L. B. Expression impropre. H-fMûits&n^rîraienâ ou
^offenseraient r un coàur né rougit "pomt,
' ij.'H. Ici le Commentateur a raison , et kr convenance est
bléMée; c&r uit cœur ne)>éut ror/^iV ni au figuré ni au propre,
quoiqu'en dise Louis Racine , qui quelquefois étend trop loi ft
€o ' ET0DES
les liberKls poëlîqves, et quelquefois les rewenre trop» fiiuta jde savoir asiies i>ieQ rendre raison de l'un et de l'autre.
({^3^ Peul-élre-que sile <90ttr était piurla personne , M. de 'Laharpe ne trouverait pas mauvais qu'on le fit rougir* On Terra ci-après qu'il approuve qu'on Xa/ossb mourir daaa ces vers :
Ponmi qaè ce grand éaar périsse noblement^ Ce qui saii^ra sa mort le touclie faiblement.
|6 Et ne le forçons point par ce cruel mépris ' D'achever un dessein qn'il peut n'avoir pas pris»
L. B. M. l'abbë d'Olivet a remarque que , dans le dernier vers /il y a une'faYlte de gramitiair<^« Il veut qu*o|i <âse : exécuter un dessein, et non pas achever; mais nous peu'^ sons 9 avec Louis ftacine et l'abbë Desfontaines » i^aeheçer eït plus énergique et ausÂÎ français.
Le dessein en est pris^ je le veux acbever,
dit l'auteur dans Andromoaue \ et dans Mithridate:
De semblables projets Tcalent être achevés.
L. H. Je suis ici entièrement de l'avis de Louis Racine et de EKesfoulaines; Il faut^avoîr gré à )a JMiésié et aux matï^res Bh cette langue , de ces ellïp^ies vivefiret rapides , mais parfai*^ tcnient claires ^ qui s'élèvent au-dessus de la timidité métho^ dique du langage valgaire* Qni «sV4::e qûr ne comprend paa^ d'nbcird ({Vk^achâPâ^ uH dessein signifié acheter l'exicu^ iion d*un, desMn? Cette ellipse si natitr^edoit ètmcôn-^
iacrée , ne fûl-«oe que parles vefrs'fti a<mvent cités :
• Et pour être ajppronyésy
De semblables projets veulent éir(B aohevi«« i
. Cest le privilège des bons vers , 4'^ccréditer les.expitesF* siens qu'on y a si beuceusemen^eficaUr^s..
^^CZ^ Biais aoheifer des ;incy><;r<4i'«it.pas achever ^ 4^s desseins. «Un projet^ dit l'abbé. Girard .dans w^ Spmù'* )) nymeSf^eii. un plan ou mx arraugçi^ent de moyens pwr
DE LA LANGUE FRANÇAISE. 6r
» Vesécution d'un dessein; et un dessein est ce qti*dn veut » exécuienu Un prof es, corame ledit Voltaire dans une de tes remarques sur VHéraclius de Corneille , est médiié et arrélé; et nn dessein a quelque chose de plus vague : c'est ^ dirai- je » comme la première id^ du projei* On peut donc , à la rigueur, acheter un projet , parce qu'il peut être plus ou moins étendu ^ plus ou moins compliqué , suivant la na<tare et le nombre des moyens qu'il embrasse , et qu'on peut mettre plus on moins de temps à le combiner, à le mûrir, à le £iiire. Aussi Voltaire dit-il dans' une autre remarque sur la mime pièce, qu'on n^aèhêve point un désordre comme on achève un pro/ei, uoe affaire , un ouvrage* Kt notez bien ija'acàever un projes peut signifier Varréter définitive^ mena, et non pas V exécuter'^ car d'un projet achevé ^ ar^ rêté, à ce même projet exécuté ^ il y a souvent bien loin.
Mais comment achever un dessein^ qui peut bien sùivref ou précéder une combinaison , mais qui n'en est pas précisément une lui-même , et qu'on ne forme point par parties ni d'one manière successive , mais tout-à-1 a-fois et an ménie instant ) un dessein que l'on /ail bien moins encore qu'on ne le eonçoilT.^.* Achever^ d'après le Dictionnaire de l'Académie , c'est finir une chose commencée ; et un des^ sein ne peut pas élre uiiè chose simplement commencée ; on ne peut pas distinguer entre le commencement et la fin d'an dessein ; iiii dessein finit nécessairement en mêm^ temps qu'il commence ; il est toujours tout entier, ou' il n'est point du tout » et , sr onr peut le «iire ' médité i réfléchi, ce n'est pas précisément en lui-même, mais dans son objets dans les avantages, dans les înconvéniens «le Inexécution, «I dans les coikséq[aençes qui peuvent s'ensuivre.
Raciiie n'était donc pas plus fondé à achever des des-^ itins que Corneille kém conclure , -et Tawteur ^Andro^ ^a{fue n^aarait pasin^ns dû que l'auteur de Cinna, dire ^ensommcr, etiécitter, effectuer, et mivui encore peut-rêtroj nmpUrovL acûoinplir tles desseins^ Cessent U les termes ^e Voltaire , daiss- «on ^on).meiitai|'o sor Oornoille , indique
comme les pins propres^ et les deux derniers sont oeui qâ*il emploie lai-mème dans ces vers de WHenriade :
Mais il fallait d'an matire accomplir les desseins»
Chant !•',
Et courent dans Paris accomplir leurs desseins.
