L. H. Luneau blâme le mot impacienca ^ qni , selon luit
ne se dirais plus aujourd'hui pour ressentiment. Au"
jourd'hnif comme en tout autre temps, impatience^ en
, pareille occasion , se dirait très-bien. L'offense passagère
4' un soupçon aussi pardonnable que celui deBritannicusi
DE LA LANGUE FRANÇAISE. aS^
produit moins on véritable reisen^imenl, que l'impa^ rier^ce na tutelle à l'amour blessé.
fl^ Vimpatienoe est une inquiétude excise par . la souffrance de quelque mal , ou par l'attente de quelque bieo. Junie n'atiendait aucun biep , et elle ne souffrait non plus auoun mal physique. Ainsi il semblerait que le mot i*impatience ne convenait pas» Mais l'injure faite à Junie par les soupçons et la dëfiatice de Britannicus, ne devaitelle pas causer à cette amante Une vraie souffrance morale ? Le mot d'intpiaiience ne pouvait^il donc pas être employé par extension pour e:(primer ce sentiment ? Le mot dé ressenH'^ ment ne convenait en aucune manière , parce que le ressen^^ iimeut , pris dans on sens absolu « est le souvenir d'une injure avec un désir de vengeance » et qn'ici l'injure étant actuelle et présente , il n'y avait pas encore lieu à souvenir • îndignalion^ , ou courroux eût été peut-être « à la rigueur^ lo mot le plus propre*
54 Prêt k faire ftnr vous éclater la vengeance ^ D*an geste confident de fotre intelligence.
G. F. Confident est ici une expression plus bardie que juste. Racine entend par un geste confident ua geste capable de déceler et de trabir V intelligence de deux amans.
Jv^ M. de Laharpe signale comme un|de ces ven frappés au coin de Racine ^ celui même où se trouve le mot confident ; il le fait particulièrement remarquer avec ces sutres de la même scène :
Ai-je eTÎtë vos yeux que je cherchais toujours? ....
De mon front effrayé je craignais la pâleur ;
Je trouvais mes regards trop pleins de ma doulenr ^ etc..
Etpnis il ajoute ; ce N,ul n'a su, comme lui , fondre ensem* » ble , pour ainsi dire 9 la langue de la poésie et celle de » l'amour. y> Suffira- t-il d'un mot de M. Geoffroy pour détruire un pareil témoignage? Pourquoi donc ne dit-il pas ta quoi Texpression qu'il attaque est peu juste? Le confident ,
hSo ■ ÉTUDES
il est vrAi , se dit , à proprement parler , des personnes, et signifie celui on celle h qui Ton confie un secret. Mais, suivant VAcnclëmie elle-même, ce mot^ comme oelui de cois— fidence , s'emploie quelquefois figurëment dans le langage de l'amour , en parlant des rochers, des bois, etc. Pourquoi donc ne pouvrait-on pas aussi quelquefois, dans le même langage , le dire do tout ce qui , comme un gêsie, un écrit , èlè., peut servir à manifester, à faire entendre du deviner ce qui se passe au fond de notre âme 7
55 HéUs I pour son bonliear , Seigneur , et pour le nôtre , 11 n*est que trop instruit de mon cauf et du vôtre.
G. F- Bacine le fils a raison d'observer que pour sou Tnalhenir ailrait le même sens, et serait moins ëlëganl. Instruit de mon cœur , etc , pour» instruis de l'état dé mon cœur t etc., ellipse très-heureuse et très-poétique*
|{^^ J'avoue que je n*ai pas le goût as^ez fin pour voir en quoi pour son malheur setail moins élégant que pour son bonheur. Mais je crois voir assez clairement que le sens de Vun n'-est pas toul-h-fait le sens de l'autre. Ou je me trompe ft>rt , ou pour son bonheur vent dire à peu-près ^ar ^on^ "heur, ou heureusement pour lui ; et pour son malheur ^ par maihear 9 ou malheureusem,ent pour lui. Or n'est-ce ' pas plutôt par malheur que par bonheur pour lui , que Véron est instruit du ccrurdeBritannicos etde Junie» et qu'il connaît leur amour réciproque ? N'est-ce pas surtout plutôt par malheur que par bonlieur pour ces deux infortunés amans ? Sans doute que par l'expression pour son bonhtur et pour le notre. Racine a entendu pour fu' il , puisse être heureux et y»^ nous puissions l'être. Mais 1 ce sens n'est-il pas un peu forcé , dès qu'il s'agit d'une chose absolument funeste? Parlerait-on autrement s'il s'agissait de quelque chose de favorable ? si Néron , par exemple 9 an lieu de connaître ret amour de Brîiannicos pour Junie , et de Junie pouf Britannicus , n^en avait pas même le soupçon?
