‹ Études de critique littéraireChapitre 8 sur 33 · DANS M. SAINT-MARC GIRARDIN · texte numérisé non relu

DANS M. SAINT-MARC GIRARDIN

On a eu raison de louer ce livre pour le bien que font de telles lectures au temps où nous vivons; elles reposent les esprits : c'est trop peu dire, elles les relèvent. Écrit avant février, on dirait que ce volume a été composé pour adoucir quelques-unes des douleurs qu'il a causées et pour raffermir certaines choses qu'il a ébranlées. Le sujet est l'usage des passions dans le drame. Or le drame, c'est la vie; la vérité du drame, c'est sa ressemblance avec la vie. En réalité, M. Saint-Marc Girardin a traité de l'usage des passions dans la vie, c'est-à-dire du bien et du mal qu'elles font, selon qu'on les règle ou qu'on s'y laisse emporter. Dans un temps où les esprits les plus fermes doutent, où les cœurs les plus droits se troublent, voici des pages qui nous rendent le service de nous dire que le bien n'est pas le mal, ni le mal le bien, et que, quelles que soient les épreuves de la vérité dans ce monde, le meilleur de tous les calculs est encore de lui rester fidèle.

En plus d'un endroit, d'ailleurs, l'à-propos de ces pages semble être un à-propos d'allusions, tant les remarques

1 Cour* de littérature dramatique ou de l Usage des passions dans le drame, deuxième volume.

de l'auteur vont à nos préoccupations actuelles. Parmi les passions qu'examine H. Saint-Marc Girardin, il en est qui naissent de l'institution même de la famille : ce sont la piété filiale, l'amour fraternel, la piété envers les morts, et aussi les passions contraires, les haines des frères, les rivalités des sœurs. Soit qu'il ait à montrer combien les bonnes passions mettent de force et d'honneur au foyer de la famille ou combien les mauvaises y font de ravages, ce qui ressort de toutes ses réflexions, c'est une image de la seule condition où l'homme ait tout son prix et réalise tout le bonheur dont il est capable : c'est à savoir la famille. H. Saint-Marc Girardin eût-il prévu la guerre impie qu'on lui fait, il n'eût pu mieux lui venir en aide qu'en en traçant des peintures si aimables; et cette apologie est d'autant plus persuasive, qu'elle n'était point préparée et que les arguments ne sentent pas le plaidoyer. Il est certaines vérités qui perdent plus qu'elles ne gagnent à être discutées par la polémique; car la vivacité de la défense fait croire au danger de la cause. Si quelque écrit supérieur veut me prouver que j'ai le droit d'aimer mon enfant et de lui laisser le fruit de mon travail, je m'en épouvante; je me rassure quand je lis un livro qui se contente de reconnaître au fond de mon cœur l'impossibilité éternelle qu'il en soit autrement.

Avant de donner à l'impression ces pages, écrites pour un autre temps, M. Saint-Marc Girardin aurait pu être tenté d'y insérer quelque digression contre le socialisme. Il a une plume qui n'est guère plus timide que sa parole à la Sorbonne; c'est cette plume qui écrivait, il y a dix-huit ans, le mot prophétique de barbares. Mais aucune critique directe, aucune allusion volontaire ne donne à son livre la date du jour. Sa foi à la famille n'est pas aggressive, parce qu'elle n'est pas inquiète; il n'a pas voulu faire aux

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