Chant IV.
Toi ^ de ee Dien jalons remplis les grands desse ins*
Chant V.
17 Sais-je pas que Taxile est une fime incertaine? Que Pamour le retient quand la crainte Tentralne ? Sais-je pas que , sans moi , fk timide valeur Succomberait bientôt aux rusés de sa sœur ?
UAb. d'Ol..«. Sais -Je pas, au lien de ne sais " ja pasl Vaogelas dit que œs deux manières de parler sont bonnes ; mais l'Académie , dans ses observations sur Vau-> gelas, traite de négligence , et même de faute , la suppression de l'nnedes négatives. Pour la prose , cela est incontestable ; pour les vers , c*est une licence dont aujourd*liui les oreilles délicates sont blessées , et que Racine , dans toutes ies tragédies , ne s'est permise que trois oii quatre fois*
L. B. Ppur l'exactitude , il faudrait, ne sais-fs pas ^ mais le poète supprime souvent la négation ne : ce qui donne en •ifet plus de vivacité au discours. Vangelaa autorise celte licence.
L. H. Voltaire et, tons les écrivains dramatiques Tont adoptée. Molière en avait fait usage dajis le comique. Tous ont senti qu'elle était favorable au dialogue.
2Q^ Je ne puis, comme M. de WaiUy, qu'être de l'avis» de l'ahbé d'Olivet. Je rapporterai, comme ee derM^e^». les paroles de Thomas Corneille , qui était lui-mém^ poète « et se connaissait en vers aussi bien qu'an .autre, a D'èler ici la 3) négative, dit-il , ce peut être une commodité pour les i> poètes ; mais ils doivent donner .un.tour aisé à leurs vers« » sans que ce soit aux dépens de la bonoacoostnictian». >j[
Je conçois «aies q«Q l'on pause » et que Ton doive mêmes dam cQcUina caa , fetraadker pus de la négation composée ^*il concourt à former avec ne ou non .* c'est qu'il n'est ^'nn accessoire de la négation , ot qu'on ne l'ajoute k ne^ ' oomme point ^ grain « gouue et autres noms de petits objets , que pofrr le renfAroer, et donner à l'expression plua. d'abondance» d'énergie et d*image. Unyen.apas, c*est-^. à-dire, il n'y en ^a la valeur ou la longutîur d'un pas, U traœ d'un pied. Il n'y en. a point , c'est-à-dire , il n'y en « la valeur ou la grosseur d'un poÎMt, la trace de la plus légère piqûre. Je n*en ai grain ni goutte , c'est-à-dire, je n'en ai pour la grosseur ou la valeur d'un grain de blé ou tvLoe goutte d'eau. Mais peut-on de liiérne retrancher ne, pour ne laisser que pas ? Peut- on sacrifier le mot qui cons* titne essentiellement la négation, au mot qui ne signifie qu'avec elle , et qui par lui seul n'est rien ?
18 PoQTY u qae ee graod ecBvr périsse ooblcmenC , Ce qui soitra sa mort le toaolie faiblement.
L.B. Le ccBur.est ici pour la personne de Porus* Nom n*aimons point un cœur ^ui périt , et encore moins la more d'un cœur. Cette, licence noms parait trop hardie*
L. H. Ce grand 4XMur est ici évidemment une espèce do dénomination , comme on dirait ce lièroê , oomme on dirait ce grand génie , et dè»4on il ne faut pas chercher les rap-^ ports propres au cœur , considéré en lui-même. $i Ton disait: <c Ce grand génie mourut en telle année d'une fluxion do » poitrine,» serait-on bien venu à observer que le génie n'a. point de fluxion de poitrinel Si. le commentateur avait étudié la théprie des figures de diction , il ne ferait pas des remarques si frivoles.
({^^ St la remarque du premier commentateur est frivole, la critique du second ne I*esl pas moins , ce me semble , sur-^ tout quant à l'exempte par lequel il prétend justifier celui do Racine. Est-ce qu'e^ «jSht od serait mal venu «H ne pas trouver adrtumWf^ wn jféaie . mort d^^ne flMxioa de po i tri ne ? J V.
voue qne, sans être puriste^ je me ferais scrupule d'employer cette expression, et que , si je la lisais quelque part, )è la regarderais au moins comme une inadvertance , mima- §inant que ce qu'on aurait voulu mettre ^ ceserait, ce grand komnte , et non , ee grand génie nie sais bien qu'en disant ee grand génie , on prend le génie pour la personne, et^que C^ëst comme si l'on disait : cet Iwmnte à grand génie ou* d*un grand génie ; mais c'est relativement aux choses «qui demandent ou supposent du génie /et non relativement aux' maladies , & la mort ou à la santé , que cette aorte de petson— jàification peut ôlre eifnployée bien à prbpos.
