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fois d'abord, comme démonstratif, l'objet approché on éloigné, énoncé comme certain ou comme douteux, puis parmi elles ta finit par désigner le proche et par extension dans la flexion le nominatif, ma l'objet éloigné, et par extension dans la flexion l'accusatif, enfin ka la nuance interrogative. Y eutil un motif pour déterminer ces polarisations, ou bien le hasard seul y présida-t-il? Nous croyons qu'un motif instinctif fit préférer (a (sa) pour la détermination la plus proche, le son beaucoup plus sourd de la syllabe ma, au contraire, pour l'objet le plus éloigné, et que le son plus éclatant de la gutturale parut mieux convenir à une interrogation. La polarisation des racines pronominales, non leur existence même, serait donc due à une sorte d'onomatopée subjective.
Cela est si vrai et on est si bien parti de l'indétermination pour arriver insensiblement à la précision, que dans beaucoup de suffixes la polarisation ne s'est faite qu'incomplètement, et que le même fournit quelquefois plusieurs sens de dérivation tout à fait différents les uns des autres.
Mais on peut objecter qu'alors toutes les familles linguistiques, employant presque nécessairement pour affixes toutes les consonnes suivies ou précédées des voyelles principales non encore pourvues de sens même attributif, ont id polariser ces affixes de la même manière, de telle sorte qu'il devrait en résulter une langue pronominale presque unique.
Une telle concordance n'est pas nécessaire ni possible. En effet, chaque langue a orienté ses affixes indéterminés suivant son point de vue spécial, les dispositions auditives et particulières de chaque peuple. Pour l'un, la labiale a plus de force et exprime mieux une relation saillante que la dentale; plus généralement la dentale, au contraire; mais ces sensations ne sont pas partout les mêmes, et de même que certains peuples de l'Orient possèdent une musique qui semble fausse à nos oreilles, que les idées morales diffèrent souvent du tout au tout suivant les pays, de même les systèmes de correspondance des phonèmes et des idées ont dû diverger.
Mais au-dessous de ces variations, Tétre humain étant par-
tout le même, on doit retrouver de nombreuses concordances, et ces concordances, en effet, on les constate, comme nous l'établirons ailleurs preuves en main; elles ne prouvent nullement que les langues ainsi en accord ont eu une commune origine, mais établit seulement que Tesprit humain a partout un fonds commun. Il suffit de citer, comme nous Tavons déjà fait, la fréquence du k comme indice du duel, celle des dentales t, s, r comme indice du pluriel, celle de Yn comme indice du relatif et du génitif, l'universalité des racines du verbe abstrait : être.
Ce qui peut être vrai ainsi des racines pronominales Fest-il des racines attributives? Le système des différenciations successives que nous venons d'exposer contient deux parties : 4** la différenciation même, 2** sa polarisation. Le premier point semble pouvoir s'appliquer dans les racines attributives; il sufût de consulter les sanscrites; presque toutes verbales, composées de deux ou trois phonèmes, elles ont un sens très indéterminé. Un grand nombre à leurs significations plus spéciales joignent celle S'aller; beaucoup signifient : brûler, briller, tuer; il est plus facile à cause de cela pour la mémoire de retenir le sens des radicaux que celui des racines. Il est curieux de rapprocher de cet aspect celui un peu différent du chinois, mais qui nous porte aussi à conclure dans le même sens. Dans cette langue, les racines attributives ne sont pas nombreuses ; en outre des sens communs à plusieurs, chacune renferme un très grand nombre de ceux qui lui sont privatifs, un trop grand nombre; aussi ces sens nombreux ne pouvant pas s'incarner dan6 assez de mots pour se différencier autant qu'il est utile, c'est le mot qui se différencie lui-même en quatre ou cinq au moyen de nombreux accents, accents qui n'existaient pas d'abord; c'est alors que commence le cantonnement complet devenu possible. D'où le sens positif très vague et commun à beaucoup de racines est-il venu ? Il est impossible de ne pas supposer dans le petit nombre de racines tout à fait primitives une onomatopée objective, la plupart de ces racines présentant
eacore aujourd'hui, même défigurées, une sorte d'harmonie imitative; mais ii ne faudrait pas aller trop loin dans cette voie, sous peine de fantaisie; l'indispensable point de départ s'est seul formé ainsi. Mais y a-t-il eu onomatopée subjective ou objective dans la polarisation subséquente, polarisation d'ailleurs plus restreinte, puisque le sens primitif lui-même était plus restreint? Ici le problème est plus difficile, et nous ne saurions proposer une solution même hypothétique. La polarisation a pu se faire par le simple usage, au fur et à mesure des besoins. II se produisait ainsi dans les racines attributives le contraire de ce qui a lieu dans les pronomi* nales. Dans celles-ci, c'est la polarisation seule qui est guidée par l'onomatopée subjective; la génération se fait en tous sens et sans loi ; dans les racines attributives, c'est la génération seule qui se serait faite par l'onomatopée objective, la polarisation ne serait que la satisfaction aveugle et pratique de chaque besoin nouveau de différenciation.
Si Ton admet le système de la différenciation successive, les racines en elles-mêmes se trouTcnt avoir peu d'importance; le caractère scientifique de la linguistique est reporté tout entier sur Vévolution ultérieure, et la curiosité de l'origine du langage tient quelque peu du mirage. Il n'y aurait rien derrière ces mystérieuses racines, si ce n'est un chaos phonétique dont l'instinct oriente peu à peu et coordonne les éléments.
Cet instinct qui, en pénétrant la phonétique amorphe, lui souffle la vie et lui donne l'état morphologique, nous allons maintenant l'étudier, c'est la psychique.