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EN PRÉSENCE

Premièrement, — Synthèse des procédés morphologiques.

a) Procédés normaax.

Les procédés qui s'en dégagent sont au nombre de trois : V l'expression par Tordre des mots pleins, 2° celle par l'emploi des mots vides, 3° celle par la modification des phonèmes du mot plein.

a) Expression par l'ordre des mots.

L'ordre des mots qui exprime les nuances et les relations peut être : -l*^ ou direct et développant, c'est en général l'ordre de la construction française ; le mot déterminé précède le mot déterminant, le sujet précède le verbe, le verbe précède le complément; 2** ou inversif et enveloppant; le sujet est en tête précédé de son adjectif et de tout ce qui le détermine, puis viennent tous les compléments du verbe, puis enfin le verbe.

Mais les mots établis dans un tel ordre peuvent être isolés les uns des autres, ou au contraire tous ou quelques-uns réunis dans un seul mot. Dans ce dernier cas l'ordre des mots, qu'il soit d'ailleurs développant ou enveloppant, se double de synthétisme, de polysynthétisme ou d'holophrasisme, suivant que cette agglutination s'étend à deux, à plusieurs ou à tous les mots de la proposition.

Enfin cette union des mots coordonnés peut se corroborer par une soudure de ces mots, dans laquelle chacun perd une ou plusieurs lettres, une ou plusieurs syllabes ; alors l'union des mots devient emboîtante.

Lorsque l'ordre des mots n'est pas doublé d'union matérielle, il y a analyse, qu'il ne faut pas confondre avec l'ordre développant; lorsqu'il est doublé d'union, il y a synthèse,

qu'il ne faut pas confondre avec Tordre enveloppant ; lorsqu'à l'union s'ajoute remboltement, il y a combinaison.

P) Expression par l'emploi de mots vides.

Le mot vide peut être séparé d'un mot plein, et alors il se place soit avant, soit après lui, ou se transpose dans un autre mot plein.

Ce mot vide peut se joindre au mot plein, s'y agglutiner, soit par préûxation, soit par suffixation, soit même par infixation.

Enfin, il peut s'établir entre eux non seulement réunion, mais soudure intime, au moyen de sandhi, d'harmonie vocalique, d'umlaut, d'ablaut.

Dans un autre sens le mot vide peut s'être vidé ou seulement de son sens, ou en même temps de sa sonorité.

Dans un dernier sens, et ceci est très important, car ceci est de nature à ébranler la théorie actuelle trop compréhensive du mot vide, tel qu'on le comprend, le mot vide, ou a été autrefois un mot plein, et s'est vidé ensuite soit de sens, soit de sens et de son à la fois, ou a toujours été un mot vide. Ce dernier cas se produit dans les racines pronominales; nous développerons cette théorie un peu plus loin, dans V Appendice à la morphologie,

y) Expression par la modification vocalique de la racine.

C'est surtout le système sémitique. La modification s'opère de diverses manières :

\^ Les mots qui expriment la relation sont distincts de ceux qui expriment l'être ou l'action, et cette relation s'établit par la concordance de son entre ces mots ;

2^ Les mots qui expriment la relation sont les mots mêmes qui expriment la substance, mais sont allitérés entre eux pour exprimer cette relation;

3"^ Il n'y a proprement que des mots exprimant la sub-

— us —

stance et indépendants les uns des autres, mais ils subissent isolément une modification yocalique ou consonnantiqùe qoi exprime les diverses catégories de détermination, de relation ou de différenciation de sens.

Le premier de ces systèmes est celui des langues cafres, le second celui des langues nubiennes et du woloff, le troisième celui des langues sémitiques et embryonnairement des langues indo-germaniques, comme nous le verrons plus loin dans la comparaison des langues non apparentées.

4^ Enfin, la racine, pour exprimer soit la détermination, soit la relation, se développe par croissance, ne changeant point ses éléments vocaliques ou consonnantiques, mais se contentant de les multiplier ou de les renforcer.

Ce bourgeonnement de la racine est indéniable, il se produit surtout dans le phénomène de la réduplication consonnantiqùe.

Cette réduplication peut se rencontrer soit au commencement, soit au milieu, soit à la fin de la racine. Il peut atteindre aussi la racine tout entière, ou une ou plusieurs syllabes.

