Scène III
• • • • • • V . Bérà>VPe c$t ifsuuîi)t
A ihalie, AcXéiy.ScèheV:
Biçoi4( 4^ J/^s4^q1' lu fiJUe, meojrtxjcrf , InsUOite que Joas voit encor la lumière.
• Si» * «
L'ab, Dbsfont, J'kvo'ue qù*en prose insùniire comiiea ne serait pas iigiilri«rl,iMU0» ver» f0>A^li,«ui« point blesse. Instruire que UeByerait peaUéire roreill»; mais insimire combien ne choque ^M^ùit : cela semble ëfjiriyatoir à insiruire de. D'ailleurs » pu'isqu^en ^ros'c > comtne en vers , on dit/tf j«iV in^jr'^if ft^^:»»Ui:quoi, <j\u.ii^ow^5.ej| v«rs-» ne
dirait-on p^:t..44l''è^jf :MtfAllr'>:^i4«.? ^ :
ffir^ H* GepffroY recpf)pait que l'usagç de la prose n'admet poiD! instruire combien ', mais il veuf que ce soit une ellipse permise en poésie. Ensuite il ajoute : c< Kacine le fils observe ly'^fib'tfô^pdre à^ailcOtttnnfted'entpléi^eVlë Verbe insin^re }9'éf^c ^f/^f plofèi qù^av«c ée; et ilf-eA ^të potlr preuve le» >i Vf^ suivans.V.; ti ( Ce ^dnC teif jc de ilk^r^/ctf'et A'Aihalie eités'pné-d'Oltvet). Jb(iJtîisbièn ttthë'd^.liïr donner un deikeirâ ^'ijrafis'la Vëril'ë bèt cjlie Racine ¥e Ifls ne tiFt pas un seul mot de tout celà.'ïl-'énHèùTetnënlf xjjixéfe ptiisVinstrùiTre^y dans le^yçi» d^.^^le d'4|;npB^ roj^Oij^sciw ^Mej.e puis
lui tf/V^'^^^^it l^^'Q^^'fêl^^^'P^^nPr^^i^Knjépae sens dans le participe, instruite que » des vers de Bérénice et ^À\h^ié > BMhiôe^ 'ê^f'TrièMt^'^iié l pour a a/v'^V ^èV^(^. ; AiyfifMW^ IésMéi4>ktmHhi'}fHe , pour /^ /tf/tf i dé'ièâttbél appf^nant ifièè:, etc. Peur-moi i je n'Ai point' i ici «fopmîon à ëmëctrëi 4nàts je vapfrellefiri que Vbhairei dlLiis \eiHenriaêie v^^hâi^MX» a em^ilôyé ïéstréiirc dan» i« j mêtasé' sens que 'Ràcîiiè^,\ c^est*h«dire*9 'dans le seiia d*ap^' I ^ndrël ei a dtt ihrt^ira que':
Il Vadrcsse k Utornàî.* C'était pour nous instruire Que ioavÊat là'riibsoft laffii k ûou^ Côudtnïf.
DE LA LAi«ïèufe FRANÇAISE. aa^
17 Ah ! si dans 'rîgnoraQce il lé lalfait îiifttViiike ,
If^avait-tMn que Sëiiè^tté «t môf |)ùiil!' I« 'éédaire ? ' '
L. H. IfMTHêf^ déns l'rgkomhbei ei|)hr« bas, Meillir dans une enfance , ce sont là les vrais modèles i(e Qes air Uances de mois dont on a fait tant de bruit dans nos jours > comme d'tidô ddcôù verte 1 qiitti^ë ré^presbioù même cîtëe en lettres italiques dans Louis llaciné, il y a cinquante ans, fàt du siècle de son père* Que de sottises on a (iâ>itëes à ce snjot ! que de sottises on a prétendu justifier par ce mot I On n'a pas voulu voir que la beauté de ces 'expressions*; qui semblent s'ëloig^ner l'uUè derAaire> eMihîal^ diaas \û justesse des idées qui les rapiprpchent : autrement ce ne serait qu'un galimatias. Instruis âàns t^ignàfàh^e eix ici par/aitéi ment juste. Pourquoi ?.C!est qo'en e£bt lorsqu'on n'^ève un prince que pdur ré^er sôutf son wAn^on lai apprend surtout à ignorer tout ce qu*ildoit savoir, à nég^liger tout ce qu*il doit faire. Onlui donhe^éritableHnéllt Ae^ lèÇûns d*igh<y-^ Tance; mais poùf À^ejrpvittter ainsi, il faiit lai^ik* les idëèâ' dans tousleurt /apports éft da'às toute leur éiettdiie : c'est lé mérité dès ëcriValns brigînaui, de Tacîlé, de Racine, de fiosiûet , de Mohtèsquieu , etc. Pest la force de leurs èonceptions qui  fâîl léui' àtyle , ël c*fcst ce àbfat ne se doutent pas ceux qut s*imagÎj;ieQt qu'il ne s>git que d'accoppleir des moU discordant ou. ^idos de tena., ou à co^re-^feofci XI éli est de même de liimiiifrdans Urne Ungue vn/amoe , d^ Viibnneiude l'avilir. -CS^i aii'leMèùt- îiildHgeht à Mjppléfef ce* que ces phrases sons-eutendent , et à saisir la vériié de ce ^uircst sous-entendu.