19 Et l'amoar dans leurs cours, interrompu/troublé. Sous le faiy des lauriers est bientôt accablé.
L. H. Un amour accablé ^çns le faix, de^ laurifirs est une image fausse qui ne présen.l;e.riçn à l'iip^giiiatiçn. ' ({C!^ L*amour personnifié , qu'on représenterait accablé sous des lauriers , ne serait point , ee me semble , tiné image fausse ! mais n'y a-t'-il pas de Tabsurdité à représenter ainsi «n amour interrompu ^ iroublédAn^déê cmurf ? Comment des lauriers peuvent-ils peser sur ^n ^ amour, qui n'e^t qu'pn amour abstrait et moral,* «que la passion même da Taraour? Le grand défaut de ces "v^fs^ 'suivaiit moi, c'est que l'un est en^opposition avec l'aiUre , le'est que le second établit nne personnification reponssiée 'd'avance par le pre-^ mter*
20 Kon , IKTadame , vaincu du pouvoir de vos cbarmes V Il suspend sojottrd'bui la terireur de ses larmes.
L. H., citant L« B. Il faudrait, suivant la règle, vdincu par le pouvoir; mais cette manière de parler est tolérée dans les vers.
G. F.f d'après L, Racine , qu'il ne citè'ponrtaQt pas. MàU lieibe a dit , L. III. Ode à Louis XIII u . , , -
Je aiiis vsineu du tuaps y ' . et la beauté de l'ironge a coA6a*CrS're^t)feSiibû-qfii','eil prbse;
semitane faut^ contre la langue. Mais Alexandre^ vaincu du pouifoir des charmes de Clëofile , ne présente qu'une idée petite et commune » et qoi par conséquent n*ezcnsd. point ta licence. Toutefois il est bon d'observer que ces tours diffërens de la prose , forment ce qu'on appelle la liingue poétique. Corneille et Racine sont pleins de ces heureuses libertés' qui n'appartiennent qu'au poète , et donnent de l'éclat aux vers.
{1^^ Boileau , Lafontaine , et Molière lui-même , en sont k peu mrès aussi pleins que Corneille et Racine , et il convenait de le dire. Boileau , s'il faut en croire Lofiis Racine » ré^ pétait souvent dans sa vieillesse le fameux hémistiche de Malherbe : Je suis vaincu du temps» Mais41 ne s'ensuit pourtant pas que cette expression ait passé dans le langage commun ; je croirais qu'elle est restée la propriété de celui qui l*a créée , et qu*il n'est permis de l'employer que par numière de citation ou de proverbe. C'est pourquoi Racine ne devait pas y ce me semble ^ Timiier sérieusement, comme il a fait, et pourquo^on vaincu du pouvoir de vos char» mei^ est absolument mauvais et inexcusable.
An reste, il est bon d'observer que de pour par, est quelquefois permis en prose comme en vers , et qu'il j est même , qui plus est , quelquefois de rigueur pour l'exactitude grammaticale. Par exemple, on ne dira pas aimé ,. chéri pariouC le monde , mais bien aimé , chéri de tout le monde» On ne dira pas les Juifs ont été punis par Dieu , mais bien les Juifs ont été punis de Dieu.
Ce qu'iln'est pas moins à propos d'observer, c'est que certains participes passif ne peuvent , même en vers , se construire avec de , sans qu'il en résulte un changement de sens ^ ou que la langue en soit plus ou moins blessée.
11 N'en doutes point , Seigneur , mon &me inquiétée D'une crainte si juste est sans cesse agitée.
1m a» d'Ol. Le poète dit encore dans Androma^ue : LaGr^e en ma faveur est trop inquiétée. *
Il fallait daas le premier exemple : mon âma ù et dans le second $ la Grèce û^i trop inifuiàie , où inveax 9* inquiète trop. Car ne oonfondons point éiro inquiet 9 être inquiété et s'inquiéter. Ce sont trois sens diffiérens. Eire inquiet t ne signifie qu'une certaine situation de l'âme , sans qu'on ait ëgard h la cause d'où cette silnation peut venir. Etre inquiété » renferme tout à^la-fois et l'idée de cette situation , et Tidëe d'une causé ëlrangère , d'où elle vient. Par s*inçuictery noa-seulenient nous eptendons quelle est la situation d'une Ame ^ mais aussi nous entendons que c'est cette âme qui agit sur elle-même. ^
([^^ L'abbë des Fontaines et Louis Raciife se dëdareat contre l'abbë d^Olivet ^ pour l'expression inquiétée; ilsvoAC jusqu'à la trouver poétique et belle, (c Qui ne sent pas , dît le » premier , qu'il s'agit ici d'une Ame inquiétée /;ar ,r^j pro" )> près réflexions ?yi «Ne dit-on pas dans la conversation > » dit le second : V^ous vous inquiétez trop ? Pourquoi )) donc ne dira-t-on pas 7 J^otre âme est trop inquiétée ? yi On sous-entend naturellement ^ iie ses réflexions» »
Luneau de Boisjermain est à peu jfiès du môme avis que l'abbé Desfontaines, et que Louis Racine: il ne trouve point que l'expression condamnée par d'Olivet soit rëpré» iiensible. Voici ce que Laharpe ajoute à cet avis pour le motiver : ce Sans doute , il y a généralement quelque diffé^ » rence entre inquiet et inquiétée Car on dirait un carac^ » tére inquiet j et non pas inquiété* Mais de ce^e ces deux^ » mots peuvent s'employer différemment j s'ensuit-il ^'iis >j ne puissent^ en bien des occasions, être synonymes ? Et que >^ l'on soit inquiet de Tobjet de son amour ^ ou inquiet^ » par Tamour , n'est-ce pas la même chose ? Cette rigueur » vétilleuse^ qui peut être utile dans les questions grammati— » cales 5 est très- déplacée dans les matières de goût et dans » l'examen du style. »
M.Geoffroy, ne s'attaquant qu'à l'abbé d'Olivet seul» et ne faisant me0ti«Ad'aucim des critiques quil'pnt|)réoédé, dît : » Il est vrai qu inquiété sigui&e truca4sé^ tourmenté.
