II
Lw Bi , dfttas xham lè^léditidti^ alM^rieuHè» k'ceHe de i 7G on trouve : ^ ' .1
n yWi^kit'c6ti'élké^iMisU«ngét eèsàfbfl^lidi^?
«'iify*^i«ytfi>'c^/AS^I#^eflt'p^*feâfiçkisV [lOurs^infier; il 1$^ fOUrtàfipàsWtU'rtÊHtr. Od dit«tf4ii»MU'tiik-di|{ëion8i
TieottehereijreùùWièr.hepterhiëreiiuni^iaciiî, tantôt )> neotre, et prend tou^otïrftl'autitiiilrë aiHfir. Le second est }) r^pfoque 9*od* netalrè', ou- pàsii^^ et prend Faiixilairo » être, a
Cette note de M. l'abbë d'OUvet porte sur un principe trèsvrai ; maïs nous croyons qa*ici la faute regarde plutôt Timprimeur que le poète*
L; H. Le'commén/tateùr'ëtaU d'aatant plus autorisa S. le cmù^ y (jné' Haèliië le ûhib dît positivement dans ses Beniérqnes'su^lèfs)9fiifd(ê^/irir.* et' autant valait le citer » d*autml pli^ que , dâlas'iin fii(ît d^ cette nature. Racine le fils est 00e aUtôritë. '
{Q4 L'aSAd' d^OlïVét^, dans réditïon qûè j'ai sôiîs les yêùt, n'app^iii^é]Va4'pl(i^', il s'y serait conctiéy que', ity i&rait coubhé. Volèi'CE^ (Ju'il ajoute après avoir ctabll entre côûchër et éé* tioiiclxér la distinction rapportée ci-dessus : (C Ml'Racinèrlé fiV^ |irëtè'iid que c^cst ici une faute d'impres- ^ n'ribi^y et ^li'ôti doit 'lire': it s* y serait couché ^ etc. Mais » iln^ar* dtfhc' pa& fait' réflexion que y se coucher ^ signifie )) siWpte'ment s^ Msàrêau IU\ oh détendre tout âé sort \ »^ hig 9!àY (|ùeti}ne tfrosè : oé cc^ i^é&i assùrënbicn t point là ' » cer'qîJè'rahlèth'^à *V6d!tX' dite. Pourquoi' ne pas'avôdèr , ' »*qll*«àlitié«ttie*aloVÉ', sdri pêi-e'^pdùrrtiit s'être nâ%is ; ou ' »' (W'^ùi' èsf jrtUs yfrtiëhïHil)lfe7'ciaè dâiiis une cornéàie , . »' dJt'il^nyèVtkift'd'dillVék' Baib'àridniès dam^tà' bouche de 'ce ' r ïuisàèVbiM'd^AMMs', là 'fàtirè' (|ûèf ndiis>eievbns avait çVé ' » faite exprès ?'Q{/6lt|[if il'éii s6it , je piii's assiirëf qife Védi- » tion faite en 1668 f j^orté, ii y sénat ûonohé*; et je » trouve que'lkrtcMv^i€nx'de'M*'Aflcihvlé^fiUa'tSeë f(A*t mal ^ à-propos suivie, dans l'ëdition faite en i76o« »
Mais s'il ne faut ni il s'y serait coudiez ni il y serait cvneAil,- queifii'ttdMt^M àoixc'^ L'tihbé' d^^ivct Ta assez in^iqaë'; il' Êiifdratt*, H y aUrai^ couché / 5*il pouvait enmr damB'lvvcfrkaKwe'l^atîiSé Observons que sur ce point IkafiMatainei'n'afpoéiii'eeiftredît'd'Olïvet'j et que son silenev U-desana cbt iiiie»appr6battoli^tpè4»eiKpi<#«se 9 d'afitè^ cet aveu y
arracbë par la force de la Vëritd, qae la plupart des remar^ ^ues dé d^Oîiveù sur cette congédie, sont raisonnables et utiles ^ et qu'elles annoncent dans leur auteur une prO" fonde connaissance de la langue.
4 Il a si bien yeillé ,
Et si bien fait , qa'oQ dit qae son timbre est brouillé.
L. H» On croit devoir expliquer pour les étrangers , le sens et rorig[îue de cette locution familière» timbre brouillé, timbre fêlé y pour cerveau fêlé , cerveau brouillé. Cette espèce de trope proverbial est pris du timbre d'une horloge, qni cesse de frapper juste lorsqu^il est dérange, fêl^^ ctc* , comme les idées se brouillent danA un cerveau blessé.
^dî^ Ce trope est une métaphore , e^ cptte métaphore est défectueuse par l'incohérence des termes 5 doot Tun repousse l'autre* Un cerveau peut être brouillé sans doute « et il Tt^st , au figuré « parle désordre ou la confusion des idées. Mais un eerveau 9 présenté sous Timage «Pun timbre ^ ne peut pas plus être brouillé qu'un ambre lui-même. Or un timbre ( cloche sans battant }« ne saurait être brouillé , puisqu'il ne renferme point d'élén^ens qui puissent se déranger au point de se trouver pêle-mêle. M^ up timbre peut .eue filé i c'est-a-dire 9 fendu de manière que les pièci^ en d^ meurent encore jointes l'une avec l'autre. Aussi dit-on .au figuré , un timbre fêlé, pour une tête fêlée , c ef t^à-dire i^n peu folle. C'est ainsi que daps les Femmes snvarUes de Molière» Crisalo dit» eu parlant de Xi^issç tin :
. Oaeherobece qu'il dit après qu^il a parlé , , Et je lui crois pour (noi Je timbre un peu fél^. ..
5 . . . .^. . . ^ . .'. . . Ob ! monsieur , je vous tieu.' ' ' -
^l...;B« Il faudrait uup s au mot Aiea\. c'est une litenos d5>«t se servaient fiidis les poètes : eoUs ne yogronsi pas la raiaoa {ipur laquelle pn, n oserait; fjlqs la pr9adfe> 4^iv supprime ear* core ttès-bienl'.rdfii^/^ c^oit» je vois\ ^*etf^'* Pour^uM>i' ne lii ferait^on pas ausftibi^n dans les autres veibes?
L !!• On voit très-^bien la raison pour laquelle il faut se garder de niultipUer ces licences ; c'est que toul homme qui sait écrire sera toujours tres-sobre de ces sorles de liren-i ces qui ne sont rachetées par aucun mérite: les licences dea bons écrivains sont des beautés , celles des antres sont des fautes: Le coinmenUteur nous dit qu'on supprime 1'^ dans je vois, je crois. Ce qui est vrai , c'est que Racine et Voltaire se le permettent Irèar-raremeni , surtout le premier, parce qu'en effet cela n'est pas irès-bien. Vs est beaucoup ' pUis eî,senlielle qu'on ne se Timagi ne communément: en la supprimant dans les verbes , on donnerait à notre langue un air étrange et barbare j on perdrait les sons doux que celle lettre produit en se joignant à une voyelle. Voltaires est avisé, Ton ne sait pourquoi , de la retrancher dans les impératifs * il écrit vien,pren, eour^ crain y romp , etc. Il n'a pal songé que, dans la formation des lemps , il est de principo ^e la seconde personne du singulier de l'impératif soit lo même mot que la seconde personne du présent de l'indicatif, parce qu'en effet celui à qui Ton parle est la seconde per^ aoane, C'eat par une espèce de corruption que le laps do temps et l'usage ont autorisée, qu'on s'est permis de retrancher l'j dans les veiribes où elle suit une voyelle,. comme parte ^ pkmgs , frappe , etcj mais elle a toujours été conservée dans ceux où 1'^ suit une ou plusieurs consonnes, et même beaucoup) d'écrivains du dernier siècle la gardaient dans tous les verbes. Voltaire s'en souvenait lui-même <|uand il écrivait dans sa Henriade. :.
Betranckes, ^ mon Dieu! de» jours de Ce grand Roi, etc.
et tous ces impératifs sans s , dont il a chargé ses demièi^s «iilions , forment la bigarrure la plus choquante.
Il faut cdMenrer que l'ortliograjAe en elle-même n'est point aAilrairejelle est ordinairement fondée sur l'élymologie , sur ^'analogif , sur le besoin , ou sur quelque autre raison! La "Çconde personne , dans nos conjugaisons, est essentiellement 4iffércnciéo à l'œil et à l'oreille, par une x , comme la troi-^
i-tS Études
éième pAr un ^^ et ce qui fait que cetle diBerenceeat essèhtiellf 5 c'est qu'elle est l'uniq^ue. L'inipëratif est une seconde persoiuie : il ne faut donc pas supprimer Vs. On en pourrai i donner d'autres raisons ; noais voilà bien asses de grammaire* On peut ajouter pour, le goût , que « loin de légitimer gëné-« ralement ces licences si rares dans les bons écrivains , celles qui ne font qu^ blesser la langue sans enrichir fa diction, . qui facilitent la poésie sans rembellir , il serait à souhaiter peut-être que les règles fussent encore plus sévères et plus contraignantes. Elles ont un double avantage ; elles donnent plus de ressort au génie , et ne sont un obstacle que pour la médiocrité : et ne serait-il pas trop heureux , quand ladiffî^ eulté vaincue fait les bons poètes » que la difficulté à vaincre nous délivrât des mauvais ?
({3^ S^ ^« Luneau et M. de Laharpe eussent lu avec un peu d'attention la remarque de d'Olivet sur le même sujet 5 l'un n'eût point dit que les poètes autrefois supprimaient par licence la finale s aux preniières personnes des vei^bes^ et Tau* tre n'eût point paru croire que les verbes qui ont maintenant cette finale, Tont eue de tout temps. L'abbé d'Olivet commence par rappeler , d*après la Grammaire de Rdbert Etienne 9 qu'autrefois les premières personnes des verbes au singulier ne prenaient point â*s à la fin, H ajoute en)iuite' que d'abord les poètes s'enhardirent à y mettre une s , afin d'éviter la fréquente cacophonie qu'elles auraient |hite sans eela devant Ivs mots qui commencent par une vojelle; que , comme ils n'avaient rien de sembluMe k craindre des verbes qui finissent pur un e muet, parce que ceux-là s'élident , ce sont les seuls qu'ils ont laissés sans s. Ainsi ce n'était pas par lieenae que les poètes jadis supprimaient cetle leUM , mais c'était au contvaire par licence qu'ils la mettaient» Cette licence des poètes étant devenue; depuis loag^temps, et dès avant Racine, l'usage général, on ne peut plaa attfourd'faui se permettre la stqppreasion que par Ir'eeivCtf turque par abmSm Ce ne serait le plus souvent <{ue par abus , parce qu'on ne «oMrc k licence que pouv^elques verWs{peusles>verbesin*
di<{ttë8 par Lvneai^^etquo ptfar la pvemiire personne ia prë« aeel de rindîcatif . Jusqu'où donc oerlams poAtes de nos joars D'oat-ils pas porté Vaèus » en se periDeilant une pareille sup« pression pour la seconde peraoïue 2 Cest violer tout à-la*foi$ et Tasai^ dn temps présent el l'ueage des temps passés » et la violer dans ce qu'il a eit de plus constant ^ de plus invariable.
