‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 17 sur 76 · acte des Plaideurs · texte numérisé non relu

acte des Plaideurs

Monsieur, «A^oiw. on <?Ottf?, ^ ne puis pas tout faire; .

. . Pijiûqtio jo. (fis rbttifsier, faillie eonunissnire,

et dârus ceux par lesquels* Aristei,' daus tes Femmes Sa^

vantes , termine la tirade où il Bait sentir à Grisalé MÛt le

ridiéule de sa lâche cbfnplaisancç pour sa liMAnie : •

Allez , encore un coup , c'est une moquerie ,

ï)t votre Ucketé mérite qu'on en rie.

44 1^0 Troie en ce pays réveillons lès misères.

L. H. Ce vers est tr^i*^icienx par plus d'une' raison. On dit bien réveiller la donhnr, pour la renàu$^eleri mais non -f^ds réveiller les misères^ et Ton sent aisëmeot pourquoL Jl y a plus , Tim propriété de l'expression rend la phrasc%loucbe ; caf en ne sait si révmilh/f les misères de 2*roie né signifie fa% réveiller le souvenir des misères : epjiû misères n'est pas ici le mol propre } c'était les jnaih4Ur<f » leê,,4èf4>4^

DE LA LANGUE FRANÇAISE. i45

treSp etc. Ce vers est du petit nombre de ceux qui sont absolumeul indignes de l'auteur , et Ton en voit plusieurs dans cetle même scèue.

fO^ Sans doute que malheur* 9 et surtout désastres , coaveDaieot mieux que misères , qui , au pluriel^ signifiant disgrâces i peines ^ ajflictions ^ infoUuneSf ne dit point asses quand il s*agit de la ruine d'une ville et du renverse* meotd'un Empire. Sans doute aussi qu'on ne peut pas dire réveiller des misères f comme on dit réveiller des dou-* leurs, réveiller l'amour, Vambitiori , la haine, rtveiUer une querelle , un incendie, eic.; parce qu'on ne peut pa^ supposer des misères assoupies ou éteintes , ou qu'elles ne aoot pas de ces sortes de choses qu'on peut ranimer, exciter. Mais la phrase , du reste , n'est ni louche ni équivoque : elle signifie assez clairement par elle-même , r^/zout^d/o;»/ ici , en l^pire , tous les désastres dont IVoie fut victime* Elle ne peut d'ailleurs signifier que cela, et d'après ce qui précède: .

Mettoos , encore un coup , toute la Grèce en flamme. Prenons , en signalant mon bras et yotre nom , Vous, la place d*Hélène, et moi, d'Agamemnon :

et d'après ce qui suit :

Et qn^on parle de vous ainsi que de nos pères*

45 Quoil de mes ennemis couronnant Tinsolence y J'irais attendre ailleurs une lente vengeance ?

L H. Quoi ! de mes ennemis couronnant l'insolence* Celte expression me parait vague et enflée. Quand même Hermione irait demander vengeance à la Grèce , elle ne couronnerait pas l'insolence de ses ennemis. Ce faste d'expression sentait encore un peu le jeune homme.

(3^ Couronner l'insolence , est<^e la faire triompher ou y mettre le comble? Voilà , sans doute , la vague et l'incertitude ; car il n'est pas à croire que l'auteui* ait voulu dire honorer, récompenser.

46 Vengeons-noa<t , j'y consens , mais par d'autres eliemin».

L. H. L'impropriëtë de termes est choquante. On ne se venge point par des chemins , ni par d*auires chemins. Ces fautesrlà sont de faiblesse et de négligence » et n'ont point d'excuse. On voit que l'auteur nV pas voulu se donner la peine de faire un autre vers , et que sa versification n'ëtait pas encore toul-h-fait as^ez travaillée. Nous ne verrons plus rien de pareil après Andromaq^ècm

^^^ On se venge par des voies ou par des moyens • Chemin peut être quelquefois le syiiotijme de voie '3 mais c'est lorsque voie se prend pour la route par où l'on va d'un lieu à un antre , et non pas lorsqu'il se prend dans le sens de moyen y c'est-à-dire , pour ce qui peut nous faire arriver à la fin que nous nous proposons. Voie et moyen , du reste » diffèrent ainsi entre eus. La voie est le plan qu'on suit , ia conduite qu'on tient ; et le moyen est l'instrument ou le ressort employé pour le succès, ce Voilà pourquoi , comme le dit » Roubaud, Ton suii les voies^ et l'on emploie les moyens, » La voie , comme il le dit encore | est bonne , juste , sage ; M elle va au imt. Le moyen est puissant , efficace > sûr; il » tend à la fin,,,. Qui entre dans la voie , est loin encore du. ); ètit. Qui veut la fin fSeni les rnoyens.,.» Sylla veutra— » mener Rome à la liberté : la voie qu'il prend , c'est la )> tyrannie; les proscriptions sont les moyens qu'il en»^ » ploie, n

47 Faisons de sa ruine une juste conquête.

L. H. Plirasc très-mauvaise de tout point. Une ruine n'cat pns fine conquête ^ et cotnxnùXii fait- on d'itnà ntine une conquête ? L'auteur, cette fois, n'a pas su rendre &'( pensée, «t c'était pourtant Racine; mais souvenons-nous qae c'était aussi le premier onvra^ où son ami Despi*éaux lui ait appris à faire dos vers diClicilement* C'est dans Britannious qu'il en fut au point où l'on ne pouvait plus lui rien apprendre.

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 1^7 2Q4 Ce vers rappelle ceux X Alexandre :

II croit y peut-être , il croit qac ma haine ëtouffce , A sa fausse donleur servira de. trbphée.

Si I on ne veut pas y voir précisémeDl du galimatias , on ne pourra du moins s'empêcher d y voir du p/téèus.

48 'Se TOUS suffit-^1 pas que je Vâi condRoinë ?

L. H. En prose i\ faudrait que je l'aie condamné ^ dit le conimenlateur (Luneau). Il le faul môme eu vers. La contrainte de la mesure n'excuse point la violation d'une règle gëoérale et indispensable , un véritahle solëcism^ ^ et ce solécisme a-t-il ici une autre excuse ? Loin de nous Tidëe de justifier les Dauiie^ qui ne sont qjuo des fautes, sous le prétexte des libertés de la poésie: en ce cas, ce seraient les fautes do langage qui distingueraient le poète du prosateur* Non assurément : c'est l'usage plus libre, et pilus hardi de la mèn^e langue , mais toujours subordoniié aux principes imprescriptibles, ,et de manière que toute .es^nèc^ de licence soit sufil* samment motivée » etqv'on ne manque à une des règles que poor en remplir une a.utre plus eSJ»entieUe. Qui le savait mieux qp^ Bacl«e ? et qui en a mieux que lui donné reaeoiplc ?

fO^ La décision des deux commentateurs est- elle aussi BÙre que tranchaole? L'Académie elle-même donne cet eiemple parfaitement analogue h. celui de IVacinc : Qu'il vous suffise é^ne je l'ai voulue 11 paraît an moins que, du temps de Aîicine , on pouvait employer l'indicatif après su/-fire, surtout lorsqu'on voulait affirmer bien posisivement^et ne laisser aucun doute. Molière dit dans les Femmes Sa^ vatues :

Il suffit que l*oa est contente du détour, Dont s'est adroitement avisé votre omour^ Et, que, sons la figure où le respect IVugage , Qa veui bien se résoudre à souffrir son hommage.

V*j aurait-il paà^ dans. ces cas-là^ une ellipse assez aisée à

i48 ÉTUDES

supplëer ? Ne vous suffU-tlptu de saçoir tjue ?... // suffit

de vous dire ^//^••••> etc.