DE LA LANGUE PïlANÇAISE/ 6^
» pounuM par quelqu'un , ou par quelque objet extërieurt i> infuiec signifie qu'on sHnquiéùê soi-même. Mais Tobser»* » vation est niinutievfle ; il ne faut pas gêner à ce point les 9 poètes.»
Noti , l'observation n*est pas du tout minutieuse , elle eit même très - importante , s'il est vrai k^ inquiété signifie tracoisè^tQunnenté^ poursuivi par quelque objet extërieur^ et ^inquiet, au contraire > signifie qu'on %* inquiète soi-^ même: car les deux significations sont assurément beaucoup trop difFërentes pour qu'on puisse les confondre, et le poète n'est pas pins en droit que le prosateur, de prendre a son gréTuoe pour l'autre « parce que la langue qst, quant au sens des mots , la même pour tous les deux« Or inquiété et s /sfiiet signifient en effet respectivement ce que leur fait signi« fier ce commentateur si peu d'accord avec lui-même , et qui tire des conséquences toutes contraires à 5e^ principes. i/s«^ (fuîety comme simple adjectif , annonce l'inquiétude , non comme l'action d'une telle cause sur l'âme , mais comme une sorte d'état de Vàme , sinon habituel , du moins actuel , quelle qu'eu soit la cause; inquiété , au contraire, comme participe passif, annonce nécessairement l'action d'une cause étrangère, et fait entendre que l'inquiétude vient de dehors. Aussi ne pent-il jamais se dire seul , comme inquiet, et Èut-il nécessairement ajouter par qui ou pourquoi l'on est iafiiété. Vainement Desfontaines et Louis Racine prétendent-ils qu'en certains cas , et ici particulièrement , après i^uiété, on sous* entend naturellement /yisr ses réflexions : on ne sous-entend rien , s'il n'y a déjà rien eu d'exprimé; maifl on demande par qui ou par quoi inquiété , et il ne ^ient pas même dans l'idée que ce soient les réflexions ou les pensées qui inquiètent. Où Louis Racine a-t-il trouvé que '^otre âme est trop inquiétée^ vueille dire la même chose que vous vous inquiétez trop 7 II est trop visible que dans votre àme est trop inquiétée, l*âme est passive à l'égard de l'inquiétude , et la reçoit de quelque chose qui n'est pas elle, et que dans vous "vous inquiétez irop ^ c'est Tânic qui agit' sur
elle-même , et se donne Uinqaîëtude qa*elle éprouve. M. de Lidharpe lui*-méme parle-t-il d'une manière plus juste , en voulant qn^inçuiec de l'objet de ion amours et in^uieié par l'amour^ ce soit la même chose 7— Et quand ce serait la même chose , que s'ensuivrait-il ici ?•..
aa Vous les Terres plantés jtisqae sur vos tranchées » Et de sang et de moru Yos campagnes joncliées.
L. Q. M« Tabbé d'OIivet désapprouve des campagne* jonchées de sang ^ et il a raison. Racine, selon sa manière ordinaire , a pensé que l'expression dé campagnes jonchées de sang , qui ne peut se dire , pouvait passer avec celle de campagnes jonchées de morts ^ dont on se sert quelquefois.
L. H. Il ne suffisait pas de donner raison à l'abbë d'Olivet sur l'eipression de campagnes jonchées de sang, qui en elle-même est effectivement impropre , ni d'ajouter que Bacine , suivant sa manière ordinaire , a cru qu'en joignant ensemble le sang el les moris, l'un pouvait faire passer rautrew Cette manière ordinaire de Racine eat en effet un artifice de style » connu de tous les grands écrivains » et fort heureusement employé par celai de tous nos poètes» à qui nous devons le plus de tournures favorables à la précision , à la rapidité » à l'énergie. Non-seulement on dit quelquefois des campagnes jonchées de morts , mais c'est une phrase généralement reçue , même dans le style historique. C'est aussi un principe reçu en fait de diction, qu'en plaçant le plus près du verbe le régime qui li^i confient le mieux, on peut faire passer à sa suite un autre régq[^e à la faveur de l'analogie , non pas tant avec le verbe qu'avec le régime le plus prochain. C'est donc le rapport du sang avec les morts, ^t le rapport des morts avec les campagnes jonchées ; c'est la réunion de ces deux rapports et l'ordre des deux régimes qui fait que la phnise n'a rien de répréhensible , et qui légitime cette licence de style dont nous verrons dans Racine des exemples Bien plus frappans.