6 Et e*est un grtfnd hasard s'il oonolur votre aflkire, Ssns plaider le earé , le ^en'd^c et lii nature.
L. B. et L. H. Plaider éfuel^n'un , style de chicane* Dans la conversation , aussi bien cju'en écrivant ^ il faut dire plaider contre éfueléfu^un,
j;^ P'iaider qneUftt*un , style de- chicane , si l'on veut: mais pourquoi: ûti le dirai t-bii pa's , surtout dan^la: Conversation ? L'Arcêdéotûe le reconnaît en usage « et v.çipi %itt% propres phrases : Il a été obligé de plaider 4Qrp. tuteur pour hi faire rendre compte : si vous ne me satisfaites pas » je serai oSîigé de vous plaider. Au reste , plaider ^uel-* ^u*un^ c'est X ou lui intenter ^. lui faire un procès^ bu être ea procès avec lui : Ce chicaneur plaidé tous ses voisins : il y a trente ans que ces deux famiHes ^e plaident. Là discorde « sous les ttfail» de Sidrac^iUi/riff s ch«n).jy[L
J*ai moi seal autrefois plaidé XXSvX uh'ehapïttti ' . f . La moÎDdre. d^^enire aotu-^ taes as g^oc ,> s^ns.fppot « , Eui plaidé lo préitU et i9^clfmtl4nf avec lui... ,.
7 On. ne voit point- sa fiâlf ^ a^U pa^vrie Isabi^y- IflLvisihlp et dolente j est.ei^ pfisonchc^ elle.
L B« Dolente voulait dire autrefois triste y tt^igée 4 tojourd'hoi ee Mot ne* signifie pixi%' ^'dne personne As/s- Soureuêetf â^aneimée.
Ih Ht V<&lent'e% dole/Ué signifient euoors ce c|u'ils'signi« isieot 9 quoiqu'on dise 1» oomm^nùteisr , qui ApfNirenihlasata éottfdttdvi ;d(sAm^ avec indoletti. Toutcet^i'oà po»^ ^t observer snr et mot, c'est qi/ilne s'emploie, aniouvd'huî <pe dans' le'siyle ^dw', et que* in eoA^die anfanene lis ^portèiittil pBb dons «n 4.twipiet ■ériw»>>
i8i> ÉTUDES
'({vl^ Si M. Geoffroy a vu cette dernière remarqua > comment ft~t*il pu répéter celle qui j est combaltue ? Comment a^t-il pu iVive , d'après Luneau , que la signification de dolente semble aujourd'hui restreinte par l'usage à celle d'une femme langpufêiisé , d'humeur chagrine et plaintive ? Le Dictioimaire de l'Aoadëmie dit, cpmroe M. de Laharpe , que dolent signifie triste « affligé ^plaintif: il fait le dolent; un visage dolent; une voix dolente : et il observe de même qu'il se dit plus orçiinairement en plaisanterie. Tel est aussi l'avis des auteurs tlù Dictionnaire de Trévoux , qui citent ces deux vers de Molière :
J'avais ^. Marim T<iy^ot, l'œil gai ^ l'àme cootente^ Et je suis maintenant 1x1^9 commère dolente,
' Boiléau a^fart un aSses heureîlx usage de ce mol dans ces vers de son Z«^»/» , chant IV:
A peine ils sont assis , que d'une Toix dolente \ ' Le cbantre désolé y lan^cnlant son mallieur . Fait mourir l'appétit 9 et 'naître la douleur.
ypl|aire , Enfant prodigne , A. I , se. , 1 « ., .
'- ^iièje rirai! quel plaîsir ! que ma fille • , *
Y a ranimer ta dolente famille I • • - • .1
8 V Elle voit dissiper Sa jetmessfe en regrets ,
Mon amour en futiiéë)'^cfl s6n bien en procès, .
L. B« Gemment un 0i>scyi/f' peut-il se diasiper em fumée} Cette métaphore serait plu» $ut)pdrlable,' si Hacine avait mis ymies fenxm, »■ ht. • • ' . • '^ \ \' i*
. Pour.qnelemot dissiper convint à toiMA^s«uhs||ititifs>iI \ aurait fallu le faire précéder de se \ ajors. op ^rait pM dire: -elle voit sa jeunesse 4e dissiper e'n regrets^; mon amour en fumée , et,sonAien un procès* i. ' •
L. H. Leeommealaièuiri/quftA voulM.j^9ir,içi.l|i meta- "pbore parles règles* générales du rappert. des .objets; « s'est ;totaleroeDt trompé. IL ne s^e&l.i^s^ M^^^WtX^.^^e^issip^f en fumée i s'en aller enfumée, est untà phra^iPifÀtite 9 une
DE LA LANGUE FRANÇAISE* i8i
sorte de figure banale qu'oo applique à tout ce qui se ré* doit à riea. Tous les jours on dit : ses projets se soni ett allés enfumée. Y a-t-^il plus de rapport entre les projets ^K Xdi famée i qu'entre \amoar tX la fumée? Il s'exprime avec sa décence ordinaire» quand il dit que mes feux en fumée aurait éxA plus supportable : il ne faut rien moins que toute sa confiance acooutumëe pour vouloir sans cesse corriger Racine , et il faut un goût tel que le sien pour ne pa» sentir que mes feux en fumée serait ici un jeu de mots plein d*affectalion et du plus mauvais effe^*
D*01ivet faisait une autre critique de ces vers: il blâmait » et avec plus d'apparence de raison , la jeunesse qui se dis-^ sipe en regrets , et Racine le fils souscrit à cette censure. Je crois l'un beaucoup trop sévère , et l'autre trop complaisant* n est évident qae dissiper est pris ici pour perdre. Or on perd le temps en regrets , et la jeunesse est certaine* ment considérée ici sous le rapport du temps , d'une saison de la vie* L'analogie est donc observée ^ et ces deux vers » excellens par leur précision « n'offrent qu'un défaut de grammaire; c'est qu'il eût fallu le pronom se pour que le verbe dissiper pût s'appliquer aux trois substantifs avec la même exactitude»
{ï[^ Faute de ce pronom , les trois substantifs se présentant comme régimesvde dissiper 9 l'action de ce verbe semble partir d'un sujet qui la produirait comme cause efficiente , et l'on se demande quel peut donc être ce sujet; l'on se demande par qui Isabelle voit dissiper sa jeunesse > ^6n bien et l* amour de Léandre, ou, ce qui est la même cho;^ 9 qoi est-ce qui lui dissipe tout cela. Elle peut^ sans doute, ^oir dissiper son.èien f et c'est par Chicaneau, son père^ par Gbicaoeau , ce plaideur éternel , qu'elle le voit en effet chaque jour follement dissiper en procès. Mais qui est«ce qui peut lui dissiper , comment que ee soit , sajeunesse et Z'o- "lotfrde Léandre ? C'est avec ces deux siihsianiiîs jeunesse ^ amour 9 que le pronom se était absolument iudispeu— table devant dissipetf, afin de présenter la jeunesse et
i«2 ETUDES
l'amour f tout à-la-fois conune principe et comme terme de Taclicm. Se dwiper. eût pu oonvenir aussi avec le sabâ* tanlif bien. Ainsi il fallait de toute néoes&ilë remployer. U est vrai que la syllable se était de trop pour le vers ; mais qu'est-<e qui empêchait de substituer s 'ê» aJler à se Ms^ siper 9 et de dire , elle eoiis'em aller? Ce s'est pas la pi«« mière fois que ^cine fait la faute qu'on relève ici : il avait déjà dit dans Androma^ue :
11 peuss ¥oir en plears dissiper eet orftge.
9 II gagnait en un jour phis qu'an antre en six mois. Ses rides sur son front grapoieni ious ses exploits»
L; B. Tout le monde saittjoe ce dernier vers est parodié du dd y et que Corneille trouva fbil mauvais qu^un jeune homme ridiculisât ainsi wes vers. Corneille arait raison : la parodie est le mente aisé des petits esprits. Racine fut séduit sans doute par Texoraple d'Aristophane ^ qui ne ménage point les heanz endroits d'Euripide ^ lorscp'il peut le travestir d'une manière plaisante.
' L. H. Il ne s'agit point ici du mérite aisé de la parodie, qu'assurément Racine ne cherchait pas. Il s'agit de savoir ai c'est en effet ridiculiser un beau vers» que de remployer en plaisanterie. Or c'est ce qui arrive tous les jours dans la conversation , où l'on fait une application plaisante et détournée d'an beau vers ou d'une belle parole » sans avoir «ucune intention de les ridiculiser» Celte espèce de travestissement est très-innocente en elle-même , et n'a rien dé i}ommun avec ces farces appelées parodies , où l'on se sert •des idées et des expressions d'an ouvrage pour dénigrer i'autear avec autant de mal-adresse que de grossièreté. Ces paro- «dies ne sont autre chose qu'une satire burlesque. L'humeur de Corneille était donc très^mal fondée * ainsi que la note du commentateur. Quand Boileau s'amusaii À parodier les belles scènes dd Cid , pour décoiffer Chapelain , c'est de Chapelain qn\l se moijuait , et non pas de Cornmlle* Aris<tophane , au contraire , attaquait dans ses parodies , nonseulement les vers d'Euripide , mais sa personne^ avec la
DE LA LANGUE FRANÇAISE. i85
p1a9 îndëcente niali^té ^ el Racine o'dtail fait Ai pour èti^e sëdaît par un pareil exemple » Bt pour ie suivra en rien. Il cooDaissait le respect dû an gënie 9 et k ooramentateur ne le connaît pas*
{^3^ Le vers de Corneille parodié par Racine dans les Plaideurs » a été aussi parodie parBoileau dans son ChapS" lain décoiffé» Mais ce n'est pas une preuve que ce soit un beau vers. Les rides mar^^uent les années et ne gravent poifii les exploits 9 conme l'observe T Académie dans/^^. Sentimens sur le Cid. Mais il y a plus : les rides sontgra^» fées^vt ne gravent rien , pas même les ans qui les gravent bien plutôt eux-*mémes; elles marquent les ans, mais elles De pourraient pas marifuer de même les exploits^ , parce qu'il n*y a aucun rapport entre des exploits et des lides , et que les rides ne viennent pas plus des exploits , que les exploits ne viennent àeirides* Ainsi, de quelque manière qu'on tourne et retourne le vers, de quelque manière qu*on veuillerenlendre , 00 sera force de convenir que la pensée et la métaphore manquent également de Justesse*
