L. H. Voilà do ces vers qui se gravent d'eux-mêmes dans
Ta mëmoira de tous ceux qui les ont lus et enfeodas* Lé cœur les a faits, et le cœor les retient» Il y en a une foule de œ genre dans le r6le d'Andromaque :
TJo enfant malheoreaz qai ne sait pas encor
Qne Pyrrbiis est son mattrc , et qu*il est fils d^Hector.
Et moB fils avee moi n*appfendra qn'k pleurer.
Hélas I il ipourra donc. Il n'a pour sa défense Que les pleurs dç sa mère , et que son innooeoce.
Et quelquefois aussi parle-lui de sa mère , etc.
An reste » il ne faut pas croire que des vers de ce genre ^ quoique dénués de presque tous lés or nemens poétiques , soient plas aises à faire que d'autres. La perfection de ce style est peut-être plus difficile encore que celle du style passionné. Geini*ci a toutes les ressources interdites à ce-» lai-l y et Ton a beaucoup plus rarement approché du rôle d'Andromaque que de celui d'Hermione. Je ne connais guère que V^taire qui , dans Mérùpe et Zaïre , ait soutenu cette dictioii dont tout le charme serait détruit si Tart y pa*raissait un m^meii^ Songez qu'il ne faut rien alors au-delà lie rélégance , mais que cette élégance snéme doit paraître n*avoir rien coûté ; qu'il faut que le vers ait sa cadence et sa douceur, sans que la phrase semble plus travaillée que la prose soutenue, et qne les mots, en s'arraagesuit comme d'eux-mêmes pour former un vers bien fait , ne laissent dans l'oreille que le nombre qui les fait retenir , daés Tâme que le sentiment qui l^émeut , sans que Tesprit remarque jamais rien qui le fasse souvenir du poète. C'est le comble de l'art , et des bommes méiHocres ont réussi, jusqu'à un certain point, dans les rôles passionnés*
18 'Hélaal ou ne craint point qu'il TCiige uo jour son père| On craint qu'il u'cssuyàt les larmes de sa mère.
L* H. QuUl n* essuyai est \ertaineiueat un solécisme»
.Ar:
js« ÉTUDES
Cependant observes qu'après le verbe on crainl, qui exprime . rinoertilude^ l'imparfait du subionclif est beaucoup moins choquant.
({I^^ Que n^essnyàt soit un vrai solécisme » je ne le vois pas très*(;lairement, je Tavoue. Ne dirait-on pas très-bien r On doute qu*il essuyât ; on ne doute point qu'il n^essuyâil Et ne dirait-on pas très^bien- également : On ne pense pas , on ne croit pas qu'iV essuyai ? parce qu'oi» ne pense pas ^ on ne croit pas , expriment Tinoeftitude» Pourquoi donc ne dirait-on pas aussi : On ne craint point qu'il essuyât ; ou bien » au contraire , on craint qu'i7 n'essuyât*^ Il y^ dans tous ces cas-là, avec l'imparfait du subjonctif , une condition d'exprimée ou de sous-en tendue. Elle est ici sous^-entendue » et c'est : S'ilwpais, ou Ji on le laissait vivre* El ce qui ne paraîtra pas une circonstance du tout indifférente » c'est quo la personne qui parle semble croire , si je ne me trompe, que la condition ne sera pas remplie. Ce qui peut étonner , c'est que Racine ait mis le présent du subjonctif dans le premier vers, et l'imparfait <ians le second ; qu'il ait dit d'abord I on ne craint point ^*il venge , et puis , on craint 4fu* Un* essuyât» Pourquoi, le cas étant toujours le même ^ n'a-t-il pas employé toujours le même ^pnpSf ou le présent, ou l'imparfait ? S'il a eu pour cela quelque autre raison que la contrainte de la mesure , je suis loin de la deviner. Remai>quons , en passant , qn'il s'est conformé à la règle , en ne mettant point>/i^ après le ^ue de ne pas craindre , et en le mettant après le çue de craindre,
19 Captive , toujours triste , importune à moî-méme , ^ Poaveft-vous souliaiter qu'Andromaque vooe aime? ^
L. B. Captive , qui se rapporte à Andromaque , parait être le nominatif de vous , qui se rapporte à Pyrrhus. Celle eonstruction n'est pas fort exacte aux yeux des grammairiens ; mais elle a de la grftce aux yeux des poètes.