f;^ Est-on curieux de savoir ce que M. Geoffroy , venant «après Liiiharpei a dit sur le même sujet? On verra que du moins
il D*a pas éié long. <c Des campagnes^ (iit-3 9 Ae penvenl pas » être jonchées de sang , comme l'observe d*Oliyet ; mais » dles peuvent hite jonchées de moru. Ce terme , qui est D oonvenable , couvre l'impropriëlé de l'autre. Lorsqu'A- }} chille dit dans Iphigéniâ :
Si de sang et de morts le ciel est afTsmé ,
V personne ne s'avise de remarquer qu'on ne peut pas être » affame de sang» » Gela peut être vrai : maii vrai ou non » c'est justifier un exemple par un autre exemple semblable « €l^par conséquent, le justifier par lai-méme« Laharpe avait donné et développé les seules boones raisons , et il ne fallait pas craindre de les reproduire*
s$ Voos savez son dessein sclioisisMa anjonrd^huî Si voos voulei tout perdre oa tout teoir de lui«
L. H. Cette pbrasO n'est pas grammaticalement exacte. La règle demandait qœ l*on dit : choisissez de iouù perdre ou de tout ienipt etc. ; ou bien *, décidez si vous vouiez toai perdre , ecc. ; mais l'usage a autorisé cette coiistruclion comme tant d'autres , à la faveur de Téllipse que tout le monde entend. Choisissez si vous voulez rester ici on venir a9ec moi. On sou^entend dénonciation du choix : Choisissez , es dites si vous -vouiez , eic.
{3^ Est* il bien certain que l'usage ait autorisé cette construction ? Je doute qu'un homme accoutumé k bien parler se la permit dans la conversation la plus libre* Pourquoi j aurait-il une ellipse^ suppléer entre choisissez eisi, plutôt qu'entre examinez , 'ùoyet , ou décidez , et cette même conjonction • Il me semble plus naturel de croire que Racine a entendu prendre le premier verbe dans le sens de IW de ces trois derniers. Or c'est ce qu'il n'eût pas fait , je pense , avec un peu de réflexion. Il se fât afierçu que l'action de choisir excluant l'incertitude , le doute , et supposant une délibération ^ùa examen préalable , ce verbe ne pouvait sullemeut se concilier avec la conjonction même de la déli-* bération j du doute*
94 Qae Tient oberche? ici le Roi qui vous eoToie ?
Quel est ce grand secoure que son bras niavm ootrole ?
L« B. Octroyer n^e^t guère en tisage , comme le remarqué le Diciionnaire de l* Académie ^ qu*en -style de ehaneel* Jerie et de finance ; mais il ne choque point ici.
L. H. Je ne puis assurai; s'il choqua ou boa ; mai<ce qui est sûr , c'est que ce mot , entièrement ideilli ^ n'a poi.nt reparu depuis lôngf- temps dans le style soiatenu. Il n'est pas ilatteur pour l'oreille ^ et s'est trop naturalise dans la chi-cane pour n'être pas dëcreditë en poésie. tx)uis Racine prétend qa il a ici une grâce que n* aurait. pas un autre mot* Sans doute» il n'est pas aisé de rendre raison de \9^ grâce ; ' mais j'avoue que je ne laiscns pas, et je sens, au contraire, que ce mot en aurait beaucoup dans le plaidoyer del'sWiifi^^ ce qui me fait douter qu^il en ai?t ici.
I (IC^M. Geoffroy, qui,, non sans le, savoir sans doutfe^ mais sans en avertir son ^^euf 1 se fiait Vécho det Louis Racine , dit aussi t^xC qcpvjAr , pour acçQ9fden^ tsA'di&siylade lettres-patentes plutôt que du style poiéU<|Uie>; ipaiA^wparv la manière dont il est placé, ici , loin da diôqucri,. il a Isu grâce d'un terme nouveau s^uis à la Uagtle proétîque^ Mftîsi j'avoue , comme M. de la^ Harpç ,. que je ne. s^s^ fats beaueoupi cetie grâce ; et supposé f^*0fitrQyer n« dloqiAe.pas alMo^A-. meut par lui-même' y.ei À« lai place où iJ est )' il choquq toujours assez , ce mc! semblés par le sujet auifuel oaaHribtt^) i .'action, qu'il e^prim^. V^ 6r(hs porte du secours , et il ne> Voctroie pas : c'est U pevsonnf' même, ou sa, bonté 5. «1 fa** v^ur, son amitié 9 <^(c. , qui HoctraiCn II est vrai que Ara* Cifft ici au %ui;é : nxsi\^^as , a^.figucé ^ s^pifie^^^œ, puis-^ à/ince , ou même SAQoitr.s , et je ne vois j^s qua dans aucuo <te ces sens il puisse bien aller avec octroyer'- d'abord , il serait par trop absurde que- le secoum- ooUroyà$ , et qu'il octroyât unseconrs* Quant à la force et à la puissance , elles font, elles opèrent,, agissent, exécutent.», plutôt qu'ellesxCoctroient, n'accordent > oe concèdent «ou n'aatorbent.
