‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 24 sur 76 · L. Rag. Boiieau a dit trafiqua du discours^ L'Académie · texte numérisé non relu

L. Rag. Boiieau a dit trafiqua du discours^ L'Académie

DE LA LANGUE FRANÇAISE. û?^

Française a oublié à ce mot, dans son Dictionnaire , d observer qu'il se dit très-noblement au figure.

J;^ M. de Laharpe se contente de dire » avec Luneau , que ce vers est très-beau pour Tesprd^sion. M* Geoffroy trouve que le mot trafiqiutnt es^fort^ par cela même qu'il es i familier et ^aj. ce C'est ainsi , dit-il , que Cor- » neille s'est^servi de marchander dans Nicomède : »

» Dont leur FlaipiDiiis marchandait AnnibaL

» Mais marchander^ ajoute-t-il , est encore plus hearenx , )) parce qu'il est trivial , et que le personnage est bien plus » illustre que Britannicas. »

Que la bassesse et W familiarité d*un mot en fassent là force! et qu'un mot soit d'autan^ plus heureux qu'il est plus iriçial!».» Trafiquer et marchander sont sans doute » l UD et l'autre , très-forts et tfès-^heureux à la place où nous venons de les voir, et peut-être le sont-^ils autant Tun que rtatre, quoique JBritannicas ^soit un personnage un peu moins iitustre ^u' AnnibaL Mais pourquoi le sont* ils ? Par ce sentf figuré oà ils 3e trouvent employé* contre l'usagé erdiimire', «t d'où* résulte une expression aussi vraie que vite et frappante. Au reste 9 je ne^vois pas, je l'avoue, ce que ces mots ont par eax-ntémes de plus bas et de plus trivial qu^ ^ndpeet acheter ^ 4{ûi se disent tous le« jMts dans le stjte le pins noble 5 comme dans le «style le plus loonimuil.

Boileau , avant dç dire dans son Arp poéiiifue , que ^ V amour du gain infectant les esprits > ^

' Trafiqua du discours et vendit les paroles ,

avait dit non ioaoixis noblenâeiit, dans sa cinquième Satire , que le noble altier pressé par l'indigence ^ rechercha

humblement V alliance du faquin ^ei

Avec lui trafiquant d*u|i noin &i^ prëcieax;.

Par an lâche contrat vendit tous ses aîenx.

Hé quoi I vendre et marchander, même au propre , man« quent-ils de noblesse dans ces vers de MaliotHét , ùii Zopir»

24o ETUDES

rejeté ayécîinlignatîon les offres ^u'Oiuar lui fait de la part (le son niâilre : ' s

• ' . • . . Tu penses me séduite y HL^- vendre ici ma honte et marchander la paix « Par tes trésors bonteux', le prix de ses forfaiu?

sg Saçlie si du péril ses beaux y^uif seul remis.

L* H. Les yeux Cil les beaux yen» revenaient beaucoup trop souvent dans Andromaque : c*étfiient de ces expressions parasites que ne permet pas le style soutenu et soij^né» IjOS beaux yeux particulièrement ne doivent j^uèfe entrer 4ans une tragédie : c'est un mot que la galanterie a rçndipi si trivial, qi^'t^Ue. Ta presque enlevé ^ TainQur. Qn peut \^ passer a Vextrèptie jeunesse de Britannicas ^ et d^Qi;n9^s pa le verra très^rarement dans les pièces de Racioe.

^O^ M- .iSs^oCfroy, apris avoir fait à-rpeur-psia la wkm% obsf rvatiop aint |^ ieauxyemxit aj.oiiitt« ^Aemisdup^iU p Togr élégant et poétique ; espèce d'^Uipsi^ pour dune ^ Moiis 9 dti tr9iAble>que le péril a leausé* ». Om ; maisVest dosHvnage qiiQ ce r^mis du péril a» Tapj^orle aiiz yeMêX* Ca sa IQtt( p»» I^.s y^H^i iqais rAm«,. m^ait l'esprit» oul« al L'on VfuX| 1^ ^sflr,ifsp .qux éprQumnt la^iUrouble» L'incpiftétiidaLt ÇA m ^MÂ: ^9m p43 l^ yeux^ juaûrjLaie ou Taspaii qu* doivent j^ r^mnifrff se rassuier»

3o Pcmr 1^ dernière fois qn*A s^^ôigne, qn^il parte. / Je le veax , je l'ordonne ;' 'et que là fin du jour

Jie le ret#*ouve pas dans BPAjf ^ ou dans ma oo^.

6, P. Pour f^ éloigner i il faut d'a];>ord porrir : ces Jeux mots n^ sont ])as à leur plaç.e .ns(tureUe« Et pw^ li^ cpur éta^t renfermée dans Rome ^ il n'jr 'a pas là noi( ^l^s de gradation ; par conséquent iDes mots , ou dans ma cour^ sont inutiles. La Grammaire exigerait- anssi ni dans ma cour; observations fort exactes,' mais minutieuses : ce sont

d^ /laf faHtos ffiH, ÙM p^MpAiMâr à laxW^gligano^, ^ l<^iiii'

DE LA LANGUE FRANÇAISE. a4i 13^ Puisque M, Geoffroy trouve ces critiques luiimtieases , il n*aurait pas dû se les permettre ou les reproduire, La seconde^ au moins , est empruntée de Luneau , et voici ce qu'en dit Laharpe ; « Il n*est pas vrai , quoiqu'on dise le » commentateur, que l'idée de co/ir soit absolument renfer^ M m^ dans celle de Borne , ni, par conséquent , qu'il y ait Jï pléonasme^ La cour est partout où estle prince,, et il peul » à tout moment sortir de Rome* Celle critique était donc » vélitleose et fulile. »

5l Que présage k mes yeux cette tristesse obscare ?

