NEWSTEAD-ABBEY. — LÀ JEUNESSE DE LORD BTRON
tin nom contemporain, un des plus grands noms de la poésie, celui de lord Byron, consacre les précieux restes de l'abbaye de Newstead. C'est là que lord Byron a passé une partie de sa jeunesse; c'est là que s'est éveillé son génie poétique. Jusqu'à lui, la ruine avait été à peu près la seule gloire de sa famille; désormais c'est le nom du dernier de cette famille qui fait la gloire de la ruine.
Newstead-Abbey est un antique monastère converti en manoir. L'édifice religieux fut élevé par Henri H en 1170, et dédié à la Vierge Marie. Les guerres, le temps, ont détruit l'église, sauf la façade ; mais le cloître, la cour intérieure, la fontaine au milieu, dont l'eau n'a pas cessé de
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couler et que décorent des bas-reliefs grotesques, le réfectoire» subsistent, engagés et môles dans une construction un peu militaire, comme étaient les manoirs fortifiés du moyen âge. Jusqu'à la célébrité que l'abbaye de Néwstead a due aux souvenirs de lord Byron, on venait visiter le manoir pour la façade de l'église, pour le monastère, pour le réfectoire, pour le cloître resté intact et sa fontaine. Ainsi, dans le siècle dernier, l'ami de madame du Deffant, Horace Walpole, visitait Néwstead et en louait la beauté. Il disah moins de bien du propriétaire d'alors, William Byron, Tonde du poëte, personnage bizarre, dur, vindicatif, dont les duels ressemblaient fort à des guetapens, grand dépensier et qui réparait les brèches de sa fortune en faisant abattre tous les bois de son domaine. «Il paye ses dettes en vieux chênes, dit Walpole dans une lettre piquante; on en a coupé pour cinq mille livres tout près de la maison. Par compensation, il a bâti deux petits fortins (baby forts), afin de nous indemniser en forteresses du dommage qu'il cause à notre marine, et il a planté une allée de pïhs d'Ecosse qui ressemblent à de petits paysans en vieille livrée de famille un jour de fête 1 . » Walpole se moque encore des fenêtres « dont les rideaux neufs ont l'air d'avoir été coupés par un tailleur vénitien. » Il ne voyait dans Néwstead que la demeure d'une famille noble et des restes d'architecture gothique, d'une médiocre valeur de son temps. « 11 ne pouvait pas voir, remarque un critique anglais, cette magique beauté que la gloire répand sur la demeure d'un homme de génie et qui revêt comme d'un manteau les tourelles de Néwstead. 1 Aujourd'hui, ce qui attire des visiteurs à la vieille abbaye, c'est le dernier Byron qui l'habita, c'est
* Correspondance d'Horace Walpole.
le poëte. Il s'empare de vous à l'arrivée, il vous accompagne partout, il vous fait les honneurs de sa mélancolique demeure, hôte invisible, mais plus présent que ceux qui vous y reçoivent en personne.
On rend d'abord justice à la manière dont Newstead a été restauré. Le propriétaire actuel, le colonel Wildman, l'avait acheté en ruines. Des sommes immenses ont été dépensées à le réparer. Le colonel a exécuté cette restauration sous l'influence des deux plus nobles sortes de piété après celle qui a Dieu pour objet, la piété envers un homme de génie et la piété pour les ruines. Ami de lord Byron, il n'est devenu l'acquéreur de Newstead que pour y instituer le culte domestique du poëte. Grâce à lui, tout ce qui peut rendre plus sensible la magique beauté de l'édifice est à l'abri des injures du temps : c'est tout ce qui fut proprement l'habitation de lord Byron. Le reste semble n'avoir été réparé et consolidé que comme un chaton de bague pour mieux enchâsser le joyau.
Par une prescription de très-bon goût, on vous conduit tout d'abord à l'appartement qu'occupa lord Byron. La vue de ces pièces, qui semblent l'attendre, excite plus de curiosité que d'émotion. Le souvenir de lord Byron n'est pas de ceux qui attendrissent.