DE LA LAKeUE FRANÇAISE. 71
éS Quelle étrange valeur qoi , ne cherohant qu'à nnire , Embr&se tout sitôt qa'eHe commenoe à luire ?
L. B*. Boileau , dit Louis Racine , vantait l>eau<toup ce portrait d'Alexandre : ce II est , disait-il , de la main d'un 39 poète hëroïqne y et celui que j'ai fait est de la maio d'uOi » poète satirique» »
S^eii alla foUenent , et oro^rsnt être un Dieu , Couvai Gomne un baïkdir qui n'a ni feu ni lieck
L. H. Sans doute » en buant ce morceau ^ Desj^rëaux en» eiceptait ce vers i
Mmhré^ tootsitâ^ quMre eomxn^nee k luire.
n est très-dëfectueux par deux raisons :. une valeur qui lniVestune très-mauvaise expression • Quoiqu'on dise très~ bien qu'une valeur a brillé , on ne Saurait dire quelle a lui ; cenime un styte briltant n*est pas un style tîâsanU- Luire ne se dit guère que d^an ëclat physique > ou de ce qurpeutB^ rapporter ^^ De plus>une valeur ^\ embrase dèif ^l'eUèluif, est une petite idëe , un rapprochement frivole^ une espèce de jeu de mots peu digne dix style tragique..
jl^^ Le vers est défectueux , point de doute , et je n'ai^ garde de vouloir le justifier «. Mais le commentateur n'a-t-ilr pas cru mal-à-propos que Bacine avait pris ici luire pour synonyme de bailler ? Il l'a pris dans le sens de paraître, da M montrer , et il a voulu dire que la valeur d* Alexandre embrase tout, met tout en fou en se montranf^ ou eo. d'autres termes , ïj^ Ai^xaridre ^ en se montrant ^ me^ tout en Jeu par sa valeur*. Le verbe cominenoer qui pré* cède luire , ne laisse point dé doute sur cetie intention de l'auteur ; il en laisse d'autant moins q^e briller ^ à la place de luire , serait ici absurde^ et ferait entendre bien mal-àpropos , ou que la valeuv d'Alexsfndre ne brillait pas toujours^ ttu qu'elle brillait alors pour la première fois. D'ailleurs y le Dictionnaire de Trévoux dit expressément que luire peut se
7a ETUDES
preodre ipour paraître ^ei ces deux vers de Boilcau^ qu'il die; en fournissent en effet un exemple :
Sitôt qu'an mot plaisant vient luire à mon esprit , , Je n'ai point de repos qu*U ne soil en écrit.
Du reste , la distinction que fait le commentateur entra luire et briller, est parfaitement juste. Il y a entVe ces deux verbes la même différence qu'entre les deux nofUs qui j corres|)ondent ; c'est-à-dire ^ qu'entre luetir et éclat. La lueur ^ d'après Roubaud, est une lumière faible et légère» un commencement de clarté , un rayon ; et tout son secours ie borne à faire apercevoir et découvrir les objets : Véclat » au contraire, est une très -forte et très^briliante lumière , une clarté aussi abondante que vive ; il fait voir facilement et parfaitement les objets, mais quelquefois en affectant trop fortement la vue. La lueur perce à travers les ténèbres^ et les ombres disparaissent devant V éclat.
t6 • . . Ses sacrilèges mains ,
DessoQS un même joug rangent tous les humains.
L'Ab» d'Ol. hniteioiA dessous 9 dessus, dedans^ étaient prépositions aussi bien qu'adverbes. Vangelas les souffre ea*core dans les vers , comme prépositions. Mais aujourd'hui la poésie se pique d'être à cet égard aussi exacte que la prose»
Bacan , comme nous apprenons de Ménage , disait que Malherbe se blâmait d'avoir écrit dessus mes volontés , au Heu de sur mes volontés. Ainsi la différence qu'aujourd'hui nous mettoiia tous ici , a été sentie depuis long' temps ; et Bacine n'a manqué a l'observer que dans ce seul endroit.
2^^ L'abbé Desfontaines, sans doute pour contredire l'abbé d'Olivet , ne condamne^rait pas en veirs le mot dessus employé comme préposition. Sa raison est que la poésie exige des libertés , et qu'elle ne doit pas suivre aussi exactement que la prose , les changemens que le caprice fait dans le langage. Mais quand la poésie a , comme d'elle-même , renoncé à certaines libertés , et adopté certains changemens ^ on peut croire que. ces libertés lui étaient inutiles j et ces cb a p geme n s nécessaires. .
DE LA LANGUE F,R ANC AI SE. jS
vj C'est ce qui l'arrachant du aein de aea états > An trône de Cyrus lui fait porter ses pas ; Et du plus ferme equpire ébranlant les colonnes ^ Attaquer , conquérir , et rendre les couronnes.