L. H* Cette construction n'est point en elle - mémo incxacle, à moins que rabiatif absolu et l'ellipse ne soient
interdits à notre langue , et heureusement elle comporte Tuti et l'autre. Ce qu'il importait d'observer, c'est que nous devons principalement à Racine l'usage de cette espèce d'ablatif absolu > accompagne de l'ellipse , et si favorable k la rapidité et à la facilite des constructions. Captive , toujours triste , etc. > suppose moi èiani captive , etc. ; et comme tout le monde le supplée, et que cette construction est française» la phrase en devient plus vive, plus animée, sans ccsaer d'être claire et correcte. Racine le fils la trouve irr^galiére ; j'avoue qu'elle ne me le paraît pas : c'est aux gramnairiens h. décider. Ce qui est sur, c'est que les exemples de ces phrases sont fréquens , non-seulement dans les tragédies de Racine , comme le dit son fils , mais dans les vers de tous nos bons poètes , et même dans la prose soutenue. Ces tours heureux sont aujourd'hui naturalises dans notre languOi qui en avait besoin.
6. F. La construction n'est pas conforme à la syntaxe. Ces irrégularités de Racine ressemblent aux contours irrégu- Uers du Gorrège ; elles sont couvertes par la grâce : ce sont des incorrections qui valent mieux que la correction la plus Bévère, et ri n'est ^donné qu'au génie de faire de pareilles fautes.
(^^ Comment une construction avouée pdr le génie de la Lmguç serait-elle contraire à la syntaxe et irrègulière? TAlei ne peut l'être qu'en apparence , et M« de Laharpe a su la ramener aux règles générales du langage. Il calait mieux répéter ce qu'il avait dit , ou se taire, que d'avancer d'aussi étranges principes. Quoi l les irrégularités et les incorrect tiens , parce qu'elles seront couvertes par la gcàce , vaudront mieux que la correction la plus sévère , et marqueront le génie ?.••• Boileau fut donc un sot.de dire danssoa Art poétique :
En vain voos n&e flattes d'un son mélodieux , Si le terme est impropre ou le tour viei«QX«
laa ETUDES
so Je sonffre tons les maux que j'ai faits devant Troie : Vainoo , oliargé de fers , de regrejto consumé. Brûlé de plus de feux que je n'en aliaimai.
L. Racine. Murattori , en approuvant le sentiment de Pyrrhus, trouve qu'iVVexplique avec trOp d'esprit.... H a raison de faire celte critique et de dire, qu'il n*y ^ ancurt rapport entre des fers véritables , un feu réel, et les fers et les feux imaginaires de l* amour. C'est la dernière faute de cette nature qu'on pourra reprocher au mÔme poète.
L. H. Tout le monde a bl&më ces vers-là , et le commentateur ( Luncau) n'a eu à rëpéter que ce qu*on avait dit mille fois. Il est trop sur qu'il n'y a aucun rapport entre les maux que l'amour fait souffrir & Pyrrhus , et ceux qu'il a faits de-* Vant Troie 9 non plus qu'entre les feus de l'amour, et Tem— bràsement d'une ville. C'est un froid abus d'esprit, et le dernier tribut de ce genre que l'auteur aft paye à la mode. - C^^ Racine a sans doute manque ici à la raison et au goût , et ce n*est pas moi qui chercherai à le justifier ; mais pourrait-îl être inutile d'e:saminer quelleest cette figure dont il a fait un si mauvais usage ? Voyons. Maux ex feux sont pris l'un et l'antre dans ces'vers*là, et au propre et métaphoriquement. Maux y au propre , pour les maux faits par Pyrrhus devant Troie, et métaphoriquement ^ pour les maux soufferts par Pyrrhus lui-même* Feux , métaphoriquement» pour les feux dont Pycrhus est brûlé 9 et au propre , pour les feux qu'il alluma dans Troie pour l'incendie de cette ville. Or, la figure par laquelle un même mot ^ dans la même phrase , est pris tout-à-la-fois et au propre et au figuré, est ce qu'on appelle une syllepsem C'est donc une syllepse que la figure en question, et cette syllepse est nne syllepse mésa-^ phorique i puisque le sens figuré est une métaphore.
