‹ Études de grammaire comparéeChapitre 38 sur 48 · PSYCHIQUE STATIQUE · texte numérisé non relu

PSYCHIQUE STATIQUE

La psychique statique est une science qui considère à Tétat de repos : ^® la pensée indivisible, 2^ Vidée indivisible, 3* la relation entre Vidée et la pensée; ou la pensée divisible et successive. Par la pensée, nous entendons aussi le sentiment.

Quelle est la différence entre Vidée et la pensée? Elle est bien connue. L4dée est, pour ainsi dire, Timage d'un objet réel ou supposé; la pensée est un jugement par lequel nous relions une idée à Tautre, pour dire soit qu'elles se conviennent, soit qu'elles s'excluent, soit que leur convenance est incertaine. Toute pensée est une proposition.

Ce jugement consistant à dire que deux idées se conviennent, se recouvrent au moins en partie, n'est autre chose que l'équation appliquée en dehors des mathématiques; c'est, bien entendu, une équation sans inconnue; elle est ou positive, ou négative, ou dubitative; quelquefois cette équation peut être une inégalité de > ou < dans les phrases comparatives; mais tout cela rentre toujours dans le domaine de l'équation.

Plusieurs propositions peuvent se réunir de manière à n'en former qu'une seule, une proposition composée. Cette réunion de propositions constitue la phrase, unité naturelle aussi, mais moins primitive que la proposition dans la morphologie; dans la psychique cela constitue la pensée complexe,

La phrase n'est pas encore un raisonnement; pour celui-ci, il faut une série de propositions indépendantes, autant dire une série d'équations dont l'une renferme une inconnue, qu'on déduit des connues. Cette série de propositions est un syllogisme.

Nous retrouvons donc ici ce que nous avions trouvé dans la morphologie ; idée, pensée, syllogisme, en face de mot, proposition et phrase.

Enfin les phrases, simples, puis complexes, puis les syllogismes sont contenus en morphologie dans une unité plus compréhensive; tant qu'elles demeurent dans le même ordre d idées, on reste dans le même alinéa ou la même stance; il en est de même en psychique; plusieurs syllogismes peuvent se tenir, s'enchaîner, et tant que la chaîne n'est pas terminée on se meut dans une unité qui correspond à l'alinéa, et que nous appellerons V enchaînement.

Le repos marque à l'oreille, la ponctuation marque à l'œil ces divers emboîtements des pensées. Comme ils se rattachent plus à la psychique qu'à la morphologie, quoiqu'ils appartiennent aux deux, nous nous en occuperons ici.

Dans la pensée simple correspondant à la proposition, entre les deux idées qui sont mises en présence, il y a le signe de liaison, la copule ou signe à!égalité positive ou négative.

Mais la pensée ne se compose pas toujours d'idées distinctes, elle se confond quelquefois avec l'idée. Nous en avons un exemple frappant dans les verbes impersonnels, pluit, ningit, où une seule idée est toute une proposition. Cela se produit plus fréquemment quand du langage de la pensée on passe au langage du sentiment.

La psychique statique étudie successivement : i^ Vidée, 2® la pensée inarticulée indivisible^ 3° les idées formant pensée articulée ou proposition, 4** les réunions de pensées ou \dL phrase de subordination, 5"* la phrase de coordination ou logisme, 6° les phrases de coordination émises par le même souffle de pensée ou les périodes. Elle étudie à propos de ces divisions des opérations de l'esprit ce qui marque d'une manière sensible la séparation entre chacune d'elles, la ponctuation et le repos,

SECTIOPi PREMIÈRE l'idée.

L'idée qui par sa réunion comparative avec une autre idée

fbnne Tëquation ou la pensée, comprend plusieurs catégories; et la psychique statique traite ces catégories d'une manière différente, suivant différents points de vue.

Il importe d'établir d'abord ces points de vue qui donnent un aspect varié à chacune des classes d'idées.

Ces points de vue sont : 4** le point de vue du subjectif et de Yobjeciif, 2* celui du réel et de Vabstrait, 3*^ celui du formel et du non formel.

