos familles ses grâces de femme et ses vertus d'épouse et de mère; mais nous lui préférons la royauté, i Je crois qu'en fait de liberté et de fierté, pourvu qu'il s'agisse de la liberté qui respecte celle des autres et de la fierté qui ne les insulte pas, nos plus ombrageux démocrates, ceux qui se signent au nom de roi, n'en remontreraient pas au royaliste anglais. C'est pourtant cet Anglais si libre et si fier qui consent à se courber sous une main qui ne tient point l'épée ! liais, s'il se courbe, c'est qu'il le veut bien ; la beauté de l'obéissance est dans la liberté du consentement. Cet homme a bien le droit d'être fier, car il ne fait que ce qu'il a voulu. Oui, il me plaît d'instituer une femme chef suprême de la religion, de l'ar-
mée, de la justice; il me plaît de la loger dans de magnifiques palais, de la faire manger dans l'or, de rhabiller de velours et d'hermine, de charger sa tête de diamants; il me plaît qu'elle appelle ce grand peuple mon peuple; il me plaît de donner l'extrême puissance à l'extrême faiblesse. Voilà ce que dit l'Anglais. Il sait bien que c'est sa volonté qu'il a instituée souveraine, et ce qu'il respecte dans son ouvrage, cet indigne courtisan, c'est lui-même.
La royauté n'est aux yeux du peuple anglais que la garantie de la liberté ; U l'honore en proportion de son estime pour le bien qu'elle garantit. La royauté est au-dessus de toutes les têtes, oui, comme la voûte est au-dessus de toutes les pierres, pour soutenir le bâtiment. Que diraiton de pierres qui s'offenseraient d'être dominées par la clef de voûte? C'est pourtant l'image de certains démocrates; ils veulent la voûte, mais sans la clef. L'Anglais est plus jaloux de la solidité de l'édifice que du privilège de de la pierre qui l'empêche de choir. Il voit, dans la royauté, le service qu'elle rend et qu'elle n'est pas libre de ne pas rendre, et il passe beaucoup de privilèges à la personne en considération de l'utilité de la fonction. U croit même de bon goût d'y être très-généreux; car la fonction n'est pas commode entre les tentations de la puissance et les étroites limites des attributions. 11 sait d'ailleurs que la royauté n'est un privilège ni contre les soucis, ni contre les chagrins, ni contre les maladies, et que cette personne souveraine n'est, à vrai dire, qu'un otage auguste que la liberté tient en prison dans un palais.
Le même attachement raisonné à la royauté fait consentir les classes moyennes au maintien du privilège le plus exorbitant de l'aristocratie, le droit d'aînesse. Croit-on que la nation manque de libres penseurs pour en apercevoir les mauvais côtés, ou d'esprits assez hardis pour les
attaquer? Mais la majorité, tout en voyant par où ce privilège paraît offenser la nature, voitpar où il sert k liberté, en fortifiant Vhéréàhè du trône par l'hérédité des familles aristocratiques. Les majorais, considérés an point de vue de la liberté, sont presqne pins une propriété de l'État que du citoyen, et cela devrait toucher les démocrates, qui veulent faire de l'État le propriétaire unique et universel. L'État les transmet a I aîné pour qu'ils soient dans ses mains les arcs4»outants de l'hérédité de la couronne. Ils supportent d'ailleurs leur part de l'impôt, et ils sont grevés de chaînes héréditaires auxquelles ne peut se soustraire leur possesseur viager.
Voilà ce que tout honnête bourgeois anglais sait voir, au lieu de se choquer des guinées que dépense l'aîné, tandis que ses cadets cherchent fortune ' . Dans les aînés euxmêmes il voit, au lieu de la poignée d'oisifc ou d'incapables qui déshonorent leur privilège, une elasse d'hommes politiques qui apprennent la politique, non sur le tard, comme nous, ni aux moments que leur laissent d'autres professions, mais dès les premières études; ce qui fait qu'en général ils s'y connaissent; bien différents de nous, qui ne sommes peatrêtre si mobiles en politique que parce que nous y sommes toujours novices.
Je ne fais point l'apologie du droit d'aînesse; je ne dis même pas : L'institution est bonne là où elle est possible; j'explique comment les Anglais sont assez jaloux de la liberté pour s'accommoder de la royauté et pour souffrir le droit d'aînesse, et par quel effet de l'intelligence politique
* Les cadets sont tout les premiers â trouver du bon dans le privilège de l'aîné, non pour les dédommagements en places bien rétribuées qu'ils doivent quelquefois à son influence, mais par esprit politique; et il y a plus d'un exemple de cadets qui ont pris sur les fruits de leur travail personnel de quoi soutenir l'état de leur aine.