L. H. Expression hardiment métonymique. La tristesse c$l appelée obscure, parce qu'elle obscuroù le from, et cette dernière expression est elle-même une mélaphore , en «orte que la figure est double, et pourtant elle est claire»

(P3k Sans dou^ il y a dans âistessè obscure une double figure, obscure comme épithèie (figure d'élocution J , et obscure comme n^étaphore ( figure de sfgnification , ou trope). Mais je ne saurais y voir une double figure de signification, un dpoble trope ; je ne saurais y voir une mélonjmie et une métaphore tout ensemble. La\ métonymie, proprement dite, ne peut consister qu'en on nom, et c'est ici an adjectif: par conséquent , point de métonymie. Quant à la roéUphore, elle peut ne consister qu'en un adjectif , et j*ea trouve une ici , non-seulement bien* caractérisée , mais même aussi juste que hardie. La tristesse, qui n'est qu'une abstraction, n'a point de couleur, d'apparence 4 elle ne peut donc être pa» elle-même obscure , sombre , ou noire : mais l'homme triste a l'air obscur, sombre , ou noir , et l'on peut, en considérant la tristesse abstractivcment , lui attribuer par fiction une qualité qui semble produite par elle. Du reste , je crois qu'on dit plutôt une tristesse sombre ou noire , qu'une tristesse obscure. Obscur ne s'emploie guère en parlant de Tair du visage, de l'humeur, ou du caractère ; et Racine ne peut i;avoir préféré à sombre et à noir^ que pour le besoin clelarime.

ala ÉTUDES

Si, Triste , letast aa* cUsX ses y eut moailLés de lattne» Qmi bnliaieat tu travers des flambeaux et des armes; . Belle sans arnementy dans le simple appar eil i 'D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil. Que veuxi-tu? Je ne sais si cette négligence , . Les ombres , les flambeaux , les cris et le silence y Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs ilelevtient de ses jeux les timides dpuceurs.

L. B. On désapprouvera sans doute des feux fui brilleni au travers des flambeaux : ces expressions esagërées ne sont point le langage de la vraie passion. ... Mais les vers sulvans sont charmans...*

L* H* Quand le commentateur se permet de dire d*un des pin» beaux endroits de Racinç, on désappronvera sans douSô 3 BOUS pouvons dire de sa remarque , qa'o/t en rira sans doute. Ces expressions exagérées quand il n'y a pas Vf^bce d'esagévation, ce langagede la vraiél^assion^ quand il no s*agit nullement de vraie passion, sont ici autant d'înep* \}fi%M Tous les connaisseurs ont vu dans ces huit vers , triste , levant au ciel 9 elc», un tableau original et parfait. Le xuérite de la diction est dans la difiîcuUë vaincue , puisquHl s'agissait d'ennoblir la petitesso des détails par le choix des mots; il est aussi dans le choix de ces détails même, parce qn'il fallait caractériser un amour qdl n'est autre chose qae du désir ; et dans celle peinture le désordre même de la «ilualion de Junie , enlevée au milieu de la nuit , es| un •charme de plus ajouté à celui de sa beauté , le seul qui puisse eoflammer Néron ; enûn » l'effet de ces couleurs poétiques naît surtout du contraste de la frayeur, de la douceur e^ des larmes de Junie 5 s^vec l'appareil de son enlèvement et la figure de ses ravisseurs : c est ce qui a fourni au poète des vers qui sont au nombre des plus beaux de notre langue f surtout ces derniers ,

Et le farouche aspect de ses fiers rafisseurSy Kclevaieni de ses yeux les timides douceurs ,

dont le coloris pe se trouve que dans la palette d'un raaiire.

Ç^^ M« Geoffroy n'a pas eu peur défaire rire , en r^pëtaDt , .après Luneau , que des yeux ^ui brillent au travers des flambeaux paraissent d'un ton et d'un style un peu romanesque. Il demande de plus si ce sont les larmes ou les yeux qui brillaienti et il répond : « La Grammaire dit )î les larmes^ et le sens, Z^j^^fi:t;.» M, Geoffroy s'élève souvent contre les vétilleurs , et Tou voit qu il n'aime pas les vëûlles.

53 Soit que son cœnr, jaloux d^aoe austère fierté , ' Enviât k nos yeux sa Dûissaule beauté , Fidèle à sa douleur, et dans Tombrc enfermée , Klle se dérobait même k sa renommée.

L» Rac. Soie que son cœur jaloux , etc* Le sens de ces deux vers se présente si naiurellemeni qu*on n*examine pas ranion de ces mots, un, cœur jaloux de la fierté qui envie 4a beauié aux yeux*

G* F» Cet amas de hardiesses paratt très-naturel et très-^* dair à Louis Racine. N'en juge- 1 «il pas en fils plutôt qu en Gramnaairien et en critique ?