49 Qu'Hermionc est le prix d'un tjran opprimé.

L. H. Encore un terme impropre ; et , ce qu'il y a de pis , c'est que Timpropriété devient un vrai contre-sens. Opprimé se prend toujours en mauvaise part , et l'intérêt se porte toujours sur M opprimé'^ de sorte qiie ces mots , iyran opprimé , forment une contradiction dans les termes; et certes, l'intention d'Hermione est que Ton punisse un tyran , et non pas qu'on V opprime» Voyez combien de fautes dans une seule expression fausse , et jugée par-là combien la propreté des termes tient â la justesse des idées !....

Un peu plus bas, Oreste dit ; Il faut tjfue je l'opprime \ ce qui est enèore un contre^sens dans sa bouche , comme dans celle d'Hermione , et ce qui peut faire présumer que Racine a cru qu'en français le mot opprimé pouvait être l'équivalent à' oppressas qui ,en latin, signifie souvent occisus (/kc) ; mais Racine plus mùr a du savoir, que la différence du génie des langues empêchait que ces deux moU fussent synonymes chez nous comme ohes les Latins. •••

Il n'y a aucune scène de Racine où l'on rencontre , à beau- ^coup près, tant de fautes et de fautes de ce genre. On n'en trouverait pas autant dans loutes ses tragédies suivantes, réunies ensemble ; et obligé de les relever , j'en suis presque aussi honteux que les jeunes Romains, qui rencontrèrent un soir Gaton ivre dans la rue.

(j;3J^ Le mot opprimer avait été, je crois , déjà avant Racine , employé dans le sens où il est ici. Si ce sens , qui lui est m ordinaire en latin , ne lui a pas été maintenu en français , est-ce bien qu'en effet il était repoussé par le génie de la langue ? C'est ce que je ne vois pas , je l'avoue, et je vois bien moins encore que Racine eût pu le savoir de son temps , lui surtout qui , ou u dessein , comme on le \:eut , on sans y penser, comme je le croirais, et par suite feulement de son commerce habituel av<^ Iqs Anciens , ne faisait sans cesse

DE LA LANGUE FRANÇAISE. i-lo

qa*Jntrodaire dans son style de nouveaux emprunts el de nou* Telles imitations»

n est ëtomiant <jue M. de Laharpe n*ait pas remarque dans le même vers un latinisme d*où résulte pour nous un sens toat-à-fait équivoque , ou même une sorte do contre-sens* Cest Hermione qui excite Oreste au- meurtre de Pyrrhus , ' et qai veut Ty déterminer par celte considération^ qu'elle sera elle-même le prix de la mort donnée au tyran ; qu'elle sera, en an mot , le prix d'Oreste son vengeur : or , en disant fs^UtlU sera le prix da tyran, opprimé ou immolé ^ ne semble-t-elte pas dire qu'elle appartiendra à ce même tyran ? Ce n'est pas ce qu'on entendrait en latin; mais c*est ce qu'on doit entendre en français , en ne regardant qu'à la cens— traction.

5o Par mes ambassadeurs mon cœur vous fut promis t Loin de les réyoquer, je yoiilus y souscrire.

L. H* Le mot propre était, loia de les désaçouer, loiih de les démentirm Révoquer des an^hassadeurs signifie les rappeler, et non pas rétracter ce qu'ils ont promis. Je suis , dans ce texte , l'édition que j*ai soùs les yeux ; d'antres portent^ loiri de le réçofuer; ce qui n'est guère moins défeotoeux. A quoi se rapporte le ? Mon caurfni promis ; loirk de le riçoquér^ etc. Qu'est-ce que révoquer son cœuri On sent bien que l'auteur a voulu dire , loin de révoquer cette promesse ; mais il ne le dit pas. Il arrivait donc encore à Badne de ne pas exprimer sa pensée ! Cela ne lui arrivera plus. C'est parce que rien n'est si difficile en vers que de rendre toujours sa pensée complettement, que ce mérite appartient aux bons écrivains : il a manqué souvent à Corneille, qui créait le théâtre et la langue : il a toujours été , depuis AttdromÈuiue i celui de Racine, qui perfectionnait l'un et l'antre.

{ï^ iZ^i'oyiitfr signifie , il est vrai , à la lettre , rappeler \ mais , suivant TAcadémie, il se dit aussi proprement de ceux à qui on Ole les fonctions , le pouvoir et Tcuiploi qu'on leur

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avait donné; et dans ce sens , il aurait pu , ce me semble a* être employé pour désavouer* Ce n'est donc pas W ce qae j'aurais bifmë d'ahord dans : ce vers; mais j'aurais blâmé avant tout et 5a q5 baLnncery/îs vauliisy souscrire , que Ton ne peut justifier en aucune manière. Cet y se rapporte par lu construction , aux ambassadeurs , et on ne voit pas d'ailleurs à 'quoi il se rapporterait. Or souscrl^^on à des ambas^ sadeurs ? Souscn't'On à quelqu'un ?••• Cbla.me ferait croire que le jmète avait mis effectivement, /om de le révoquer', c'est-*à-dirc , loin de révoqjaer cela ( cette promesse ). Ce n'est pas trés*bien dit sans doute , mais c'est encore moins mal qoe de faire souscrire à des ambassadeurs > ce qu'on fait nécessairement en laissant Için de les révoquer»

5i Pleurante après son char vous voulez qu'on me voie !

L. H.' Ce n'est pas parce qu*il s'agit d'une femme, que Bacine a fait ici pïe'uranle , adjectif ou participe déclinable.: il l'avait fait indéolkiàbl^ dans ce&Tekv::

N'esl-ce pas a vos yeux un spectacU a&isez doux' Qu'c la veuve d'Éccloir pleurant k Vos gcnoiix? *

Il a voulu marquer ufie nuance de diction. Pans les vers que prononce, Androiiiaque , les pleurs sont une.action momentanée 9 dans cçux qù Jlcrniione se représente pleurante après le char d'^ndroma^ue , les pleins offrent ^ suivant l'intention du poète, une situation prolongée, et qui fait ppçclaclc. L'on dirait de mêine dans le lan^^ge ordinaire » Cette femme est venue à moi pleurant , criant , etc. ; mais si l'on parlait d'une douleur habituelle, on dirait : Cette femme est toujours pleurante» En général , le participe seul marque l'action; déclinable ou adjectif, il marque Thabitude.

(j^]J^ On peut voir dans Phèdre l'article sur le veis :

£l la crête fumant .du «ang du Minotaure. , -'

Maïs je ferai remarquer ici celte constnicrîon si belle et si poétique ; Pleurante après son char vous vànlez ^w 'o/i

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mevoie'i L'ordre analytique serai» : J^ous ^voulez qu*on mê voie pleurance après son cJiarl Mais, en adoptant cet ordre, il faudrait, je crois, au lieu de l'ad jectif- verbal , pUnranie , le participe indéclinable pleurant , comme dans U»s vers : N'est-ce pas à vos yeux y elr. Pourquoi donc? Parce que le complément , après sort char^ viendrait imm/ddiatement à la suite , et qu'il ne peut convenir h un adjectif-verbal. L'adjeclif-vcrbal , en gonoral , n'est point sosœptible tle complément , et c'est même une des différcnoes qui le distinguent du pnrtici])r* Dans l'ordre inversif , ao contraire , pleurante peut très-bien convenir tel qu'il est» parce qae, dans cet ordre, les mots , après son char ^ se rapportent &, vous voulez €fu*0Jï me voie\ comme s'il y avait, vous voulfz que pleurants on me voie après son chor^ ou vous voulez qu\iprès son char on me voie pleu^ rante. Disons même que , dans cet ordre-ln , pleurante seul convient , et qu'avec pleurant la phrase serait l>arbare*

Or, \q pleurante de l'inversiow ne vaut-il pas mieux que \é pleurant îie \sL construction analytique? ne vaut il pas iniem , d'abord , par la gravité et la noblesse qu'en reçoit toatlevers? ne vaut-il p.is mieux, ensuite, par les idées accessoires qui s'y trouvent jointes a l'idée principale? Le commentateur l'a très- bien observé : fleurant y participe, ne marque que l'actiun seule , que l'action actuelle et momentanée de |>leurer, de verser des larmes; mais pleurante ^ adjectif, marque une iouleur prolongée et même habituelle, «ne douleur qui se manifeste par divers signes , dont les larmes ne sont même pas toujours lès plus forts.