Ç^ Non, ce n'est pas de nos jours seulement, c'cM«-àr aire des jours de M. de Laharpe, que datent les alliances de mois, ou. Si Ton veut, celte espèce de Jtigure que l'on appelle par un seul mot paradaxisme, parce qu'en e£fet elle tient du paradoxe ^ comme j^'^ûnissant 4es idéi» et des mots qui semblent s'exclure. Les gran<h ^crivains de Rome ^ et particulièrement Virgile et Horace , nous en fpuraissénà ûivcrs exemples; et il s'en faut que nos premiers classiques
aSo ÉTUDE5
en aient ignore Tasage. Qui ne connaît pas ce fameux ven de Corneille , que Racine ^ dil-on» trouvait sublime :
El mcnté ma le faite , il aspire à descendre ? Qui ne connatt pas dans Boileau :
6e faire eoiïsqler an sajet de sa joie, . . . Le péniHe fardeau de n*atH)ir rien à faire..,, Fujèa de ces auteurs V abondance stérile. . . . Va quatre fols par an se vantera confesse?.,,
et surtout le Teiis s.
Réparer wn honneur k force d'iJe^mte/*..
ârers que Voltaire a ainsi imite dans Mérope :
Inhumaine', tu renz que Mérope atitîe Machéte un Tain honneur k foree d'infamie ?
Quv ne connais pas tant d'autres exemples de Voltaire « et surtout celui dont M. de. Laharpe fait si bien sentir le mérite dans son Cours de Littérature » l'exemple, dis -je, qu'offre le dernier de ces quatre ven de V Orphelin de la Chine , où Gengiskan exprime le vide que sa grande fortoua avait laissé dans son âme avant qu'il aimât Idamë :
Taiit d'Etats subjugués ont-ils rempli mon cœur ? Ce ccenr, lassé de tout , demandait une erreur ' . (^"^i p^t de mes enmiis chasser la nuit profonde ^ Et qui me consolât sur le trône du monde,
Mais est-il bien vrai qne , dans nos jours ^ on aU fait tant de bruit d^s alliances de mots , et qu'on en ait fait bruit comme d*une découverte'^ Peut-être a-t-on fait plus ' dé bruit que ne l'aurait sûrement voulu M* do Laharpe ' d*uné alliance de mots qui n'avait rien de flatteur pour lui 9 et qne le génie^ ou plutôt le démon de la satire inspira \ Gilbert dans son Apologie, L'an leur de Mélanie n'était pas insensible ^ et il ne devait pas aimer à se voir dans ce inath'eureux poète ,
DE LA LANGUE FftANÇAtSE. ^3x
Qai , sifflé pour ses ver» , pocr sa prose sifflé.. Tout meurtri des faux pas de sa muse tragique » . Tûhêba de chute en chute au trân^ académique,
18 Pourquoi de sa conduit^ éloigner les flatteurs ?
G. F. D,e S4^ conduit^ 9 ppur de sa personne, figure énergique el fort juste : q*QSt ^fiomnie si Racioe' avait dit» éloigner de sa conduis Vinfljnenoe des flatteurs.
%Zjh Ce n'est pas tout-à-fai^ cela. Burrhns veut dirai Pourquoi éloigner les fiatieurs du soin de le conduire ^ ou» si Pou vent, pourqnaine pas confier sa conduite aujs fiatieurs ? G^est à eux, et noa à Sënèque « non à ni6i ^ qu'il appartenait de le sëduîr^, de Je corrompre, de Vinstruiro dans l'ignorance. Pour voir que tel est le sens« il n'est besoin que de lire tout le oiQireeau où ce vevs est encadre i
Ah ! si dans l'ignoranée il le fallait înstruîre , >f 'avait-on que Sénè^ue el moi pour le séduire 7* Pourquoi de sa conduite éloigner les flatteurs? Failaijt-il dans l'exil chercher des corrupteurs? La cour de Claudius » en esclaves fertile ,^ Pour deox que l'on oliorcbait en eût présenté 'raille ^ Qui tous auraient brigué l'honneur de l'avilir : Dans une longue enfance ils l'auraient iait vieillir.