(J3^ Mais M. Geoffroy, qnî en juge sans doute en Grammairien et en critique, ne devrait-il pas expliquer un peu pourquoi ce n'est ni naturel ni clair ? L'auteur a voulu dire^ je pensé, soit que son caur^ plein d'une austère perlé ^ ou fier et austère à l'excès, n'aimât pas ^ ou craignît que sa naissante beauté fût exposée à nos yeux. Mais le dit>il en effet , et ce sens-lh résuUe-t-il de ronseml)le des mots qu'il a employas ? On sait bien ce que c'est qu^éti'e jaloux de son honneur, de ses droits, de sa réputation, etc. Cesty être extrêmement attaché, c'est y tenir au point de xi*en vouloir rien sacrifier, rien perdre. Mais qu'est-ce qu'être jaloux d'une austère fierté ? Personne , je crois , ne le sair^ ti l'on sait encore moins peut-être ce que c'est qu'un cœur jaloux qui envie sa beauté aux y eux du public. Accordons que sa beauté ne puis&e s'entendre que d» la beauté de la personne, et nullement de la beauté du cœur^ ou sera

toujours fonde à demander ce que c'est que Venvier aux yeux. Il y aurait à répondre <\Xk^en9ier est là dans le sens de refuser, connue dans ce vers où Virgile , dans sa septième È'^logue, fail dire à un de ses bergers, que Bacchus a envié aux coteaux l'ombre du pampre ,

Liber pampineas in^idit coUibtu umhras.

Mais il ne paraît pas quVttt'xVr puisse se prendre dans ce senslà en français comme en latin, «i M. Geoffroy eût remarqué ce latinisme , il n'eût pas manqué sans doule de le donner pour une heureuse innovation. Pour moi , beaucoup plustimide que lui , je n'ose guère avouer que ce qui me semble avoué par l'usage.

34 Seigneur, l'amour toujours n'attend pas la raison.

L. H. Vamour rt*attBnd pas ioujçurs la raison éuit la construction nécessaire ; parce^que c'est la seule bonne. Il y a ici tout ensemble inversion forcée et consonuance désagréable , le lout pour dire qne Vamour n'attend pas toujours l'âge de raison. Cette pensée valait-elle que, pour la renfermer dans un vers , on sacrifiât à la mesure le nombre €t la justesse? Je ne le crois pas. La seule excuse de ce vers , c'est qu*il n'y en a pas un autre semblable dans toute la

pièce» '

(EQ^ N'est-ce pas la consonnance désagréable qui rend

Vinversion plus choquaitte «qu'elle ne le serait par elle-même ?

Je ne trouve pas qu'elle le soit extrêmement dans ce vers ,bù

•lie «st pourtant la même :

Le plus sage toujours n'est pas le plus heureux J

•t l'est-elle plus dans le second decesdeuxversderO£</v«

de Voltaire , Acte I", Scène V :

Ces organes d'airain que nos mains ont formes , Toujours d'uu souffle pur ne sont pas animés.

Sans doute qaeionjours est beaucoup mieux placé après la négation , comme dans ces exemples de L& fontaine : Le bon n'est pas toujours camarade du beau... Il n'est pas toujours sur d'ayoir un haut emploi. #•

DE LA LANGUE FRAIfÇAISE. 245

Il ne faut pas toujours être si délicat. . •

Oo n*aime pas toujours L'humeur ambitieuse. . .

On ne sent pas toujours ses aïeux ni son père.*.

Sdns (loule aussi qu'il nVst jamais permis de le placer autres ment en prose. La raison est^ je pense , que ion/ours avant la négation annonçant une proposition affirmative , on est ensuite un peu surpris de voir venir une proposition négative. Mais quand la négation suit immédiatement comme ici, et que l'erreur a k peine le temps <le naître j il y a^eut-ètrQ beaucoup trop de rigueur à regarder, en poésie , comme in-* ▼ersioii forcée» et par cons'équent comme construction bar* bare et anti^française , cette petite dérogation à Vusage or^ dinaite* > ;

• 35 I^es Dieux ne montrent point que sa vertu les touche} D'aucun gage , Narcisse , ils n'honorent sa couche ,. L'Empire Tainement demande uu héritier.

L. H. Il serait trop long de remarquer les becmtés de diction y les expressions neuves, fidèle à sa douleur ^ si fier à sea regards y les essayer sur le cœur de César ^ tant d'autres non moins heureuses , et ici en particulier la stérilité si noblement et si poétiquement exprimée , une couc/i^ qui n'est honorée d'aucun gage : c'est la langue de Racine.

jf^ On dit plutôt les fruits qne \es gages de sa couche^ etyr/ifV.r est plus précis ^^ gages \ car on peut demander ^uels gages ^ les gages de quoi, et l'oû n'n pas h deman<ler quçls fruits : n\a\s gages est beaucoup plus poétique, et les circonstances du discours foqt ici assez disparaître ce qu'il «t par lui,-même de vague.

36 Je m'ezçitQ contre elle j^ et tacbe a la braver^

G. F. Vers très-énergique. Tâche à la Graver est un solécisme qu'on peut regarder comme heureux y iâc/ie dobraver dirait içoins, et le poète ici e^it été plus faible s'ik e(il mieux parlé français. Ce n'est pas ïorgueilleuio sol^

a46 ETUDES

cisme d'un vers ampoulé que Doileau ne pourait admettre : c'est l'audace du génie qui brave une langue timide.

(jf;3^ Si M. Geoffroy se fût donne la peine d'ouvrir le premier Dictionnaire venu, il y eût vu que tâcher se dit avec dô ou avec à , quoique mieux en général avec de* Il eût vu particulièrement dans le Dictionnaire do TAcadéraie^ que iâcher ^ &\i\vï de la préposition à ^ ou de l'équivalent, signiiie visera. Par conséquent, il n'eût point traité de solécisme une façon de parler très-correcte. J. B.Rousseau a dit aussi tâcher à dans ces vers de son Ode sur un commencement d'année: i

En Tain p^r les murs qn^on achève , On tâche à s'immortaliser : "^ / La vérilé qui les cléi'e »

» Ne saurait lesétemiser«

£oileau l'avait dit avant lui v

Et pleine du dcmon qui la vient oppresser j Far ces mots ctonnans tâche à le repousser.