Et puis , ce pleurante , placé au commencement du vers y quelle scène de deuil ne scnible-t-il pas ouvrir? quelle triste et touchante image n'offre-t-il pas d'abord aux yeux ? Ce sont plus encore que les pleurs d'Herroione ; c'est Hermiono elle-même toute en pleurs, et dans l'appareil le plus lugubre, dans l'attitude la plus pitoyable , en spectacle à la sni(e d'an char de triomphe , et dti char de triomphe de sa rivale*

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5s Je t'aimais inconstant ; qu'aurais-je fait fidèle?

L. H. Voilà de toutes les ellipses connues la plus hardie et la plus naturelle. Elle a toujours été admirée, parce que le génie la placée dans un de ces élans d'éloquence passionnée qui ne permettent pas un^ parole inutile ; et c'est cette éloquence des passions qui a créé toutes les figures de diction et de pensée , de manière qu'en négligeant quelques formes du langage ordinaire » elles ne violent jamais la logique générale des langues. En effet , il n'y a personne qui ne supplée > même sans y penser» les mots que la passion a supprimés , et qu'on ne se soucierait pas plus d'entendre^ qu'elle ue se luet en peine de les dire. Si vous voulez apprécier les avantages des langues anciennes , et les efforts de nos grands écrivains pour s'en rapprocher seulement», songez que ce vers, tout rapide et concis qu'il est en français , eut été rendu en latin bien plus brièvement encore , en quatre mots , et seulement avec l'ellipse la plus ordinaire : atnavi infidelem , ^uid fidelem ?

(1^3$^ Suivant Desfontaines , cette ellipse aurait été cepen* dant condamnée par plusieurs critiques trop sévères. Quanta lui, il la trouve admirable ^ et c*est ce que font aussi Louis Racine et Geoffroy, sans toutefois se mettre plus que lui en peine d'en faire ressortir la beauté. L'abbé d'Olivet luimême l'approuve , et il ne la cite que pour la justifier ; il la trouve même d'autant plus digne de louange, qu'il s'agissait ici de s'exprimer vivement , et de renfermer beaucoup de sens en peu de paroles. « Hermione , dans son transport , vou<- » drait, dit-il, dire plus de choses qu'elle n'articule de syU » labes. » Mais il semble exiger pour de telles hardiesses l'autorité d'un grand nom, et il parait qu'il ne les passerait pas facilement à^ un écrivain du commun ; ce qui , soit dit en passant, ne me parait ni très*conséquent ni très-juste.

On a voulu rapprocher de ce vers de Hacinc ceux ou Lafontaine dit d'Alcimadure, dans la Fable dont elle e&t lubjet avec Dâiphuis :

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J*i*ayant trait qui ne pl&t, pas même en «es rignenrs ,, Quelle Fcût-on trouvée au fort de ses faveurs I*

H y a en effet quelque analogie de pensëe entre les deux exem* pies; mais je ne vois pas qu'il y en ait une bien grande pour la diction ^ puisque l'ellipse qui est dans l'un ne se trouve pas également dans Tautre.

55 Seigneur, vous Tentendez. Gardez de négliger tTne amante en fureur qui cherche à se venger.

L. Rac. Négliger n'est pas ici dans le sens ordinaire , ne jté^igez pas une amante , mais pour» He négligez pas ce qu'elle vient de vous dire.

L. H. Négliger une amante , dans le langage ordinaire ^ signifie s'en occuper peu , négliger se% charmes y ses faveors, etc. : ici c'est négliger se$ menaces , et celte locution elliptique/ qui dans ce dernier sens est toute latine , me pa-> rail heureusement transportée en français , grâces à la clarté de la phrase.^

{^ Mais q\i'est-cc q^ie négliger des menaces ? C'est y faire peu d'attention ; c'est les mépriser.

5^ Muet a mes soupirs, tranquille k mes alarmes, Semblait-il seulement qu'il eût part k mes larmes?

L. H. Nous ne remarquerons plus ces sortes d'ablatifs abr solus, qne Racine a comme naturalisés dans notre langue » et sortent dans notre poésie , et qui donnent à l'une et h l'autre une vivacité et une précision que nos conilruc lions méthodiques semblaient leur refuser* Muet^,*. , tranquille.. •• , semblait^il ^uHl etU, etc. , an lieu de dire , lui éianl iHuet, tranquille ^ etc. Quelle différence f Dc^ Grammairiens sévères trouvent ces constructions irrégulières , et Racine , qui se contente de tout justifier vaguement et insuffisamment par les privilèges de la poésie» parait avouer Tirr^gnlarité. Je persiste à ne rien voir d'irrégalier dans une construction qu'une ellipse naturelle, claire et analogique faii rentrer dans toutes les règles, à moins qu'on n'appelle

i54 ÉTUDES

irrëi^ulîer tout ce qui n'est pas du langage mëthodiqnement prosaïque» *et je n^aflmets point ce principe, qui repdrait la régularité incompatible avec Tëlégaucc.

. Et toujours plus farouche ,

Vingt fois le nom d'He^ioc ^si sorti de sa Louche,

J'entends parfaitement qu^elle étant toujours plus f*»rouche , 'vingt fois le nom d'Hector^ etc. Mais si l'adjeciif (yirowc^e ) pouvait , par le sens, se rapporter an nom d'Hectory c*est alors que la phrase serait défectueuse y car elle serait amphibologique. Nous en avons vu des exemples dans V Alexandre , et voilà surU^nl à quoi il faut prendre garde dans remploi de ces ablatifs absolus. Ils sont irréguliers dès qu'ils peuvent se «apporter par .le sens à deux objets. Voltaire, qui n'est pas, à beaucoup près, aussi ch^îé que ]\acinc^, est assez souvent tombé «dans celiç faul^.

Muet à mes soupirs. C'est ici que cette constrpction hardid ,. créée par l'auteur, est heureusement placée. Nous l'avons blâmée dans l'acte précédent , muet à tant d'ennui: elle manquait là de îustesse* On dirait bien en prose , il est resté. muet à toutes mes plaintes : à signifie là pendant , et il exprime eu même-temps l'opposition et l'analogie. Remarquez que tr^nfuille à mes alarmes est encore plus hardi ; car l'on ne pourrait, dans aucune phrase de prose , construire ainsi le mot tran^uilU avec l'article-préposition à, si ce n'est en énonçant le rapport immédiat , tranquille à ian>ue, au ^r^ii^^ l* approche , à la nouvelle , etc. Ici le rapport immédiat est supprimé, et cette su ppressioti' rapproche et oppose avec bien plus de rapidité et d'éi^ergie Xtf trantfuilliié d'un côté , et les alarmes de l'autre. Ce n'est pas là une ellipse ordinaire : elle est vraiment de création , et il en résulte un vers admirable , nue construction de génie, qui jusqu'ici n'a pas clé encore imiiée. Pour en reproduire une semblable avec succès , il faudrait la même justesse de sentiment et de goût qui a légitimé celle-ci.