10 Qu'on ne laisse moDler aaeune kmt U-hatit.
L. B. et L. IL Aucune âme est du siyle familier ; âme est pris ici ^ur personne»
Ç^ Et cela , par synecdoque de totalité , c'est-à-dire , par cette espèce de synecdoque qui consiste à prendre le tout pour la partie ou la partie pour le tout* On prend l'âme pour l'homme même, dont elle est la plus noble partie. Cette figure est ici en effet du style le plus familier , cumme dans ces exemples : il ne voit âme vivante \ il ne voit âme ^ui vive', vous ne trouverez pas une âme dans cette maison • Hais elle peut quelquefois convenir au style le plus noble » comme dans ces vers du Cid , si connus :
Je suis jeune , il est vrai j mais aux âmes bien nçeSf La valeur n'attend pas le nombre des années;
comme dans ceux de L B. Rousseau ^ Ode sur les disposllions que l'homme doit apporter à la prière :
i8a ETUDES
Peoses-y donc , âmes grossières , Commences par régler yoê mcears; Moins de faste dans vos prières , Plus d'innocence dans yos cœurs ;
comme dans ceux de Voltaire , Monde César:
Crois-tu ^ s'il m'eût vaincu » que cette âme hautaine Eilit laissé respirer la liberté romaine ?
et enfin comme dans ceux mêmes de Racine^ Alexandre :
Sais-je pas queTaxile est une âme incertaine i Que Tamour le retient quand la crainte l'entraine ?
Je crois toutefois devoir observer que > pour avoir de la noblesse et de la dignité, elle a besoin d*ètre accompagnée d'une épithète qui la relève.
11 Si son e!erc Tient céans, fais-lui goûter mon vin.
L. B. Tout ce que dit Chicaneau est la peinture la plus parfaite d'un plaideur , et Racine n'a pas cru pouvoir mieux le désigner que par le nom qu'il lui a donné. C'était alors l'usage de jouer sur le mol dans le nom des personnages qu'on mettait sur la scène. On appelait un procureur monsieuf Brigandeau , une usurière madame la Ressource : cette manière est maintenant abandonnée aux parades de la foire.
L. H. Cela est tranchant , et n'en est pas plus vrai. Cette es^iècc d'onomatopée est sans doute un des plus petits moyens comiques 4 etdesplas faciles; mais H n*a point été dédaigné par les maîtres de l'art. Molière ^ le premier de tous ^ en a fait un usage fréquent , et n'a pas manqué d*appeler son Avare Harpagon (d'un mot grec qui signifie prendre f piller )• Le ridicule des noms n'est pas sans effet dans bien des occasions ; la comédie les fournit, et l'art n'en néglige aucune. Voyez quel parti ce même Molière a tiré du nom de Tartuffe , qu'il regardait comme une bonne fortune , et Molière en savait peut-être autant que le comineotaleur. Il est très- faux que ce moyen ait vieilli , et soit abandonné aux parades de la foi rem On peut enabaser grossièrement i
DE LA LANGUE FRANÇAISE. t85
comme de tout le reste ; mais dans les comédies les plus modernes ( et je ne parle que cle celles que Ton joue avec soccès) 9 TOUS verrez heureusement employé ce même moyen* qa'il plaît au commentateur de renvoyer k la foire.
J;^^ Lafontaîne^ qui dans son genre était un autre Molière , n'ignorait pas le pouvoir des qualifications on dénominations pittoresques, et l'on sait quel parti il a 911 en tirer dans tes Fables, où elles répandent tant de charme par les images qu'elles présentent, ou par le^ allusions qui y sont attachées* Quoi de plus heureusement trouvé, par exemple , que Capitaine Renard , Sire Loup « Monsei* ffieur du Lion ? que Dom Pourceau , Jean Lapin , Robin Mouton 9 Margot la Pie Bon-bec , le Chat Grippe-Fro^ inagêf Rongo^Maille le Rat? Et ce Gille , cousin et gendre de Bertrand , singe du pape en son vivant 7 Et ce RodHardusoM Rodilard, clest-à-dire Ronge-lard f VA-^ lexandre des chats, Y Attila y le fléau des rats? Et cet autre chat faisant la Chattemite , ce saint^homme de chat j bien fourré , gros et gras , ce Raminagrobis , encore nonnmé Grippeminaud 9 le bon apôtre ? Mais quoi I Lafontaine n'a-t-il pas aussi son Perrin^Dindin qui , pris pour juge entre les deux Plaideurs , ouvre l'huitre et Id S^i^ge , no4 deux messieurs le regardant ?
1» Si poortant j'n bon droit.
L. B. On peut remarquer que le si avec pourtant n'est plus d'usage. Racine a encore employé celte expression. Acte II, Scène XI ^
On ne Toit point mon père. — Hé bien doue f si pourtant Sur toute cette affaire il faut que je le voie«
L. H. Il est encore d'usage , et a même de la grâce dans la conversation familière et dans le style comiqne. Si pourtant est une phrase faite, qui veut dire cependant , ^uoiqu*on puisse dire , quoiqu*il en puisse être. Les gens instruits savent ce que c'est qu'une phrase faite en stylo de gram- >Q2ire, Il paraît que le commentateur ne ^'eû doute ]i<is.
i86 ÉTUDES
puisqu'il remarque tfue le ti avec pourtant n*est plus d* usage ; et en conséquence de celt« remarque si savAnnnexit énoncée , un étranger pourrait croire que ce ven de B^ciiie ( et beaucoup d'autres semblable ) »
Si pourtant ce respect^ si cette cbéiwtnet , etc.,
IpRieiHiB.
ne sont plus d'uaa^.
2^3^ Voici en son entier le passage A*Iphigéaie :
Si ponrtaDt ce respect, si cette obéiuance Tarait digne k tos yeax d*uoe autre récoînpense; Si d*iine mcre en plenrs vous plaignes les ennuis , J'ose TOUS dire ici, qu'en l'état où je suis, Pmt-étre asses d'bonneuis environnaient ma vie , Pour ne pas souhaiter qu'elle me lût ravie, . Ni qu'en me l'arrachant , un sévère destin Si près de ma naissance en eàt marqué la fin.
Or, quelle différence entre le #s pourtant de celle belle pë* riode, et le Hpounani des Plaideurs t Dans le premier, H est conjonction oondilionaelle , marque un doutje au moins apparent , et amène une proposition subordonnée ; et dans le second , si est conjonction adversative , marque positivement l'affirmation I et commence une proposition principale et absolue. Uun est absolument nécessaite an sens de la proe» position, et on ne pourrait l'àter sans anéantir la proposition elle-même ; l'autre n'influe que très-peu Aur le sens , et on pourrait l'èter, que la proposition n'en serait presque pas altérée* Celui-ci ne fait guère que iortifier pourtant , et ne signifie qu'avec lui , ou que comme lui ; ^iui-là n'a rien de commun avec pourtant 9 et na signifie absolument rien de ce que pourtant signifie.
Voilà donc deux sortes bien distinctes de si pourtant ; l'un dubitatif et conditionnel , celui iClphigenie ; et l'antre absolu et affirmatif^ celui des P laideurs • Nonseulement le premier est toujours en usage sans doute , mais il parait même devoir 7 être tant que pourra durer la langue, au fonds de laquelle il semble t«nir essentiellenicnt. Quant
aa Meond , on n'en trouve aacune mentios , aucun souvevâf, ni dans le. Diotioiuiaîre de l'Académie , ni dans celui de Trë?ouz« Le Dictionnaire de TAcadéinLe dit que si esi^cm ^ue se. prend pour néanmoins comme dans cette phrase: « Quoique vous en puissiez dire « si est-ce fue je ne ciois » pas; » mais il ajoute qn*»/ vieillie* Il dit , et sans ajouter U mène restriction » que si 9 dans le style familier, se met quelquefois tout seul dans le même sens : « You3 avez beau -ù reculer^ si faudra»t»il que vous en passiez par4è« » Pourquoi ne dit-il rien àw si pourtant en question 7 Ne seiail-ce pat que œ si pourtant avait déjà cessé d'être en usage ?•••
i5 Et quel âge «Tex-vcas ? Tous ayei bon TÎMge. Hé 1 qvelque soixftaie ans
L. B. Dans la conversation , on se servait jadis deçuelfUB poar environ.
L- H. On s'en sert encore , et fort bien. Racine , dans sa conversation 9 affectionnait cette manière de parler» et H avait raison. • ■
d^^ L'Académie , en effet , ne dit pas que ce mot ait vieilli dans le sens Sl environ ; elle semble » au contraire 1 le supposer toujours en vigueur, et à l'exemple , il y a quelque Soixante ans « elle joint celui-ci ; il y avait quelque cin^- ^uante chevaux* Le Dictioanaire de Trévoux fournit les Koivans : Il y a quelque trois cents pas d^ici là. Alexandre perdit tjuelque trois cents hommes quand il défit Porus.
14 Monsiear, je ne veux point élre lice.... i Je ne la serai point '
L» B. tjuoiqu'en dise Louis Badne » il faut , je ne le tirai point* Lorsqu'on demande à une femme , étes-vous veuve ? elle doit répondre : Je la suis. Mais si on lui demande j» eUe est jeune, si elle est contente 9 elle doit <*<re : je le suis. Cest une règle certaine : Tarticle la ne se
«net que pour les substantifs , et Tarlicle le pour les adjeciiû.
Pour contredire cette règle , Louis Racine se fonde sur un
exemple do la Théodore de Gorneillo » qui , étant accasëe d'être chrëlienne, rëpond : Oni ^je la suis. Mais peut^oa justifier une faute par une autre ?