Lutrin , Chant V.

Molière avant Boileaû:

Tâchons a modérer notre ressentiment.

Ecole des Femmes , Acte II , Scène IT. \

Et Voltaire ne le coudamne pas dans ce vers de Rodogune, Acte IV :

Je tâche avec respect à vous faire connatirc

57 Mon génie étonné tremble devant le sien.

L. Rac. Ce mot gé/iie dant le sens qu'il est ici employé j uVst pas de notre langue. Il est latin ; et le poète fait allusion à ce que rapporte Plutarque dans la vie d'Antoine. Il parlait toujours contre Octave quand il y jouait aux dez, sur quoi un devin lui dit: Éloignez-vous tant que vous pourrez de ce jeune Jiomme : votre génie redoule h sien.

ÎO^ M. de Ijaharpe observe de plus, q^e ç'vst ^ci ui^q. expression de mœurs j etnoapas upe belle iauige ^ comme le dit Luoeau » expression antique, fondée sur l'opinion des temps anciens ) qui attribuait à chacun «ro/i^^/ifV » bon qu mauvais. Voltaire s*en est heureusement servi dans ce vers de la Mon de César ^ où BmitUsdït a César 3 en se jétanl à ses genoux : '

Que le salut de HoniQ , et qae le tien te tCMiche t

Ton génie alarmé te parle par ma boâclie :

Il me pousse , il iné presse , if'tne jette k tes piedi. . .

38 Impatient surtout de revoir ses amours. '

L. H. Sas amours p pris pour ],a ]>f r&ann? qu^Qi^aimo^ n'est pas un terme populaire ^ co^i^e h: .dit .tcè^-i^ex^Uff ynent le commentateur ( Luneau ), n^'xs 1^ term/ç f^o^^j qui ne convient pas au style soutenu „.i^ mo^^s qu'il ^fiiipif' relève par ce qui l'entoure. Ici c'est une expression depomé* die; ce qui fait dé ce vers un de ceux "OuVa vôuclrait Suppnmer: en voila' trois jusqu ici.

fC^ Cette' d^mièife astteriibn ne ^oâr pa» ftàfl» dimlê^ sa prendre k la lettre : car \e critique a lui-tinétti^ repiris plus de trois vseM: d'abord ^ celui dd^nt^^VMildf^Hd quMtkM»^M pcds les sutvans ; ' ■ * .. • ' . 1

Seigneur, l'amour totijouts n'atliend-'pâs fa raison*. V.

Sache ai da ^éril sM bçanxytÉiui soiii;'#ettU..

Toat l'Empire n'est pbu la dlëpoMllc d^on miÉ[ln.U '

L. Racine^ pour excuser l^exprcssioli ses amours^ obiQY^e que c*est un affranchi ' qui parle ;^'mais' un affranchi qui parait sur la scène tragique^ne doit pas plus qu*tin'hëros , çe^ me semble , y descendre au ton de la comddie. Ses amours se trouve très-bien à sa place dans .ce»: passage de k belle Fable des deux Coqs* ,

K Ld vaincn disf^^M^^ ,. * ' .

Il alla' Sie cacher au fond de sa r^traitç ,

Plcuraf sa gloire et ses amoUri^ ^ Ses amours qu'un rival, tontlElet des* d<fiuta| Possédait à ses yeux. .«••.«••«.

u48 • ÉTUDES

99 Pourquoi de cette gloire exclus jusque ce jonr f M'aves-f eus , sftti9 pitié , relégué dms ma cour.

L. B. L'expression de relégué danji ma caur est nenve» Saos celte finesse de tours « sans cette dlëgance de style qui consiste dans le choix des mots» dans la vëritë des seniimens, tonte cette scène^qul est très-peu de chose, serait languissante.

L* H. Uélégance ne, consiste point da^s la vérUé des seniimens. Tous les sentimens d'Ariane sont vrais, el ne sont pas toujours exprinnës avec ëj^^g^ncç :,il s*en faut de beaucoup i mais que Ton trouve languissante , au style près , cettescènel. « . . etc. ...

' {dS^ Luneaii ne fait pas consister V élégance drt style dans 7a vérité seule des sentimens: il ia fait consister encore dans le choix des mots , qui ne suffirait pas non plus îieckl pour la constituer.

40 . Les Dieux ont prononcé | loin de leur qontredirç y C'est 2Î vous de passer du c^té de l*£œpire.

Ia.H. Contredire S'iàn$ notre langue, aie rëgime. direct, Aoit9vec leschoses y-jQilave<^ les ]^rsonnes. On contredit jun^M^eur^î on^^ùntreditl\& paroles; ç^fion^redit i'expërience « etc. he régime indirect est latiq » conirodicerp alicui» f 1 est c^air .qjMe; Baçine Ta cbeisi de préfërence , puisque l'puti^ oeile gjtnait en rieo^ Ce n^est pas la seule fois qu'il fait usage -des^lMit^i^mes ooraoae'd'un ^oyen de plus pour ^différencier^ l^poësic^^et la pro^e ,..et j'avoue que leur cgn^ ^redire ne me blesse nullement, sans .4,^i9te à cause du rapport ét]rmologi(|u.ç ^ oomme dans ce. beç^u yers de l^àr fontaine: . r. ' .