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13^ Mae^ à $ant d'ennui se trouve dans ces deux vers de Clëoiie parlant à Hermione , Acte 1V> Scène II :

Et TOtre bouche encor, muette à tant d*ennui , N'a pas daigne s'ouTrir pouv &e plaindre de lui!

ce Cela ne rend pas, dit Laharpe ^ re que l'auteur veut dire : 3> Muette dans vos ennuis. » Ajoutons que cela ne présente même pas nn sens raisonnable» On peut être jnuet à des soupirs 9 parce que les soupirs étant une sorte de langage^ on peut y répondre par des soupirs ou de toute autre manière, ou ne pas y répondre du tout. Mais les enhuis ^ dans quelque sem qu'on les prenne, ne «lisent jamais rien par eaxHnémes , et ne forment pis opposition avec le silence. Et supposé qu'on pût être muet aux ennuis de quelqu'un » pourrait-on l'élre à ses propres ennuis , comme Racine veut qu'Hermipne le soit dans son vers ? Pas plus , je pense, qa on ne peut être muet à ses propres soupirs , qu'on ne peut être trançuille à ses propres alarmes*

M. Geoffroy ne peut regarder que comme une hardiesse trcs-heoreuse le régime dû datif avec muet; il trouve que Racine en a tiré le plus ^rand parti dansce'ver^ si énergique, nnei à mes soupirs , etc. , et il en prend occasion de (lire que c'est par cette foule d'innovations pleines de goût et de seotiment, que ce grand poète a élendu ^ enrichi et fixe noh'Q laD^ae poétique. IVtais toutefois muette, à tant d*ennui \\ii parait moins riclie de style que hardi fie construction. c( En^ « nui est fade, dit-il , et muette n'est relevé par aucune -> métaphore. » Palhiit-il parler là-dessus après Laliai*|>e pour ne dire que cela?.... Qu'est-ce , qui fait la beauté de »»««/ à mes soupirs 1 C'est ropposition qu'il y a entre ^net et soupirs , tout comme c'est Topposition qu'il y a entre. la tranquillité et les. alarmes^ qui fait la beauté île "^pression tranquille à mes alarmes. .

S5 Et je k pMns encore ! Et pour comble dVonui , Mon cœuTf mon Uche cœur s'ioLércè^e pour lui 1

1^« H. Le commentateur (L. B. ] se ttrompe en prononçant

i56 ETUDES

qu'on ne se sert plus aujourd'hui y comme autrefois 9 en poësie, du mot ennui , pour douleurs , peines , etc. Il est de fait qu'on s'en sert encore ; mais il est bon d*observer ^ 1^. qu'on pe s'en sert guère à propos que pour signifier toute espèce d'affliction prolongée et habituelle ; a*, qu'il faut ëviief d'en faire une expression parasite 9 comme il arrive trop souvent dans nos tragédies* Ennuis , dans ces vers du rôle d'Andromaque :

Et peat-élre après tont^ dans l'état où je suis« Sa mort avancera la fin de mes ennuis ,

parait à sa place. Il s'agit en effet de cette habitude de malheur et de tristesse qui produit Vennui de la vie. Mais quand Herinione dit ; ^

Et pour comble d'ennui ,

Mon eoBur, mon lâche cœur s'intéresse pour lui ,

ennui est plutôt un de ces synonymes vagues , tolérés en poésie , qu'une expression propre ; car Hermione veut dire : Eu pour Comble de honte et de faiblesse , mon cœur s* intéresse encore pour le traître que ma vengeance poursuit* Les bons ^ri vains doivent aujourd'hui > si long- temps après les modèles, être plus sévères sur Tusage de ces synonymes, (jf^jj^ Si et pour comble d'ennui signifie , en effet , ce que prétend M. de Laharpe^ il faut regarder comme une sorte de pléonasme l'éplthète lâche joiute h cœur dans le second vers ; car dans la lâcheté il y a sans doute de la honte et de la ^ai blesse» Pourquoi ennui n'aurait-il pas ici le même sens à-peu-près que lui donne partout ailleurs le même poète, qui en fait, ainsi que tous ses contemporains, un si fréquent usage? Répugiferait-il donc absolument qu'Herniione dit : JEtje le plains encore , malgré tous ses mé^ pris et tous ses outrages! Et j'ai ^ ô malheureuse l j'ai le cœur assez lâche pour 7n* intéresser à lui et craindre de me venger ! Or, examinez bien , vous verres que c'est là , a\i fond, ce qu'on lui fait dire , et qu'il n'y a guère de différence que dans les termes.

56 Je tremUe au- seul penser du coup qui le menace.

L. Rac. Penser, qui ne se dit plus en prose , est quelquefois noble en vers»

Qa'k des pensers si bas mon àme se ravale,

POLTIUCTB.

L.H. Quant au substantif m^s^in penser (au lieu de pensée) y le commentateur ( Luneau ) répète le vœu de tous les gens de lettres pour faire revivre ce mot ^ et Ton ne saurait dire qu'i/ n'est plus d* usage ^ car on s'en sert depuis vingt ans ^ mèùie dans la prose noble 9 et on a raison» Qa*est-ce qui craindrait de dire aujourd'hui , le profond penser de Montesquieu ?

{i^ Mais pourquoi M. de Laharpe n'a-t-il pas pris soin défaire sentir un peu la signification de ce mot , en le com* parant avec son synonyme pensée ? Je vais y suppléer, d'après Rouband : ce Le mot pensée ne désigne que l'action de » penser; tandis que penser en marque la manière propre » et distinctive. Penser esi le verbe changé en 'substantif )} par une conversion familière à notre langue. Ainsi nous » disons le rire d'une personne » le parler fi^nne autre, le » faire d'un artiste , etc. Or^ ces substantifs verbaux mar- )} quent le genre , l'espèce , la manière propre de rire $ 'de )) parler, de faire de la personne ; et c'est précisément ce » que marque le penser» Pensée a , comme l'italien pen-» » saia , une terminaison passive : c'est la chose pensée , tt l'effet ou le produit de l'action de penser. Penser, au )) contraire, a la forme active du verbe :.il désigne l'abtion, » l'opération , l'efficacité , la cause productive. Aussi le » penser a-t-il.une activité et une efficacité particulière; >} c'est le travail. et le tourment de l'esprit : il le tient et » pensant et pensif ; il l'attache a ses pensées et le mène de » l'une à Vautre : il le met en pensement, et le jette dans la » rêverie. •.• De là les pensers en général sont les pensées » propres et dominantes d'un tel genre ^ d'une telle passion, » d'une telle situation : ce sont des pensées attachantes.

» accompagnées de soia , de souci , d'inquiétude , d'émotions, » d'inlcrêt. Ia^ penser est proprement la pensée de VÀme , » ou , si Ton veut, du cœur; la pensée est la réflexion , la » raédilation de Tesprit : avec des pensées , on est jpensant; » avec des pensers , on est pensif. L'amour vous tient dans » d'éternelles pensées , et ses pensers sont une de ses plus » douces jouissances*. •• Avec des traits si caractérisés, penser » a nécessairement et manifestement une énergie que pensée » ne peut jamais acquérir. Frappé du grand sens et de les- » cellence du mol , La Bruyère le trouve beau , et vante ses

» effets en poésie. »

Gomment donc ce mot a,vait-il pu tomber pn discrédit, et comment se fait-il que La Bruyère ail eu à en regretter la perte? Racine n'était pas le seul qui en eut fait usage après Corneille; mais Boileau l'avait employé plus d'une fois, et Lafontaine asseas fréqueipinent* Voici des exemples du premier :

Vainement' offusqué, de ses pensers épais,

Dans le «rouble el le bruit, îi croit trouver la paîi.

Épitre XI,

Votre àme^ a ce penser^ de colère murmure.

Lutrin , *Chap. III.

£n voici du second :

Pour moi, de tcb pensers me seraient mal séaos....

Le PTeillard et ses Enfans.

Que j'ai toujours liai les pensers du vulgaire !

Démocrite et les AUléritaitis,

L'Académie ne dit pas que ce mot ail irieilii, mais seule- -nieut q|i*il n*a guère d'usage qu'eu poésie.

Sj 11 pcusc voir en pleurs dissiper cet ora|;e.