Nous verrons ces distinctions se retrouver quand il s'agira de la pensée^idée. La pensée composée d'idées ou proposition a, en outre, ses catégories propres.

§ 1®'. — POINTS DE VUE DE l'IDÉE.

Ils sont, nous l'avons dit, au nombre de trois.

Le premier consiste à envisager les objets soit en euxmêmes, soit dans leur relation avec celui qui pense, c'est-àdire tantôt objectivement, tantôt subjectivement. C'est ainsi que quand en parlant d'une personne, je dis : Paul, je la désigne par là sans que ma propre personnalité soit en jeu, tandis que si je dis : lui, elle ne sera désignée que par l'exclusion de moi-même; la dénomination sera purement subjective. Nous avons établi ailleurs que le pronom personnel est un mot subjectif vis-à-vis du substantif qui est un mot objectif.

De même, si je me sers de l'adverbe : en haut, cela indiquera la situation de Tobjet indépendamment de la mienne propre; si, au contraire, je dis : ici, ce mot ne sera pas intelligible, abstraction faite de la place de celui qui parle.

A côté de ridée subjective et de l'idée objective se trouve l'idée relative; il faut même reconnaître que l'idée subjective n'est en dernière analyse qu'une espèce particulière d'idée relative, celle qui est relative à celui qui parle. L'idée relative proprement dite est celle qui ne se comprend que si l'on suppose deux objets en présence. Le mot : plus, par exemple, ne signifie rien si l'on n'y ajoute les deux objets comparés

entre eux. De même le mot sur est un mot relatif, tandis que le mot en haut est objectif.

Cette première distinction est très importante; nous verrons, en comparant les caractères des différentes langues, que quelques-unes portent le caractère subjectif.

Dans Tordre du temps, l'idée subjective est de beaucoup antérieure à Tidée objective, et celle-ci à son tour est Taînée de l'idée relative. Cependant dans certaines langues le temps objectif a précédé le temps subjectif, mais ces langues sont celles de peuples très civilisés, les Indo- Germains et les Sémites, et cette antériorité chez eux du temps objectif est une preuve de leur faculté plus grande de sortir d'euxmêmes.

Vantériorité générale du subjectif sur Vobjectif est établie par des preuves nombreuses et frappantes ; l'homme est parti du moi pour passer au non-moi, considéré d'abord dans son opposition, puis en lui-même. En voici les preuves : 4®^*, le pronom personnel, qui est le mot subjectif par excellence, porte les traces suivantes de cette antériorité : 4° il a longtemps précédé le substantif; 2** même lorsque celui-ci coexista, il a gardé d'abord le privilège de porter les concepts ontologiques accessoires; 3° il retient encore aujourd'hui un système anormal et ailleurs perdu, qui consiste à distinguer le pluriel du singulier par le changement de la racine elle-même ; 4* il retient aussi le même système dans sa flexion, au moins à la 4" et à la 2® personnes, ce qui fait que les cas y sont moins nombreux, mais plus marqués que ceux du substantif; 4° il efface à ces deux premières personnes la différence sexuelle, ou plus exactement il y conserve le vestige de l'état primitif où la catégorie des genres n'existait point; 5** en fonction de pronom interrogatif ou relatif, il montre, au lieu du genre sexuel, les genres de V animé et de V inanimé, qui régnaient à une couche antérieure de l'évolution et qui, en grammaire, affleurent encore dans le pronom seul : magyar : A;/, mi; assyrien : man, ma; galla : éma, mali; 6° parmi les pronoms personnels eux - mômes, ceux de la \ '® et de la 2® personne

qui expriment plus directement la distinction entre le moi et le non-moi par la position des ioteriocuteurs dans le discours, sont les plus anciens, les moins variables, et deviennent, lorsque la même racine exprime chacun dans deux langues, le vestige le plus certain de la parenté de celles-ci; 2®^*, les mots qui, après le pronom, révèlent le mieux la parenté linguistique, sont ceux qui, après lui, touchent de plus près au moi, c'est-à-dire les diverses 'parties du corps humain, et surtout ses parties extérieures non seulement constituant le moi physique, mais aussi connues du moi; 3®*^*, il en est de même des noms d'instruments, de vêtements à Tusage personnel; 4®^*, enfin, les noms Apparenté qui touchent aussi de très près au moi sont les plus nombreux, et aussi les plus concrets, par conséquent les plus anciens, dans toutes les langues primitives.