« 'Celui -dç>qtti^|B^' téta: su ciel ét^it voisine. •

On oublie qu'en . français on est voisin du ciel y parce qu'on dirait en latin ^tbtkuTli cœlo càput:'

^f^fk Contredire n^f^st. pas là , je cro^s. > .(^ns le sens de contrarier en pitro^es^tp^r paroles^.de. dire, le contraire', mais daflsle aeu9 4e xé^i&^ox, ^^s'oppose]^ ( en :latip adversa/i

DELA LANGUE FRANÇAISE. a4^

rtpfignare ) » dans le sens de contrarier par ses actions , par sa condaile ; el c'est pour niarcpier ce sens particulier et pca ordinaire de ce verbe*, que le poète aura prëfërë le régime indirect hisr au régime direct les , si toutefois il est vrai qaHl ait mis à dessein Tun plutôt que Tautre.

41 Kome »assi bien qae moi voqs donne son snfirage , Répodie Ociavic , et me fait dénouer Un hjmeo qne le ciel ne veut point avouer.

L. B. CTest peut-être la première fois qu'on a dit dénouêf vn hymen. Cette expression parait hasardée»

L. H. Il est vrai que l'expression n'est pas commune , et c'est pour cela qu'elle est ëlëgante* Mata comme l'hymeo est un nœud , un lien , rien n'est moins hasardé qoe de dénouer l^hyinen»

{^3^ ce Le lien conjugal parmi les chrétiens est, dît le )> Dictionnaire de Trévoux, uunœud qu*0M ne peut désunir.» Mais sj , comme il n*y a point de doute j on peut dire dé* nouer le nœud de l'hymen , pourquoi ne dirait-on pas par eUipse dénouer un hymen ? Cependant rompre conviens drait mieux probablement que dénouer, dénouer pouvant faire entend^i^ peujt-^tce que le noeud n'est que défait ^ rtlàché : ce Qujind l'intérêt seul forme le nœnd de Pamiiié , » dit le même Dictionnaire d'après Saint-Evremônil , lea » moindres chagrins peuvent le^ rompre^ ou ' du moins la u dénouer, y) -

4s Soagei-y dbntf, madame 3 et pesez en vous-même*/'

Ce choix digne des soins d'an prince qUî vons aim^^ ' ^ i Digne de vpsbcfiiyx yeux trop long-iempscapÛTésj . .

rtigne. de l'univers, à qui tous voua dcvcis. ■ . ^ : -j '

L. H. Passons sur les beaux yeux qui reviennent poilr la lecoode fois ; mais ces mots , trop long-temps captivés , n'offrent ^ucun sens qui soit*clair et plausible; Cela veut*il dire des yeux contraints dans leur expression , des yeux forcés de se cacher ? Clesl uh des sens du mot capàiçés : il n'est pas admissible ici. Sont-ce des yeux que Britannicusa trop longtemps, fixés sur lui? Mais après ceque Junie a déjà dit de

p5o ÉTUDES

Bàtaonlcas ^ ces mots 5 trop long^emps^ liront aucun sens pour elle , et doivent lui paraître un peu ridicules. Ce vers est réellement une cheville : c'est le quatrième qui soit a retraocher dans cet ouvrage. Racine a péché ici par la pensée: la faute est remarquable* ^

2ï^3S^ Captivés est là pour tenus .cachés , fowe^iiéroBés à ma 'Vue 9 pour condamnés à l'obscurité ou ensevelis dans la retraite , et c'est ce que rendeulb asses clair toutes |es circonstances :. il n'y a qu'à se rappelé^; ce que le même personnage ( Néron.) vient de dire à Junie, d^ns la mêçiitt fœne : .,

Quoi! Madame, est-ce donc une tcgène.offeiiie^ I^ m'avoir ^«1 lotQg-tesips caché votre présence ? Ces trésors dont le Ciel voulut vous nafaellic , Les ayez^voas reçus pour les ensevcUr ? .

Mais ce sens de captiifès tic paraissant pas avoue par l'usage > ic mot n'est pas celui- qui pouvait le niveux convenir*

45 IÇtpouTei-vous, Seigneur, souhaiter qu'une fille j- Qui vit presque en naissant é teindre s|l iTamillé^ j .' : . . Qui dans robscorité nourrissant sa douleur ^ ,\ £*e8t' fait une vertu «onformt à ^nmalhénr,

^ ,' . .passe subitement, p de cette nuit profonde,: ^

^ ; ^ pans un rang qui Pcxpose aux yeux de tout le nondc^ Dont je n'ai pu de loin soutenir la clarté , £t dont une autre enfin remplit la majesté.