L. H. Louis Racine a eu tort de vouloir excuser une faute ëviJente , uniquement parce qu*elle est très-commune dans la bouche des femmes; ce serait prendre au sëricuxla plal» sauterie de madame de Sëvigné : a Si je dirais je le suis y je » croirais avoir de la barbe. » Elle ne savait pas que je Is suis i en répondant à toute question qui ne porte pas sur rindividualilé, signifie seulement y je suis ce que vous dites , et dispense de répéter ce qu'on a dit. Le commentateur a un bien plus grand tort : ignorant absolument la grammaire, et entendant mal un article du Dictionnaire de TAcadémie , il donne pour principe une généralité fausse ^ et pour exemple la faute même qu'il condamne. « Etes-vous » veuve (dit-il)? Elle doit répondre, je la suis ». Elle doit réponc^ « je le suis , je suis cela : le , dans ce cas , est un pronom neutre , qui signifie cela^ ce que vous dises , c'est-à*dire veuve* Mais si on lui dit , étes^vous la veuve 27iomas ? elle doit répondre , je la suis , je suis la veuve 27iomas dont vous parlez. Cet exemple doit faire corn* prendre aisément sur quoi la règle est fondée : c'est qu'il y aurait un défaut de sens , un défaut de rapport entre la de-« mande et la réponse , si celle à qui l'on demande si elle est veuve 9 répondait/^ la suis : car que signifierait ce lai Je suis la veuve , la veuve dont vous parlez* Or, co n'est pas là ce qu'on lui demande, , mais seulement si elle eslveuve indéfiniment. De même : Éses^vous reine ? — Je le suis* Èies^vous la reine d'Espagne'^ — Je la suis. Éies-^ous accusée 1 ^-^ Je le suis., Éies^vous l'accusée 1 ^-^ Je la suis.
Le principe n'est donc pas , comme le dit le commentateur, «que l'article la ne se mette que pour les substantifs, et » l'article le que pour les adjectifs s» car reine est un substantif féminin, et pourtant celle à qui l'on demande si elle esi reine, doit répondre /« le suis. Accusée est un adjectif.
«t celle à qai l'on demande si elle est Vaccttsée , doit rérf ondre/tf la suis. De même , au pluriel* Etes-vons aecu^ xÂf 7 — Nous le sommes* — - Éces^vaus les accusés ? ^ Nous les sommes .'^ nous sommes les accusés^ Voici donc la règle gëaërale » qui 9 après ces exemples el ces explications , sera claire pour tout le monde* Quand ces mots , le t la s les 9 se trouvent comme article dans une phrase ia«^ terrogante , ils doivent se répéter dans la réponse comme pro« noms déclinables^ appliqués aux mêmes objets, parce que dans i*une comme dans l'autre > ils expriment Tindividiialilé^ en tout autre cas^ le est employé dans la réponse comme pronom indéfini , pour celm, parce qu'il porte alors- sur une chose indéfinie.
(f^ M. Geoffroy, qui ne s'est pas tonjours montré bien jaste envers Voliaire, observe pourtant tjue ce poète a été plos exact que Corneille et que Racine dans une réponse de Zaïre à Lusignan. Ce père malheureux demande à sa fille , pour toute consolation , de lui dire qu'elle est chrétienne , et elle répond :
Oui^ Séigoenrfje. le suis»
Pour moi, je me permettrai d'observer, à mon tour, que M. de Laharpe n'eût pu que trouver Lu fontaine aussi fort exact dans la Fable où la Tortue, portée daiis les airs par les deux Canards, entendant crier. Miracle 1 ^ve nez voir
passer la reine des Tortues ^ se met h dire soUement : La reinc'l! Vraim«nt'oai ; /e la \ms «o effet.
Reste à savoir si Lafontaine eût mis aussi bic^ , je le suis , dans le cas où la Tortue entendant crier : Venez voir cette Tortue portée . comme une reine ^ âuratit voulu répondre qu'elle était reine en effet.
Je dirai pour la justifipation de Luneau, que la méprise où il est tombé peut avoir été occasionnée par le Dictionnaire même de l'Acaiiémie, qui dit que le ^ se rapportant à un adieç^f ou, à un verbe qui précède, ne prend ni genre ni
igo ÉTUDES
nombre > maïs qu*ii en prend quand il se rapporte h un sabs— * tanCLf qui prëcèiie. U n*a pas fail. attention que PAcadéniie entend ici par adjeûtifun substantif même qui serait em^ ployë adjectivement 9 et n'entend poit suèifantif qa^nn nom employé comme tel. Madame ^ éees^vou* veuve ^ étes-^ ifous fnire^ éles-'iums malade^ Voilà veupe, mire et maloiie , employés adjectivement , et n'exprimant qu'une qualité » qu'âne chose. Madame , éies-^uons la veuve da JLéandre^ éies-^ous la mère de cet enfanta étee-^-Tfatis la malade ^ui m* a fait appeler^ fleuve , mène et usa— lade sont employés là comme substantifs^ et ont pour objet «ne personne , un individu. Or, €*esl dans ce dernier caa que la femme interrogée doit répondre , Je la suis , c*est>à-dire , je suis la personne que vous dites ; et c'est dans le premier qu'elle doit répondre > Je le suie , c*est-4-dire ,je suis cela , je suis ce que vous diles»
iS Comment ? C'est an exploit que «m fille lisait ?
L'àb. d'ÛL. Four la rime, il faut prononcer lisait 9 comme exploit^ par où finit le vers précédent.
Tenez , ToiU le cas qu^on fait de Votre exploit.
Vscugelas nous apprend que les gens de palais prononçaient encore de son temps , à pleine bouche , la diphthongue oi : et cette coutume, sans doute, s*était conservée jusqu'au temps de Racine, du moins parmi les vieux procureurs. Ainsi c'est avec dessein et avec grâce qu'il fait parler de cette sorte Ghicaneavi r plaideur de professiboF.
Jusqu'à l'arrivée de Catherine de Médicis.en France , ja^ mais cette diphthongue ne s'était prononcée autrement que comme nous faisons dans roi, dans exploit. Mais les Italiens , dont la cour fut alors inondée , n'ayant pas ce son dans leur idiome , voulurent y substituer le son de l' 4. ouvert ; et bientôt leur prononciation , affectée par le courtisan pour plaire à la reine, fut adoptée pat* le bourgeois. On n'oM pYus', seton un auteur contemporain, dont voici les termes , dire François et Françolses, surpeine d'être appelé pé^
dani; tûAÎs/aui Jire , Francès et Francéses, comme Angles etAoglèses..*.
Un tel changement ne se fait pas tout d'un coup et d'une manière uniforme. Aujourd'hui encore c'est une pierre d'achoppement que notre diphthongue oi, sur la prononciation de laquelle il faut Consulter Vaugelas et Ménage , qui en ont traité bien au long.
ifC^ Cette pierre d'achoppement qui existe, sans doute, pour les nationaux comme pour les étrangers , était une asses forte raison, ce me semble, d'adopter le changement d'orthograpbe dont il s'agit, cesl-à-dire, la substitution de 1'^ àTo dans tonte syllabe qui, comme la dernière des impai^ feits, doit avoir le son de Vi ouvert, et non le son d'oa. Labbé d*Olivet, qui parle encore de ce changement dans sa remarque sur ces vers de Mitkridate :
Ma' colère reTicnl , et je me reconnais* Immolons ea partaot trois ingrals k la fois,
Vapprouve pour U poésie, lorsqu'il doit eu résulter le doubla •§rément d'une rime qpi frappe en méme^temps et l'œil el l oreille; et , en conséquence, il pense que Racine eût ttè9^ bm pu laisser ainsi ces deux yen de la première édition do *oa Aadronta^ue :
M'en oroirea^ôos? Lassé de ses* trompears attraiu , . Aa lieu de l'enlever, Seigneiir, je U fuirais , * '
»tt lieu de les clianger cprameil suiidans les ^Uons suii *»nies:
M'en croicMr^om? UmU de ses Uoiapear» attraitt, ' Att lieu de l'enlere^ fu^e^k pour jamait..
«•«hors de U nRM-et en prose , il fe ceBd«nnier{gottwta«. ^nt r SM. ftétwe qu'il ne font pat toucher à l'orihographe «faeietil » permet cette petite «Splgranime contre les jeune. »^« de son „«.pB qui, à i.„^p,^ j^ Y^,^^
Pw *l6«le de deviner ki laisea pour laquelle ih *e
» plaisent à écrire de cette manière* Ainsi les courtisaits » d'Alexandre se croyaient parvenus h être des héros , lors— ); qu'à l'exemple de leur maître » ils penchaient la tète d'un » côté. »
Sans doute qu'il ne faut toucher h l'orthographe qu'avec la plus grande réserve , et je ne suis pas , il s'en faut , de ceux qui voudraient la défigurer, sous prétexte de la rendre conforme à la prononciation. Mais quand.il s*agit de faire disparaître une aussi grande incertitude que celle qui résulte de la représentation du son é et du son oa par la réunion d*ua o et d'un if alors le changement se trouve'commandé tout à— la-fois par la raison et par la néœssllé y et il ne peot être que pour le plus grand avantage de la langue. Aussi Laharpe , qui n'aime pas les innovations , dit-il dans une remarque sur les vers ci-dessus A^Andromaéfuc^ qnc pour celle-là , il n'y a jamais vu aucun inconvénient ni aucune opposition^ aux principes ^ei cçaC il n* est pas surpris iyue tant d*écri-^ vains aujourd'hui préfèrent une ortliographe qui se ct^nforme à la prononciation sans blesser ni l'étymo^ logie , ni la formation des temps ^ ni aucune règle
corknuB.