19 Rome, à trois affranchis si long-temps asservie^. A peine respirant du joug qu'elle a porté ,
Ba règne de Néron compte sa liberté.
L. H^ Propremept on ne peut appliquer ce mot compter ff^ï ce qui offre une idée de nombi*c 3 aussi celte idée est-ellç ici elHptiqueinent renfermée. On sent que Burrhus veut dire ^ae Rome compte les jours de sa liberté , du règne ^6 Néron,. La poésie seule permet ces sortes (l'ellipses., La prose, qui n'est pas obligée d'aller si vile, et qui a sod genre de précisions risquerait de se dénaturer et de tomber bientôt daqs l'obscurité > si elle se permeitait^Ie dire 5 par exemple t ^^ compte mon bonheur du jour de mon mariage*.
•« Toat l'Empire ■'«•t plos la déponflle d'an maître.
L. H« 2 <oii< / 'Empire n *esi plus une dépouille enlepês par un maîire. Voilà ce que le poète veut dire. Le. dit-il ? La proie d'un mailre serait clair et juste. J'oserais affirmer que fa Mpouilie n'e^t ici ni l\in ni l'autre. La dépouilla é/tf.»*. n'a jamais signifié j ne peut jamais signifier que la dépouille pttie k quelqu'un « prise sur^u&l^ue chose ; fa dépouiiis des ennemis , la dépouille d'un pays , ladépouille d^ un tempte^ etc» Donnera cette phrase- un sens tout contraire , ce n'est pas enrichir la langue, c'est la déna* turer. Pins cette espèce de faute eat rare dans Racine , moins il est permis do la dissimuler» CSe vdrs doit être changé oo slipprimé.
Racine le fils, qui a d'autant plus de tort de vonloir tout justifier, que son père en a plus rarement besoin , s'exprime sur ce vers de façon à en faire la critique sans s'en douter. f( Un étranger qui cherchera déponiile dans un Diction- >» naire , pôurra*t-il jamais comprendre tout ce qu'à cet en- » droit fait entendre ce mot?» Non^ sans doute, 6t c'est pour cela que ce vers est vicieux ; car il ne s'agit pas ici de finesses de langage qu*un étranger peut ne pas sentir ; il s'agit du sens propre d'un mot qui doit être le même pour tout le monde.
(P3^ La dépouille est ee dont on s'est dépouillé ou dont on a éâé dépouillé » au propre ou au figuré ; c'est un vête-xnent réel et phy.^que , ou un vêtement fictif et métaphorique qn'on avait et qu'on n'a plus , n'importe par quelle cause* Cela fait assez sentir xpie dépôUille est ici ^ non-seulèment impropre , mais même en sens contraire , puisqu'on ne veut pas dire qu'u/s maître a été dépouillé ou s* est dépouillé l\ii*niêftie de tout l'Enipire, ttlai^ qu'il en est rtPétu y investi. Le vers eût pu aller avec '/Partage , qui (Bst fins foiblb qne proie , mais qui exprime l'idléè principale i
Tout l'Empire n'est plus le partage d'an maître. Ne semble-t-il pas que ioui, quand il sert à déterminer Is
DE LA LANGUE FRANÇAISE. aîS
sajet d'une propositîbn tiëgatîve , doit perdre , par l'effet même de la négation , ce sens d'intégrité ou d'universalité qu'il a dans une proposition affiruiative? Un épilogueur pourrait donc prétendre ^Aé lé vers en question ne signifie pas ce que l'auteur avait en vue y mais bien , il n*y a plut qu'une partie de l'Empire i^iii soit la dépouille, c'està-dire, t^ proie ou le partage d*un maître^ Il n'y aurait pas lieu à chicane, si tout se trouvait dans l'attribut delà proposition; en sorte qU'll y eài, par ciettipte : I/n fnaitrs napttts iont V Empire en ptiYtagB ; M/> mAUté He fait pins sa proie de tbut VEn^fêf».
91 Mais, Madame, N^ron sdKt poor se tiontlaire.
L« H* Expression élégabtC'^ parce qu'elle n'appartient qu'à la poésie. En prose on dirait : Néron eM x^fV assez pour se conduire ; Néron est en état de se conduire par lui^ même» En prose , suffit , eu parlant des personnes , ne semploie guère ilans un sens réfléchi. On dirait bien : Un médecin su/fît pour guérir un malade , mais non pas, un médecin su/fit pour se guérir. Ce sont ces nuances qui distinguent la poésie de la prose.