L*H. Louis. Racine observe «qu'on dit /a majesté ^ la ï> splefitf^ur d'un rang , et non pas; la- clarté , que le mot » clarté 9 qui répond à cette nuit profonde ^ 'est amené si na- » turellemei^t, qull parait nécessaire.» 'Cette observation est îùste^ et même fine. Le commentateur (Lunéau) s'en doutait apparemment 9 car il a cité la première moitié ^ la note comme de Louis Bacine » et s'est approprié Id seconde covtitw une réponse qu'il opposait à La pireroièW. On peut rire de ce petit chariatanisme ;' mais il est bon de rendre à chacun te <qui lui appai*tient»

({Q^ M. Geoffroy n'est donc pas le seul qui ait connu «•

DE LA LAN GUE FRANÇAISE. ^Sf

petit charlatanisme, qui lui est si ordinaire? Mais (I* de Laharpe , qui juge ses devanciers avec tant de ri^eur » M^ de Laharpe lui-même ne pourrait-il pas, si ÏQ^n voulait j regarder de bien près , se trouver quelquefois en défaut à ce,t égard? Quoiqu'il en soit, on peut dire à la décharge de Luneau , que s'il s'est rendu ici coupable , c'est , à ce qu'il paraît , bien innocemment et sans le vouloir. Il a rapporte textuellement, et de la maniè|re la plus exacte, la plus fidèle, toute la remarque de Louis Racine , qui consista en deux phrases ; il l'a rapportée sans la moindre réflexion et sans y rien ajouter que ces mots : suivani Louis Saûiue^ Mais xa mots intercalés dans la première phrase , peuvent ne pas pa^i railre s'appliquer également a la seconde, et voilà ce qui donne quelque apparence à la maligne interprétation de M. de Laharpe.

44 Tout ce qae tous voyçz conspire k vos dési^ ;

Vos jours, toujours sereins , coulent dans les plaisirs; Ii*Empire en est pour vous l'inëpuisaHe source r Ou si quelque chagrin en interrompt la course / Tout l'univers , soigneus de les enlreténir , S*eni presse à l'effacer de TOtre souvenir.

L. H. Dans ce contraste saisi si h propos et rendu en vers diarmans, on a queilque peine à s'arrêter si^r une très-légère inexactitude grammatical^. Mais pour ne pas inécontentçr les critiques qui ne sont que gramoiairiejps , il faut averti^ ceux qui ne lo sont pas , que, dans la règle , le pronom relatif pluriel les , qui se trouve dans ce membre de phrase » soigneux de les entretenir ^ ne devait pas séparer le mot cJuigrin de son relatif \ effacer , qui est dans le vers suivant. Gela fait un pçtit embarras dans la construction % quoiqu'il n'y en ait aucun dans la pensée.

$^ Il s'agit ici , non de la pensée simplement con;u,9 par Tesprit ^ mais de la pensée produite au^dehors , de 1^ pensée représentée ou peinte par la parole* Qr tout embarras dans la construction ne peut qu'en être un dans la pensée ainsi entendue. Les critiques mêmes qui sont plus encore

aSa ÉTUDES

^u» grammairiens , peuvent donc ne pas regarder comme tout-à-fait si légère VinexactUude ^u question. On peut en reprocher une semblable à Voltaire dans ces deux vers ^Attire, Acte IV , Scène I:

Abire a des vertus , et loin de Us aigrir ,

Par des dehors pitu doux yovi^ devez l'attendrir.

Bemarquons au sujet de Texpression tout conspire à vos désirs ^ que le verbe conspirer ne se prend pas toujours en mauvaise part » et qu'il peut y avoir conspiration pour, comme conspiration contre* a Tout conspire à la gloire » xlu Roi , à la félicite de TÉtat » » dit T Académie. Molière « Tartuffe , Acte IV , Scène VII.

Tout conspire y Madame , à mon contentement.

45 Britannieus est seul. Quelque ennui qui le presse y U ne voit dans son sort que moi qui s'intéresse.

L* H. L'on ne dirait plus aujourd'hui, s's/s/^re^xer Jani son soft 9 comme on le. disait certainement du temps de Racine ^ puisqu'il ne tenait qu'à lui de dire comme on dirait à présent :

Il ne voit à son sort que mol qui s'intéresse.

L'usage a décidé qu'on s^ intéresse ' dans une affaire d'argent i dans un commerce ^ dans une entreprise , etc.^ pour dire qu'on y a un inléréi pécuniaire; et qu'on sUnté-' resse à ^uel^u 'un ou à quelque chose , pour dire qu'on y prend un intérêt d'affection ; et il est bon que l'usage ait fixé cette différence.

(JJIj^ C'est entre ^intéresser pour et ^intéresser à que la différence pouvait n'avoir pas été bien Axée du temps de Racine; mais elle l'était » à ce que je crois» entre s*inléresser à et %'intéresser dans* On trouve assez fréquemment dans Molière ^ ^intéresser à une chose , et par exemple dans Garde de Navarre -, Acte I » S(^ne III :

.Je viens m' intéresser ,

Madame | au doox espoir qu'il vient vous annonoeis

DE LA LANGUE FRANÇAISE. si53

Ne seraît-îl pas possible que Racine n*eùt point entendu faire de dans mon sorûXe régime de &^iniéresse , mais em«* ployer %^ intéresse d'une manière absolue 7 Ce serait toujours une faute , puisque ce verbe veut nécessairement un régime j mais la fauté nç serait plus la méma^

46 Mais parmi oe plaisir , quel chagrin me dévore;

L'ab. d*OuV^. Parmi se met devant ui^ pluriel ^ ou devant un mot collectif qui ren ferme équivalemment plusieurs choses particulières. Vous ave.z mis de faux argent parmi du bon. Parmi les plaisirs de la campagne , il y en a da jfrèfèrables à ceux de ta cour* Mais lorsqu'on dit , ce plasir f cela exclut tout sens composé : ce plaisir est réduit à Tanité; et par conséquent , je doute si parmi cù^ plaisir est bien exact.

