LA LITTÉRATURE FACILE
Il n'est personne qui ne remarque en ce moment l'espèce de discrédit sourd où commence à tomber la littérature facile. Je sais des écrivains à la mode qui en sont fort effrayés, et qui pensent prudemment à se retourner vers la littérature difficile, avant que la critique sérieuse n'ait entrepris la révision de certaines gloires qui déjà n'ont plus même ce son argentin où tant de jeunes gens de talent se sont laissé prendre. Il ne manque pas de signes qui témoignent de cette révolution dans le goût du public, et les écrivains qui en sont le plus menacés ne sont pas les derniers^ s'en apercevoir. Déjà certains livres ne se vendent plus. Les libraires, ces flatteurs ardents de toute réputation qui promet, qui l'exploitent, la pressent, la poussent de besogne tant qu'elle rapporte, mais, sitôt qu'elle baisse, l'abandonnent et la renient, les libraires ne donnent plus le même prix de certaines denrées qui sont payées fort cher, et, dit-on, ils ne sont pas chez eux quand on leur apporte certains manuscrits. Le rôle de faire antichambre aurait
passé des libraires aux auteurs; et n'était la presse pittoresque, vaste refuge des auteurs en décadence, qui offre les invalides, avec petite paie, à toutes les gloires éconduiles par les libraires, quelques-unes en seraient réduites, pour subvenir au nécessaire, à entreprendre en grand le prospectus, qui n'avait fourni jusque-là qu à leurs menus plaisirs. Triste résultat, prédit par les gens graves, mais qui, Dieu le veuille, n'est pas irrémédiable.
Il y a un symptôme très-significatif de ce commencement de réaction : c'est que les plus beaux noms de la littérature facile commencent à être admirés en province. Or à un mouvement de hausse en province répond simultanément un mouvement de baisse à Paris. Il en est des réputations faciles comme des modes. Le jour où une mode a pénétré en province, vous pouvez dire qu'elle est tombée à Paris. Le jour où les salons provinciaux inaugurent un écrivain, les salons parisiens s'en moquent ou n'en parlent plus; le jour où la lithographie d'un grand homme est expédiée pour les cabinets de lecture des petites villes, ce jour elle disparaît de la fenêtre des marchands de gravures de la capitale. Que de fois il m'est arrivé, voyageant à un des bouts de la France, de voir les jeunes gens s'y échauffer pour telle ou telle réputation déjà fortécloppée à Paris! « Ils ne savent pas, me disais-je, qu'ils l'achèvent en l'admirant. » La province, qui lit peu et lentement, qui n'est point échauffée par les coteries de Paris, qui a des besoins littéraires médiocres, la province ne se fournit des livres à la mode que tard, quand le prix en est baissé, quand les libraires qui font la commission en ont retiré et ramassé partout les exemplaires lacérés et salis; la province ne connaît les belles couvertures jaunes que par les journaux. Ces livres donc, tout gras de pommade, d'Uuile ou de chandelle, selon qu'ils ont été lus sur une table à toilette, ou
sur une table de cuisine, ou bien coupés à la main, aux premières et dernières feuilles, par les lecteurs qui ne sont curieux que du commencement et de la fin, arrivent sur le tapis vert des cercles de province pour y exciter des admirations posthumes; mais, pendant que dure le maquignonnage des libraires-commissionnaires, pendant le trajet par le roulage, le bruit que ces livres faisaient à Paris * été couvert par le bruit d'autres livres, lesquels vont avoir à leur tour leur semaine ou leur mois de vogue. Ce qui est vrai de chaque nouveautivre est vrai de ceux qui les font : quand la province s'en occupe, ils sont morts à Paris, ou ils vont mourir. Être très-connu en province, c'est le coup de grâce d'un auteur; de même que c'est le coup de grâce d'un morceau de musique de descendre du premier étage dans la rue, et du piano de Pape dans l'orgue de Barbarie. Malheur donc à tous ceux dont la province commence à dire : Ils sont amusants! Heur à ceux dont elle dit : Ils sont trop sérieux! Heur surtout à ceux dont elle ne dit rien !
11 est bien entendu que je ne parle ici que de la littérature facile. Mais qu'est-ce que la littérature facile?