{^ La poésie est ^ comme la prose , ennemie de toute expres!>ion vague ou équivoque. Or, est-il bien sur que telle ne soit pas, l'expression de Racine ? M. de Liiharpe avoue ^'on ne pourrait pas dire : Un médecin suffit pour se guérir. Et pourquoi ne pourrait-on pas le dire ? Parce qu'on ne sait pas trop à quoi se rapporterait suffît. Serait-ce au niédecin lui-même , ou aux malades en général ? Un méde^ cin suffit pour se guérir, semble^-t-il moins signiËer, on n *a besoin ^ue d*un médecin pour se guérir, que, un mé^ decin, pottr se guérit, n'a hesein que de lui-même ? Par la même raison , ne serait-on pas fondé à demander, en prenant le vers de Racine isolënieiU, ai l6|>06lea vouhi dire , ^iron a assez de lui -mime pour se conduire , ou bien j on a assez de Néron pour se conduire ? Nous devons «onclure de la , ce me semble, non pas que suffit tic s'en!-
a34 ÉTUDES
ploie guère pour les personnes dans un sens réfléchi ^ maïs qu'il faut, quand il s^emploie dans un sens réfléchi^ lui donner le pronom personnel on le nom rëpëtë pour régime indirect : Néron se suffit à lui-mime » ou Néron suffit à Néron pour se conduire^
Cti serait peut-être différent , si « au lieu de suffit pour , il j avait suffit à , comme dans ce vers de la Henriade^ Chant IX :
Que souvent U raison suffit k nous conduire.
Suffire à pourrait ^ je crois , se passer du pronom personnel 9 parce qu'il ne signifie pas» comme suffire pour, être de la qualité et dans la quantité » an nombre nécessaire pour faire ce dont il s^agit » mais bien avoir les talens et les moyens Bécessaires pour le faire. €ette dernière signification est d'ailleurs celle qu'il faudrait ici. Ainsi Racine n'avait > à ce qu'il semble 5 qu'à dire, en chapgeant^o/iren à:
Mais, Madame. ?^éron suffit à se oonduire.
SA Vous craindres-TOus sans eesse? Et vos embrastemens
Ne se passeront-ils qu'en éelaircissemens?
L.H. Gomme on peut très-bien se craindre soi-même» c'est la force du sens qui autorise à sons-mitendre ces mots qu'il faudrait énoncer en prose : Vous craindrez^vous sans cesse l'un l'autre? Mais des embrastemens qui ne se passent qu'en éclaircissemens , sont de la manière de Tsicïie et de KdLCÏne. Êclaircissemens est par lui-même peu fait pour les yers ; c'est la ^lace où il est qui en fait le mérite. Voltaire a su l'employer aussi de manière à le relever; c'est quand Orosmane dit :
Les éclaircissemens sont indignes de moi.
Dans ces deux exemples^ c'est le sens qui ennoblit T^xpression...
93 Ah I quittes d'un oen0«nr là tmt« diligence.
L. Ric. Ce mot diligence y qui dans ce sens est (atini est ici très-heureusement employé.
DE LA LANGUE FRANÇAISE. a35
L.H. Cette expression est ici plus latine que française. Diligence , en français , signifie proropliiude > activité. Ea latin il signifie proprement exactitude d'attention et de soin. LiUêras iuas legi diligenter. — J'ai lu va^ leiires apee loin, avec ailention» La diligence d*un censeur est donc prise ici pour Tattention à reprendre , et je crois qu'à la faveur de Tëtymologie 5 cet exemple peut être suivi et donner à notre poésie un terme de plus.
•4 SonlXm quelques froideors sans les faire éclater , Et B'arertiMea point la cour de yous quitter.
L. Rac. Notre verbe ap^r^âr n'avait point été encore employé dans un sens si beau.
L. H. de mot à^ avenir est ici bien ingénieusement détourné de son acception ordinaire. Durrhus ne parle pas ici 60 courtisan , mai3 en homme qui connatt bien la cour.
{^ L'éclat if ue vous ferez des froideurs de Néron » sera pour la cour un averrissement de vous quiueryparee fue la cour compose ses seruimens sur ceux du prince 9 etçue d'ailleurs elle ne saurait rester avec une personne fui a perdu son crédit. Voilà ce que fait entendre un seul vers ^ surtout par la force d'un seul verbe.
Rapprochez de ce vers celui que l'ivresse de la joie et dm t^orgueil inspirera plus tard à Agrippine :
Déjk de ma faveur on adore le bruit;
et à ces traits aussi vrais qu'énergiques , reconnaisses les courtisans , reconnaissez les hommes en g^énéraU La moindre •pparence de bonheur et de puissance les fait voler en foule au-devant de vous , et tomber à vos pieds : la moindre appanmce fie revers et de disgrAce les niet en fuite. Vous criex à TiDgratitude , à ta perfidie ; mais vous avez tort. Qn n'avait juté amitié et fidélité qu'à votre fortune : elle a changé , on a dû changer avec elle.
s5 U suffît. Comme vous je resseus vos injures.