218 ÉTUKS K CRITIQUE LITTÉRAIRE.
chez les classes moyennes elles sacrifient à ce bien réel et suprême des nations civilisées l'ombre d'un autre bien, l'égalité, cette chimère à laquelle tant de gens, parmi nous, sont tout prêts à sacrifier la liberté.
On peut trouver que les Anglais ont tort d'aimer la royauté pour la liberté, et la liberté plus que l'égalité, et qu'il est de mauvais goût d'être heureux contre les principes. On peut aussi leur prédire, — et beaucoup le font en France, les uns par le doute universel au les a jetés la vue de nos ruines, les autres par haine contre tout ce qui est debout, — on peut leur prédire que les heures de l'Angleterre sont comptées, et qu'elle n'en a pas pour longtemps à prospérer sous l'empire du privilège aristocratique. A la première réflexion, les Anglais pourraient répondre par notre proverbe : « Qu'il ne faut pas disputer des goûts et des couleurs, » et qu'en fait de bonheur, celui qu'on tient est de meilleur goût que celui après lequel on court. Quant à la mesure de durée de leur gouvernement, ils n'en perdent pas une heure à rêver à ce qu'ils deviendront; et d'ailleurs la liberté anglaise est si solidement fondée sur l'esprit d'obéissance et de sacrifice, qu'elle saurait faire sortir de tout changement l'ordre et la prospérité, et qu'elle sauverait la nation des secousses du passage. Et, s'il arrivait quelque jour que la monarchique Angleterre jugeât inutile la fonction de roi, je verrais sans inquiétude le majestueux navire, pourvu de ce double lest, s'aventurer même dans les orages de la République.
AMOUR du pays; science de son passe et DE SON PRESENT.
Avant le roi, après Dieu et la liberté, ce que le peuple anglais aime le mieux, c'est son pays. Il peut sembler étrange qu'on note comme une qualité chez un peuple Ta* mour de son pays. Cependant Bossuet, qui n'écrivait pas au hasard, le remarque expressément des Romains, et ne le remarque pas des Athéniens. C'est donc que cet amour y avait une énergie particulière. Bossuet n'entendait pas parler de l'instinct respectable et touchant qui attache l'homme à sa patrie, et qui fait pleurer l'exilé à la vue des rivages du pays natal, mais de cet amour intelligent du citoyen pour la cité, de l'homme libre pour le pays où il jouit de la liberté. Tel était l'amour de la patrie que Bossuet loue en si magnifiques termes chez le peuple romain, celui, de toute l'antiquité, qui a été le plus libre et qui a Je plus obéi; tel il est en Angleterre, et tel on le reconnaît en particulier chez les classes moyennes.
Il y a plusieurs manières d'aimer son pays. Tel peuple est plus vain du sien qu'il ne lui est attaché. On s'y persuade que beaucoup de susceptibilité sur l'honneur natio*nal, beaucoup de dédain pour les étrangers, un duel bravé pour prouver qu'il est le premier peuple du monde, que tout cela est du patriotisme; c'est seulement la preuve que ce peuple s'admire encore plus qu'il ne s'honore. Des coups d'épée échangés pour l'honneur du pays ne valent pas, pour nous servir de saintes paroles, un verre d'eau donné en son nom. L'Anglais n'est pas vain de son pays : il l'aime; et, s'il paraît si peu dépaysé à l'étranger, c'est qu'il
emporte avec lui son pays, et, comme on Ta dit spirituellement, qu'il ne marche qu'enveloppé de l'atmosphère anglaise; il a moins que les autres la maladie du pays, et il en a plus le culte.