L. Rac. L'auteur a cru sans doete cettemanière d'écrir0 auiisi correcte que .ceUe*^i , sb dissipe^ V orage , dont il pouvait égalfmiiùtc .le acvvin

L. H. C'est une véritable faute ^ quoiqu'en dise Louis Racine. Le sens, il*accord avec la Grammaire, exige absolument 46 dissiper» Il faut que le verbe soit réciproque parce que le reibe actif n'aurait pas de sens. C'est sans doute une inadvertance , car il était très- facile de metti^ :

Il pense voir en pleurs se dissiper Porage ,

et la correction du vers n'ôtait rien à la métaphore naturelle et neuve qui en fait la beauté.

|[i[^ Nous avons déjh observé que M. de Laharpe appelle verbe réciproque ce qu'il devrait appeler verbe réfléchi%

53 Ak \ devant- qu'il expkfe !

L*ab. d'Ol. Vaugelas permettait encore de mettre ces deux préiK)sitions avant et devant^ l'une pour l'autre. Aujourd'hui l'usage est qu'on les distingue , soit en vers , soit en prose. Açanteal relatif au temps : A y ant votre départ ^ avant que vbus partiez. Mais devant est relatif aux 4ieux et aux personnes : J'ai paru devant le Roi, vous passiez devant ma porte. Ajoutons que devant ne saurait être suivi d'un que. Par conséquent , il y a , selon l'usage présent^ double faute dans devant qu'il. Je dis selon l'usage présent, car il ne faut pas faire un crime h Racine d'avoir quelquefois usé d'eïprcssions qui n'étaient pas encore vieil-* liesde son temp«.

(Q^ M. de Laharpe, en rappelant que , du temps de Racine, on confondait les deux prépositions avant et devant^ observe que Voltaire, qui a rappelé la règle dans le Commentaire de Corneille , l'a lui-même violée plus d'une fols dans ses ouvrages.

Vohaire , en effet, emploie dans Tancrède ^ Acte V, Scène V, le tour même qu*ou vient de reprendre dans Racine, et Aménaïde y dit, en parlant de Tancrède, comme Heriiiione ici , en parlant de Pyrrhus :

...... Ah 1 detant quUl expire.

Hacine, dti moins, avait pour lui l'usage de son temps.

,6r> ÉTUDES

Boilean ne dit-Il pas devant le mariage^ pour avani lé ma^ riage , dans deux vers de sa Satire IV, que je ne cite point parce qu'ils sont d'un langage peu fait aujourd'hui pour les oreilles chastes ? X«afontaine, dans sa Fable intitulée ^ Là' A ne et ses Maîtres :

L'àne d'un jardinier se plaignait an Destin De ce qu'oa le faisait lever devant V aurore,

Molière , dans V École des Maris : -

Et devant qu'il vous put ôtcr k mon ardeur , Mon bras de mille coups lui percerait le cœur.

Voir dans Bérénice , l'article sur le vers:

Si devant que mourir, la triste Bérénice y etc.

59 Et d'un œil où brillaient sa joie et son espoir. S'enivrer^ en marchant , du plaisir de la voir.

L* B. Dans la première édition,^ ce vers était ainsi : Et d'un œil quidéjk dévorait son espoir.

Subligni remarqua qu'un œil ne dévorait point son espoir, et Racine y substitua ce vers^^ qui laisse une belle inaagedu triomphe de Pyrrhus.

L. H. Subligni avait raison , comme il arrive quelquefois aux plus mauvais critiques , et Racine eut raison de se corriger, comme il arrive presque toujours aux bons écrivains. Mais Louis Racine n'a-t-il pas grand tort dans sa remarque sur ce vers 9 ainsi conçue : ti S'enivrer d'un œil oà bril" » laient , etc. Ces alliances de mots sont remarquables. » Une telle alliance de mots serait détestable, et il n'y en a point de pareille dans Racine. Que serait-ce que s* enivrer d'un œil ? Louis Racine a dénaturé la phrase , en la constraisant mal. Dans ce vers ^

Et d'un œil où brillaient sa joie et son espoir,

d'un œil signiiie , avec un œil , suivant l'usage si familier aux poètes , de mettre de pour avec. C'est donc avec un

DE LA LANGUE FRANÇAISE. ifii

mit plein dé joie et d'espoir^ çu^ Tyrrhus s'efiivre du jdaiiir de voir Andromaque ; ce qui est très-exact ; et il lïef enivre juasd*»» mils ce qui serait uu aniphig.ouri.

{T^ La remarque de Louis Racine a ëtë un peu tronquée saiistjoate par mégarde* La voici textuellement : « S'enivrer en marchant p etc., s^ enivrer d*um œil oà brillaient , ctc. Ces alliance» de moi» sont remarquables. i> Or^4l'^^ aurais voir ià que Louis Raciae ait entendu ce que Laharpe lui fait entendre. Il ne me parait , je l'avoue, avoir pris s enivrer d'un œil , que dans le sens où le prend M. de Laharpe Iniroéme , dans Le sens de slenivrer avec un œil* Il ùe'veut paa > plus qu*«»if e*emivre d'un œil > qu'il ne veut qvi on ^'enivre en marchant. Mais s'en.ivrer en- marchant y du plaisir devoir^ti ^enivrer de ce plaisir^' a^ea im cdl^ . ou d'ii/s œil oit briliaietit et l* espoir et- la joiei lui ont parud'heu- « reuses alliances' de mots , des .expressions vraiment piUo« « resques et poétiques.

60 Phénix même en répond , qui l*a conduit exprès Dans nn fort éloigné du temple et' du palais.

L'as. d'Oi» Quand .le pronom^ rqla|:^f çui est (.comme ici) na nominalif^ il oeaaurait être sëpfirë du substantif auquel il se rapporte. Je dis.^ quand, c'est un nominatif , parce qu'il ne l'est pas toujours ; cai: il est régime quelquebis, mab d'une proposition seulement, comme, la per^ toane pour qui 70 m'intéresse , la personne de qui 2'o»

vous a dit du tien

L*AB. DasFONT. M. d*01ivet soutient que ce çui de* ▼ait èlre joiiit immédiatement au noniinatîf /^â^/s/j:. En gë^ néralyjecrois qu'il a raison* Mais en vers il ne faut paspres-^

crire des loix si sëvères >

L.H. Phénix en répond y qui , etc. Cette construction ot absolument latine , et nullement française. C'est une nou* velle preuve des efforts que faisait Racine , dès son premier chef-d'œuvre; ponr transporter dans notre langue des tonrfiures propres aux langues anciennes. Parmi tant d'heureux

nôûibl^. li ("st'tiisp'edatttii^ av génie (îè nôtre langue - dé séparer le ^ri# el W ^fiâ» ruhtifis dû siilmdtrilf qtrilesVëgit.'Cd dëplAcemeni jetteriht trop de (5Dnfuftà>nf dans uoe 4aiïgue qui n^ pas lesmoyenade procéder babitueUement par l'inversion. f^^'Lar construction dttat il s'agk est non-seuleraeat ~ clioqaaute , mais' essenlieilement mauvaise. Gela vient, je pénsbjdece qtee'le'sabstaètif auquel se rapporldle relatif , eSVittp nem* délioi ^et niènie ùu nonl propre, ou de ce que le^vei'be qoi |irécéde le relatif et suit le* substantif, a un rëghne^^TMi) i etVdmnej 'tant* avec ce-substaattf qki'avec ce rëgiflile 9 une^ sorte de sens prindpal» et , ^ pditr/aiasi' dire , aJbs^U^Mciîa  c'était un* substantif iadëfiiii«teoinQ(ie' un . hbMfnè^iUfà fài!^^iinrjfrirù>B'yetx:^%>9A^^fr9ù'iiAk tel^8ttb»-^> taiiftifvc'^Kttitiiai vetbe^sain^régiitiev où waleiiattitt«Vée uu . régiiiMen protttfrw per9en)[r6i<; et.si^ dp cè^subaUnlif el île ce verbe avec ou sans régime, il ne réaulMiit qu^ua aess purement secondaire et , en quelque sorte préparatoire , alors celte construction , loin d*étré répréhensible , serait , au contraire , très-française suivant moi ,' et aurait même flouvëht'Ùeaiiôoiip'phik d'âgMtitëiit qtlé lWcdb^ni6lidn-ol^-

nâlrè/ÔÀ poùKrar éit jàgèépar'que14aèi*éxérapIérf*t(k^<dè^tlif«' ffrbhi•i)6értès: ftkdh€f/dafhs':^i/iafiV.- •

itjaiit que sur' lé trôné uUHÀl soit '<SI^V«',

<JÀi se' fttJùViedo^ uh* joai'^qir*atif rài^K' de SM' «tocétrè» , •

ràa 1^ fâit*ré'Mi[»totè^ pif là-'vdtar dr ses piétff«a.-

Boileau, Lutrin ^ Chant IV: j

Une épuissè nuëe k loDgs flots est sortie. Qui, s^ouv^ant a nieis'yeux'dâiis sôô'bleulitre'ieêlat , • Wà ïàit voir àà'se^ebt'coiidttlt' pài^ le prl&Ai&.' '

Voltaire, ^ir»/ia^d, CiSnt I":*

Une grelt« est auprès , dont la simple structure '

Doit loua ses ornemena aux malos' de la 'Nâliïrc.