'M. de Wailly, s'appuyant de l'antorité de Dumarsais , se
déclare ouvertement contre, et M« Gattel en fait autant dans le discours préliminaire de la deisiiere édilion de aon Dictionnaire. Ils. opposent tous deux que le son .è n'est pas le soa primitif d'iz/, qui se prononçait autrefois et se prononce encore aujourd'hui dans quelques départemens méridionaux, de manière à faire sonner distinctement l'a et 1'/; que , si l'oti veut donc réformer oi dans les mots où il se prononce en è 5 il faut tirer cette réforme de procès , succès , srès » auprès 9 dès 9 etc.| et, par conséquent , écrire è, au lieu d'as ; que substituer ai à oi^ c'est 'réformer un abus par un plus grand, et pécher contre 'l'analogie. Mais on peut leur répondre que le double carac^re.oi a été primitivement e^ exclusivement, affectq ans; mots- qui oni le double son os, comme j par €|:(emple , loi» roi » foi ^ poid^ ^ carqueis ^
ira^uoii \ qu'il ne convient donc plus de le conserver ans mots qui ont perdu ce son ; que le double caractère ai étant déjà employé à représenter le son simple de Xi ouvert , comme ûads palais , dais 9 faix , relais , mais 9 etc. , ou le son simple de Vé fermé » comme dans J'aimai 9 /'allai , /'aimerai , j'irai, je viendrai , etc. , il ne peut que convenir de le substituer à la diphlhongue oi dans tous les cas 01k cette diphthongue s'est convertie dans la prononciation , eu un é ouvert , comme dans Français , Anglais, Polonais, je connais^je voulais, je voudrais y etc. ; ou en un é Fermé» comme dans la première syllabe Ae faiblesse , et dans la seconde de monnayer^ wnonnayeur, monnayage , etc.; qu'il vaut mieux substituer à oi Iq double caractère ai, que le simple caractère i, parce, que ce caractère è ne pourrait pas également servir à représenter le son de IV fermé , et qu'il ne se lierait pas toujours bien avec i oxxnt, à la troisième personne tant du singulier que du pluriel des verbes ; qu'en im mot» la raison» l'analogie» et un usage aujourd'hui asseE général » sont tellement en faveur de cette réforme » qu'il est étonnant qu'elle trouve des contradicteurs.
16 Mais je ne sais pourquoi , pins je vous envisage» Et moins je me remets» Monsieur» TOtre visage.
L*jiB« d'Ol. Un peu de logique suffit p6ur concevoir que la conjonction et se trouve ici de trop » et même pourrait donner lieu à un contre-sens , puisqu'elle travestit des propositions corrélatives en propositions copulatives. J'en dis asses pour ceux à qui les termes de Técole sont familiers* Pour d'autres , il leur faut un exemple.
Plus on lit Racine , plus on l'admire^ Il y a dans cette phrase deux propositions simples» on lit Racine, on l'ail* mire, lesquelles, prises séparément » n'ont point eocore de rapport ensemble* Pour les unir» et n'en faire qu'une phrase» je n'ai qu'à dire > oa lit Racine et on l* admire, Mab si \% veux faire entendre qi<e. l'une est à l'aii^lre ce qu'est In cans* à l'effet» et l'antécédent ao conséquent» alors, il ne s'agit
|>lus de les unir ; il faut marquer le rapport qu'elles ont en-
êcmble. Or, c'est h quoi nous servent ces adverbes comparalifs f piffs, moins et mieux, dont l'un est toujours nëcessaire à la tèie de chaque proposition « sans pouvoir céder sa place, ni souffrir un autre mot avant lui.
l'our traduire littéralement , quanta diutiàs considéra , iantd mihi res videinr obscurior , nous dirons , plus j*y fais réflexion i plus la chose me paraît obscure. Pourquoi la marche du latin et celle du français soot-ellcs ici les nièmes ? Parce q'ue la logique est la même dans toutes les langues.
Il y a cependant un cas où la con fonction e^doit précéder l'adverbe comparatif ; c'est lorsqu'au lieu d'une seule proposition simple, plusieurs sont réunies pour former, ou Tantécédent, ou le conséquent* Racine en fournit l'ezeBipla suivant, qui mettra cette observation dans tout son jour :
Plus j'ai cherché. Madame, et plus je cherche eoeor, Eb quelles mains je dois confier ce trésor, Plus je vois que César, digne seul de vous plaire ^ En doit élre iai seul l'hcaraoz dépositaire»..,
BeitanvigvSj AotelL
Ici la conjonction porte , non sur la dernière proposition , qui est corrélaiiçe^ mais sur les deux premières, qui sont coptilatives.
Quant h la phrase que nous examinons , il fallait sans Conjonction : Plus je vous envisage, moins je me remets "votre visage y on moins je vous reconnais. ' ' Givtit l'on mettait une conjonOlion entre ces deux nombres, il eu fallait une troisième ; comme si l'on avait dit : Plus je vous envisage <, et moins je vous reconnais , plus je -soupçonne que vous éies lin fourbe ; ou , plus je vous envisage f snoins je ^ous reconnais, et plus je soup^ çonne, et6« •
J'ai âSllongé cette reniafqufe^ paroe que ni Dictionnaires ni <jffainniairss , à ce que je crois , n'ont touché la difficulté 5]ue'je yoiijlais éclaircir.
j;^ Cette remarque ne pourra paraître lon^e qu'à cens qai n'aimeat pas à s'instruire*. {Il le n*est pas la moins importante qu'on ait faite sur les Piaiéfeurs, el il faut qu'elle ait pru bien juste à tous les critiques , puisqu'il n'en est aucun , je crois y qai se soit avise de la contredire* Le Dictionnaire de TievottX semblerait justifier la faute de Racine par quelques exemples analogues , tels que ceux-ci : Plus on en a ^ et plus on en veut avoir: plus^n se haie^ ei plus avance-^ t'on. Mais le Dictionnaire de l'Académie n'en fournit que de conformes au principe de d'Olivet : Plus on ess élevé en dignité ^plus on doit*.*. ; plus vous lui en direz , moins il en fera ; plus on lui €n parle , plus il s* aigris* Ajputons-y ceux-*ci de la Henriade : ^
plus ils étaient puiwans» plus Di«ti les bamflic.,.. Plus ila se défiaient, plus 1% Roi savait leindre....
Voir dans Aihalie^ l'article sur ce vers :
Crojres-moi , pl^^JV pense , et moins je puis dealer.. •
17 Monsieur^ je ne suis pat pgur tous désavouer* Vous aurea la bonté de me le bien paye^.
L. H. Espèce de gallicisme du style familier : Je ne suis pas pouf faire telle chose 1 pour dire ; je ne suis pas aâ* peble de*»*m \ jf ne suis pas dans le cas de..*»
{T^ Je no suis pas pour revient souvent , j'en oonvieus^ '^ je ne suis pas capable de*...\ je ne suis pas dans le cas de»,,* Mais est-ce bien Ik le sens qu'il doit avoir ici? Pour accorder ce sei^s avec celui de désavouer, il faudrait qne désavouer fût pour démentir, contredire > qu'il fût pourn/er la vériêé de ce que vous dites • Or, toutes lescir* coQstaoces indiquent assez que ce n'est pas là du tout ce que l'Inlimë entend.*.. Loin de passer condamnation sur l'odieuse qualificHiion que Chicaneau lui donne , il espère que Chicaueau la lui paiera bien et beau. Je crois que, par vous désavouer^ il entend vous empêcher de dire , vous fermer Id bouche y et par conséquent , ^xie je ne suis pas pour doit signifier à-peù-près , ye ne suis pas assez sot^ assez mai
19G * ÉTUDÊ5
avisé pour* C'est, ce nie semble , comme s*il j avait : « Aln Ions y courage 5 M. Chicaneau ; donnez un libre cours à » vos in j ares ; ne craignes pas que je vous arrête : elles tam y» ^vaudront . de Targent tant et plus « fespère. » ^
Voici , par exemple , un vers de Molière , Femmes iS<içanles , Acte II » Scène VI , où je ne suis pas pour a le sens de 7*0 ne sujs pas capable de. Chrisale voulant savoir de Pliilaminte, sa femme 5 pourquoi elle chasse si brusquemont Martine de la maison , Philaminte lui repond :
Suift-je poar la chasser sans eause légitime?
18 Si j'en connais pas un , jr Teax être étranglé.
L« B« La négation pas est inutile.
L. H. Elle n^est pas seulement iniuile , elle est vidense. Pas ne se niet| en aucun cas 5 qu'après la négative ne^ énoncée ou supposée.
^;^ Ici celte négative ne peut être ni énoncée ni supposée. Elle formerait avec pas un sens tout-à-fait opposé à celui que l'auteur avait en vue. Il était aisé de mettre : SiJ'em connais un seul f je veux être éiranglé.
19 On ne Vent pas rien faire iei qui tous déplaise.
L*AB. d'Ol. Voilà précisément le cas *ponr lequel ces deux savantes de Molière voulaient que leur servante fut chassée:
De pas mis avec rien ta fais la récidire ;
Et c'est, comme on t'a dit, trop d'ane négative.
Racine n*a usé de ce barbarisme que poar faire rire; et peut--être aurait-il encore mieux fait de s*en passer. Un barbarisme que Molière, l'incomparable Molière, n'emploie ici qu'à propos, et pour mieux peindre ces ridicules savantes. Racine remploie gratuitement. Pourquoi chercher dans un langage corrompu le germe de la bonne plaisanterie ?.•••
L. H. On ne peut pas croire que Racine ignorAt ce qu'on n'ignore pas en sixième. Son fils prétend que Léandre fait
€sprès cette faute pour soa tenir son dëgaî«emeat. Cette excuse n*est pas tou(*à-fait puérile , comme le dit décemment le commentateur ( Luneau ) ; mais elle parait un peu forcée , car un commissaire n^est pas oblige d'ignorer le français à ce point 5 et dans le reste de la scène il parle correctement* D'un autre cote , s'il y a eu inadvertance» rien n'était si fa* die que de l'apercevoir et de la corriger : NaH4 ne voulons rienjaireici ^ui vous déplaise. On ne la remarque ki que pour les Alrangers^ que l'autorité de Bacine poufrait induire en erreur» et L'on aepréleiMl point expliquer celte siurguUère négligence dans une pièce si bien écrite. .