Tandis que le peuple qui n'est que vain du sien, — les Athéniens, je suppose, — en ignore le passé et le présent, l'histoire et la géographie, l'Anglais, qui aime son pays plus qu'il n'en parle, étudie dès l'enfance et sait à fond tout ce qui s'y est fait dans la suite des temps. On verra chez l'autre peuple des individus, des partis qui répudieront la gloire des ancêtres; l'Anglais se déclare solidaire de tout le passé de son pays. L'autre peuple datera son histoire honorable de l'olympiade où certaines idées ont prévalu, où une révolution s'est accomplie, et bon nombre de ses citoyens, renchérissant, la dateront de l'olympiade où ils sont nés. L'Anglais se fera honneur des premiers pas de sa nation sur la scène du monde, il sera orgueilleux des travaux des ancêtres et il couvrira d'un pieux respect leurs fautes. Chez le peuple athénien, les aventuriers auront du crédit; en Angleterre, l'influence appartiendra aux hommes qui ont des principes, c'est-à-dire qui ont foi en des vérités plus vieilles qu'eux et qui leur survivront. Rien n'est plus caractéristique, en Angleterre, que le respect du passé. En France, les choses se recommandent par leur nouveauté; le vieux, pour réussir, doit s'y donner pour du neuf. En Angleterre, toute chose dont on peut dire qu'elle est vieille et anglaise, oldenglish, réussit. Le charlatanisme, qui le sait bien, y dupe les gens en leur donnant du neuf pour du vieux. L'archéologie nationale, occupation des savants chez nous, est en Angleterre un goût mondain. J'ai vu une aimable femme, belle, élégante, chercher dans des églises de village les traces des différentes architectures perdues dans les réparations succès-
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sives, distinguer le style saxon du normand, donner un âge à d'antiques ornements d'autel brodés par des doigts moins délicats que les siens. En ornant sa mémoire de mille notions agréables et instructives sur le passé de son pays, elle ne voulait que se le rendre plus cher. Du reste, si simple et si modeste qu'il ne paraissait de son savoir que ce qu'on lui en avait surpris. Elle ne tirait vanité que pour la vieille Angleterre de tout ce que ses recherches lui faisaient découvrir du génie de ses anciens artistes.
Je ne réponds pas qu'il ne se mêle un peu de mode à ees goûts patriotiques. Il y a de la mode, même en Angleterre, et jusque dans son respect filial pour son passé. Ainsi, une certaine école veut qu'on ôte de la langue anglaise tous les mots d'origine étrangère. Le saxon est seul en faveur, comme l'élément indigène par excellence. On prouve dans de gros livres, écrits d'ailleurs avec des mots de toutes lesorigines, que le saxon est assez riche pourtous les besoins intellectuels de l'Angleterre au dix-neuvième siècle. Il y a des pasteurs qui ne prêchent qu'en saxon. Peut-être y aura-t-il bientôt des superstitieux qui, en retranchant le normand de leur langue, croiront retrancher de leur histoire la conquête normande, et qui voudront que les Anglais soient plus anciens que l'Angleterre. C'est le travers du patriotisme; mais une si belle qualité ne vaut-elle pas qu'on la paye d'un petit ridicule?
Je n'admire rien tant que la pudeur des Anglais sur les mauvais temps de leur histoire. J'en ai vu de fort émus de la peinture que fait M. Macaulay, yuans un ouvrage récent ', de la civilisation anglaise au temps de Charles II.
1 Histoire de l'Angleterre depuis le règne de Jacques H. Cet ourrage, à la fois solide et agréable, dont l'auteur a dû beaucoup lire Y Histoire du Consulat et de l'Empire, de M. Thicrs, était dam toutes les mains i l'époque de mon séjour en Angleterre.
Ils se demandaient avec inquiétude si la considération de leur pays ne perdait pas plus à ce tableau de ce qui lui manquait au dix-septième siècle qu'elle ne gagnait à ce qu'on fit valoir, par comparaison, ses étonnants progrès. J'entendais contester vivement certains détails du livre, surtout en ce qui regarde l'état de l'instruction, le nombre et l'importance des bibliothèques à cette époque. Il s'en préparait, mVt-on dit, des réfutations en forme. Quant à l'état moral d'alors, aux scandales politiques d'où est sortie la liberté anglaise, à l'extrême relâchement des mœurs, à la complicité de la nation dans la corruption de son gouvernement, on insinuait qu'il eût été plus sage d'en voiler le tableau et de ne pas relever, par de si humiliants aveux, l'honnêteté de l'époque présente. J'étais touché de cette piété qui ne veut pas que la probité des fils fasse honte à la mémoire de leurs pères. 11 n'en est pas moins vrai que, sauf quelques traits superflus, échappés à un pinceau facile et brillant, H. Macaulay a bien fait de découvrir ces anciennes plaies. La pudeur même de ses compatriotes le justifie, et l'exemple en est excellent pour tous ceux qui ont à écrire les annales d'un peuple libre.