"•Il

Lafontaîne , Fable A\l Loup et de V Agneau :

' Vit ieap SQfvitfAt.à je^^ qaî cherchait aventure , Et que la faim en ces lieux attirait :

DE LA LANGUE FRANÇAISE. i65

Le cld permit qu'un saule se trouTs , Dont* une* branche après Dieu le sauva j

el Fable delà Tortue et des deux Canards:

Une torlùè'ëtaîe k* lat^éè léfeèré;/

Qui lasse de son trou , voulut Yojr le pajs.

Ûêliile, tfadîiclion de \^ Enéide, Livre !•*':

Des deux oôtës du port un vaste roc s'avance Qui menace les cieux de son sommet immense.

J'.-Bc Rtfusieiiu ^.dfitts §on Odeanx Princes chrëtieoB :

Un prince nous poursuit, dont le faUl génie,

jiàns 'cette igbotoiAfe ', De Wotré' aniiqnls gibire éteint totor les rayonè.

6i Mais il se craint, dit-il, soi-même plus que tous.

L Hl Sar les mots lui et soi , lai-nttme , soi-même , la légle générale est de préfëVfer le premier, quand il est régimo défini ,- et \à second , quand il est régime indéfini. H craint poM^lui, pour l^mémè; chacun araint poursH, pour soi'-méme .• on craint pour soi-même^ etc. Cependant, il y a des occasions où, mémo en prose, de grands écrivains ont employé Usoi , soi-même , dans le sens défiai , comme plus affirmaiif et plus expressif : à plus forte raison , ceU JoiUl être permis en vers ; c'est au goût et au jugement à décider des occasions. lî y en a beaucoup ou l'un et Tautre à la règle près , sont indifférons pour l'expression j ici , par exemple, où il importait peu de mettre':

Mais il se. craint, dit-il « lui-même pins que tons;'

(te'^ p^t ftite crttirfe que R*dù«e regatdait cette règl^ ^mtth^ pHBXl impdrtatitfr.

4Q»'Otf pouvait plutôt cïvirfe qn'èHe n'était pds alors' bien fixée^; fùat* elle paraît Wtre 'a présent, et voici à-pèupe^ cowiïient l'abhé d'Ollvét l'feijidse', etf^asèil-ktft q^»e»U li^est pltis contestée;

!<>• « En parlant des personnes , on dit soi et soi-métf^ i » quand l'antécédent présente un sens vague et indéfini : » Dans le péril ^ chacun pense à soi. On ne doit guère yy parler de soi. Hors de l»i , et toutes les fois que l'anté- » cèdent présente un sens déterminé et individuel , comme w dans le vers de Racioe , il faut dire lui ^ elle , lui^jnéme , » elle-même» •

a®. » Sois quand il se rapporte aux choses , j>eut se « mettre , non-seulement avec Tindéfini , mais avec le dé— » fini, et il convient à tous les genres : La vertu esSM^ » mable de soi , porte sa récompense avec soi •, ce rr- » mède est bon de sol j -^^uoiqu'il vous ait incom^

i> modem

3^é » Peut-il se rapporter h un pluriel? Tout le mon'e » convient que non, s'il s'agit des personnes. On ne dit w aixeux ou elles. Mais à l'égard dçs choses , les avis sont » parta^^és. Vaugelas le condamne après l'adjectif, comme )¥ dans cet exemple : Ces clioses sont indifférente^ de soi ; » mais il approuve également : Ces choses^ de soi,. sont >j indifférentes ; et de soi , ces choses jiont indifférentes* » L'Acîidémie , dans ées Observations sur Vangelas ,j n'ap- >)' prouve que celle dernière phrase. » '

Maik, quoi qu'en dise Tabbé d'Olivdt /toutes lés dispositions de celte règle né sont pas également admises. L'abbé Boubfiud ne saurait convénfr que , ces choses sont ^ de soi, ih d if fé renies ^ vaille moinis que , dé soi ^ des choses sont indifférentes : il pense qu*il en est de soi comme du sihi «les Latins, et qu'd pCut, comme se 9 s'accorder aussi bien avec le singulier qu*aVec le pluriel; qu'ici le singulier et le pluriel n'importent pas plus l'un que l'autre, de soi étant une façoa particulière d*. paj^ler, et signiliant/^/zr la nature des choses , comme chez soi signifie dans sa maison ; que c'est un jugement assez biearre que celui qui , en condainuani la phrase , ces choses sont indifférentes de soi , ou 4e soi indifférente^ y afprqnve ceil^^ de soi, ces clioses sont indifférentes, parce que ^o j se présep^v alors d'une

DE LA LANGUE FRANÇAISE. i65

manière iDclclerminée ; comme si, devant ou après , sa valeur ne de va il pas être déterminée par la phrase entière I

Le même Grammairien fait voir que soi et soi-même se Jifient quelquefois d*uue personne particulière et déterminée, comme lui et lui-même ; mais que , dans ces cas* là , le chois de Tun ou de l'autre de ces termes n'est ni indifférent ni ar-« bitraire : qu'on dira plutôt soi que lui^ lorsque la proposition particulière serait vraie , prise dans un sens général , et qu'on iroudra marquer que ce qui se dit de telle personne , convient à toutes les personnes du même ordre, ou qu'il s'agira d'une propriété , d'une qualité commune à un genre de personnes ou de choses que l'on veut faire remarquer ; qu'ainsi en disant « par exemple , qu'f/is héros emprunie de lui tout son lustre ^ l'on ne désigne que le fait ou la chose propre à ce héros , à lui ; et que, si l'on dit qu*»» héros em^ j/runte de soi 'tout son lustre , on indique un fait ^ une chose conunune 2i tous les héros , au genre.

n observe que le plus contmunément on préfère soi en poésie, et lui en prose ; que soi parait avoir en effet quelque chose de plus fort et de plus énergique^ et que nos pères s'en serraient plus fréquemment que nous dans les cas où il peut itre employé comme lui.