^IZ^ M. Geoffroy n'est pas ici plus indulgeai qued'Olivet et Laharpe» Il répète à-peu-près ce qu'a dit ce dernier, et n'y met quelque différence que dans \m termes. Mais* comment coaceroîr que l'abbé Desfontaines^aib Tpulu justifier la faute ? c Qui ne voit pas » dit-*il , que c^est le jargon du peuple qui » eat imité ici? Ce ne peut être une faute dUiVoir fait i>arler » un valet , etiinttie le peuple parle «cuvent •» Vous devries bien faire attention ^ Monteur l'abbé , que Léavdre ne joue poini le t^Ie d'iAi valet ,«naivd')an commissaire, fit quand ce serait le rôle d'un valet, ifanldrait-il le dispenser de parler comcfetnent ? .
so • • . • le ne sais qti'est devenu son fils. ^
L* H. Régulièrement il faudrait oe ^u*est devenu ; mais l'omission du pronom est permise dans le stylo familier.
f^^ Cette décision ji?est-^le pas un peu hasardée ? Se* rait-il bien permis dans le style familier» et mémo dans la conversation la plus ordi paire, dédire : Avez-^jous entendu qu'ont dit ces ,hopitne^7 Je /coudrais bien savoir que portent ces lettres ? Apprenez^nous que font nos amis communs ? Devinez qu'a fait ce petis vaurien m votre absenoe'î Si dans ces exemples on peut nétre pa^^^ (op^-à-fait si choqué de la suppression <lt^ pronom ^ que je suis toutefois loin de justifier» ce n'est sans dpute que parce que ce qui la mit pourrait , & la rigueur» se, détacher de ce qui précède » et
igô ÉTUDES
former une proposition iuterrogative : Qu'uni dit ces hom*'' mesl Queportencoes leuresl Quefoninos-ainû communs*! Qu*a fuit ce petit vaurien en voire absence? Mais que le çue ne puisse plus • devenir interrogalif ^ et que le sujet soit iivdnt le verbe , alors vous verres si oeUe suppression est supportable , ou s'il n*en résulte pas un tout autre sens , et un sens méine qui reste incomplet, et suspendu : AveZ'-vous enlendu que ces Jwmm^s oni^is '!.••.. Je vou-^ tirais Sien savoir que ces lettres portenil-.»*^ jîpprenez^ nous ifue nos amis communs fonl7.*.i Devinez que ce petit vaurien a fait en votre absence ?../, £n latin» par'testemple 9». on peut mettre dans le corps 4'uHe. phrase , console au çènaïuenceni^iit , le mpt corresp^ndapt à noune que interrogAtif ». que par le«|uel qous lignifiops quelle dose Lbn4)eut,di»-je»,f»iJl«tio» iïire ^' nesciù quiddixeris (Je ne. sais. de que va^s* aves dit ) » aussi b'w^ que, quid dixistit (Qu'avefi«*vbus dit?) Mais en fra^^ais^ la^jLrp^ue ne p^t signifier quelle chose>, .^t ètre.^pre]|Qna ebM>lM> qu'autant qu'il- commedciB Une «phrase interrogativq^ Que faitesroifOiuisT que , dites '^V0m'i que m*apprenez,*voust Dans^le corps de la pii^aso;, U<eiit néci9ssaireiiiieBt.ooiijoucttoa ou adverbe, à moins qu'il ne se rapporte à quelque iM>m ou pronom qui précède ; et en ce cas » il e$t article-conjonctif » ou , comme disent d'autres , pronom relatif.
ft^. AUfi^ loi demander ^i je. sais vptre «f£iirc« >,* r '
L. B. Trait d'ingénuité échappé saiis dontè'à'^ltM d^un homme en place. 1 :
L. H. Ué îi'csi ^oiht^lne îh^éHnitéi c/'étàit bne phrase de palais. Conservée jusqu'à nos joai^. Un magîsti^àt ^ 'ibordé par un j^laideur, l'écoute quelque temps , puib se' r^onme vers son secrétaire : Monsieur^ sais-^fe cette affaire^là ? SaiS'fe e^t bien |>lus plaisant que , demandez Itii si je sais»éi a'élé dit denotret emps. Au fond il voulait dirc^ Cette affaire est ^ elle du nombre dé celles dont vous m'avez rendu compte , ei que jt^^dois savoir i C'était style de
rapporteur, comme il y a style de notaire , ttyle de pro-* cureur, elc. « et c*est au poète comique à les coiinaitre et à les saisir.
sa . • • . Tais- toi sur les yeux de ta tête.
L.B. Sorte de pléonasme plaisaat^ qui ^ent assez la manière de Plaote. Il est devenu proverbe.
L.H/ C*ëuit une façon de parler, usitiée familièrement « long-iemps avant que Aacine fut né, et la manière ds Flauie ne fait rien ici* Ce n'est nullement un proverbe» Kombre de vers de celte pièce sont en effet devenus des/ym- 9érbeSy trop connus mémt pour être indiqués. Il est plaisant que le commentaletir, parmi tant de proverbes » aille cboisir un vers qui n'a rien de commua avec les proverbes^ Oa pourrait lui appliquer à tout moment ce vers de rinlimé ;
Alloiis, mon cber Monsieur , cela ne va pas mal.
{!^ Un proyerbe est , k ngoureosemeat parler, une espèce de sentence , d^ maxime , exprimée en peu de mots , et devenue commune et vulgaire* Iv'çspression dont il s'ao^it est loin sans doute d'être une .sentence j une maxime; je ne vois même pas ce qu'elle a d^* si sçnsé ou dé si piqjtant , do si original » et , si elle hne plaft , ce n'est que par la singularité et le comique du pléoi^asme. Mais elle a pu être , bi elle ne l'est plus aujourd'hui, une expression commune et vulgaire , une de ces expressions familières et d'habitude qui sont i) tout le monde 5 et qu'on trouve toujours toutes prêtes dans Toccasion. Or^ ces sortes d'expressions, sans être des proverbes proprement dits, tiennent pourtant du proverbe , et on les appelle , en effet , populaires et proverbiales .': il y a, des f'^is , dit le Dictionnaire de l'Aeadémie , ^ui deviennent proverbes i dés t^ue quelqu'un les a répétés. Il pouvait donc être permis à Luneau de Jire que l'expression 5 tais^ ioi sur les yeux de ta tête , avait passé en proverbe , était devenue proverbe.
aoe ETUDES
sS • • Tout ee qu'il dit sont aaunt d'impostnref. -
L. B. Il y a dans ce vers une petite faute de Grammaire qu'il faut n marquer. Tout^ au singulier, quoique mot collectif « ne demande pas après lui le pluriel.
L. IL Non«8eulement il ne le demande pas ^ mais il ne le permet pas. Toui n'est point un mot collectif \ il exprime Tunivenalitë , et celle des mots colleciifs , comme de toute autre chose. Ainsi le peuple, V armée 9 la muUUude^ etc. « sont des mots collectifs 9 c'est-à-dire, qui expriment la pluralité parle singulier, et l!on Aïl totale peuple , toute l'ar^ mée , etc. Il est très-faux que ces mots collectifs deman^ dent après eux le pluriel , comme on pourrait le croire d'après la note du commentateur. Jainâis on n*a dit ni Ton ne dira : Le peuple ont*... , l'armée ont,:. Mais les relatifs qui suivent ces mots peuvent être employés an pluriel par la force du sens. Ainsi Ton dirait : La multitude ne con^ naissait plus de frein ; ils couraient au pillage 9 etc. , parce qu'on entend la multitude des hommes, *2*oute l'ar^ mée se souleva contre lui\ ils \s'écriaient, etc* /// sont les soldats qui composent l'armée.
fi^^J^ Touti dans le vers de Racine» est employé coller* tivement pour designer une généralité de choses (la généralité des choses que dit Chicaneau }• Ainsi c'est bien un mot collectif, non pas nom , puisqu'il se trouve devant une sorte de nom (!ont il dépend pour le genre ei pour le nombre » non pas adjectif non plus , puisqu'il ne marque pas une qualité , mais article , puisqu'il sert à déterminer l'étendue de ct;tte sorte de nom qu'il précède. D'après cela, tout ne demande ici par lui-même, ni le singulier ni le pluriel \ mais ce qui doit demander l'un ou l'autre , c'est le mot auquel il se rapporte Voyons donc quel nombre demande ce ^ue vous dites* Si on ne le considère que grammaticalement , il ne peut demander que le singulier, puisqu'il est au singulier. Mais si on le considère logifuement et par rapport à cette généralité ou pluralité qu'il exprime^ peut-être par synthèse, ou
DE LA LANGUE FRANÇAISE. «oi
«omme on voudra , par syllepse , peut- on l'accorder avec lo pluriel* Le pluriel ii*esUil pas même expressément autorisé par FAcadëmie, qui veut que, dans le style familier, on puisse dire, ce tfue vous dites'là sont tout autant dm fables^ tout autant de visions ^ pour, toutes les choses que vous dites sont toutes f.ibles , taules vbions?
Sans doute que les collectifs ^éuëraux , tels que peuple » armée f forêt, eic, ^ ne demandent pas après eux le pin— Hel , quand ils sont eux-mêmes au singulier. Mais les col» hcti/s partitif , tels que beaucoup , peu , la plupart^ une Ufinitéj un grand' nombre, une Joule , unernulti^ ivde, etc. , quand il sont suivis d'un pluriel dont ils dëpendent , ou que ce pluriel , comme il arrive souvent , est sousententlui veulent après eux le pluriel , parce qu'ils sont ceusës ne faire avec le pluriel qui les suit, qu'une seule et même expression. Voilà la règle générale , qu'on trouvera plus ou moins développée dans toutes les Grammaires.
s4 Ta prétends faire ici de moi ce qui te plaît.
L'ab. d'Oliv. Il y a de la différence entre ce fui.te plait , et ce ifail ie plais 'i car le premier signifie ce qui t'est agréable i mais le second , ce que tu veux.. Or , il est visible qa'ici ce n'est pas le premier , c'est le second qu'il eût fallu.
Vangelas a fait sentir parfaitement cette difft^rence. Mais il ne parle pas d'une autre , qui n'est pas moins importante « et qui regarde le régime de plaire. Quand ce verbe siguilie vouloir^ il ne s'emploie qu'impersonnellement, et il régit la particule de : il me plaît d'aller là. Quand il est verbe réciproque , se plaire^ il régit la particule à : je me plais à f être seuL Ainsi , dans le dernier chœur d*Esther:
«... .Relevés les stifiMerbes portiques Da temple où notre Dieu ce pliill d'éire adoré.
On aurait dit, se plait à être adoré, si V hiatus l'avait permis.
{1^ Cette remarque est intéressante par elle-même , et mérite d'être conservée. Mais la faute qui en fait Tobjet
iôs- ÉTUDES
n'était sans doute qu'une faote d'imptessiou dans TMitMii que l'abbé irOlivel avait sous les yeux. L'ëdilion de Luneaa et celle de Laharpe portent , ce ^u^il ^ plaU ^ et non pas , cw qui ieplaîi^ Aussi ces deux comnien la leurs n'onl-ils riett dît sur ce vers.
a5 CoDdamnez-le k Tamende , ti, s'il le casse ^ aa foaet.