Je ne veux nommer personne, non par peur de me faire des ennemis, je craindrais bien plutôt de paraître en chercher, mais parce que j'ai des amis dans la littérature facile, et des amis dont j'aime la personne, parce quelle vaut mieux que leur position, et le talent, parce qu'il vaut mieux que leur gloire. Mais je n'ai aucune répugnance à définir la littérature facile toute besogne littéraire qui ne demande ni études, ni application, ni choix, ni veilles, ni critique, ni art, ni rien enfin de ce qui est difficile; qui court au hasard, qui s'en tient aux premières choses venues, qui tire à la page et au volume, qui se contente de tout, qui note jusqu'aux moindres bruits du cerveau, jus*
qu'à ces demi-pensées, sans suite, sans lien, qui s'entrecroisent, se poussent, séchassent dans la boîte osseuse; résultats tout physiques d'une surexcitation cérébrale, que les uns se donnent avec du vin, les autres avec la fumée du tabac, quelques-uns avec le bruit de leur plume courant sur le papier; éclairs, zigzags, comètes sans queue, fusées qui ratent, auxquelles des complaisants, dont j'ai été quelquefois, ont donné le nom conciliant de fantaisies. Au premier rang, le roman, ce cadre banal de tous les bavardages, où se ruent tous ceux dont la pensée n'est pas encore ferme, qui n'ont de vocation pour rien, qui flottent entre des rêveries qu'ils prennent pour des goûts, et des malaises qu'ils prennent pour des antipathies; bons jeunes gens pour la plupart, qui écrivent en attendant qu'ils aient la force de penser, qui écoutent toutes les petites ébullitions de leur cerveau encore mou, et se croient des poètes individuels depuis qu'on leur a dit qu'il y avait des littératures individuelles, pouvant s'imposer au public par ce raisonnement-ci : Je sens ! donc j'ai raison; — le roman, qui prend toutes les formes et se recommande de tous les titres pour avoir des lecteurs de surprise; le roman, qui couvre de son ridicule moyen âge, de ses jeunes filles minces et longues, de ses diables, de ses anges, de .ses tombeaux, de ses coups de poignard, les vitres des cabinets de lecture; le roman épuisé ; haletant, aux abois, ne sachant plus sur quelles vignettes ni sur quelles pancartes spéculer, ni par quel costume attraper les passants; le roman, qui vous crie en suppliant : t Je suis au bout de mes inventions, ami lecteur; il faut me passer les scènes d'alcôve les plus cachées; il faut que vous me laissiez vou s faire les honneurs, non plus du visage, non plus de la gorge, non plus des blanches épaules de ma maîtresse, non plus de ses mains potelées, non plus de ses jambes fines
et fortes, tout, tout cela est usé, mais de quelque chose que je n'ose pas vous dire, ami lecteur, parce que vous me mépriseriez. Vous m'avez passé l'adultère, l'amour lascif et effréné; vous m'en avez laissé prêcher les charmes et développer la morale; vous avez souffert que je misse le pied dans la sainte institution du mariage, que je ne connais pas; vous avez toléré mes jeunes femmes souillant le lit où elles ont été mères, et renversant, dans leurs ébats impurs, le berceau de leur enfant; vous m'avez permis d'en faire des victimes de la société, des cœurs trafiqués et vendus par la famille, des natures détournées violemment de leur fin qui est d'aimer, des veuves du mari qu'elles n'ont pas entre les bras du mari qu'elles ont; vous avez supporté mes orgies, mes gaspillages historiques, mes innombrables portraits dans le style des passe-ports, mes descriptions de boudoirs à faire envie aux tapissiers, mes détails de toilette à en apprendre aux marchandes de modes : c'est beaucoup, ami lecteur, et recevez-en toute ma reconnaissance! mais, hélas! ce n'est pas encore assez. Toutes mes toilettes sont fripées, tous les secrets de mon érudition sont éventés, tous mes héros et mes héroïnes sont du domaine public, toute ma garde-robe est râpée, et je me meurs, faute d'avoir de quoi dire. Encore une licence, ami lecteur, pour que je vive un an, six mois, jusqu'à ce que la nécessité me force à redevenir honnête pour être nouveau. Vous me mépriserez, mais vous m'achèterez. » Voilà où en est le roman. Qui est-ce qui ne voit qu'il est à bout de ressources, qu'il se meurt de banalité, qu'il tire la langue, comme dit énergiquement le peuple; qu'il n'a plus assez des mystères de la chambre, et qu'on ne peut prolonger sa vie qu'en lui livrant ceux du lit? Dans tous ces portraits de femmes à l'œil humide, au sein agité, qui aiment quiconque n'est pas leur mari, ne sentez-vous pas une certaine
gêne, un regret de n'en pouvoir dire plus, une impatience contre ces derniers scrupules qui défendent, non plus la morale, il y a déjà longtemps qu'elle est de côté, mais ses dernières apparences? Oh! si le roman pouvait déchirer cette gaze qui le sépare du nu! Il la fait du moins aussi claire qu'il peut, sinon qu'il veut. Qui donc le retient? Ce n'est pas le lecteur, espèce molle, curieuse de détails libertins, qui laisse aller à vau-l'eau la morale et le goût, pourvu qu'on l'amuse; c'est quelque chose de plus sérieux, qui veille sur l'honneur des nations aux époques les plus relâchées et empêche qu'on ne prononce les derniers mots, je veux dire la convenance, plus forte que la morale, dont elle n'est pourtant que le voile; police des civilisations avancées, que tout le monde fait sans le savoir, quoique chacun, pris isolément, soit prêt à la sacrifier pour le triste plaisir de lire une scène lascive.
