PHONÉTIQUE DU MOT
Cette phonétique n'existe distincte que dans les langues polysyllabiques.
Elle comprend aussi la tonalité, la mesure et l'accent.
Elle résulte de ce que, dans la réunion des syllabes, chacune d'elle et ses phonèmes exercent une influence sur les autres et leurs phonèmes, et réciproquement.
Mais il faut ajouter que l'une de ces syllabes exerce une influence plus grande que celle qu'elle peut recevoir. Cette syllabe est celle qui reçoit l'idée principale.
Il faut distinguer dans la phonétique du mot :
V Le rôle qu'y jouent les divers phonèmes, directement et en dehors de l'intermédiaire des syllabes ;
2^ L'influence que le phonème d'une syllabe exerce sur le phonème d'une autre syllabe dans le même mot ;
3^ L'influence que les syllabes et surtout la syllabe dominante exercent sur les autres.
Ces points touchent à la phonétique dynamique ; cependant il est important de les signaler ici.
Le dernier affecte à la fois la tonalité, l'accent et la quantité. Il marque la transition entre la syllabe et le mot, établit la hiérarchie entre les premières et fonde l'unité du mot.
La prédominance d'une syllabe, en effet, a pour résultat : 4<* de renfler les phonèmes de celle-ci, de déprimer, par contre, les phonèmes de toutes les autres ; 2** d'élever l'accent sur la dominante ; 3'' d'allonger généralement le phonème de cette dominante, en produisant sur les autres un effet contraire.
Nous allons examiner ces effets plus en détail sous chaque rubrique.
A. — TOxXALITé DU MOT.
La linguistique étudie ici : 4^ le rôle des divers phonèmes; 2^ l'influence d'un phonème sur l'autre, au moins dans son
principe, le développement appartenant à la phonétique dynamique; 3° rinfluence d'une syllabe, en tant que syllabe, sur l'autre.
a) Rôle des divers phonèmes dans le mot.
Les phonèmes qui sont syllabiques au point de vue de la syllabe, laryngiens à celui de la production du phonème, et des sons au point de vue acoustique, en un mot les voyelles se distinguent nettement, du moins dans certaines langues, des autres qui sont asyllabiques, buccaux, et constituent acoustiquement de simples bruits, en un mot des consonnes. D'autres langues, au contraire, les confondent dans leur emploi.
Pour les langues qui les distinguent, les voyelles et les consonnes se polarisent au point de vue fonctionnel.
Les consonnes servent à rendre l'idée principale, lexiologique ; les voyelles, les simples modifications de ces idées, ou leurs rapports grammaticaux. C'est un premier exemple de la polarisation des phonèmes d'abord indifférents et neutres; nous en rencontrerons d'autres.
b) Influence d'un phonème sur l'autre pour
former le mot.
Le développement appartient à la phonétique dynamique. Voici le principe :
Pour établir entre deux syllabes une union énergique nécessaire, car il ne faut pas oublier que très souvent à rorigioe chaque syllabe a été un mot différent, il faut que l'une apporte à l'autre une modification assimilante. Cette modification est généralement vocalique. Dans ce système, l'accent n'intervient pas, ni la prédominance d'une syllabe sur l'autre ; il ne s'agit que de modification de tonalité, et d'autre côté, la prédominance appartient à un phonème et non à une syllabe, et ce, à raison autant de son ordre dans le mot que de son ordre dans la pensée.
De là le phénomène appelé harmonie vocalique quand c'est le premier phonème du mot qui s'assimile les autres, et wmlaut, épenthèse et infection vocalique, quand c'est, au contraire, le dernier phonème qui domine et agit régressivement.
c) Influence d'une syllabe dominante sur les autres.
Ici ce n'est pas un phonème qui agit, mais une syllabe entière ; mais la syllabe en question, avant d'agir sur les phonèmes des autres syllabes, commence par agir sur le sien propre.
Il agit ainsi non seulement en renforçant la tonalité ou en la déprimant, mais aussi en élevant ou en abaissant l'accent et la quantité.
On peut comparer cet effet à celui que produit en cosmographie l'attraction de la lune et des autres astres sur la mer lors des marées ; l'élévation sur un point est accompagnée de dépressions sur les autres. Si la syllabe dominante vient à changer de place, celle qui ne l'est plus se déprime à son tour et son vocalisme se réduit.