L'ab. d*OL. , cité id par Labarpe. Voilé le seul exenaple qui reste dans Racine , d'un le y pronom relatif^ mis après son verbe, et devant un mot qui commence par une voyelle - Condamnez- le à l* amende* Bnoore EauUil observer ffoà . cela se trouve dans une Comédie. Mais dans les premières éditions de la 2^hébaids et de son Alexandre 9 il y an avait cinq ou six autres exemples 5 qu*il a tous réformés dans aea éditions suivantes* Il a donc senti que Le , placé ainsi » bles^ sait Tereille. Pourquoi la blesse-t-il ? Parce qu'Ole trouvera, dans rbémisticbe une syllabe de trop , $k^ Ton appuie siur I0 «ans faire sentir l'élision* Ou s'il est totalement élevé k cause de la voyelle suivante > alors le à /'aniende font entendre & 5^ /a , cacophonie*
({^ Ce même pronompent s'«éliderâans€aco{SioiHe dan» ce vers de LafonUine^ Fable du PeHt Poisson et du I^A^ eJàeur : »
Mettons-le en notre gîbeoièlre ; '
et dans ce vers de Voltaire , Henriade , Chant VII :
Tout sooTerain qu'il est , iiiatruis4e à se oonnaitte, .
Mais, pour l'élider, il faut en quelque sorte fore«r Torgane , qui s'y refuse autant queroreitle. Ce qd^t y a de particulier, c'est que l'élision de ce pronom ne blessé qu'après lè verBe dont il est le régime » et jamais avant , corAroe dans ces exemples ^ Nohs l* aimons , noits l'éooutons, > nous Vud-^ mirons , nous l'honorons ^ etc. On peut remarquer encQpe que las qui s'élide aussi facilement que le , devant le verbe qui le 1 égtt , ne s'éliiie pas du tout aprèâ c,e verl^e - McofâSez^ la un peu^ e^ vous serez enchanté: f^oHà, une lestre.
DE LA LANGUE FRANÇAISE. aoî
liseS'la à l'instant» Enfin on peut remanfuer que ce n'est qD*à l'impëratif que ce même pronom se trouve après le Yerbe qui le régit , et que jamais à Timpcratif il ne peut ètro avant ce verbe , si ce n'est par une sorte de licence , ou peutêtre d'abus » comme dans ces vers de Lafontaine, Fable de V Aigle et de VE^carbot :
Et puisque Jean Lupin voim demande la vie^ Donnea-la lui, de gr&oei ou Votez k tous deux.
fl6 Pour moi , je ne sais rien , n'attendez rien da nôtres
L« H. Du nôtre , pour de nous, de ce qui est de nous; locution originairement latine, nil nostri ^ et qui a vieilli dans le style soutenu, et s*emplole encore fumilièrement. Nous n'y mettrons rien dû nôtre*
^^^Z^ Pelit-Jean veut se dé'fendre de ptaider ; il dit done qu'il ne sait rien (qu'il est trop ignorant), et qu'on ne doit rien attendre ds lui^ de sa part* Mats le terme du nôtre rend-il bien cette dernière idée ? 2^ nôtres employé comme substantif , signifie moins ^ ce me semble^ ce ^ui est de noiêSf que ce fui est à nous ^ ce qui |ious appartient ^ comme dans ces exemples : Nous défendons le nôtre ; ily va trop du nôtre ; il n'y. a rien du nôtre ; et comiiip quand les marqhands disent ; Ne fpoulez^vous .ri^fP du nôtre ? pour ne vouiez-'Vous rierp acheter de ce que nous avons» N'at^ tendes riçn du nôtre île ;sémbIerait-il.donc pas signifier: * N'^ti^nde* ptts que Je vous donne la .moindre chose de ce fuej'ai ,de ce que je possède ; que je vous fasse le plus petit sacrifice de mon bien » de mes intérêts ?
Du nôtre est, paj exemple ., à sa place ^ans la |>ouche de Sosie .9 quand sa femme le menaçant d'user. de la pcrmissiua qu'il lui a donnée d'fsn ainkerun autre ^ il reprend aussitôt » amphitryon , Acte II , Scène III :
AU ! pour eet.anidiQ, j*ai tort ; • Je m'en dédia , i) .y ^a tiop du ndtMi.i ivarde-toi bien de suivre ee transport.
ao4 ETUDES
«7 . Oh I Monsieiir, je sais bien k quoi Phoonear m*oUige.
G* F. Uhonnênr n*est pas ici employé dans son véritable •ens. Il est pris pour le respeci; ce qui forme une équivoque. Petit-Jean ne ferait rien contre Y honneur , en se couvrant devant le juge; mais il craint de faire quelque chose contre le respect qu'il doit à son maitré.
J!^ Il n'y a que Vlhonneur» vertu , probité , ou réputation , qui puisse obligera quelque chose et imposer nn.de^ voir. C'est là ce qui fait l'équivoque* Elle n'existerait point s'il y avait : Je sais bien V honneur que je vous dois ; car V honneur signifie aussi l'action > la démonstration par la«qnelie on fait connaître la vénération , l'estime ^ le respect » qu'on a pour la dignité de quelqu'un j ou pour son mérite*
ft8 Je suais sang et eaa pour voir si , do Japon ,
Il viendrait à bon port an fait de son chapon, e
L» B. Ne peat*on pas observer qu'il y a un hiatus dans cet endroit > comme plus bas , tant y a qu'il n'est rien» etc»
L. H. n y en a un sans doute ; mais suer sang et eau , tant y a » sont des phrases faites , du siyle familier, et je crois que la comédie peut les admettre en favQur de la vérité du dialogue. L'on sait d'ailleurs qu'il est reçu que la versification comique doit être beaucoup plus libre que toute autre. '
((i;;^ Elle doit être beaucoup plus libre, parce qu^élTe doit se rapprocher beaucoup plus du langage ordinaire ; mais il ne s'ensuit pas qu'elle comporte les hiatus. Je crois même qu'elle les exclut aussi rigoureusement que la poésie noble.
Suivant le Dictionnaire de l'Académie » édition de 1798 ^ tant y a commence à vieillir, ce Cest» dit-il 5 une façon de » parler dont on se sert dans la conclusion d'un discours )) familier, et qui à-peu-'près signifie, ijuoi qu'il en soit": » je ne sais pas bien ce qui se passe-, mais tant y a qu'ils se )t battirent; tant y a qu'il est mort. »
DE LA LANGUE FRANÇAISE. aoS
•9 Qa*arrWe-t-il , MeMÎenrs ? Oo yient. Comment rient-on?
L.H. Tout ce plaidoyer de l'Intime est an chef-d'œuvre de satire comique » qui a sur tout autre l'avantage d'instruire en action 9 c'est-à-dire, do corriger le ridicule en le mettant sons les yeux tel qu'il est. Le fond de la scène est une farce grotesque , et l'exécution est une leçon de bon goût , pleine de vérité , de sel et de gailé ; et c'est ainsi que les mattres de Vart 9 même en le faisant descendre pour amuser la multitude , savent encore le rendre digne de plaire aux gens d'ei— prit. C'est ainsi que Molière était toujours Molière , même dans ses farces , dans Scapin , dans Pouroeatignac , et sai^ toat dans le Bourgeoi^^Genlilhomme. Il n'y a pas ici un vers qui ne soit un trait de critique , et pas un trait qui ne soit aussi juste que piquant. On peut assurer que la censure de tons les abus de la rhétorique de palais est épuisée dans une scène. La prétention des exordes, qu'on fait remonter au déluge , l'étalage de l'érudition déplacée , la manie des citations accumulées hors de propos, le charlatanisme des aatorités et des loix allégtiées au Hasard , l'affectation d'agrandir les petites choses , et de s*échau{Fer à froid ( ce qui réunit l'emphase et la niaiserie) ; la recherche puérile 4e tous les détails qu'on veut également faire valoir, et de toutes les circonstances qu'on veut également aggraver; et surtout et partout l'incroyable profusion de mots inutiles et dénués de sens ; tout s'y trouve , et v<ms retrouverec tout l'Intimé dans la plupart des plaidoyers écrits ou prononcés depuis les Plaideurs , et qui laissent si peu de place aux exceptions. 0« vient» Comment vient^on ? -« Quelle maison ! Maison de notre propre juge ! Cela seul est impayable. C'est le protocole de tout fivbcat à qui l'on a enseigné'qu'il (allait tirer parti de toutes les circonstances! suivant l'axiême de rbétoriquô :
Qiiis^ quid^ ubi, q^bus auxiUis ^ cur^ quornodo, quando ?
«t qui, on conséquence, ne manque pas 4e s'appesantir sur les détails les plus indifférent } et cet amas confus de formes
-jcS ÉTUDES
et de figures patliëiiques , prodiguées' h propos de rien ; aposlrophes de commaude j ces in Icrrogations sans objet.. • Messieurs, je vous aueste^... Qui ne saU, etc.! Mais ce qui peut-être eSt au-dessus de tout le reste, ce sont les sir vers employés par riutimé , pour dire seulement qu'il veut abréger : cette seule phrase est le modèle «le Tart d'allonger* Il ne veut pas même prendre haleine , sans séparer ces deux mots qu'on n'a jamais séparés. Le poète , par un trait de génie, l'arrête sur la fin du vers, au mol prendre, et le rejette à l'aulre vers sur le mot haleine, où il se repose tout à son aise; et parce qu'on lui défend de s'étendre , il va reprendre ab avo toute sa cause , déjà si longuement plaidée ; mais comment et en quels termes ?
Je vais, sans rien omettre et sans prévariquer,
CompeQdieaseinent ëDoneer, expliquer.
Exposer k vos yeux l'idée universelle
De ma eause^ et des faits renferméa en ieelle.