Il est temps, en effet, que l'histoire fasse aux nations une part de responsabilité dans le bien comme dans le mal qui leur vient de leurs gouvernements. Nos derniers temps ont vu certains ouvrages historiques où le peuple est sur le premier plan, et les gouvernements sur le second ; c'est le vieil esprit de flatterie qui a quitté les gouvernements pour passer du côté du peuple, depuis que le peuple paraît le plus fort. J'applaudirais pourtant à cette nouveauté, si elle devait en susciter une autre, je veux dire une histoire écrite d'un style populaire qui mît courageusement sous les yeux d'une nation libre le
tableau de ses caprices, de «es engouements, de sa tendresse pour ceux qui la louent, de son peu de goût pour les conseils; qui lui montrât comment ses admirations emportées l'ont menée h la servitude *et ses dégoûts à la sédition; quelle part elle a dans les torts éternels et réciproques qui empêchent l'accord entre le principe d'autorité et le principe de liberté. Une teïle histoire serait un service patriotique rendu à cette nation. Elle la déshabituerait de se tenir sans cesse tournée vers ceux qui la gouvernent, rapportant tout ce qui lui arrive à l'humeur, à Fâge, aux talents, bien ou mal appréciés, de ses chefs, et, comme le parterre qui ne peut rien changer à la pièce, assistant, pour battre des mains ou silBer, au drame dans lequel se jouent ses destinées. Elle lui donnerait l'envie de se regarder enfin, de s'examiner, de se connaître, de se parler vrai, comme les honnêtes gens. Peut-être lui inspirerait-elle un esprit politique personnel, original, qui l'affranchirait de l'éloquence de ses orateurs, des paradoxes de ses écrivains, de la gloire de ses capitaines, et qui la formerait à ce grand ait 4u gouvernement d'un peuple par lui-même, qu'on «ne trouve pas sous les pavés des rues, et qui est moins une théorie qu'une vertu.
Outre cette curiosité patriotique des Anglais pour le passé de l'Angleterre et >cette délicatesse sur les époques scabreuses de son histoire, aucun peuple ne connaît mieux l'état présent de son pays. On a souvent reproché à nos collèges de nous former des politiques qui ne savent même pas la géographie de la France. Nous avons eu des hommes d'État <qui n'y étaient guère plus versés, et qui, pareils aux généraux la veille d'une bataille, étudiaient le soir le terrain où ils avaient à gouverner le lendemain. La jeunesse d'Angleterre sait, dans le .plus grand détail, la géographie des trots royaumes, l'histoire locale et la
statistique de chaque comté, ses productions, ses rivières, ses voies de terre et de fer, ses établissements utiles, ses .monuments; et, quant aux hommes d'État britanniques, les révolutions n'en ont point encore imposé à l'Angleterre qui Taient gouvernée sans savoir sa géographie. Serait-il donc vrai qu'on n'enseigne pas la géographie de la France dans notre Université? Elle y est très-bien enseignée, mais on l'y apprend mal. C'est la faute des pères qui, n'en n'ayant pas le goût, ne peuvent pas le donner à leurs enfants; c'est la faute de la première éducation, qui n'a pas su, dans l'enfant, préparer le futur membre d'une grande nation, et intéresser aux notions qu'elle confie à sa tendre mémoire ses premiers instincts de patriotisme.
En Angleterre, tout parle à l'enfant de son pays ; les premiers mots qu'il bégaye sont des louanges de l'Angleterre ; ses prières lui disent qu'elle est bénie de Dieu entre toutes les nations ; les livres où il apprend à lire sont pleins de son nom. Adolescent, on saisit son imagination par le spectacle de ses libertés ejt de sa grandeur commerciale; on lui apprend à suivre sur toutes les mers les traces de ses vaisseaux, à reconnaître sur tous les continents les tributaires de son industrie ; on lui fait étudier la carte du monde, pour qu'il sache la place qu'y occupe sa patrie. Et nous aussi, n'aurions-nous pas la matière d'une étude de ce genre, et ne pourrions-nous pas suivre les traces de la France partout où peut pénétrer la pensée plus conquérante que le commerce, plus rapide que les ailes des vaisseaux? Hais le goût nous en manque : il suffit à notre vanité que les autres sachent quel admirable pays nous hahitons.