21 Eh ! le pais-je , Madame? Ah 1 que vous me gênes !
L. H. Le commentateur ( Luneau ) nous dit que Voltaire a souvent repris dans Corneille de semblables expiassions. IL aurait dû savoir que Voltaire ne reproche jamais à Cor-
DE LA LANGUE FRANÇAISE. izi
neîUe les locutions qui ëtaient encore d'usci^ç de son temps , et qui sont depuis tombëes en désuétude , ou ^qui ont changé d'aoceptiop. Le mot gêner est de cette dernière espèce ; il si- ^ifiait encore 9 cooune dans son origine et son étymologie^ tourmeniers du mot gêne (gehenna) , et de \h Ton disait appliquer à la gène , pour appliquera la ^uesHon. Les gênes étaient synonymes des tortures ; en&n s l'on est encore aujourd'hui condamné à deux ans de gêne , etc. Ce n'est pas la faute de Bacine , si dans la langue usuelle » gêner ne âf^niùe plus xpji^incommoder. Tontes les langues éprouvant de ces sortes de rariations.
{3^ M- Geoffroy nous dira k son tour, au sujet de ce vers de la mètae pièce :
Mon cœur, je le voit bien-, trop prompt à se gêner,
ipese gêner, du temps de Racine , signifiait se tourmenter, et que c'était un terme noble ; mais qu'aujourd'hui se gtaer veat dire seulement s'incommoder^ se contraindre , et que c'est yne façon de parler très-familière.
Voltaire ne pensait pas tout-à-fait de môme. Il observe tpt gêner n'est plus usité dans le sens de tourmentar^ de tor^ turer, qu'il a dans ces vers de Corneille « Rodogune , Acte !•».
El B*cn doit fairt en Roi qo'afin de ooiaroai^r CtU» que dans les fieurs elle aimai i à gêner :
mais qu*il Test tonfours dans celui d'emèarrassèr et d'i/s- ^utéter, qu'il a (fans le vers de Racine :
£hl le puis-je j Madame? Aht que yous me gênez f
Au reste 9 si gêner a cessé d'ètie en usage, même dans ce dernier sens » il pataît qu'il n'en est pas de même du substantif ^^is^, et que ce substantif peut eucore signifier, comm^ autrefois , SQrtur^ , tourment, contrainte violente , en un mot y ce qu'il signifie daus ces vers de Doileau , Satire XI :
Sur le duvet êhm Ht , théâtre de ses gênes 9 ^ Lui feni scier àe^ rocs-i lui font fendre des ohénes:
ou dans ceux-ci de J.-B. Rousseau , Ode XlVf Llv. I*' :
C'est le Seigneur qui nous guérit ; Il prévient nos besoins , il adciuoit nos gênes / n délie , il brise nos ehatnes.
%% Oui, mes yoraz ont trop loin poussé lenr violence, Pour ne plus s'arrêter que dans l'indifférence.
L'abbé DEspoiiTiJMKS. c Ou voit , dit Tabbë d'Olivel , la » peDsëe de l'auteur; mais la netteté de la phrase deman— » dait qu'en supprimant la négative » il eût dit j pour s*ar^ » réterdans l'indifférence* » Et moij je vois clairement que M. d'Olivet n'a point vu la pensée de Racine ; car c'est comme si Pyrrhus disait \'J*ai éié trop amoureux pour n*étre plus dans la suite quindifférehs* Cela suppose ^ qu'y a-t-il ii suppléer oi^ à retrancher au second vers ?
L. H. Racine le fils ne voit rien qu'à approuver dans ces deux vers qui ont été fort critiqués. Le commentateur ( Luneau ) n'y voit qu'une faute de grammaire j et prétend qu'il faut dire, s^ arrêter à ^ et non pas^ f^ arrêter dans. Tous deux peuvent se dire; mais la vérité est que les deux vers sont très-mauvais , et pèchent à-la-fois , et par l'impropriété des termes et par la construction , qui forme une. espèce de contre-sens. On ne peut , en aucune manière , donner de la violence aux vœux , et des vœux ne sauraient pousser leur violence. Cela est sensible pour quiconque est en état de se rendre compte de la valeur des mots. Le sens de la phrase exigeait qu'on retranchât la négative du' second vers^ ne s'arrêter que dans : il fallait absolument ^arrêter dans ou à l'indifférence. Ces deux vers sont indignes de Racine , il faut en convenir. Il y en a si peu de ce genre !