Si enfin Ton parvient jusqu'aux racines du mot subjectif par excellence, du pronom personnel, on comprend mieux encore V antiquité de Vidée subjective. En effet, les pronoms personnels, qui semblent avoir eu chacun une expression et une idée autonomes se basant sur la situation des interlocuteurs dans le discours, de telle sorte que le toi et le lui sont indépendants du moi, et établissent un non-moi autonome au regard de celui-ci, se confondent dans certaines langues avec ridée môme du moi. C'est ainsi qu'en accadien les pronoms des trois personnes, s'ils jouent le rôle de sujet, ont, comme dans toutes les langues, chacun une expression distincte; si, au contraire, ils jouent le rôle de régimes, les pronoms des deux premières personnes disparaissent, ou plutôt s'expriment, comme celui de la troisième, par un pronom de la troisième personne, ou plus exactement par un démonstratif. Ces démonstratifs ont plusieurs formes : na (hic) quand il s'agit de ce qu'il y a de plus proche, du moi même; e (iste) quand l'objet est proche du moi; ba [ille] quand il en est éloigné ; par conséquent, le premier passera à l'expression de la V^ personne, le second à celle de la 2*, et le troisième à celle de la 3<^. Le point de départ est le lieu subjectifs le lieu du moi.

Ce ne sont pas seulement les idées principales qui sont susceptibles d'être objectives, subjectives ou relatives, ce sont aussi les concepts accessoires et grammaticaux, le temps, le mode^ le nombre, le genre, comme nous le verrons plus loin.

Le second point de vue consiste à envisager les objets dans leur consistance naturelle et totale, avec leur position et leurs rapports extérieurs, ou bien, au contraire, à les analyser, à examiner séparément leurs éléments, leurs parties et leurs qualités, ou leur situation, ou leurs rapports, ou même telle qualité indépendamment de telle autre. C'est en cela que consiste la différence si capitale entre les idées abstraites et les idées concrètes. Celles-ci ont partout et sans exception précédé celles-là; les exceptions signalées à l'antériorité du subjectif sur l'objectif n'existent pas ici.

On sait ce qu'est une idée abstraite pure, par exemple, celle contenue dans le mot blancheur. On sait moins généralement ce qu'est une idée concrète pure. Le mot blanc, par exemple, n'est pas le mot concret, quoique blancheur soit le mot abstrait; c'est un mot qui tient le milieu entre l'abstrait et le concret, et qui possède déjà beaucoup de l'abstrait. Si, au contraire, on se figure par une seule émission d'idée psychiquement, et par conséquent morphologiquement par l'émission d'un seul mot, un homme blanc ou un cheval blanc, sans distinguer l'être et la qualité, mais faisant de l'homme blanc, par exemple, un être absolument différent de l'homme noir, si ridée plus générale : homme ou cheval n'existe pas dans notre concept, alors l'idée est absolument concrète. De même, si notre idée ne peut se dégager d'un individu pour s'élever jusqu'au genre ou même jusqu'à l'espèce.

Les divisions de l'idée en objective, subjective et relative, et en concrète, abstraite-concrète et abstraite se croisent. Il y a ridée objective-concrète et celle objective-abstraite, l'idée subjective-concrète et celle subjective-abstraite.