Il habitait une des deux tourelles, baby forts, dont parle Walpole. Le rez-de-chaussée est occupé par la salle à manger. Au milieu est une table- carrée en acajou ; les pieds des chaises sont dorés ; un grand aigle, également -doré, supporte un buffet. Ce sont des meubles dans le goût du temps, non de l'homme. L'étage supérieur se compose de deux chambres. La plus grande, avec cabinet de toilette, était la chambre à eoucher du poëte. Le lit est à colonnes, comme tous les lits anglais; une couronne do comte dorée surmonte les chapiteaux. Les rideaux, d'étoffe
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ordinaire, sont doublés de soie d'un jaune clair et tendus en festons. Les chaises sont également en soie, de la même couleur que les rideaux et en bois doré. Quelques gravures de peu de valeur représentent différentes vues du collège de Cambridge.
Cet ameublement est celui dont lord Byron se servait à l'université. S'il ne dénote aucun goût particulier dans le personnage, il montre du moins comment est meublé, dans les collèges d'Angleterre, un écolier qui a le privilège d'être lord. Dans le cabinet de toilette, on voit le portrait du vieux domestique du poëte. La seconde chambre, où couchait son page, a une fenêtre en ogive avec vitraux peints; elle est meublée dans le goût gothique. La médisance, à laquelle Byron a tant prêté, a jeté des doutes sur le sexe de ce page et insinué que ce pouvait bien être un Kaied dont Byron était le Lara.
Au réfectoire, devenu le grand salon de réception
du colonel Wildman, on cherche, dans cette restauration
si intelligente et si opulente, le peu qui est resté du poëte.
Voici, sur une table précieuse, le fameux crâne trouvé
dans le jardin de l'abbaye ; Byron eut la fantaisie de le
faire monter en argent, pour s'en servir les jours de fête
en guise de verre à boire. On y versait une bouteille de vin
de Bordeaux et on la vidait d'un trait. C'est une étran-
geté, mais non une nouveauté. Cette manière de narguer
la mort était un des sauvages plaisirs du moyen âge. Le
pied de la coupe est en argent, comme les rebords. Byron
n'avait que vingt ans quand il y écrivait ces vers, dont la
tristesse ironique est d'un homme qui a déjà trop vécu :
« Ne frémis pas, ne crois pas que mon âme se soit enfuie.
Contemple en moi le seul crâne dont, à la différence des
têtes vivantes, il ne sort jamais rien de triste, »
Devant la maison, sur la pelouse, s'élève un chêne
isolé : on ne sait pourquoi il est là. Gomme arbre, il est agréable à voir ; mais, comme détail dans le paysage, on ne peut nier qu'il n'en gêne la vue. C'est ce que remarqua tout d'abord le colonel Wildman, en prenant possession du domaine : « Voici un beau jeune chêne, dit-il à un de ses gens; mais il faudra le couper, la place n'en veut pas. » Il ne savait pas que ce chêne eût été planté par lord Byron, lors de sa première arrivée à Newstead, à l'âge de dix ans. Ce souvenir Ta rendu cher au colonel, et le beau jeune chêne entre majestueusement dans l'âge mûr. Celui qui Ta planté y avait attaché l'idée d'une destinée commune à l'arbre et à lui. Aussi longtemps que l'arbre prospérera, avait dit le jeune Byron, je prospérerai moimême. Neuf ans après, revenant à Newstead, il trouva son chêne presque étouffé par les ronces et languissant ; il en fit le sujet de vers plus agréables que neufs, qui, pour le tour, sentent le grand poëtê, et, pour le fond, le penseur de collège. Deux ans le séparaient encore de sa majorité. « Sitôt que la virilité aura couronné ton jeune maître, dit-il, c'est lui qui prendra soin de son arbre. Ah ! ne te couche pas ainsi, mon chêne; relève un moment la tête. Avant que cette planète ait fait deux fois son glorieux tour, la main de ton maître t'apprendra encore à sourire; le temps d'épreuve de l'enfant sera passé *. »
Au delà delà pelouse est la pièce d'eau où Byron s'exerçait soit à nager, soit à manœuvrer un bateau. Il y avait pour compagnon unique un chien de Terre-Neuve dont il
4 Ah i droop not, m y oak 1 lift tby head a while.
Ere twice round yon Glory this planet sbaîl run, The hand of thy m aster wil teach thee to smile. Wiien inl'ancy's jrears of probation are donc
Celte pièce est de 1807. Elle n'a été publiée que dans les éditions postérieures à 1830.