([;;3^ M. Geoffroy condamne , avec Subligny, tout le premier vers* Il a senti ^ comme ce critique^ que les vœux n*OA^ point d'action , et ne peuvent pousser leur violence ; il a senti 5 sans le dire expressément « qu'ils ne peuvent en général être personnifiés , et que du moins ils ne devaient pas r^lre ici} mais^ comme Racine le fib et comme Pesfon^
DE LA LANGUE FRANÇAISE. laS
taines 9 il est , pour le second ren , contre Subligny et contre d'OUvèt. Il rëpond à ce qae dit celui-ci : véHlle de gram^ mairien ; il répond à ce que dit celui-là : subliliié indigne d*un criHqne; et voilà toutes ses raisons* Il me semble pourtant que Subligny fait asses bien sentir l'espèce de contre^sens de la négative. Racine a voulu dire j n'est-ce pas : Mes vœux ont poussé leur violence trop loin , pour pouçoir maintenant ou désormais s'arrêter dans l'indifférence, ce Mais en disant : Pour ne plus s'arrêter que dans ^indifférence , ne donne- t-il pas à entendre , dit Su— blignyï qu'ils s'y arrêtaient déjà auparavant ? Ce qui n'était pourtant pas, puisqu'ils étaient si violens^n Oui, il me semble qu'en effet , si on avait ce dernier' sens en vde , on ne s'exprimerait pas autrement que ne Ta fait Racine ; et ce que 9 suivant moi , ce tour-là donne encore à entendre , c'est qoe les voeux ne s'arrêteront plus seulement dans l'indif^ Jérence^ qu'ik ne Varréteront plus dans l'indifférence seule ••; Que je dise : Je connais trop le prix du temps | pour ne plus l'employer qu'à des bagatelles , tout le monde n'entendra- t-il pas que je tl employais auparavant tout le temps qu'à des bagatelles , et que ce n*est plus k^ des bagatelles seulement que je veux désormais l'employer ? Ce qui donne lieu à ce sens pour le passé , c'est plus ; et oo qui y donne lieu pour l'avenir, c'est ne que.
s3 Vous croyex qa'an amant yienne vous iimolter?
L. H» Pour faire disparaître une faute évidente , vous croyez qu'un amant vienne*.** , il suffit de lire » 'àroyez'* vous? Ou c'est une faute d'impression répétée d'après les premières éditions , ou Racine a cru que le ton d'inlerroga* tioB que suppose nécessairement ce vers , suppléait à la formule interrogative , et dans ce cas il se serait trompé. Pour justifier le subjonctif vienne , nX faut absolument croyez^' vous 7
iL;Racxhc. Nous sommes étonnés de lire dans Vaugelas sur insulter : Ce mot est nou9eau $ mais excellent. Il
ajoute que Goeffeteau , tenië de s'en servir, ne l'osa jamais faire ,' tani il était religieux à ne point user d'aacun terme qui ne fût en usage. Pourquoi ee mot a-t-il été si tard en usage parmi nous , puisqu'il est latin ? Il vient àHnsilire, et signifie , an propre j sauter sar ou contre,..^
G. F. Aujourd'hui il est très-ûsitëy et convient à tons les genres de style , quand il s'applique à la personne ; mais s*il se rapporte à la chose , il prend le régime du datif ^ et^ alors il n'appartient qu'au style noble* •
(p^^ Il est étonnant que les deux derniers commentateurs niaient vu là f^uHnsulter, et qu'ils aient passé sous silence ce subjonctif vienne 9 après vous croyez ^le» Pour moi , je n'ai aucun doute que Racine n'ait cru bien dire , et qu'il n'ait été à cet égard d'aussi bonne foi que Bossuet, dans cette phrase citée par M. de Wailly : « On dirait que le livre des destins }> ait été ouvert à ce prophète ; » que Boileaa ^ dans ces vers de sa Satire VI :
On dirait que le ciel qui se fond tout en eau , * Feuille nous inonder d'un détuge noUvéan ;
ou que Molière, dans ceux-ci de son Étourdi, Acte V, Scène II:
On dirait ,' et pour moi j'en snls persuadé. Que ce démon .brouillon dont il e.iit possédé , Se plaise k me braver, et me faille conduire Partout où sa présence est capable de nuire.