Ce n'est pas que le roman soit immoral de propos délibéré, ni qu'il veuille séduire la société par les moyens qu'on prend pour séduire une femme. Non, vraiment. Le roman n'a pas plus la méchanceté que la portée de Lovelace. Le roman n'est pas un Méphistophélès qui veut damner toute notre génération et l'emmener avec lui en enfer. Encore une fois, non. Il y a dans ses intentions autant d'honnêteté qu'il y en a peu dans ses produits. Personne n'est plus persuadé que moi des vues inofTensives du roman. On cite de jeunes romanciers, frais et blonds, à la physionomie indécise, d'où l'on ferait sortir, en les pressant, Te lait de Berquin et de la Morale en action, qui font du vice raffiné et expérimenté, comme les maîtres de l'art. Le roman est donc simplement une industrie épuisée, qui a commencé par la fin, c'est-à-dire par les grands coups, par les passions furieuses, par les situations folles, et qui, ayant fait hurler ses héros dans tous les sens, tourné et
retourné de cent façons le thème banal des préliminaires de la séduction, épuisé toutes les postures sur le Canapéséduction, comme dit si spirituellement Jules Janin, demande qu'on lui permette de dire les choses qui ne doivent pas être dites, infanda, sous peine.de mourir d'inanition. C'est comme pour les morts de ses héros et héroïnes, il en est arrivé à ne plus savoir comment les faire mourir, tant toutes ces morts par le suicide, par les noyades, par le charbon ou parles maladies nobles, l'anévrisme, la phthisie pulmonaire, ont été employées de fois et ressassées! Je sais des romanciers qui, ayant amené leurs personnages à ce point qu'il leur faut mourir sous peine d'être les plus couards des personnages de roman, et qui, ne sachant de quelle façon neuve les faire finir, ont été consulter de belles dames, remettant entre leurs blanches mains le droit de choisir le genre de mort qui leur sourirait le plus; et, comme ces belles dames ne voulaient pas prendre la responsabilité de retirer du monde des êtres si beaux, au regard si profond, au front si pur, et qu'au contraire elles demandaient grâce pour eux, ces romanciers les ont tout simplement déportés dans les forêts vierges de l'Àmérique, et les ont laissé vivre, faute de pouvoir leur donner une mort qui ne fût pas un plagiat, soit de quelque mort employée par d'autres, soit d'une mort de leur propre invention.
La seconde branche de la littérature facile, c'est le conte : le conte, c'est quelque chose qui n'a pas la force d'être un roman. Ah! s'il était possible de l'allonger, de l'amincir, de l'étendre à l'infini, comme une feuille d'or sous le marteau du batteur, il n'y aurait pas de contes-, on les laisserait à Voltaire : il n'y aurait que des romans; mais le conte contemporain n'est pas une feuille d'or. ïl y a des contes d'hommes et des contes de femmes. Les conus
d'hommes sont les bâtards du roman; on y trouve en petit toutes les belles nouveautés du roman, des amours dont l'intrigue se noue plus rapidement et se dénoue plus vite, grande économie pour le lecteur; des héros qui causent moins longuement; moins de descriptions, moins de changements de scènes; mais n'en sachez pas gré au conte; encore une fois, ce n'est pas sobriété de sa part : c'est impuissance. Du reste, on y fait aussi la guerre au mariage; mais dans le roman c'est la grande guerre; dans le conte, c'est la petite guerre. Les contes de femmes sont de pâles imitations des contes d'hommes. Chaque femme prend le genre d'un homme, copie ses tournures, répète ses phrases. Les contes de femmes seraient une excellente critique des contes d'hommes, s'ils n'étaient pas faits sérieusement et avec une âpreté féminine de publicité et de vogue : ils prouveraient qu'il n'est pas besoin d'être homme pour faire des contes d'homme; mais ils prouvent seulement qu'il y a des femmes qui admirent et qui envient le talent de nos conteurs : c'est une gloire pour ceux-ci, à défaut d'autre. Quj est-ce qui n'a pas des nausées de ces contes de femmes? Je n'ai point l'honneur de connaître nos conteuses; je les crois toutes belles, toutes attachées à leurs devoirs, toutes bonnes mères, bonnes femmes ou bonnes filles. Mais pourquoi donc voit-on tant d'amour charnel dans leurs contes? Pourquoi, quand elles parlent du bonheur de l'amant, ont-elles toujours l'air de regretter de n'être pas de ses maîtresses? Pourquoi, qtîand l'amant donne un baiser de flamme, un baiser long (style de conte), pourquoi semblent-elles si désappointées de ne pas l'avoir reçu sur leurs joues? J'aurais compris une entreprise littéraire de jeunes dames, de jeunes mères, puisqu'il y a des dames et des mères qui ont du temps de reste, après les soins donnés au mari et à l'enfant; de jeunes filles,