s'amusait à éprouver l'adresse et la fidélité, en se laissant tomber comme par accident du bateau et tirer au jrivage. On voit dans les jardins le tombeau de ce chien, avec l'épitaphe si connue, qui lui donne « toutes les vertus de 1 l'homme sans ses vices. » Byron voulait y être enterré lui-même avec son vieux domestique Murray. On n'a pas respecté sa volonté. Son corps a été réuni aux sépultures de sa famille, et, quant au vieux Murray, il déclare qu'il ne lui convenait point d'être enterré seul avec le chien. Ce tombeau du chien scandalise plus d'un visiteur ; il attriste tout au moins le plus grand nombre. Le chien est sans doute un bien bon ami ; mais n'est-ce pas la faute de l'homme si c'est le meilleur ou le seul qu'il ait? et cela ne prouve-t-il pas qu'il n'est capable d'aimer que ce qu'il n'a pas besoin de respecter?
Le souvenir du lac de Newslead a inspiré deux fois lord Byron. Voici ce qu'il en dit dans une description de l'abbaye, qu'il ne nomme pas, mais que ses vers rendent visible : « Devant la maison s'étendait un lac aux claires eaux, aussi large que profond et transparent, sans cesse renouvelé par les eaux d'une rivière, qui traçait lentement son cours à travers l'onde plus calme qui l'entourait. L'oiseau sauvage faisait son nid dans la fougère et les joncs, et couvait dans son lit humide. Les bois se penchaient sur ses bords et tenaient leurs têtes ondoyantes fixées sur les flots 1 . »
Le texte anglais est charmant; mais ce n'est que de la description, le sentiment y manque. Byron écrivait ces vers à un an de sa mort; il était bien vieux de cœur : il avait trente-six ans! Aussi j'aime mieux ceux qu'il adressait à sa sœur huit ans auparavant, dans les premiers
1 Don Juan, chant XIII.
2U2 ÉTUDES DE CU1T1QUE LITTÉRÀlltE.
jours de son exil, sur les bords du lac de Genève, qui lui rappelait le lac paternel. « Je t'ai fait souvenir de ce cher lac qui fut le nôtre, près de la maison qui désormais ne peut plus être la mienne. Le Léman est beau; mais ne crois pas que j'aie perdu le souvenir d'un plus cher rivage. Le temps peut faire de tristes ruines dans ma mémoire avant que ce lac ou toi vous disparaissiez de devant mes yeux, quoique, comme toutes les choses que j'ai aimées, vous soyez ou perdus pour moi ou loin de moi *. » Ces vers sont touchants, mais non les plus touchants de la pièce, qui est écrite toute de sentiment. Chose à remarquer à la gloire de lord Byron, ses poésies domestiques sont parmi les meilleures qu'il ait composées. L'adieu à sa femme, Fare thee well f est une plainte déchirante. C'est comme une protestation du bien contre le mal dans cet esprit à la fois superbe et sensé, qui se plaignait d'avoir reçu avec la vie quelque chose qui en corrompait le bienfait, « une destinée ou une volonté hors des droites voies,» fate or will, tkat walk'd aslray. Madame de Staël eût voulu, disait-elle, être lady Byron pour inspirer de tels vers. Peut-être l'honneur eût-il été payé trop cher; mais quelle femme n'eût voulu être cette douce sœur à qui s'adressent les vers sur le lac, et d'autres où la douceur d' Auguste semble être passée dans l'âme du poète et y avoir suspendu tous les combats?