Jamais un avocat de sept heures (comme on les appelait ) ne s'est contenté d'unseul mot pour une seule idée : il énonce, il expose , il explique , etc. Compendieusementl Où l'auteur a-t-il été chercher ce mot de six syllabes, qui tient tout un demi-vers , et qui signifie en abrégé ? C'est une bonnç fortune , et il y en a une foule d'autres , et aucune ne parait avoir été cherchée. Manifestement pouvait-il être mieux placé qu'à propos d'ane loi qu'on ne rapporte même pas , et au milieu du plus inintelligible amphigouri? £t n'est-œ pas toujours quand l'orateur ne s'entend plus lui-même « qu'il a tnanifestetnent raison ? Le poète n'a pas oublié la valeur des longs<( adverbes, incontestablement , invinci^ blemenl, indubitablement , qui ont toujours fiait partie de l'éloquence des avocats et du revenu des procureurs , à tant la minute et à tant la ligne. En un mot, jamais imitation ne fut plus parfaite ; et si Bacine n'a pas plus corrigé les mauvais avocats , que Boileau les mauvais poètes , c'est qu'on ne corrige ni les uns si les autres; mais c*est beaucoup que d^dppjoendre à s'en npu>quer, et par conséquent à estimer ceuj(
qui ne leur rettemblent pas. Cest là le fruit de la bonno cridqve en tout genre : elle ne donne pas le talent , mais elle Claire celui qni en a » et forme le goût général qui doit le juger.
f3^ S^ ^ plaidoyer do rintimë est, comme on en conviendra aisément , un chef-d*œuvre de satire comiciae^ voilà sur ce chef*d'œuvre une suite d'observations que l'on pent regarder comme une oipellente leçon de rhétorique et de goût. C'est dommage que l'auteur n*y rende pas plus de jus-* tioe au barreau actuel » et qu'il semble le confoi^re avec le barreau du siècle où parurent les Plaideurs. Les abus et Us ridicnies qui font l'objet de cette pièce, n'ont pas moins généralement disparu ^ depuis assea long^temps , que ceux d'une profession qui fournit à Molière le sujet de tant de scènes savantes ; et les Intimés , aujourd'hui , ne sont pas^ je trois, plus communs parmi les avocats, <m les Dandins parmi les juges 9 que les Diafoirns et les Purgons parmi les médecins» G*est ce que savent très* bien tous ceux qui suivent un peu les audiences des tribunaux, et qui lisent ou entendent quelquefois des discours, soit écrits, soit improvisés, sur des affaires d'une certaine importance. Us pourraient dire s'ils n'ont pas souvent à admirer dans ces discours , un plan sage et bien eatondu , une heiiMuse disposition des moyens et des preuves , une narration vive , claire et précise , une logique serréeei pressante , l'éloquence des choses avec celle des paroles , une diction tout-à-la-fois noble , élégante, pure et correcte , enfin la réunion de tous les genres de mérite ! M, de Laharpe le savait aussi bien qu'un autre. Pourquoi donc n a— t->il pas voulu en convenir ? Avait-il , par basard , dans le cœur quelque vieille rencme cotntre quelque succèssemr des Cochin ou des d' Aguesseau ?
3o Témoin trois prooareurs , dont icelui Citron A déchiré U robe
L. 6. et L« H» Témoin n*est point un adverbe , mais un ^latif absolu » tcsdbus his eùhis ^ et non pas teste his et
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his. AiàSL il est plus que probable que Racine avail ëctit iémoins au pluriel. Cette remarque est d'autant plus importante f que ce poète fait aujourd'hui autorité dans les questions sur la langue ^ et sur la pureté de la diction*
||3^ Témoin peut avoir été dans le principe, si Ton veut , un ablaHf absolu ; mais cela n'empêche pas qu'il œ s'emploie adverbialement, comme dans l'exemple de Racine, comme dans celui que nous fournit Lafontaine dans soa Paysan du Danube :
Témoin nous qae panit U romaine avarice,
et comme dans ceux-ci de l'Acadc^roie : Témoin les vie* ioires ^u'il a remportées i témoin les blessures dons il est encore couvert. Il en est de même de à témoin , suivant le Dictionnaire de Trévoux. On doit toujours le faire adverbe et indéclinable, comme dans ces vers cités par le même Diotionnaire:
Iris , je prends le ciel et les Dienx à témoin Que voos êtes l'objet de mon pins tendre soin*
^oos pouvons à cet exemple en joindre un de Boileau, JÈpltre VI :
J'ai bean prendre à témoin et U cour et la ville : 'JSon i k d'autres , dit-il i on connaît votre stjle*
Il C'est ponr on mariage , et vous saures d'abord ,
Qu'il ne tient plus qu'k vonsy et que tout est d'aeeord* La fille le veut bien; son amant le respire.
L'Ab. d'ÛLiv. Respirer , pris figurément , signifie désirer afec ardeur. Vous ne respirez fue les plaisirs , vous ne respirez ^ue la guerre. Mais, ce qui parait une bixarrerie dans notre langue , il ne se dit guère qu'avec la négative» Car on ne dirait pas à beaucoup près , anssi correctement» vous respirez les plaisirs , vous respirez la guerre»
Peut-être cela vient-il de ce que respirer^ employé sans négative, a communément un autre sens. 2\>ut respire ici
DE LA LAI) GUE FRANÇAISE. aog
la piéié , signifie , non pas que toui désire ici ta piété 9 mais que loul donne ici des marques de piété*
Par cette raison, il est ëviiiént que l'expression de Racine, son amant respire ce mariage , n^est ni assez claire, ni tout-à-fait correcte.
Pai dit y que de restreindre ce y^rbe , pris en son premier sens, 2i la nëgative, ne respirer que y cela paraissait une espèce de bizarrerie dans notre langue. J'aurais bien dû plutôt l'appeler une délicatesse , une finesse , qui est de nature à ne pouvoir se troaver que dans une langue extrême* ment cultivée. Or c'est un point essentiel que de bien connaître , non-seulement la propriété des termes , mais ^ si posais parler ainsi , leurs manières. .
L'As. Desfout. il me iérol>le que M. l'abbé d'Ûlivet n*a pas assez réfiéchi sur la différence de ces deux façons de parler ( »tf respirer que et respirer) , dont je conviens que Time est française, et l'autre vraiment barbare. Quand jo diS| cet homme ne respire que l'étude ^ c'est une hyperbole ositée, dont je me sers pour exprimer son ardeur pour J'étucle. Mais si je disais, cet homme respire l'étude, co ne serait piu9 l'byperbole usitée ^ ce ne serait ^ii'une simple métaphore; et cette métaphore nV'st poiut en usage ; elle n'y estqu^ci raison de l'hyperbole. Elle aurait mè(ne un isens fort différent;' lé le prouve par un aiitre exemple. Il est permis de dire , cet homme ne pense qu^ a l'amour : c'est assurément une hyi)erbole; car il est impossible d'y penser toujours/ SI je dis seulement, cet homme pense à faniour, ' cela veut dire toute autre chose, la phrase n'e^prin^è plus la passion violente dont il s'agit! Ainsi respirer le mariage , nonseulement ne signifie rien et n^est pas français ; mais quand même il se pourrait dire , il ne signifierait jamais la même chose que, ne respirer que le mariage. C'est ici une iiguro en usage :' l'autre n'est point daps la langue. Voilà , si je ne nie trompe, /ce qu'if fallait di^'é, 'et non traiter de délica^ ^iâ les différences dont ils'a'git^ iii en faire à notre lan;ra« ^ titre' de mérite. ' • . - •
a,o , ÉTUDES
L. H. On «lit figttrëmçnt respirer la guerre. , If ven^ geance, les plaisirs , ey:.\ ^^r désirer ardemment , et ' alors respirer ^Ténà le ïé^ime direcl, comme désirer, mai» aeulement dans les choses t^m sont l'objet d'une passion habitaelie. Quand il s'agit d'un fait, d'un événement , comme ici le mariage , respira" ne s'emplpie qu'avec la négative et le régime indirect: ElU ne respire qu après le mariage, U rvlour, la convalescence de son fils. Cesi , jp cpi», le
seul terme impropre qu'il ï *'i ^'^ '«"'« «'^''.« K'^*-'^'
iC?» M. Geoffroy a faitaussilà-dessus une remarque d'une cerutiie élendue, mais qui , de son propre, ^vcu , ^t composée en grande partie de celle de Deifonlaines. Il n'y a de lui que le commencement , où préleniiantquel'abW d'Olivet veut que ira^^Wr, «u. figuré , ne puisse ^^èmployer qu'avec «Vnégatipn. i[ observ.e ëri préuyf di^ contrafrp., qu'on dit bien, sonwagé nspirélaUàine, oa la haine respire sur son visage \ parce que respirer >|igrtifie alors annoncer, témoigner. Ceries, on ne reprochera cas à M. Gtjvffroy de manquer d'inteUigènce j mais est-ce de bien tcjnne foi qu'il apu ffiirenne semblable chicane? L'abbé d'Oliyet .dans touie sa remarque , ne oonsidère e^ np peUt^ co^isi^léi^r le v^r,bé respirer que comme ()ris au figuré j et il dit d'abord que «Jib»roi:nea*empl9iiçim'avcc U négative jpouxsi|ûjfier désirfrai;demmenr, il dit ensuite que spns la ,néga^^ye, c^ verWî à coramù'oémenï'uri antre sens , tel que celui de donner des marqiie^' d'une ciiose\ comme quand on dit toiit res-
i^rno^ner? D'Olivet , il est vrai , ne cite respirer,^ sans la iiëgauve., que dans urî sens açMif^ et il ne le cite point comme Geof ^riy , dans uh s^^^^^ î, il ne donne qu'un
exemple analogue i.sùnyisage respire la h,aifis,eti\ n'en donne —'— »'—-»-— - '- ^'•— -'-•'- *'^ *«« '»»-
DE LA LANGUE FllANÇAISE. au M. Geoffipoy , qui le cite dans le sens actif et dans le sens neuire^ a-uil eu soin d'oliserver que, dans ce dernier sens, il ne signifie point annoncer o\x témoigner , mais s* annonceur, paraître y se faire remarquera Quand on veut être ai sëyère envers les autres, il faut être soi-même bien exact.
La remarque de Desfontaines est une des mieux raisounëea et des plus philosophiques de son Racine vengé. Serait-ce parce qu'il y a peut-être un peu plus de bonne foi que dans la plupart des autres, et que, loin de contredire celle d« dOlivel, elle n'a guère pour objet que de la développer, ou que de suppléer à ce qui y manque ?.... Cependant elle n'est pas encore, non plus que celle de d'Olivet, par&itement jusce, ai celle de Laharpe Test elle-même. Laharpe dit àpeu-près que respirer, pour désirer ardemment , ^e^ «'employer aana la négative , et avec un régime direct dans les choses qui sont l'objet d'une passion habilaelle, coranie la guerre , la vengeance , les plaisirs , etc. ; et il faut avouer qu'il semble avoir pour lui le Dictionnaire de l'Acadëmie , qui ne dit pas que respirer, pour désirer ardem^ ment , ne s'emploie qu'avec la négative , mais simplement «ju'il s'emploie plus ordinairement avec la négative 5 il m pour lui du moins cet exemple de WHenriade, Chant VIII t
L«s momena lai s^at cheta , il court dans tooa les ranga ^ Sac un coarsier fou^acaz , pins léger que lea veDU , Qui, fier de son fardeau, da pied frappant la terre. Appelle lea dangers, et respire U guerre*
aia ETUDES