Enfin il fait , d'a^irès Bouhoqrf et d'après Beansée , une remarque trèsrdélicate sur la manière d'employer 1 1 d'entendre soi-même et lui-même sans préposition après ua verbe actif : c'est que soi-même alors est eomplément ou régime du verbe , et que lui-même tient an sujet et en est la réduplicatiôn : qu'ainsi , il s'est sauvé ^ it s'est perdu soi^^ mé/ne , vent dire, il a sauvé ou perdu ssk pr.ipre |>ersottne , ^t il s'est sauvé , il s'est perdu lui-même , il s'est'sauvé sans le secours d'autrui , ou il s'est perdu par sa propre faute, en un oftot,il èstl auteur de son sulut, de sa perte; que> pareillement , il se loue soi-même Mgnifie , il loue sa propre personne , el non pas celle d'un autre ; et il s4 hue lui-' in^me , Itti-mAroe se loue» et les autres ne le louent i)eut-

être pas ; que Boileau » par consëquént > a eu ri^isoii de dire,

Qu*jl mêle , tn $e Taatant soi-même k toai propos , Les louanges d*nn fat à celles d'un héroé.... Mats sourent on aoleur qui se flatte et qui é^aime. Méconnaît ton génie et s*igiiore soi-même .-

que Racine, de son c6lé , d^ijpae très-exacteipent par /»f- •même, dans Esiher, le Dieu de bois qui jpshtJui ne peut subsister :

J'adorerais un Dieu ssns forée et sai^ Tcrto , Reste d'un trouo pourri par les Tcnts abattu, Qui ne peut se saurer lui-même!

nais qu'il aurait p^rlë plus exactement dans les. vers suiTjans A^Aihalie , s'il y eut substitue soi^méfne à lu^mitney qiiî cependant « par' la force des choses , ne .peut être, équivoque :

Dieu nous donne ses lois , il se donne lui-mémfi :

Pour tant de biens il commande qa'on l'aime.

c( Il faut bien , dit-il , que ce soit Dieu lui-même qui se » donne ; car nul autre ne peut le donner ; mais sa bonté » suprême est de donner tant de biens j tout jusqu'à soi » » soi-même enfin. i>

Si toutes ces observations de Ronbaud sont en effet aussi justes qu'elles le paraissent , M* de Laharpe a lrès*mal— à* propos censure soi-mêfne dans le vers :

Mais il se craint , 'dit-il , soi-même plus que tous*

6a AUoiis , cVst k moi-même a me rendre .justiqé.

L. Ç. Se rendj^e ji^sHcfiyQ^^ se .ren4re ^^soi-iv^fue un jmte.^^igpage, soit ep^l^ien , «>it,en inal.^^ /«V:^/>J- ^iic.e j.c!eft.e3(ëcuter.si^ soi ou sur les autres çi&.qife lajj^stioe tprç^cWt. ,Ce dernier cas, e^t celui d^'^ermippp. Elle ^dvvaÂt dof^c dire, jnç faire, et non flps jne ren^rf j^tiçj». ^1leurs ;Racino a parfaitc^o^içit.pl^servé cette ^iÇ^c^nfe*

Mithridatc 4it,à ^onin^.:

' Stt6n y j'ouvre les ^j^eux , et je me rtpds fusiicçf C'est faire k tos J)eautés jnp piste, gaofifioejeie»

DE LA LAÎÎO'PE f^JVANÇAISE. 1Î7

n 4^ r#»<*;W/#V«0aavou«ttllqqWQP.unipn,av^^Qni9ie.oe

t?Qir renoncé (au mpinS/Oniappacepct ),à ftlonirots* U ^xige .i|u'«Ue.TenoiiQaAUSsi À «Pbwn^çe , il dit :

nimis ^ avant de partir, je me ferai justice » et patr^oat.l'espcesaiioix est juste.

€3 J*âi oonriiyera I0 temple , où nos Grecs dispersât ,Se sont .jiisqtt?à4'aoiel dans lafoile glisses.

L. H. Cette exp^ssion jgH^sés , peut faite par plle-n^èqi^e pporlapo^si^ noble, passe .à ^ faveur de l'inversion çt 4^ ftarrangeroent.des mots>'^i.la fqnt, l>0;nr aiqsi dire, at;teadre à la fin du vers . de manière h la renilfo nécessaire. Si Taatear ei\t mis , . dans le premier . hëmis ti«he , ye , glis^c^^t dans lafquîe j c*eùt,ët<S un prpsaismje.ipar5{né^Cette sc^içnce de Tarr^ngement d^ mpis ,, ess?ji^^ielle parj^çi^t ,,rest.^^rtout dans une langue où beaucoup de (ermf^a doot ,U.p))r*'\se ^ besoin , semblent repoussés par la délicatesse scrupuleuse de notre poésie, ^^et «ne peuvent jt^oalrer. qu'avec toutes* les préactions ^qni^e,sont ^n^ignées we^ar le goût.

.^ Bjsrbm m'a.cMODiiD f mais aans.ebanf;«r de.f^ee.

L. H. Si le second hémisticbe est répré^en^ible , ce n'est pas que le mot^çene puisse entrer dans le stjle noble , comme lendit fort màl-îi-propos le commentatear ; c'pst que danger. deya^tf s'entend , dans notre langue, des choses qui changent d'état, et non pas des personnes qui changefit de visage. Agrippine dit trè»-bien dans Britannicus .*

n suffit, j'ai parlé : tout a changé de faoe,

.^^J^ /^actf^a«<pfopne>. signifie la superficie des choses 'physiques, ce jqufeUes .présentent atindehors à pos j'eox , et on s'en, sert jdans ce sens pour désigner le -Tisagé d^ l'homme , xomme ihpen prèsila^ulepartie du oorps qu'il montre bien à découvert* J^ao^, -au figuré,. se dit aussi des choses nio* jrales, des affaires ^^prisesdiicolé p^r où ou les n^gapde dos

i68 ETUDES

yeux de IVsprit; et comme c'est par-là qu'on roil ce qu'elles sont en elles-Doèmes , on emploie le même mot pour désigner leur situation, leur état. Cela explique Bssez pourquoi les choses morales , les affaires , peuvent changer de face , tandis que les personnes n'en peuvent pas cbanger : c'est que la face physique reste toujours foncièrement la même , quoi* qu'il arrive , et que la face morale j qui n'est qu'une fiction j varie nécessairement avec Tëtat de la chose. Mais si les per* sonnes ne peuvent pas changer de face^ elles peuvent changer de visage ; et pourquoi ? Parce que le visage ne se prend pas seulement dans le sens àe face , pour désigner cette partie antérieure de la tète qui comprend le front , les yeux f le nez , les joues, la boucha et le menton, mais qu'il ae prend aussi pour la couleur, pour l'air, pour l'expression du visage^ pour le visage en tant qu'il est le miroir de l'âme, et qu'il peint nos mouvemens intérieurs , nos sentimens, nos passions , etc. Or, quoi de plus sujet à changer que le visage pris danr ce dernier sens ? ' n

65 Poar toiis mes ennemis je déclare les tiens.

L'ab. Desfont. c< 2'ons , dit Tabbé d'Olivet , est là » de trop , ce me semble , ou du moins il est mal place. » Pour mes ennemis je déclare ious les siens , serait plus » naturel. » Je n'en sais rien ; ce qno je sais , c'est que Texpression serait bien moins énergique. Pyrrhus semble diro ici : Je déclare que ses ennemis sont tous les miens ^ sans en excepter un seul. Cela est plus fort que s*il eût dit simplement : Je déclare ^ue tous ses ennemis sont les miens. Le prosateur me parait se mêler ici de ce qui ne le regarde pas.

L. H. L'abbé d'Olivet a raison , quoiqu'on dise Louis Racine ( et parconséquent Desfontaines ) , de blâmer le mot tous à la place où il est. C'est trop intervertir l'ordre des idées* Je déolaj'e tous, ses ennemis pour les miens j< voilà le sens et la construction. Je déclare ses ennemis pour tous les miens n'est pas français , et . ^'il Tétait , dirait

tatre chose que ce que veut dire Pyrrhus : car cela signi* ficrail qu'il n*a point d'autres ennemis que ceux d*Andro-maque.

f;^ L'interprëtation de DesFontaines n*cst pas toul-à« fait celle-là : mais qui ne sent combien elle est forcée , et combien elle rëpugne au texte de Racine? Quoi ! votiloir qae , pour ions mes ennemis je déclare les siens , si— goifie» je déclare çue ses ennemis sons ions les miens , lans en excepter un seul, plutôt que Je déclare que ses ennemis sons seuls les miens , ou que, je n'ai d^eane^ mis , que ses ennemis ! Vouloir que sous se rapporte à Us siens ( à se% ennemis ) 9 dont il est tout-à-fait séparé par la construction , plutôt qu'à mes ennemis ; auquel il se iroQve joint immédiatement! La mauvaise foi peutelle se montrer plus à découvert ? M. Geoffroy du moins a ftu se taire.