L'Ab* d'OL On est d'abord teolé de croire que ces deux gérondifs « arrachant ^ ébranlant y se rappc ' ^ot au même substantif \ et cela ^ effectivement , devrait ètrt insi pour la oetleté du discours» Cependant il est certain que le premier se rapporte à la gloire , qui arrache Alexandre du sein de /e/ étau : au lieu que le second est dit d'Alexandre luimême» qui ébranle les colennes du plus ferme empire* Il est bien vrai que la force du sens empêche qu'on s'y puisse méprendre » si l'on veut y donner attention ; mais» pour ne point être à la merci de nos lecteurs , suivons l'avis de Quin* tilien ^ et faisons en sorte » non-seulement qu'on nous en-* tende , mais qu'on ne puisse pas même , le voulut-on 9 ne pas nous entendre^
fi^ Desfonlaines prend encore ici , contre d'Olivet , le parti de Racine » et ne conçoit pas comment l'on peut trouver qaelqoefhose à reprendre dans ces quatre beaux vers » dont la construction lui semblerait régulière , même en prose. Mais Luneau et Labarpe tiennent pour d'Olivet » en appelant VAïteiois participes ^ ce qu'il appelle si mal-à-propos ^0* rondifo.
Le gérondif français , que tous les grammairiens ne recon<« naissent pas, consiste dans le participe actif précédé de la proposition en^ exprimée ou so us-en tendue : en allant ^ en faisant ; il allait courant* Or je ne crois pas que cette préposition doive se suppléer dans les vers de Bacine, devant arrachant, ni devant ébranlant \ parce que le premier n'exprime ni la manière ni le moyen de porter les pas au trône de Cynis ; et le second » ni la inanière ni le moyen à* attaquer g de conquérir ou de rendre les couronnés •
s8 Je vais les exciter par un dernier effort.
Après, dans votre camp j'attendrai votre sort.
L* B* Après pour ensuite est trop d<i style de la coQver-
sation ; alors on ne distinguait point assez le langage fansi-^ lier d*aveG un langage plus seleTë»
L. H. Cette assertion est beaucoup trop absolue et trop générale : elle n'est ainsi applicable qu'aux auteurs qui ont précédé Corneille. Ce grand hoftime Ait le premier qui conniii la noblesse du style tragique , et qui en donna ieâ modèles* Assurément il y a loin du style de Cinna an langage fami-tien Cependant il en laissa subsister encore des tracés assez, fréquentes dans ses meilleures pièces^ pai^ qu'il avait moins de goût que de génie ^ et parce qu^iî n'est pa^ donné atr même hbmme de créer et de perfectionner. Ccst à Racine qu'il était réservé d'atteindre à la perfection du style tragique, et les locutions familières sont déjà rares dans son Alexandre , et ne reparaissent plus chez lui dej^uis Aiidn>maque^
({^jj^ Ou si elles y reparaissent » c'est bien rarement , et alors elles sont le plus souvent ennoblies par la circonstance.
'%% Et si Pon* TOUS croyait, le soîit^?oiii< travaille , Voas k fisrait olMColieK jatqm'aa cham^ de bataille;
6. F. Travaille , dans ce* senar, n^eM plus une eipMssion« en usage. Il faudrait pieut-ètre la permettre à la poésie , et peut-être la conserver h la prose,' puisque Racine s'en e^l s^rvi plusieut9 fbi^ dani cette tragédie.
Ke laisses point languir l'ardeur qai toos travaille.
(Acte IV, se. 4. }
Mais ^'.li sa prévenir le soin qui te travaiUe,
( Aate.V , sc« 3.)
La nécessité de rimer à: haiaitle pèujr avoir influé sur l'emploi que Racine a fait de cette expression. . ((^^ Ce n'est pas prouver en faveilr de l'expression ^ que àe dire qu'elle peut avoir été employée pour le besoin de la rime* Il ne fallait donc pas chercher à la faire valoir par le fréquent eipploi que Racine en fait dans. cette pièce , et il ne fallait pas fonder sur ce fréquent emploi le regret de ne la voir plus en usage» au moins en poésie. Louis Racine
da moànsa «UtaaBscoQteacKctiaiietsaas inc^ns^éqpieaee^: c< Le » /ctf» ^ui «ottT crmçaillé' se dii ev ver». Mais l*ardàur » 4fui vous travaille a quelque ohose qui choque* )>
LnaeuQ et Laherpe dennent te Sùin^ ^ni ifotts travaille ^ po«ir o&e expression suranné. Ib ae disent ^îen de l* ardeur ^ «peKT tHt^aiUe. Mais on ne prendra pas, sans-dDuie, leursiteBoe pour une a{>proba^*eo« Raeîne lui-même, au ivste, ne aembhM-il pa9 avoir condamné ces sortes d'exprès^ sa» en ne le» employant plus dans les. pièeès qui ont suivi Alexandre? *.
Cependant tOQt ceci ne doit, je crois^ s'efateridre à la rigueur que duslyle soutenu et ëtevë : car ît paraît, d*âprès le DictioD'naire mémedePAcad^mie, que^/'ai^A//iWrpour/oj/r/n^/i/tfri causer de la peirte, peut se dire toujours daiis le style 6iniilier Y comme dans ce» sortes derphraaes : Cette fièvre fafirt traçaîllé ; /'ai eu nis senge ^ni vn'a tpmfraiMé teute la nafA«KoilaeîadiidanA sa satyre X^alu parlant' du dîrectenr4o la iMgQtle absAre s .