Lorsqu'elle se produit au commencement, elle marque souvent le pluriel dans les noms, le parfait dans les verbes; au ïnilieu des mots, elle est un indice du verbe factitif dans les langues sémitiques ; à la fin des mots, elle a un emploi très remarquable dans l'assyrien et surtout dans Taccadien, où elle remplace l'article et établit l'état emphatique.

La réduplication vocalique se traduit par la forme d'une voyelle longue et est aussi très fréquente.

Enfin, la racine sHntègre vocaliquement et se renforce soit en s'élevant d'un degré sur l'échelle vocalique, soit en se diphthonguant avec la voyelle supérieure ou avec la voyelle inférieure sur la môme ligne.

De ces quatre procédés, les deux premiers forment un seul groupe qui se fonde sur le principe de l'accord; le second procédé ne se différencie du premier qu'en ce qu'il est objectif au lieu d'être subjectif.

^ i<9 — b) Procédés anormaux.

- Les procédés anormaux consistent : ^° dans l'expression au moyen de la morphologie statique ou par les racines ; 2** dans celle de la détermination et des relations par la Texiologie; 3^ dans celle des relations de mot à proposition par celle des relations de mot à mot, c'est-à-dire qualificative ou génitive.

Nous avons décrit ces procédés; nous ne voulons que les rapprocher.

Les procédés anormaux, comme nous le verrons tout à l'heure, sont ceux qui indiquent que la langue n'a pas pris encore son état formel; ils correspondent donc à ce qu'est en psychique la pensée non formelle vis-à-vis de la pensée formelle.

Les trois procédés normaux forment au respect les uns des autres, trois degrés de perfection linguistique, ou plus exactement d'expression de plus en plus linguistique de la pensée. (2ttand celle-ci s'exprime par l'ordre des mots seuls,- il n'y a pour ainsi dire pas de grammaire, il n'existe aucuns mots de pures relations; celles-ci restent dans la pensée, qui doit suppléer à l'expression encore très imparfaite. Lorsque de là on passe au procédé des mots vides, les mots se vidant devienjieut plus maniables à la pensée, qui n'est plus obligée de supj[)léer«eule les relations exprimées désormais; l'empire des mots s'accroît, celui de la pensée qui se décharge sur eux est moins incessant; mais les mots de relation vis-à-vis des mots de substance n'ont pas encore la proportion qu'ils doivent avoir entre eux et que leurs concepts ont dans la pensée; cette proportionnalité exacte ne sera fournie que par le troisième procédé, qui atteint une expression plus parfaite et plus linguistique.

Deuxièmement. — Point d'application des procédés

morphologiques.

Nous yerroQs dans la psychique quelle importance a dans le langage la distinction entre Télément subjectif et Télément objectif; nous sommes obligé ici et par avance d'en indiquer le reflet sur la morphologie.

Le mot ontologique subjectif, par excellence, est le pronom; le mot ontologique objectif, au contraire, est le substantif.

Eh bien! les procédés morphologiques se sont longtemps appliqués seulement à l'élément subjectif, au pronom, et beaucoup plus tard seulement à l'élément objectif, au substantif.

Gomment ce point d'application s'est-il déplacé peu à peu?

L'observer est une des études les plus intéressantes de la linguistique.

En effet, non seulement l'élément subjectif, le pronom, a été le point primitif d'application des procédés morphologiques, mais c'eat lui qui ensuite, en se joignant au substantif, lui a communiqué cette application.

Troisièmement. — Développement successif de la

morphologie.

Ce que nous avons appelé un peu plus haut les procédés anormaux de la morphologie, c'est en réalité l'état embryonnaire de cette morphologie. Lorsqu'elle est encore enveloppée, ce sont ses procédés rudimentaires qui seuls sont en œuvre : la morphologie dynamique n'est pas née, la statique tient lieu de tout, ce qui revient à dire que la racine remplit seule toutes les fonctions grammaticales, mais il faut ajouter qu'elle les remplit mal. Plus tard, la morphologie dynamique naît, mais lexiologique seulement, remplissant incomplètement les fonctions de détermination et de relation. Ce n'est que plus tard que la morphologie de détermination et de relation naissant à son tour, chacun remplit sa fonction nor-

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