{I[^ L. Racine, Luneau « Laliarpe et Geoffroy, condamnent, avec d'Olivet , parmi ce plaisir. Desfontaines seul a enlrepHs de l'excuser , et c'est par A^ raisons et des exem« pies c( où , dit Geoffroy , on ne reconnaît pas la sagacité et » le bon sens ordinaires à ce critiqun. Il observe que parmi x> ne signifie pas là encre ^ mais au milieu. Il ajoute qu'on » dit bien : Parmi cet argent il y a de la fausse monnaie* » De telles excuses sont bien pires que la faute. » Oui , la dernière an moins , puisque argent est là dans lin sens collectif, pour nionnaie d'argent, ou même pour toute sorte de monnaie, d'or^ d'argent ou de quelque méUil que ce soit. Desfontaines eût mieux justifié Racine, en alléguant qoe parmi pouvait s'employer aussi peuti-étte avec un nom singulier exprimant quelque chose d'un peu comprise , ou quelque chose d'une certaine durée ou d'une certaine étendue , et en citant des exemples tels que ceux-ci : Lafontaine , tribut envoyé par les animaux à Alexandre : Une fable avait cours parmi V antiquité.

Boileau , Epitre V :

Des corps ronds et croclms , errant parmi le vide. . • Qae crois-tu qa^Alexandre , en ravageant la icne , Cherohe parmi Vhorreur le tunidlte et la guerre ?

/ 2r54 ÉTUDES

é'esi-à-dîfe , patmi le tumultô et parmi la guerre,^ Voltaire , lïenriade , Chant IX :

11 alla dans Ivri y la parmi la licence , Oik du soldat \ainqaeur s'emporte l'insolence ^ L'ange heureux des Français fixa son vol divin y An ipUieu des drapeaux des enfans de Calvin.

^Edfio A Racine à dit ici parmi ce plaisir, Molière a dit parmi tajïc de crisûesse ,' Arus ce vers de V Ecole det t^emmés , Acte V ,' Scène VII :

Ce m'est quelque plaisir parmi tant de tristesse , Que l'on me donne avis du piège qu'on me dresse*

47 IVU prineesse^ ayex-vons daigné me souhaiter?

L. H. Le commentateur ( Luneau ) remarque que ma princesse passe maintenant pour une expression fade , et cela est vrai; mais il faut ajouter que cette expression zi*a rien Ao/ade en elle-même» quand elle est placée à propos conime ici , et comme dans le rôle d'Achille , lorsqu'il dit à Iphigénie :

Enfin c'est trop tarder y ma Princesse

Ce qui a décrié cette dénomination ^ c'est d'abord qu'elle a été prodiguée au point de devenir une cheville » ensuite que la comédie et la parodie s*en sont emparées en lidicule ; c'est au reste une très*petite perte*

Jfi Qui vous rend à vous-même en un jour si contraire ? Quoi ! même vos regards ont appris à se taire ?

L. H. Ce vers est de la même main que celui qu'on a. vu ci* dessus:

J'entendrai des regards que vous croirez muets.

C'est un nouvel emploi de là même flgurp , également admirable-dans ces deux vers. On trouve dans Ovide:

Crcdiditnus lacrymis i an et hœ sîmulare docentur? J*ai cru vos pleur» ? les pleurs ont-Us appris k feindre ?

DE LA LANGUE FRANÇAISE. a5S Simulare doùenlur, qui est icililtérarement traduit , est anssi^oëtique que l'hémistiche de Racine-, ont apprit à té taire, ex. lui en a peut-être fourni Tidée. On' sait qu'il . marquait avec un crayon dans les classiques anciens , toutes les expressions figurées dont il croyait pouvoir enrichir notrd langue. ,

K> La figure dont il s'agit ici est une personnification, relative , la personnification de quelque chose qu'on rai>porte au snjet même en qui il se trouve. Je ne sais si celle d'Ovide a réellement donné lieu à celle de Racine ; mais il me parait qu'il n'y a pas entre elles un rapporj si nécessaire que lune n'ait pu que nattrt» de l'autre. Quoiqu'il en^soit . jo ne saurais regarder la latine comme aussi belle, ni comme aussi juste que la française. Bien de plus naturel que de personnifier les yeux, les regards , miroirs ou organes da lame M de la pensée. Mais \e*pleurt, que sont-ils, pour quon leur fasse le même honneur? Cependant il faut être joste envers Ovide ; ce n'pst pas lui qui a personnifié le» pleun ; mais c'est M. de Laharpe qui les lui fait personnifier.

49 Si von» daigne», Seigaeor , rappeler la mémoire De» Tenu d'OcUvie , indignes de ee prix

L. H. Etre digne , être indigne , équivaut à mériter ^ne pat militer, et il semblerait qoe tous deux dussent élre employés indifféremment en bien ou en mal: cependant en français comme en latin , le mot digne est le seul del deux qui se prenne en bonne on en mauvaise part. On dit dan, les deux langues , digne d, louanget, digne de blâme, diffie du tupplice , digne de la couronne, etc. ; el le mot wdTtpu^ au contraire, ne se prend dans les deuxlàn-^ues T>e daaa un manvai» sens. On ne dirait pas , il est indigo le mort, i/HHgn^ de supplice, indigne de blâme, pour «.«e. Il ne mérite pas la mort, Ife supplice, le blân.c. L^ raaon de cette inconséquence apparente, cV'stque, ,lans les oenx langues , iadigne , sans aucun régimij et pris absolu- Wal , ^ tottjoatsow- 9^ iojvway, une action indigne.

a56 ÉTUDES

— indignumfacinus ; un indigne prince i — indignus princepSf etc. Cependant Racine a employé deux fois x/»digne dans un sens avantageux ( Alexandre et Briian" niciis ) , et il dit ici que les vertus d*Octavie sont indignes du divorce^ pour dire , ne méritent pas le divorce ; mai» il a eu l'adresse de joindre au mot indignes ^ un terme gënëral^ indignes de ce prix*, ce qui sauve rinaccouiumance à roreille*

(j(^^ Voir dans Alexandre les remarques sur ce vers : Et trop indigne aussi d'être fils de Créon.