D'après la doctrine de M. de Wailly, Racine se trou vei'àlt 'seul ' avoir tort, et le subjonctif, loin de répugner après on di^ raiù, comme après on croirait ^ et, sans douté, coinnie tiprès vous croyez , même pris interri»orativeiiient, seràU nti nou/9eaH correctif à la hardiesse de la pensée* M'ais M. de Wailly ne se trompe-i-il pas dans la différence qu'il établit ici entre croire et dire ? et s'il faut condaiiinCr Racine , ne faut-il pas condamner également Bossue t, Bôlleau et Molière ? Le subjonctif n'est bieh léjptijme , ce me seÀibie^ qu'après im verbe qui marque l'étonnemenC ^ le désiri ou le
DE LA LANGUE FRANÇAISE. la/
^oiile : yous vous éio/mez ^u*on ne vous dise rienl Vous voulez qu'on vous obéisse? Or» dire n*eat pas moins affirmatif et ne marque pas moins Tassurance que croire» On peut toutefois les concilier Tun et l'autre avec le. subjonctif; mais c'est en les accompagnant de la négation, parce qu'alors ils n'expriment plfs d'une manière si absolue et si positive.
«4 K® vojait-il de l*œil qu'il me voit aujourd'hui?
L. Ràcike. On dirait en prose , dont il me voit aujour^ d'huit
L« H. De l *œil qu 'il m» voit est un véritable barbarisme, amené seulemeiit par la contrainte du vers, et, ne pouvant produire aucune beauté , il est sans excuse : autrement, diaque fois que le vers exigerait une syllabe de plus ou de moins , on se permettrait de blesser la syntaxe pour se dispenser de diercher une antre tournure.. •• II fallait, de l*œil dont il m^ voit , ou du même œil qu'il me voit»
â5 Ha famille vengée , et les Grecs dans la joie ,
Kos vaisseaux tout chargés dea. dépouilles de Troie , Les exploits de sou père effacés par les siens , Ses feux , que je eroyais plus ardens que les miens , * Mon coeur... Toi^Aiéaie enfin dç sa ^oire éblouie , Avant qu'il md. trahit., vous m*aves tons trahie.
Lw Bacimc. Tous ces nominatifs , ma famille , les Grecs r nos vaisseaux:, les exploits , ses feux, mon cœrtr, toi" même , que gôov^rnent-ils 7 Une construction exacte n'au-* Fait pas oette beauté : ce style est celui de la passion, et la passion ne eonsulie pas la syûtâxe.
Lr H. Ce ne seift point tous ces noMiîiiatib' accuroulés'qui ' sont le Writable langage de la passion'. Ce <](ui caractérise Uà Itf pdiasion , o'est d'abbrd de se rap{yèler, avec tant de complaisance, tous les titres que Pyr^ha§f avait pour être' aimé 9 et tout l'amour qu'il paraissait avoir : voilà pour là pensé». Pour 00 qui est de la diction , c'est' V^e désordre Aè la phrèae que le taUiHt seul hasarde et justifié» La passion , quis'en prend à tout , confond ici , dans la penonfie de Cléone ,
qui est là, tout ce qui a éiè accuse ci-dessiis, Ja famille i les Grecs f les vaisseaux ^ les eMploîls, les /eux de Pyr-^ rhus I et surtout 'le c^ur d'Hermiooe » enfin Clëone, éblouie de la gloire de Pyrrhus : et dans son transport Hermione , ne s'embarrassant.pas si sa phrase passe de la troisième personne à la seconde, apostrophe à-la-fois, et Glëone, et tout ce qu'elle vient de nommer*. .. Vous m* avez tous' ttàhiem C'est là véritablement l'éloquence de la passion , et c'est ainsi qu'il est beau d'oublier la syntaxe. Avant Racine, il n'y avait nul exemple de cette manière hardie de se rendre maître de la langue sans la dénaturer ; car tout est suffisamment' exact par la suspension que suppose l'égarement de la passion après ce mot, mon çmur,*»^y où il est si naturel qu'elle s'arrête. Elle ne fait donc que confondre dans sa dernière phrase, à la seconde personne , tout ce qu'elle a détaillé d'abord à la troisième , et le trouble où elle est permet cette confusion , qui n'a rien de choquant pour l'oreille» C'est ce qu'il n'était pas inutile de remarquer, de peur que l'igfnorance ne conclût de ces exemples que , pour peindre la passion et le trouble, il suffit de ne plus parler français, comme elle a cru qu'il suffisait d'entasser des points et de^ ne pas finir les phrases quand elle ne savait plus que dire.