Quelle est la syllabe dominante, et comment cette supériorité se marque-t-elle dans la tonalité?
La syllabe dominante varie dans les différentes langues.
Pour les Ougro-Finnois, la syllabe principale est celle qui exprime l'idée de substance, l'idée ontologique et concrète, et ils lui soumettent toutes celles qui expriment les idées abstraites de catégories et de relations, par l'harmonie vocalique dont nous venons de parler et qui se forme par l'influence directe d'un phonème sur un phonème.
Pour les Indo-Européens, le système est inverse. L'idée principale est chez eux non celle concrète et ontologique, mais celle abstraite et de relation. Dans la composition, le mot déterminant domine le mot déterminé; il en est de même dans la dérivation, tant que le mot dérivant conserve un reste d'autonomie, et enfin dans la flexion, tant que l'indice ne s'est
pas fondu dans le mot fléchi, et encore, dans ce dernier cas, nous allons voir que cette flexion conserve une grande influence.
Mais lorsque la fusion s'est opérée, lorsque le mot abstrait est devenu indivisible du mot concret et n'en est plus qu'un élément syllabique, alors il n'y a plus dans le mot qu'une racine intacte, celle ontologique, et des racines atrophiées, et la première domine. C'est ainsi que dans le verbe prépositionnel allemand, c'est la préposition qui conserve l'accent tant qu'elle reste séparable, et que lorsqu'elle devient inséparable, c'est au contraire le verbe qui est accentué.
Mais la désinence atrophiée conserve assez de force pour opposer une réaction vigoureuse à l'action de la racine. Étudions ces deux effets.
a) Effet d'action.
La syllabe dominante radicale exerce son action sur son propre phonème en en renforçant la tonalité.
Ce renforcement, qui a été suivant les temps guna ou vriddhij ou ablaut, se fait de plusieurs manières : -1° en passant d'un phonème à un phonème plus fort sur l'échelle des sons, c'est Vablaut proprement dit; 2° en nasalisant ce son; 3° en le diphthonguant soit avec un son plus fort, c'est le guna, soit avec un plus faible, c'est la brechung. Nous verrons qu'en outre ce renforcement donne l'accent et augmente la quantité. L'effet produit sur les autres syllabes est exactement inverse.
Pour s'en tenir à Vablaut, quels sont donc les sons les plus forts? Tous ceux qui, sur la croix vocalique que nous avons construite, s'approchent le plus de l'a sur chaque branche; d'autre côté, la branche : a-u vis-à-vis de la branche : a-i, la branche : a-y vis-à-vis de la branche : a-e.
P) Effet de réaction.
L'effet de réaction de la désinence sur la racine s'exerce en assimilant la voyelle de la racine à celle de la désinence, de telle sorte que si la syllabe radicale domine la syllabe désinentielle au point de vue de la force, la voyelfe désinentielle domine à son tour la voyelle radicale au point de vue de la direction. Tandis que Yahlaut ou apophonie monte ou descend un son sur la même branche de la croix vocalique, Yumlaut ou périphonie, à ce titre bien nommée, fait passer un son d'une branche à l'autre : u devient ii français, o devient eu, etc.
B. — Accent du mot.
C'est l'accent surtout qui forme le lien, l'unité du mot, et ce n'est que lorsqu'il vient à frapper la syllabe principale que le vocalisme de celle-ci s'exalte.
Cet accent peut être d'intensité ou de hauteur.
Il a pour fonction de créer une syllabe dominante parmi les autres, et d'y lier ces autres intimement, fonction qu'il remplit si bien qu'il finit par détruire celles-ci et n'en conserve souvent que des phonèmes qu'il fait entrer dans la syllabe principale.
La langue française est le produit de l'accent qui a détruit le latin.
L'accent est un élément intellectuel par excellence, c'est l'âme du langage, surtout l'accent du mot; il fait pénétrer l'élément psychologique dans l'élément phonétique.
Il peut être double; on distingue l'accent principal et un ou plusieurs accents secondaires. Cette situation est analogue à celle de l'accent de la syllabe qui monte, descend et remonte ensuite.
Il est ici surtout d'intensité; l'accent de la phrase est plutôt un accent d'élévation.
Cet accent s'appelle ionique^ tandis que celui du phonème est l'accent musical.