5o Je vois que mon silence irrite vos dédains.

L. H. Jej^aîs qu'/rrtVe est pris ici dans le sens A* accroître ; mais l'est-il avec justesse ? Quand on dit le silence irrite la curiosité 9 c'est que la curiosité s'accroicen effet d'auLint plus qu'elle est irritée ; mais le silence ne saurait irriter les dédains ; il les enhardit ^ il les encourage. C'est peut-être pousser loin la sévérité; mais aussi c'est de Racine qti*il a*agit : les gens de lettres prononceront.

({^^ Il me semble x^xk irriter est^là à peu près dans le même sens que dans ces vers où Boileau dit -^ en parlant d'un mortel sans étude et sans occupation ^ que ,

Dans le calme odieux de sa sombre paresse ^ Tous les honteux plaisirs , enfans de la mollesse , Usurpant sur son &me un absolu pouvoir ^ De monstrueux désirs le viennent émouvoir ^ Zrn/e/i/ de ses sens la fureur endormie, £i le font le jouet de leur triste infamie.

on que dans ceux-ci de laHenriade, où le poète « peignant lei cruelles exi rémités où les riches eux-mèniés se trouvaient

• réduits par la famine , dit que ce n* éùaieni plus ces Jeux %

^ces festins et ces fêtes t où

Les vins ies plus parfaiu , les mets les plus vantés ^ Sous des lambris dorés qu'habite la mollesse, Pf leurs 50ÙU dédaigneux irritaient la paressa»

DE LA LANGUE FRANÇAISE. aSy

Or irriter f dans ces deux exemples » ii*est sûrement pas dana le sens ^accroUre , sens qui serait absurde avec fureur tndormie et avec paresse , mais dans le ^ns de pYova-* ùuer^ de réçeillèrf à^ exciter ^ sens qui se concilie très-bien arec celui de ces deux mois , et est d'ailleurs un des sens les plus ordinaires de oç^ verbe.

5i Le fils de Claadins commence k ressentir Des crimes dont je n'ei que le seul repentir.

L« H. Ressentir des crimes pour en avoir du ressert-^ Hment n'est point une expression obscure , comme le dit lo commentateur ( Luneau ) \ mais il est vrai qu'en ce sens elle est pei^ usitée. Cependant l'analogie du mot ressentiment rend ici la phrase si claire , que je ne serais nullement tenté de la blâmer. Et où donc essaiera-t-on d'étendre et de varier Taccf^lion des mots , sans jamais la forcer , si ce n'est ea poésie?

G. F. JRessenHreM ici pourra ressentir, avoir du res* sentiment f se montrer sensible. On dit très-bien r^jientir une perte , ressentir des injures , ressentir un malheur : pourquoi ne dirait-on pas de même , ressentir des crimes , surtout lorsqu'on en est la victime ? C'est à tort que Luneau condamne cette façon de parler comme obscure.

{^J^ C^est Agrippîne qui parle , et elle parle de Britan-* nicus y qu'elle a fait déshériter en faveur de Néron. Elle dit que ce jeune prince, connaissant déjà les crimes qu'on a commis contre lui , en porte dans son cœur le juste ressen-* liment. Elle veut elle-même réparer le tort qu'elle lui a fait g et l'aider k reconquérir ce trône auquel 1 appelait sa naissance :

J*irai , n^en doutez point, le montrer k l'armëe ; neindre , aux yeux des soldats , son enfance opprimée; Leur faire , k mon «xcmple ^ expier mon erreur. . .

a58 ÉTUDES

5a Quoi t tu ne vois donc pas jusqu'où Pon me rAyale ? Alblne? c'est k moi qu'on donne nneiiVale.

L. Rac. Ravale qui est encore dans Phèdre ^ est un de ces vieux ipols que la poësie conserve*

L. B* Ravale est une expression énergique qui ne devrait pas vieillir , et qui aura toujours son effet quand elle sera bien placée.

({I^ Ravaler signifie k peu - près abaisser autant une personne ou une.chose qu'elle était élevée. Voltaire l'a con- 4ai|iné dans Corneiile comme hors d'usage. Mais l'Académie ne dit point du tout qu'il ait vieilli , et Roubaud assure qu'il i*a souvent remarqué et dans les conversations et dans les écrits du temps. H ajoute que nos prédicateurs ne craignent pas de dire après leurs maîtres ^ Bourdaloue» Massillon, Cheminais j etç , que Dieu s'est ravalé jusqu'à prendre un corps humain. Enfin il cite en faveur du mot divers esem* pies , non-seulement de Corneille et de Racine > m^is encore de Molière 5. de Boilean et de J. B. Rousseau* Noos ne rapporterons que ceux de Boileau :

Imite mon exemple , et lorsqn'one cabale. Un flot de vains auteurs follement te ravale • Profite de leur haine et de leur mauvais sens.

Epîlre à Bictvi.

II était plein d'esprit , de sens et de raison ;

Seulement pour l'argent un peu trop de faiblesse ^

De he% vertus en lui ravalait la noblesse. ^

Satire X.

95 Dans un temps plus heureux y ma juste impatience^ Vous ferait repentir de votre défiance.

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