puisqu'il y a des parents qui permettent à leurs filles de cultiver la littérature amoureuse; j'aurais compris, dis-je bien, une entreprise morale de réaction contre les contes et les romans des hommes, une espèce de contre-épreuve de cette société que les hommes font toute haletante de passions absurdes, tout étendue sur les canapés et les causeuses, toute divaguante de propos d'amour, toute prosternée aux pieds des femmes; — j'aurais compris des femmes défendant leurs maris, des mères parlant du bonheur d'être mères, des jeunes filles protestant contre le prétendu don de séduction inhérent aux moustaches et aux gants glacés; j'aurais compris de la psychologie de foyer domestique, puisqu'on veut à toute force de la psychologie, qui nous initiât à ces chastes mystères de tendresse, à ces sollicitudes infinies, à cet esprit du cœur, à tous ces charmes de la liberté dans le devoir, que sans doute ces dames connaissent et apprécient. Mais faire du conte un peu moins hardi seulement que les contes d'hommes, dire les mêmes choses avec gêne, avec le regret de ne pouvoir les dire aussi crûment, quel triste rôle! Au lieu d'invectiver ces misérables maris qui ont le tort de mettre à l'abri des désordres du cœur de frêles et faciles caractères, au lieu de déclamer virilement contre leur tyrannie, se contenter, parce qu'on n'ose pas plus, de les piquer à coups d'aiguille de tapisserie; substituer à leur tyrannie le despotisme de l'homme à moustaches et à gants glacés, type du séducteur disponible, qui colporte son amour brûlant partout où il y a une âme solitaire qui cherche l'âme sa sœur (style de conte), c'est-à-dire partout où il y a une honnête femme à déshonorer, — ce n'est pas là une tâche de femme, quoique je ne doute pas non plus qu'on ne puisse la faire très-innocemment.
On s'est beaucoup moqué du bon H. Bouilly, pour ses
contes honnêtes, où la vertu a si peu d'esprit et où les mères sont plus ingénues que les filles, et on a eu raison; mais n'est-il pas plus beau d'un homme, qu'on dit d'ailleurs plus spirituel que ses contes, de se faire bête pour servir la morale, que de femmes, que je crois pleines d'honnêteté, de se faire spirituelles avec l'esprit des hommes pour la ruiner? 11 est vrai que ce bon M. Bouilly a peutêtre aidé, sans le vouloir, à ce résultat, luidont les livres ont été dans les mains de toutes ces dames aujourd'hui conteuses; car il faut un peu d'esprit même à la morale; et, disons-le à regret, H. Bouilly était homme à la faire prendre en grippe à toutes ses élèves. Les contes plus spirituels que moraux de nos dames sont peut-être une réaction contre les contes plus moraux que spirituels du bon M. Bouilly.
La troisième branche de la littérature facile, c'est ledrame, le drame qu'on dirait écrit au sortir d'un dîner, entre le directeur du théâtre et l'actrice en renom, sur un bout de la table à boire, que sais-je? peut-être sur les épaules nues de l'actrice, lesquelles auraient servi de pupitre, comme font celles du chef des eunuques dans la Révolte au sérail; le drame flanqué de ses théories et de ses préfaces outrecuidantes qui condamnent au péché de sottise et d'ignorance quiconque résiste à l'admirer; le drame selon l'art, le drame grand préfacier, dont apparemment les spectateurs ne sont nombreux que dans les annonces, puisqu'il est réduit, malgré sa superbe, à s'accoler au drame selon le métier, au drame simplement et franchement industriel, pour faire à deux meilleure foire; le drame où l'on n'est pas en sûreté si l'on n'y montre, non point patte blanche, mais petite barbe de bouquetin et cheveux plats recouvrant les oreilles; le drame expliquant ses plagiats, comme Molière et Shakspeare, les deux plus grands noms du théâtre
et de la poésie, expliquaient leurs emprunts; le drame jaloux, hautain, dépité, qui se plaint des intelligences qui résistent, dans le style dont il se plaindrait des bourses qui se ferment, qui fait des appels à la gloire en style d'appels de fonds, qui aime mieux que ses amis le louent en surfaisant ses recettes qu'en exagérant ses qualités littéraires; le drame dont nous voyons les maîtres se prendre de querelle, et se reprocher par des voix tierces, ceux-ci leur insuccès, ceux-là d'avoir volé des pièces à de jeunes vocations provinciales, à la descente de la diligence, tout de même, en vérité, que des marchands de drogues, trop nombreux pour la localité qu'ils exploitent, qui se prendraient aux cheveux sur la place et se disputeraient les chalands à coups de poing; le drame auquel je ne puis pardonner, pour mon compte, d'avoir gâté de belles facultés poétiques, jeté hors de leur voie des imaginations de solitude et de silence, couvert les harmonies d'une belle lyre des notes lamentables de M. Piccini, et fait exhaler je ne sais quelle odeur de coulisse au plus vigoureux génie de notre temps.