En effet, le pronom personnel, nous l'avons dit, est essentiellement subjectif, puisqu'il ne représente les êtres que comme interlocuteurs dans le discours, par conséquent

comme envisagés par rapport à soi, mais en même temps c'est une idée concrète, car le rapport s'établit entre Fétre représenté par le pronom et l'être moi individuel, unique, et non entre ces êtres et l'espèce du moi, l'homme en général. Si, au contraire, de personnel le pronom devient indéfini : on, quelqu'un, tout, etc., il n'y a plus de rapports entre les êtres ainsi désignés et le moi individuel, mais entre ces êtres et la conception subjective qu'en a tout le genre humain; le pronom indéfini est subjectif abstrait.

De même le substantif, à la différence du pronom, exprime une idée objective, mais cette idée objective peut aussi être abstraite ou concrète. En effet, Vabstrait, c'est le général; le concret, c'est Vindividuel, Or, l'objet peut être considéré dans son individualité étroite ou dans les idées générales ou génériques qu'il contient, tout en étant envisagé en lui-même, de même que le point de vue subjectif auquel on voyait l'objet pouvait être pris à partir de la personnalité humaine en général, ou de celle individuelle de l'homme qui parle.

Bie'n plus, l'objectif concret ou abstrait croisé le subjectif abstrait, d'une part, et le subjectif concret, de l'autre; de sorte qu'il y a le subjectif abstrait de l'objectif abstrait, le subjectif abstrait de l'objectif concret, le subjectif concret de l'objectif abstrait, et le subjectif concret de l'objectif concret. En effet, le subjectif, tout en regardant l'objet à travers le prisme de la personnalité, lequel lui fait subir certaines réfractions, n'en considère pas moins l'objet lui-même, et ainsi retient les différences de l'objet, tout en y réunissant les siennes propres. Nous aurons l'occasion d'observer l'importance de ce principe.

Enfin, ce ne sont pas seulement les concepts principaux qui sont abstraits ou concrets, subjectifs ou objectifs, ce sont aussi les concepts accessoires de dérivation, de détermination et de relation, et leur manière d'être concrets consiste à s^ exprimer par le même mot et à ne faire qu'une seule idée avec le concept principal, ou avec un ou plusieurs des autres concepts accessoires.

Il résulte de tout eela plusieurs sortes de concrétismes qu'il importe de bien distinguer.

i° Concrétisme objectif, consistant dans l'expression de chaque individu par un mot distinct, par un mot individuel, ridée générale n'étant pas encore née, ou par une réunion de mots tellement intime qu'elle simule un mot, unique;

T Le concrétisme subjectifs consistant dans l'expression d'un objet envisagé par rapport à l'individu qui parle;

3° Le concrétisme à la fois subjectif et objectif, consistant dans l'expression par un mot individuel de l'objet envisagé par rapport à celui qui parle ;

4° Le concrétisme objectif d'une idée accessoire, consistant dans l'expression de cette idée par un mot exprimant en même temps et indivisiblement l'idée principale ;

5*^ Le concrétisme subjectif d'une idée accessoire, consistant à rapporter cette idée accessoire à la personne qui parle;

6° Le concrétisme à la fois subjectif et objectif d'une idée accessoire, consistant à rapporter cette idée, exprimée par le même mot que l'idée principale, à la personne qui parle ;

T Le concrétisme subjectif d'une idée accessoire, joint au concrétisme subjectif de l'idée principale;

8** Le concrétisme subjectif de l'idée accessoire, joint au concrétisme objectif de l'idée principale;

9** Le concrétisme objectif de l'idée accessoire, joint au concrétisme subjectif de l'idée principale;

W Le concrétisme objectif de l'idée accessoire, joint au concrétisme objectif de l'idée principale;

44** Le concrétisme subjectif de l'idée accessoire, joint au concrétisme à la fois subjectif et objectif de l'idée principale;

42° Le concrétisme objectif de l'idée accessoire, joint au concrétisme à la fois subjectif et objectif de l'idée principale;

43* Le concrétisme à la fois subjectif et objectif de l'idée accessoire, joint au concrétisme à la fois objectif et subjectif de Yiàét principale ;

\ 4** Le même joint au concrétisme objectif de l'idée prind' pale;

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