Le seul souvenir touchant que Byron ait laissé à Newstead est celui d'une dernière promenade faite dans le petit bois avec cette sœur, quelques jours avant de quitter l'Angleterre. Ils avaient remarqué, sur le bord d'une allée couverte, deux hêtres jumeaux; ils les choisirent comme symbole de leur affection. On distingue encore sur l'é-
* Epistle to Aitgii&ia.
m VOYAGE DANS LE NOTTINGHAMSHIRE. 293
corce de l'un de ces arbres leurs noms que lord Byron y grava ce jour-là, en souvenir de cette visite d'adieu. Ces hêtres ont eu la môme destinée que le frère et la sœur. L'un des deux arbres est mort : c'est celui qui porte leurs noms, comme si le couteau de lord Byron y avait inoculé un germe de mort prématurée. Singuliers rapprochements : un peu après cette visite suprême, lord Byron, à la veille de son départ, disait à Augusta, dans des vers délicieux, les derniers qu'il ait écrits en Angleterre : « Tu es restée debout, pareille à un arbre aimable demeuré ferme sur son tronc, et qui, doucement penché, balance ses branches fidèles au-dessus d'un tombeau. »
Oui, l'arbre aimable est resté debout; mais son feuillage amaigri ne suffit plus pour cacher la nudité de son compagnon.
Le paysage aux alentours de Newstead est charmant. Une pente douce descend à travers des bois jusqu'au fond du vallon où l'abbaye est bâtie. « Elle est peut-être un peu bas, dit le poëte; mais les moines ont trouvé bon d'avoir la colline derrière eux pour abriter leur dévotion contre le vent *. » Autrefois le parc de Newstead nourrissait deux mille six cents têtes de daims; on y comptait par milliers les beaux chênes. Aujourd'hui les défrichements ont éclairci les bois et mis des champs à la place des clairières, et des fermes à la place des rendez- vous de chasse. Le bétail aristocratique a été chassé par le bétail agricole, et, en fait de gibier, il n'y a guère que des lapins. Ils y sont innombrables; on en voit sortir de dessous chaque touffe de fougère; c'est, dit-on, un des produits du domaine.
La seule chose qui reste de l'église abbatiale, la façade,
' Don Juan, chant XIII, 55.
est citée parmi les plus belles ruines de l'Angleterre; mais de la nef, voûte, piliers, murailles, tout a croulé, tout a disparu. Le pavé de l'église est maintenant une pièce de gazon, et la voûte, le jour que nous visitâmes le manoir, était un beau ciel pommelé du mois de juillet. Reste donc seulement ce pan de mur avec une belle fenêtre sans vitraux et le cintre en ogive qui formait la porte d'entrée. Au-dessus de la fenêtre sont douze niches vides, et audessus de ces niches, tout près du faîte, une niche plus grande qui a gardé sa statue : c'est celle de la Vierge, à laquelle l'édifice était consacré; elle y est intacte avec son fils dans ses bras bénis. « Épargnée, dit le poêle, par un hasard, quand tout le reste était dépouillé, elle semble avoir fait une terre sainte de tout ce qui est en bas. » Curieuse réflexion, qu'on ne s'attend guère à trouver dans Don Juan! 11 est vrai que le poète en a quelque embarras. « C'est peut-être, ajoute-t-il, de la superstition; mais les plus faibles débris d'un lieu qui fut consacré ont le privilège d'éveiller de religieuses pensées *. »
Dans la suite de cette description, l'esprit fort ne gêne plus le poëte : il ne s'agit plus d'un mystère, mais d'un chef-d'œuvre de l'art chrétien, de cette fenêtre, le joyau de la ruine, « fenêtre puissante, creuse à son centre, d'où ont été arrachés les vitraux aux mille couleurs, à travers lesquels pénétraient autrefois, en rayons affaiblis, les célestes gloires, ruisselant du soleil comme des ailes de séraphin. Aujourd'hui tout est désolé et béant. Le vent passe à travers les découpures, tantôt élevé, tantôt faible, et souvent le hibou chante son antienne aux lieux où repose la silencieuse compagnie avec ses alléluia éteints comme une flamme évanouie. » Ces vers, et toute la description