Au reste, le drame en est arrivé aux mômes extrémités que le roman. D'abord, comme système d'application en grand des machines de théâtre et des décors, le machiniste ni le décorateur ne peuvent plus rien pour lui. Il demandait des vaisseaux à trois ponts, des mers où des vaisseaux à trois ponts eussent assez de tirant d'eau; on lui a donné ces vaisseaux et ces mers. Il demandait des prisons, des cachots, des églises souterraines tendues de deuil, tout un Paris du moyen âge, des places publiques de Londres, la Tour de Londres, la Tamise, la Seine, des illuminations à l'italienne, des bourreaux rouges dans le lointain, des cloches sonnant matines ou minuit, selon le cas; on lui a tout donné. Il demandait à entrer dans les
villes par la brèche; on lui a fait des murs de bois peints en pierre, qu'on pouvait jeter bas avec des pioches véritables. Le drame n'a certes pas à se plaindre de toutes ces industries secondaires qui ont fait si peu pour Corneille, Racine et Shakspeare. Hais toutes ces industries sont à fin de moyens.
En second lieu, comme art d'intéresser, d'attirer le spectateur, ce qui n'est que son second caractère, le drame attend comme le roman qu'on lui permette de montrer ce qui n'a jamais été montré. Il lui a déjà été beaucoup permis et beaucoup pardonné en ce genre. On Ta laissé enlever les filles et les femmes, les emmener en chaise de poste, les déposer toutes tremblantes dans une auberge, et là, pour mieux préparer les voies, rassurer ces pauvres créatures, leur demander pardon, puis leur prendre les mains, les serrer, les baiser : après les mains de ces pauvres femmes, femmes de maris que nous connaissons, nos propres femmes, disait-on, on .lui a abandonné leurs visages pâles et couverts de larmes qu'il a eu la licence de sécher avec ses lèvres; puis, les choses s'échauffant, on a dit au drame : « Je vois tout ce qu'il vous faut : voici un fauteuil à dos, voici un éteignoir pour éteindre les bougies, voici un flacon d'eau de Cologne en cas de besoin... )> Et le drame a tout disposé, tout préparé, dans la personne d'un garçon intelligent ou d'un domestique sûr ; mais cela fait, la toile s'est laissée, parce que le drame a craint les sifflets de tous les maris de la salle, et de tous ceux qui sont les fils de ces maris, et de tous ceux qui sont nés d'une mère, et de tous ceux qui ont une jeune femme, et de tou3.ceux qui ont une jeune fille. Si le drame n'a pas tout fait, il a tout dit. Il a eu des tête-à-tête entre des bourgeois et des bourgeoises, entre des favoris et des reines, tels qu'on aurait pu croire que ces gens-là sortaient du
boudoir, et venaient à peine de se rajuster. 11 a étalé, comme le roman et le conte, des amours effrontés, où c'est bien le corps qui parle au corps, et non pas l'âme à l'âme ; où l'homme a des appétits d'animal, et non l'animal des délicatesses d'homme. Mais tout cela n'est pas encore assez : il faut que le drame puisse tout faire, comme il peut tout dire. Qu'on lui permette au moins de faire entendre certains cris qui ne soient pas les cris des femmes en couche de Plaute ou de Térence, et il y aura là tout un avenir de recettes et de salles combles.
C'est contre ces trois branches de la littérature facile que la réaction commence, et félicitons-en tout le monde. On est saturé de ces mœurs prétendues contemporaines, de ces brutales amours du Midi qui violent et qui poignardent, transplantées dans notre monde tempéré, où les passions sont plus décentes que violentes, pour quiconque sait regarder et voir. On ne veut plus de ce style qui est à tout le monde et qui n'est à personne, de cette langue sacramentelle, où les mots s'appellent les uns les autres, où œil appelle bleu, front appellepur, doigt appelle effilé et long, âme appelle profonde, et ainsi de suite, langue faite avant toute pensée, terre vague où paît en liberté tout le troupeau des imitateurs, gamelle où le dernier venu a aussi bonne part que le premier. Quels talents ne nous a pas gâtés la littérature facile? Je dirai bien volontiers les plus ingénieux, les plus féconds, les plus riches de ce temps-ci.