66 Je de?ienâ parricide , aatasain , sacrilège.

L. H., citant L. B. L'épithète ii assassin est moins odieuse qae celle àe. parricide i ainsi ce vers pèche contre la ré^le ordinaire des gradations* ,

G. F. Parricide est impropre : Oreste ne devient point parricide en tuant Pyrrhus. Quand le mot serait propre, la gradation serait toujours mal observée.

{Q^ Si parricide est impropre, il iie doit pas moins l'être dans la bouche d'Jiermione, quand) reprochant à Oreste Tassassiqat de Pyrrhus , elle lui dit :

Tais-toi, perfide ,

Et n'impute qu*)i toi ton llohe parricide.

Mais il ne l'est pas plus là que là. Parricide j qui signifie» «a propre > le meurtre et le meartri er d'un père , se dit par bitension , nôn-seuleme t du meurtre et du meurtrier d'une mère , d'un frère , d'une iœur , d*un oncle , d'une tante , d'un ÛI5, d'une fille , ou de tout autre proche parent , mais encore ^Q meurtre et du meurtrier d'un souverain, et, en général,d'une Personne sacrée» Il est vrai qu'Oreste n'était pas le sujet de

Pyrrhus ; mais il avail été reçu k fa ^oiir , il.y^ëuit à.ltJUo d'ambassadeur 4 et la perspone de Pjiprbus. devait lui 4lce aussi sacrëe que celle de son propre souverain. Enfin ^/narncîde se dit par ^tension d» tout sJO^M^tt i^oirible , fij^ifra • ble , et qui rc^volte également la :n^|uve «t l*humajiitë. JI .a même lellement prévalu dans «es ^i^rentes. acceptions abusives ^ que ^a^fVÂ^^e.n'a Jamais. éië\adronilai^,noJje langue , et tim/r^ktri^ide. iCy «sLqiie do peu d'iis^ge.

67 Toot le peuple assembU nous pouwàit k main forte.

L. H. Mainfqrtêy qui e^tde la proAe.camfnunej/çstr^^Y^ ici par cette tournure qui n'en, est pas» fiouls pçjirjmi à.viiai{^ forte. Ces sortes de rçf^iipjrqp^^o^tfait^ pqur ^Qrvir.de réponse ans écrivains ignorans y tffù s'inf^gfpj^^t luroiiver.da^s quelques endroits sembûbbs de i;ioSjgrands^cr>;i(^iqs, l«*exçnie de la platitude et de la trivialité , comme ils peoaeut.vMr dans le style figuré de Racine 9 dont i|s lie connaisse t p^as la théorie , Tezemple et l'apologie de leur style barbare et ^moiiftriieux.

.^13^ Saas.dout&quelaetoonMire^ ^tous poursuis à main forse y ne manquerait pas de.noblesse.'Jilais l'expressioii est- .ellorbien claire, et tbien juale'? 1^ me semble que non.J*en- .tepds très-bian ce ï^e.duMX.i^ejpoursuivsé^ maim année.: c'est poursuivre les aanesa lantain^ 'Mais qu'est-ce que pauKsuivre à jnain fortp , (Sortout quand e!est tous un ^estple.^ni poursuis ? *Main forte {force delà ifiot/r) » signifie commu Dément le secours» l'assistance que Ton prête à quelqu'un pour exécuter quejqifei^o^ : tel est» par exemple» le secours que lagendarmeiie. Wila^arde OUtionale. peuvent prêter à un officier de justice ou de pplite pour l'exiScutif^ de quelque jugement ou de quelque mesure. Tout nn peuple peut, dans certaines occasions» /ir^/^r rfiain forte pour un semblable objet. Mais quand c'est tout un peuple q^i poursuit , comme dans lé'cas présent» qui est-ce qui peut lui prêter main forte ^nr poursuivre y ou gp'^-t-jl besoin qu'on lui prête main/orie? Cependant je dirai pour ,lajut-

DE LA LA».OfUEf|lANÇAISE. .171

tification ^& Racine , que pounuivrg à maid forts pouvait ùgnifier de son temps ^ poursuivre d'une main forte , -c'està-dire avec force ^ et. vîguepr. Ce qni leproi^vc, çe^ont ces ▼ers de Boileau , Satire VIII ^ où ^ main forte est pris dans ce même sens : ^

BieDtôt Pambition el toute son escorte ,

Dans le sein du repos yient le prendre à main forte.

Vent-pn voir un exemple de l'esprx^ssion à ^ai^ forte employée pour secours d'armes ei4^ maifi/i on le irpuyera dans ces vers de Molière , où Amphitrion , repousse de chez laipar Jupiter y qui a pris sop nom et sa figure « se dit b luimême dans son dëpit :

aAUoik , «onaont jvaat q^edfaveBieiiz'il soste.

Assembler des amis qai suivent mon coarroiix , IÇt çl)es <^oi vf^* à main fpK^^ Poar le percçrde mille .çbaps.

68 Grlkce au\ Dienz y mon malheur passe mon éspéranec , etc.

;L. 9. G*^t 4a|)acq%)i|UÂt.?9tSj)l«s.|lV«^lmjU(Kj^^ itqlp.ii*Oi;^\^ » ..q^e l'ic^xiie «»t 4nblime^^.•ftmftd*étl<e.ankèl» , etc|eHP<H^ 4ropie9.44j^J^t9bl4e,parçes nMèta, ^ècefiux D^^mXj qui.;?}B>ène.et ]\i9\\f^}e^m>t à!ifsp4rance* Ce^'esi fQ'\ai 1^ sperafr0!,dolç]:eni,^y,ii^i]e.', Qe.p!esi» point à U f\^çe ,49^,9if%i .d!f^4Mn4e » oonmie t^.dit :Ie .commeataleur (Luneau): Racine savait aussi bien.que:Ipi>qji.V^j^i3«U2^ ne se prend jamais en mauvaise pars ; c'est préciscment pour cela qu'il a dit « mon espérance , parce que la conti'evérité est le style de l'ironie » et celle-ci ressemble au rire effrayant et ooavulsif qui saisit quelquefois up malheureux dans Taliënation de la douleur. X'ironie est ici la dernière ressource de la* rage , qui feint d'applaudir aux Dieux et h la destinée % fiiute d'expression pour les maudire.

jj,^ Il est impossible en effet de ne pas voir là cette espèce d'ironie dont parle Laharpe. Elle n'esl pas moin»

sensible dans le second de ces huit famens vers que dans le premier :

Otii , je te loae ^ 6 Ciel ? de ta perséyéraaee ;

et Ton voit qu'elle se soutient très^bien jusqu'au dernier > qui la termine d'une manière si terrible :

Hé Inen ! je meurs content , et mon sort est rempli.

(( Ce mot , je meurs content, dans la situation d'Oreste , y) est le sublime de la rage > dît Laharpe dans son Cours d» » Littérature ( tome II. page 55o) , et ceux qui se rappellcnL y> d'avoir entendu prononcer ce vers à l'inimitable Lekaiu , » avec des lèvres- tremblantes^ les dents serrëe$5 et un sourire » infernal ^ peuvent avoir une idëede ce qu'est la tragédie , » quand l'àme de l'acteur peut sentir comme celle du y> poêle. »

£h bien I le dirait* on ? M. Geoffroy n'a pu voir dans le vers « Grâce aux Dieux y que ce qu'y avaient vu d'Olivet » Desfontaines , Louis Racine et Luneau , qu'une imitation du Sperare dolorem de Virgile , et le mot espérance hardiment employé pour attente. Il ti'a pus senti qu'après grâce au A Dieux y espérance éiaiifSir rapport à malheur y le mot propre ; qu'Oreste , dans l'excès de sa rage , défie les Dieux de pouvoir le rendre plus malheureux , et les remercie en queU que sorte de s'être surpassés dans leur cruauté : où s'il l'a senti , ce n'est sans doute que d'après Luharpe, et il^ n'a pas voulu en faire l'aveu.

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