Qaelqne Mger dëgoiikt Tient-il ï^ travailler^ «
Udc froide vapeur le faitrclle bâiller , tJn esoadron coiffé d'abord court à soii aide.
3b Ce n'est pM qaé-son Bra», <iâ»pUfiftat l»TieCoii« , M*ea ait aux ennamis wiiaaglaïaé U: gipieti •
l), H. EnsOfif^cknter fa ghire est une expression hevirears<Hn9nt Ii^dia ;. «maia Racine», le poète l^^pln^ har^i ^diMis. i«x|>ressîw?(<» qu'on ne .s^it peut- coinjqmn^ejit), TcisL^ns , cettfjJifasadÇ'Asw^ Wii^Dim^f et la spoc^ndeiine parait pour , U moine trài^î^^sàrd^». Ensangl^tuer la. gloire à qudU . qu'un n'est pas plus correct que la riçugfre sjçtaglanle à* •„ • Car easamglUk^t^r et rendre sanglant 9oa^ la. mémo cjiiose , et sar^lan^ est un adjjoctif dlua sens i^t^splpi, , qui par luilaème ne peut être suivi d'aucune préposition*. Ceat un. de cQiUtiaisnies q^e Racine ain^ait.à es^ay^r dao^ notre langue» H le plus aou^eal^.U y. a réussi* Ojql dicait ël^gainmeui en
latin 9 emeniam hosiiius viaoriam ejfêcit : mais trarhiiraic-on bien : il rendii à l* ennemi la victoire sanglanie ? J*avoue que je ne le risquerais pas.
{|^3^ Bnsang/anier une gloire ne me paraîtrait pas plna htLTâlqQ*ensanglaMter un régne, qui se ditiasses commu-^ aëment. Mais ce qui est hardi et iioliveau « c'est ensak'^ glanur aux ennemie la gloire delà vicioirem Or , si cette hardiesse n*est pas heureuse , on y reconnaitra du moins une précision et une énergie dont manque absolument le tour » rendre la victoire sanglante aux ennemis* Peut-être cette précision et cette énergie couvrent^elles ce . qu'il pourrait y avoir d'incorrect. D'ailleurs serait- il impossible que la préposition à fût pour lapréposion pour? Ensanglanter aux ennemis, àesl-^Xr^ive pour les ennemis^
' 5i mais enfin contré moi se Ttillance irritée Avee trop de ehaiear s'était préeipitée.
L. B. Le mot de vaillance ^a vieilli : 6a aurait dâ le conserver. Plus une langue est abondante ep termes , plus elle est riche.
L. H. Plus une langue est abondante en termes > plus elle est riche, est une de ces vérités que personne ne s'avisera de nier , non plus que cclle-d : Plus un homme e^ d'argent, plus il esc riche. Mais si le coounéntatèur porte ici la simplicité un peu loin , en revanche il pousse la hardiesse du paradoxe à un excès qui n'a guère d'exemple. Dans quel temps a pu vieillir lé mot vaillance ? C'est peut-ètre un des mots qu'on trouve ie plus souvent en vers dans tous les sujets héroïques» H est assez extraordinaire deréunir en deux lignes ce que les grammairiens appellent le style niais ^ et une fausseté si gratuite et si évidente^ qu'on
peut l'appeler une rêverie.
(^^ Si Limean eût dit que le mot de vaillance a vieilli dans le style commun , on n'eût pu lui donner un tel dé« menti , ni une' telle mortification. Ce mot , d'après le Dictionnaire même de l'Académie « n'est plus guère d'usage que dans la poésie et dans le stylé soutenu. Girard et Beausée
semblent même le supposer tout-à*£ait hors <l*asage , puisqu'ils n'en font aucune mention dans leurs synonymes , k côté des xaotBvaleury courage et bravour», Roubaud observe , d'apr&s la Bruyère » que valeur aurait dû nous conserver valeureux 'f belle épilhètej'qne le grand Bossuet ne craint pas d'appliquer au grand Cpndë , et il ajoute : ce Vailr' x> lant aurait dû de même nous conserver vaillance 3 beau » mot qui ne s'emploie guère ^ comme valeur^ que dans la » poésie. » Voici , au reste , en quoi les mots valeur et vaillance lui juiraissent différer Tun de l'aulre. « La 9ail^ » lance , dit-il , est la vertu ou la force courageuse qui » règne dans le coeur , et qui constitue l'homme esseutiel- » lement vaiilani : <la valeur est cette vertu qui se déploie j) avec éclat dans roccasioB de s'exercer^ et qui rend l'homme » valeureux dans les combats*... La vaillance annonce la y> grandeur du courage , et la valeur , la grandeur des exh ploits. La vaillance ordonne , et la valeur exécuta* La D vaillance est à la valeur ce que la puissance est au pou-* 7} voin Le héros a une haute vaillance , et fait des pro« » diges de valeur^, »
Ne serait-ce pas ânerie , plut6t que rizerie , que M« do laharpe a voulu dire à la fin de sa remarque ?
3s Npn , non , je ne sais point vendre mon tmitié ^ Caresser on tyran , et régner par pitié.