Tel excellait dans l'ode, et emportait les âmes au pays de ses rêveries sur les ailes de sa strophe puissante, ou bien pleurait et faisait pleurer à toutes les mères des larmes exquises sur le sort de la jeune fille frappée au sortir du bal par le froid mortel du matin, ou bien encore faisait mouvoir au souffle de sa magnifique prose toutes les pierres de nos vieilles églises, qui s'est attelé à je ne sais
quel drame sans vergogne, et Ta traîné sur les planches battues du mélodrame, devant un public dont les mieux disposés lèvent les épaules à cette lutte impie d'un homme supérieur contre sa vocation, d'un poëte contre sa muse. Tels autres ont gaspillé dans de méchants contes, dans des romans qui ne sont que des contes délayés, un instinct dramatique que le travail consciencieux auraient pu mûrir et développer pour la scène. Tel qui a le don si rare de l'ironie poignante et acérée, et qui aurait pu, dans dés compositions profondes, fustiger l'égoïsme de notre temps, s'est dévoué à une effrayante fabrication où son talent énervé et allongé n'a plus été que le savoirfaire d'un arrangeur de scènes. Celui-ci avait le don, rare aussi, d'aimer à savoir, de compiler avec intelligence, de retrouver l'allure et la physionomie des générations passées; il a noyé sa précieuse érudition dans je ne sais quel lavage de petits détails et d'arrangements prétendus dramatiques qui lui ont ôté son relief d'érudit, en augmentant peut-être sa vogue de débitant.
Il y en a un que je vais nommer, contre mon dessein, parce que j'aime de cœur sa personne et son talent, et à qui je déplairai peut-être, mais pour le temps seulement qu'il lira ceci, j'en suis sûr, parce qu'il n'y a pas d'écrivain plus gâté qui «oit plus vrai avec lui-même : c'est Jules Janin. Jules Janin avait, lui, le plus rare de tous les dons, celui d'un style qui lui appartient, style vif, pétulant, limpide, plein de couleurs naturelles, pénétré de jour et de lumière; il avait de l'esprit de bon aloi, un sentiment fin et gai du ridicule, un rire facile et long comme celui d'un enfant, un instinct d'observateur peu profond, je le crois, et sans conscience de lui-même, mais auquel le hasard donnait quelquefois une singulière justesse; il avait une verve joviale ; il avait l'im-
mense, l'inappréciable mérite de faire admirablement justice des sottes réputations, des poètes sans poésie et des prosateurs sans prose, de tout écrivain enrichi à mal écrire; mérite pour lequel j'aurais voté qu'on le nourrît aux Prytanée, au frais de l'État, quoiqu'il l'eût sans savoir comment, et, je parie, sans avoir lu une page des auteurs qu'il a tués.
11 avait bien d'autres choses encore : mais pourquoi parlé-je au passé? Hélas! hélas! la littérature facile a fait tant de mal à Jules Janin, que déjà, pour bon nombre de gens, faut-il le dire, la justice que je lui rends passera peut-être pour une flatterie que je lui fais. Que n'a-t-elle .pas tiré de lui, cette grande et insatiable fabrique d'écriture que j'appelle la littérature facile? Elle Ta sucé jusqu'à la moelle des os. Elle était là à sa porte, dès le matin, en cabriolet de remise ou de place, ne le laissant pas dormir, et venant lui arracher sa pensée avant qu'elle fût éclose, le prendre au sortir du lit et l'emporter je ne sais où, avant qu'il eût mis ses chausses. S'il était malade, s'il disait : « Laissez-moi, revenez demain, » elle se ruait sur son pupitre, elle fouillait son portefeuille, elle ne voulait à aucun prix s'en retournera vide; elle lui prenait ses notes commencées, ses titres d'articles, ses projets de contes, et son nom, avec un blanc-seing, quand il n'y avait que cela à prendre. Ou bien encore, elle s'asseyait à sa table, sur son fauteuil, elle prenait sa plume, elle la trempait dans son encre, et elle lui disait : « Dictez, j'écrirai. » — Et Jules Janin impatienté lui jetait son bonnet de nuit, et la littérature facile ramassait ce bonnet, et le secouait, pour voir s'il n'y avait pas quelque conte au fond.
Et voilà comment son nom, si populaire, a été lu sur toutes les couvertures, sur tous les prospectus, dans toutes
les annonces. Jules Janii^ s'est laissé tout enlever; il a permis qu'on le déshabillât, qu'on emportât toutes ses hardes, tant il est bonne personne, et tant il était difficile, môme avec plus de raison qu'il n'en a, de ne pas prendre l'empressement famélique de cette exploitation pour les exigences de la gloire! Pauvre grand écrivain de petites choses, ils l'auraient mis dans le pilon, ils l'auraient broyé, s'ils avaient pu, pour tirer de sa poussière toutes les paillettes d'or qui y seraient restées. Son délicieux talent n'y a pas encore péri : mais à quoi cela tient-il? Jules Janin est jeune; il n'a pas encore trente ans. Si, au lieu d'être né en l'an deux ou trois de l'empire, il fût né seulement sous la république, nous chanterions déjà les psaumes des morts sur le talent de Jules Janin.