1 Don Juan, chant XIII, st. 61, 62.
d'où ils sont tirés, sont plus brillants que touchants. Ce n'est point un souvenir d'enfance qui inspire au poète de douces pensées au milieu de cette humeur plus grimaçante que plaisante, qui déborde dans le Don Juan. Il a eu besoin de Newstead pour faire une description poétique. Je vois là un morceau d'ornement plutôt qu'un regard jeté sur les années de sa jeunesse ou un regret donné au manoir de ses ancêtres, désormais dans la possession d'un autre.
Lisez la strophe qui vient après : il n'est pas dupe de sa description; il demande pardon au lecteur de détails « qui, dit-il, le feraient prendre par Apollon pour un commissaire-priseur. » Il se souvenait encore de Newstead; il ne l'aimait plus. L'avait-il véritablement aimé? « Qu'il en arrive ce qui pourra, écrivait-il à sa mère en mars 4809, Newstead et moi nous resterons debout, ou nous tomberons ensemble. J'ai maintenant vécu en ce lieu, j'y ai fixé mon cœur; aucune nécessité, présente ni future, ne me forcera de troquer les derniers restes de notre héritage. Je suis de force à endurer des privations, et, dût-on m'offrir, en échange de Newstead-Abbey, la première fortune de ce pays-ci, j'en repousserais la proposition. Mettez votre esprit en paix sur ce point. Je suis un homme d'honneur; je ne vendrai pas Newstead. » Quelques années après, Newstead était vendu.
Entre le manoir et l'héritier collatéral il n'y avait qu'un lien d'orgueil aristocratique; aussi est-il moins à blâmer qu'à plaindre de l'avoir rompu, malgré l'éclat de ses protestations publiques ou domestiques. Après tout, le manoir échu au neveu à défaut du fils n'est pas la maison paternelle. Lord Byron n'était pas né à Newstead. Il avait dix ans quand il y vint pour la première fois; déjà la poésie fermentait dans sa jeune tête, et bien des pensées im-
pétueuses se jetaient entre les objets et lai. Il ne vît jamais Newstead tel qu'il était. Les images qu'il en a données sont formées moitié de souvenirs, moitié d'une sorte d'idéal classique. L'amour pour la maison paternelle est plus humble, mais plus puissant. Les petits pas de l'enfant en ont mesuré toute l'étendue, ses mains en ont louché tous les meubles; ses yeux, égarés dans l'horizon des grandes promenades, n'ont bien connu que l'horizon de l'enclos et des bâtiments. L'oiseau a reçu l'empreinte du nid. En y revenant homme fait, il est surpris de reconnaître jusqu'aux rides des boiseries, jusqu'aux lézardes des murailles. Il verra, dans le cours de sa vie, mille choses plus belles; le souvenir de ces choses s'altérera ou s'effacera : la maison paternelle restera seule intacte parmi les ruines de sa mémoire. Lord Byron entrait à Newstead en héritier dépaysé dans son propre manoir. Il prenait possession d'un majorât; il n'était pas l'enfant de la maison, il en était le seigneur.
Le jour où il quitta Newstead pour le collège d'Harrow, à qui fit-il ses adieux? Aux ombres des héros ses ancêtres : « Ombres des héros, votre descendant, quittant k demeure de ses ancêtres, vous dit adieu! » Il voit des ombres à Newstead ; c'est pour cela que la description qu'il en fait est vague et n'est point touchante. 11 vendit Newstead pour payer ses dettes; les souvenirs de l'adolescent qui venait y passer ses vacances, du jeune homme qui y cacha ses premières passions,- ne le protégèrent pas contre les besoins d'argent de l'homme fait.
Comme il s'était accoutumé à n'avoir plus Newstead, il s'accoutuma à n'avoir plus de patrie. Tout enfant, ses lectures favorites avaient été des récits dé voyages. Sod imagination l'avait presque détaché de son pays, avant qu'il fût forcé d'embrasser l'exil comme une délivrance.