Le nombre des livres destinés à mettre l'Angleterre sous les yeux des Anglais est immense. Les autres livres sont pour la plupart d'une cherté aristocratique : ceux-là se
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vendent à toutes les classes et à bas prix. Nul n'est trop humble pour apprendre à être un bon Anglais. Je doute qu'il reste dans ce pays une pierre portant quelque empreinte du travail humain, ou une taupinée que la topographie ait encore à relever. Ce sont les écrivains et les artistes qui font le cadastre. Il n'y a pas une perche de la terre sacrée qu'ils n'aient figurée ou décrite. Les localités y mettent un double orgueil, l'orgueil du lieu et l'orgueil anglais. En France, j'ai vu, même avant 1848, tomber, faute d'acheteurs, une collection des Dictionnaires de Géographie départementale. L'ouvrage était très-bien fait; mais on y enseignait la France aux Français. C'était hasard qu'on réussît. Nous aimons mieux nous vanter de notre pays que le connaître.
C'est parce que les Anglais connaissent le leur à fond qu'ils sont si attentifs à sa politique intérieure et si jaloux d'y faire prévaloir leurs opinions. On peut spéculer sur leur patience, tirer en longueur, temporiser; mais on ne les trompe pas plus sur leurs véritables besoins qu'on ne parvient à leur en donner de faux. Tout Anglaisa un avis sur les affaires de l'intérieur, et il n'est pas aisé de l'en faire changer. En revanche, il n'en a point sur les affaires extérieures, ou il y est fort coulant. Parmi les mille choses sensées qu'il m'a été donné d'entendre, rien ne m'a plus frappé que ce que me disait ce même avocat tory qui trouvait légale la condamnation de Charles 1 er . Je lui demandais son sentiment sur la conduite de lord Palmerston dans les affaires d'Italie. Je parlais à un tory d'un ministre whig; je devais m'attendre à des critiques : c'est le cœur humain en France, a Je n'ai point d'opinion, me dit-il, sur une affaire que je ne connais point; mais je m'en rapporte à lord Palmerston : c'est un homme de talent et un bon Anglais. — Ah! m'écriai-je, on y met
moins de discrétion dans mon pays; il n'y a pas de café de volage où Ton ne sache au juste ce que lord Palnierston aurait dû faire et où l'on ne blâme sévèrement ce qu'il a fait. »
Toute l'Europe sait comment la bourgeoisie anglaise se défend contre l'émeute. D'abord, elle n'y a pas d'amis; il n'est personne dans ses rangs qui songe à demander aux chartistes l'aide de leurs bras pour obtenir une réforme constitutionnelle. Elle sait que de tels auxiliaires ne se battent que pour leur compte et que, dans toute lutte civile, ceux qui veulent le moins ne sont pas longtemps maîtres de ceux qui veulent le plus. Je n'ai pas vu sans émotion , à l'une des barrières de Londres, cette vaste plaine de Kenninglon, où deux cent mille cbartistes, convoqués par toutes les trompettes de la destruction, chauffés, harangués nuit et jour, ayant pour la plupart laissé dans les tavernes où perdu sur place les trois quarts de leur raison, se dispersaient devant cette seule parole d'un agent de la loi : « Vous ne passerez pas le pont! » Tandis qu'au-delà de la barrière s'amassait la horde révolutionnaire, en deçà se rangeait silencieusement, dans toutes les rues, l'armée de l'ordre et de la liberté, prête à barrer de son corps le chemin à l'émeute et résolue à sauver, au prix de sa vie, le droit qu'ont tous les Anglais, chartistes ou autres, d'exprimer des vœux raisonnables et la chance de les faire écouter. Admirable journée, qui a été, me disait un Anglais , une révolution ; oui , une révolution sans révolutionnaires. Celles-là seules sont les bonnes.
Telle a été, en effet, l'issue de cette journée, que les besoins réels, qui servaient de prétexte aux meneurs, ont été entendus, et qu'on a sauvé l'ordre, par lequel seul il y peut être donné satisfaction. Pour tous les Anglais de bon sens, les seuls vaincus de Kennington ont été les mauvaises
passions qui s'y couvraient de l'intérêt pour les classes ouvrières, les ambitieux qui prenaient. pour drapeau le haillon du pauvre, les chefs qui exploitaient leurs soldats. Les classes ouvrières auront la meilleure part dans la victoire de Tordre; il n'y a pas de risque que la loi soit sans entrailles pour une foule déchaînée qui s'est dispersée à son nom.