(j(^% Cette ccmstruction , malgré l'espèce de désordre qui j règne, ne me parait pas du tout , à moi , je l'avoue , contraire à la syntaxe. Est-oe qu'on ne peut pas accumuler liien légitimement devaqt un verbe , plusieurs nominatifs pu sujets , et eii accumuler pllisieurs de différentes personnel»'? La règle à suivre alors , c'est que le verbe s'accorde avec le sojel^ de la personne U pli^iooble , avec celui de la premièf^>. ^il y en a un , ou avec celui de la seconde, si > comme ici ^ il n'y on a que de la seconde et de la troisième. Or, cette vègle a été très-exactement suivie , et on le iverra clairement ea dépouillant les divers suj^t^ on nominatifs. dés complémena qui les accompagnent : Ma f amitié , les Grecs ^ nos vais-seaux I ses exploits ^ ses feux-, mon cœur, et ioi^méma. enfin > vous Mt'avez tous trahie avant hU.
•6 Oui , o*est tous dont l'amour, naÎManl avec leurs oh»mes^ Leur apprit le premier le pouvoir de leurs armes.
L. H« Le commentateur (Luneau ) reproche h Racine d'avoir fait (lire à Hermionc , Is pouçoir des armes de mes yeux , el il pense que cette expression précieuse estéchap-' pée dans là chaleur de la oomposition» On ne se dou*terait pas op» \^ ptéoieux ^ qui est ce qu*il 7 -a de plus froid , échappe dans la chaleur ; mais tel est l'esprit et le stjle du commentateur de Raoine» On est obligé de lui rén pondre ici , sur sa critique , qu'elle porte k faux ; que , pour juger les expressions 9 il faut d'abord les voir à leur place; que le pouvoir des armes de mes yeux serait en effet ridicule par plus d'ane raison» mais qu'après qu'on a parle de leur courroux, on n'est point blesse d'entendre parler de leurs armes, parce que l'un- amène l'autre, et cette suite 'dans les idées est un des secreu de la diction* C'est ainsi que des expressions , mises dans la phrase è une distaiicc convenable, n'ont plus rien de réprëhensible , quoiqu'elle fussent mauvaises l'une près de l'autre» el les rapprocher, c'est les gâter. L'idée et l'expression d'armes n'a rien ici de faux en elfe-mème , en s'appHqnant aux yeux, 'puisqu'il est neçu dans le style figHré , qu'ois esl blessé par les yeux, qu^l en part des iràUe » etc. Aimi ,: qu<Hqq?oii eût tortdo dire , les firmes de mes yeux , on peut, après aVoir nommé le^yeux, leur donner, des armes , surtout dans deux vers aussi élé-^ gamment tournés que ceux dont il s'agit.
^!^^ A l'appui de ce que vient de dire M. dç Laharpe , et en faveur du vers de Racine, on peut citer le Diction n'élire de Trévoux, qui dit qvl armes se prend aussi ,. surtout en poésie, pour tout ce qui est capable de^îiou^ c^harnier^ de nous engager, de nous entraîner, de nous assujettir. Suivant ce même Dictionnaire, de beaux yeux sont les armes «lôat sa sertCupidon. Or comment de beaux yeux pemèiil-iis être des armes? C'est sans doute par les traib qu'ils lancentcar, suivant l'Académie, on dit que les yeux d'iidè belle personne tancent mille traiiSB Ces traits que les yeux lancent^
i3o ÉTUDES
s'ont donc comme les armes des yeux\ et on péai les ap« peler les armes des yeux*
37 II n'a devant les yeux que sa chère Troyenne.
L. H. Sa chère Troyenne parait aa oomm^mai^ear ( à L.aneau ) une de ces expressions fades dorii Racine a fais trop souvent luage* Je pense. que les expressions fades sont très-rares dans Racine^ eo mettant à part. ses d^uz premiers essais,' qui ne doivent pas être jug^s comme s»es autres ouvrages» Quant au vers critique , si Fauteur, ^ùt dit, sa chère jtndromaque , le vers serait >, non pqs laide, mais plat. Il a su en relever l'expression , en mettant sa chère l^royenne, qui est une d^aominaUon de mépris , et ce mépris est trèsconvenable dans la bouche d'Oreste.
({^}t^ Cette dénomination n'est pas. moins conrenable dans la bouche d'Hermione 5 lorsque dans ses emportemens contre Pyrrhus, elle lui dit:
Ton cœur impatient de revoir ta Troyenne,
I*fe souffre qu'à' regret qu'une autre l'entretienne.
c( Qa!il y a de haine et de. dénigrement dans ce mot ^ ta » Troyenne, dit Laharbe dans son Cqtfrs dç Jéittérature ! »
sA II n'attend qu'on iprétqxte ^ l^oigner de* loîi