C'est que le talent d'un écrivain ne se mesure pas jiu bruit qu'il a fait, mais aux services qu'il a rendus, à l'idée qu'il a créée ou servie. Jusqu'ici les services de Jules Janin ont été négatifs; il a révisé quelques réputations oubliées, il a troublé quelques quiétudes académiques, c'est peu de chose; il rappelle toutes les semaines au vaudeville, dans de charmants feuilletons, qu'il est mortel, et que la gloire du vaudevilliste marche en progression inverse de ses profits : c'est peu de chose encore. Son talent est fait pour une plus belle t$che que la prospérité des éditeurs de littérature facile et l'achalandage des cabinets de lecture. Je ne conçois pas, pour mon compte, un style sans un emploi à sa hauteur; je ne conçois pas une langue originale qui ne fasse que tracasser des académiciens et empêcher des vaudevillistes de se croire des immortels. Janin aura donc son emploi ; quelque jour il trouvera son joint; son style ira à l'idée qui lui est échue, et c'est parce que je l'espère de tout mon cœur que je dis que son talent serait déjà mort si, au lieu d'être à L'âge
où l'on se réveille, où, comme le serpent, on peut encore changer sa vieille peau contre une nouvelle, il était à Tâge où Ton se continue sans s'accroître, et où, comme Tours, on diminue sa graisse en la léchant; — et cet âge n'est pas loin du premier, surtout dans ce temps si vite et si dévorant; que Jules Janin y songe!
Mais déjà nous avons des preuves qu'il y songe. Jules Janin a été professeur, Jules Janin sait ce que vaut un bon livre; tout le premier il a été troublé dans cette gloire de similor que lui* a faite la littérature facile. 11 cherche donc quelque tâche sérieuse où se prendre de nouveau et raviver son talent qui se répète et se pille, faute d'un fonds d'idées qui le renouvelle. Il a déjà essayé de la biographie, de l'histoire, et la Revue de Paris a publié de lui, dans ses dernières livraisons, un article important où Ton remarque une pensée incertaine, dépaysée, qui ne se sent pas suivie du public de la littérature facile, et une plume forcée d'attendre la pensée, tandis que jusque-là c'était la pensée qui attendait la plume. Mais on y voit aussi ce style que Jules Janin a reçu du ciel, l'ingrat! cet instrument de communication si souple, si populaire, avec lequel il joue si souvent, comme un enfant avec une arme à feu, sans en connaître la puissance. Jules Janin va se convertir! Quelle meilleure preuve voulez-vous de la réaction que je signale, que j'ai vue venir avec joie, à laquelle j'applaudis de toutes mes forces, quoiqu'elle doive moins profiter à moi, inconnu, moi, que certains grands hommes de la littérature facile vont traiter d'obscur ZoïJe, — de la môme bouche pourtant dont ils me salueraient grand écrivain si je changeais ma thèse, — qu'à ces grands hommes euxmêmes qui ont pu pécher impunément, parce qu'il leur a été donné de pouvoir se repentir glorieusement?
Déjà cette réaction se fait vivement sentir dans la critique. Il n'y a pas un seul journal sérieux et lu qui soutienne la littérature facile, si "ce n'est peut-être par des réclames, amorce à laquelle ne se prend plus le public. Encore ces réclames sont-elles anonymes. Mais la critique qui se nomme est devenue sévère; les plus discrets et les plus engagés commencent à regimber. On s'était d'abord montré encourageant et plein de faveur pour tous ces talents bouillants qui promettaient à la critique de lui payer son indulgence par des chefs-d'œuvre. La critique a tout accordé; elle a fermé les yeux sur le tapage de camaraderie des débuts, parce qu'elle les savait accompagnés, pour la plupart, de pauvreté honorable et de travail ; elle n'a pas relevé certains quolibets d'écoliers émancipés contre les grands noms de notre littérature difficile, quoiqu'elle eût dû peut-être, dès ce moment-là, donner sur les doigts de ces génies étourdis qui, avant même d'avoir la vogue, se permettaient de siffler la gloire. On a glissé sur tout cela : propos d'enfants d'esprit, se disait-on, à qui les espérances ont tourné la tête; ivresse de débutants applaudis qui prennent les violons d'un orchestre pour les trompettes de la renommée, le lustre d'une salle pour le soleil, un parterre curieux de nouveautés pour le monde! D'ailleurs, dans ce temps-là, la critique était indulgente, comme tous les pouvoirs flattés. Les grands hommes disaient au journaliste : Mon cher ami! Des gens d'un goût sûr et d'études solides non-seulement faisaient taire leurs doutes pour ne pas troubler le premier élan de toutes ces muses nouvellement échappées; mais même ils leur préparaient officieusement les voies dans un public rétif et incrédule. Ils analysaient, ils éclaircissaient, au besoin, leur idée; ils réclamaient même, au nom de la liberté de l'art, contre le despo-
