L. H. Régner par pitié est ici à contre-sens. Axiane vent
dire qu'elle ne devra point son trône à la pitié » et régner
par pitié signifie consentir par piHé à régner. Remarque^
que cette expression » bien placée dans son vrai sens y serait
une alliance de mots vraiment sublime si , par exemple ^ il
s^agissait d'un grand homme qui , n'ayant aucune ambition »
consentirait à régner pour faire le bonheur d'un peuple qui
aurait besoin de ses vertus.
33 J'espère qa' Alexandre , amoareox de sa gloire g Eifàcbé que tooerime ait soaillé sa vioioire^ S^en iatera hientèt par ton propre trépas.
L. B. On ne se lave point d'na crs/ise par un trépas: dans ton trépas eût été plus juste.
L. H» La remarque serait juste s'il y avâft lacera tort crime par ton trépas , parce qa'alorâr il y aurait une métaphore , et qu^olle sernit fausse , puisque le irépat 71e peut lacer. Mais le critique» qui ne sait pas la diflFërence d'une métaphore à un trope, ne s'est pas aperça que se taçer est pris ici fièrement pour se îustifier , et qu'il n'y a point de trope plus familier dans \e langage , que celui-là. Ne dit*on pas tous les ^urs , il se lacera de cette aceusatioFt par s a conduite 9 par ses écrits ^ etc.? Et cette phrase est trés^correcte , comme le vers de Racine , qnoiqu'èn effet la conduite et les écrits ne Inyent pas p\uB que le trépas»
G. F« La pensée est belle , mais le style manque de netteté et de correction. S^e/i lavera bientôt: de quoi se lavera«t-il ? Suivant les règles de la construclion , c'est de sa victoire , substantif qui précède immédia lenient le verbe se laver par le trépas : l'union des vaois' laver e\ trépas forme une figure incohérente*
(f;^ H y a bien un certain défaut dans la construction; mab il n'en résulte point d'obscurité pour le sens: car ou peut avoir h se laver d'un crime , ei jamais d'une victoire ni d'une gloire. Y a-t-il incohérence entre se laver et par le trépas ? Non , si en effet , comme le veut Laharpe , se laver est pris ici dans le sens de se justifier , de se purger. Or c'est bien sûrement dans àe sens-là qu'il est pris : et ce fui le prouve , c'est l'emploi de par au lieu de dans ; ce qui le pi*ouve, c'est que se laver d'un crime g pour s*en justifier ^ est une expression toute consacrée par l'usage commun et ordinaire. Et voilà pourquoi j sans doute 3 Laharpe ne regarde plus celte expression comme une métaphore , quoiqu'elle en ait été nécessairement une dans le principe. Mais on ne sait pas trop pourquoi Laharpe distingue entre une métaphore et un trope* Tout trope n'est pas une meta-phore'y mais toute métaphore est un trope» Passe encore s'il eût distingué plusieurs espèces de métaphores*
DE LA LARGUE FflANÇAISE. f^
84 O^«borfl c« j«es€ éclat ^^on remarie en s«8 traits , M'a aemblé démentir le nombre de ses faits.
L. H. Ses/aiuntfOBâ. gaareeniverdans la peésie noble; sans vine épilhète qai le relève* Le Jeune 'éclat est une de oes ëpithètes hardiment métonymiques, toujours si heureuses dans Racine et Desprëaux , et dans les bons poètes. Il était digne de IHgnorance orgueilleuse de notre siècle , de prèner la fréquence et l'abus de cette figure comme une noaveuiié » comme une découverte ^ comme le cachet du génie : c'est le cachet de Ronsard ^ de Dubartas , de Brèbeuf, ie Saiot-Amand » de Lemoiùe , de tons les rhéteurs am-* poules qui ont été de mauvais poètes , et qui ont eu , do nos jours, tant de dignea^ancoesseurs. Racine et Boileau apprirent les premiers aux bons poètes à être sobres de ces figures hasardenes , à en restreindre et régler l'emploi , aussi difficile et aussi digne d'éloges quand il est juste et modéré , que facile et digne de mépris qu^nd il est prodigué an hasard.
{^ Scudén avait dit de ce vers du Cid: ' &DIM tOM ees amsBs dent la feime ferrevr,
que c^était parler français en allemand » que de donner de U jeunesse à la ferveur; mais Voltaire , avec l'Académie^ ne réprouve que le mot de ferveur , admis seulement dans le langage de la dévotion , et il approuve l'épithète de jeune* Ainsi il aurait admis sans doute, la jeune ardeur, Ia Jeune fiamme ; et probablement il n'aurait point condamné ici e^ jeune ééOkn fu *om mmoffue e» ses train. Ce grand éelat est ifwi94mi éclat j fw cet air irillant de Jeunesse.
M« de la Harpe dit l'épithète /^«/tff hardiment métonfmi-^ fue^ et elle l'est en effet. Mais il nv faudrait pas en. conclure que c'est i)ne véritc^le métonymie', c'est une de cea méta^oiiesbardiesj que quelquei-uns appellent A//Fa//a^e^. La métonymie proprement dite est la substitution d'un 90a à 1^ autre nom , et ne peut avoir lieu dans les adjectifs»
Quant au moi faits , pour exploits militaires, pour ac- Ûw héjreiij^ueiy , le piqtionnau'e de Trévoux en cite dos
exemples où il n'est accompagné d'aucune ëpilhète^ enlro autres, celui-ci de Sarrasin :
Ta chantes haatement Uêfaiis de nos l^erriers.
Et Boileau lui-même l'emploie de la sorte dans ces vers de sa troisième ëpitre au Roi :
Et moi y sur ce sajet^ loin d'exercer ma plame^ ^ J'amasse de tes faits le pénible yolame.
De même que dans ceux-ci de son ëpitre à son jardinier :
Mais non, ta te soaTÎens qu'au village on t'a dit Que ton maître est nommé pour coucher par écrit Les faits d'un Roi plus grand en sagesse , en vaillance ^ Que Charlemagne aidé des quatre ^airs de France.
J.*B. Rousseau 9 dans son Ode sur la mort du prince de Conli :
Pour qui compte les faits ^ les ans du jeune Achille L'égalent à ^lestor.
Hais l'Acailëmie , cependant, ne cite ce mot qu'avec une ^ithète : Les hauts faits , les beaux faUs d* armes ; et il semble, eh effet, qu'il ne doit jamais aller seul. Le temps, dit ailleurs le même poète lyrique ,
A peine du sein des ténèbres.
Fait éclore les faits célèbres y Qu'il les replonge dans la nuit.
55 Et quand vous le voudres, vos bontés à leur tonr. Dans les cœurs les plus durs inspireront l'amour.
Louis Racine. On ne dit pas ' ordinairement , inspirer dans , et la critique de M. d'Olivet est juste. Cependant il était si aise de tourner autrement le vers , même aux cœurs les plus durs y que l'auteur a sans doute approuve dans.
L. B« Selon la Grammaire, il faudrait en prose, aux cœurs les plus durs ; mais cette licence peut être tolërée ea vers....