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tîsme des modèles : honnêtes critiques auxquels on donnait la chaise d'honneur aux lectures, qu'on invitait aux répétitions, qu'on régalait d'éloges et d'eau sucrée, auxquels on écrivait des petits mots obligeants, sur papier odorant, avec des compliments si forts, des brevets de génie si catégoriques, qu'ils-en éprouvaient, comme il arrive, moins d'orgueil que de modestie. Sauf cette petite partie de mensonge, inévitable dans une société civilisée, et dont on n'était dupe de part ni d'autre, tout était loyal entre la critique et l'auteur. L'auteur luttait avec courage contre les répugnances du public et ses hésitations, plus difficiles à emporter que ses répugnances ; la critique prêtait son aide désintéressée à Fauteur, mais sans lui inféoder son suffrage à tout jamais. On s'entendait pour demander la liberté, sauf à se séparer le jour où l'on différerait sur l'usage à en faire. La critique voulait bien prendre sa part des tribulations de l'auteur pauvre, labourant son sentier à travers une littérature constituée et un public endormi par elle; elle voulait bien recevoir au besoin une partie des coups portés à l'auteur, mais non pas prendre sa part de responsabilité des abus du succès, ni porter la livrée de l'auteur devenu haut et puissant seigneur.
L'union a peu duré. L'art étant devenu la littérature facile, et la quantité ayant été préférée à la qualité, la solidarité n'était plus possible, entre la critique et l'auteur, qu'aux termes qui règlent les sociétés de commerce. Mais, comme il n'est pas plus aisé pour la critique qui se respecte de faire de la littérature facile, sous une raison sociale, avec profits et dépens communs, que de l'admirer avec profits tout d'un côté et dépens de l'autre, chacun a repris sa position naturelle et son rôle de choix ; la critique a critiqué, et l'auteur a fabriqué.
Pour la branche de la littérature facile qui a nom drame, les écrivains distingués qui s'occupent du théâtre, et nommément les spirituels critiques qui l'examinent au Journal des Débats, au Temps, au National, à la Revue de Paris, et ailleurs, sont déjà parvenus, pour certains ouvrages, à retenir chez eux des spectateurs qui auraient été, à leur insu, les commanditaires bénévoles d'opérations où il n'y a de bénéfices que pour un seul. Quant aux deux autres branches de la littérature facile qui ont nom roman ex conte, on peut voir que les critiques dont l'opinion est le plus comptée se refusent depuis longtemps à analyser tout livre qui portera la marque de cette fabrique. Mais aussi voilà tous les grands hommes qui accusent les critiques de déserter l'art, et s'en vont semant par le peuple des bruits d'injustice inouïe, d'ingratitude criante. Ingrats de quoi? — Les critiques ne se souviennent-ils donc plus que les grands hommes leur ont dit : Mon cher ami !
Voilà ce que j'avais sur le cœur et ce que j'ai dû dire, poussé par ma conscience et par bon nombre de gens blessés comme moi de ce scandale, comme moi fidèles à là grande religion littéraire de la France. Cela n'avance pas beaucoup la question du drame possible, de la poésie réservée à l'avenir, je le sais, et n'ai point la prétention de la résoudre, ni de me soucier à l'avance des appétits littéraires de ceux qui viendront après nous, ayant pleinement dans le passé de quoi satisfaire les miens; mais, si j'ai soulevé avec vivacité la question incidente de ce qui se fait maintenant en drame, en roman, en conte, dans toutes les divisions et subdivisions de la littérature facile, c'est parce qu'il y a un côté par où la morale est blessée. Au reste, j'ai dit tout cela à mes risques et périls. Ou bien on me traitera d'homme médiocre, à petites vues, — ce
qui ne peut guère être une injure dans ce glorieux temps-ci;
— d'envieux : — oui, comme peut l'être un malade des belles santés fleuries de certains grands hommes et du parfait état de leurs voies aériennes; — d'ingrat : — ce serait bien mérité; n'ai-je pas été appelé mon excellent ami, ce qui est bien plus fort que mon cher ami? ou bien on fera semblant de ne m'avoir pas lu, ou si Ton daigne faire mention de moi» on affectera d'estropier mon nom, d'autant plus qu'on en saura mieux toutes les lettres. Quoi qu'il arrive et quoi que puisse souffrir mon amourpropre, j'en serai complètement dédommagé par le plaisir d'avoir soulagé bon nombre d'hommes de goût, d'écrivains qui font de la littérature difficile et ne peuvent se faire imprimer que sur du papier de gazette allemande,
— et quelques honnêtes gens.
Décembre 1833.