DE LA LANGUE FRANÇAISE. a6\
56 De mille autres secrets j'aurais èorapte k tous rendnb •
L'Ab. d*Oliv. Quand nos verbes refissent un substantif ^i n'a point d'article , ils doivent ê(re suivis immëdiaiement de ce substantif, comme si l'un et l'autre ne composaient ^'unseul m0i : ^poir/iaim 9 avoir pitié ^ donner paràle ^ rendre raison , rendre 'compte , ^tc. Jamais ces verbes-^ di»-je , ne souffreiit dé transposiiiosi» de leur régime ; et Ton ne peut jamais rien mettre entré le verbe et le régime , si ce n'est un pronom ,^£b;s/s^2-/fsos' parole'^ ou uneparticolej ayez-en pitié \ ou enfin un adverbe 5 donnez hardiment -parole^. Je ne crois donc pas qa'on puisse excuser cette transposition , j"* aurais compte à vous rendre. Il faut néce^ sairement , J'aurais à vous rendre compte^
L» B. Cette inversion roarb tique ne peut entrer dans le dialogue tragique,.
L. I|. J'aurais compte à vous rendre ne peut entrer dans ^nci^e espèce cle diction. Avoir à rendre compte esl une phrase faite ; on ne. peut y changer l'ordre des mots, et l'ai comptç est une construction barbare. C'est le cinquièn\.é Ters à Àter de cette pièce^ ,
{i^ L* Racine fît Qeoffroy hésitent ^ d'après Pesfontaines uns dçute^ à .coi>dam,uer cettis ioverstoq^ qui» djsent-ilv n'a nen de dur,, et ne nuit point ;à kt.claric dû si^ns. M^ia Oesfontaines n'hésite même pas. à la justifier i il va jnsqu'à.. dire qM, c'est un rfiodéleipar rapport aux hardies et hêureu^eA ^finspositions^ Yoij,à, donc cp critiqua ^VJ^t Gfioflroy vapt^ç tant la sagacité. et Iq bon s^fls ? . .
$7 l*eiis soiii dé tous nombier par un oontrairé choix j^ '*
Dca goa^erae^is qq^ Beipp honçraû deaa \oi^..^
L'Ab. Desfqht« Selon l'abbé .<l'01ivet^ par un contraire choix a quelque cho^e de sauvage ; il faudrait par un choijfi contraire. On lui répond qu'en vers cela n'est point 9au9age , et qat^ie poète en parlant aindi u^è de son dr oit.^
iBà ÉTUDES
Il blàaie.per la même yaîson ces deux vers de la tragédie
Parles , de vos desseins le snecès est certain , Si ce sucoès dépend d'une mortelle main.
Tsivoue qu'en prose il fi^Vjdrait dire une main mortelle ; fttftis en vers on a la liberté de dire junc mortelle mairie Cela ne blesse point l'ooeille faite à ces transplosîtions poéiitques» En prose on ne dirait pas une immortelle vie .* A faudrait If »e vie immortelle* Cependant irrimortelle me ^t plus élégant en vers.
({;Q^ Tout cela parait asses raisonnable. L'abbé d'Olivet ebserviB cpe mortel , avant le substantif « signifie grartdf excessif y conune dans ces exemples : pe^préaux était le mortel ennemi du faux: Il y a trois mortelles lieues id'ici^lâm Mais après le sid^stantif^ il peut avoir cette même signification ^ ou celle de ^ui est capital et dure jusqu'à la mort 9 celle ^extrêmement dangeœux , ou de qui cause la mort ; enfin après le substantif , on peut dire dans Tun ou dans râutre de ces différentes significations j et suivant TÀcadémie même : baine mortelle ^ déplaisir mortel, dou* leur mortelle 9 froid mortel, maladie mortelle, coup mortel, poison mortel, etc. Pourquoi donc, avant le substantif, no pourrait-^il pas avoir aussi la signification de qss 9St sujet a la mort? Ceftte signification ^ oo tonte autre, dépend mollis , je crois, de la place qiiHl oécape relativement au 9ubÀtàntif,*'que de l'objet même èkprimë parle Substantif , ou des circonstances du discours. J« B* Rousseau nous fournit un exemple ati'alogue à celai de Ràcilie » dans iees vers de son Epode sacrée y quatrième partie :
Ce Dieu médiatetir , fils 9 îma^e. di» père , Le Verbe • desoenda de son trône éternel • l)es flancs immaculés d^nne mortelle tnète y Voudra naître mortel.
Qupint il contraire devant le substantif ^ en voici un exemple de la Henriade , Chant VI :
On saisit , on reprend^ par nm contraire effort ^ Ce rempart plein de sang^ théâtre de la mort.
Mais qaoi 1 le même poète ne dit-il pas dans jilzire ^ Aclel, Scène I:
▲h f Dien noua envoyait , par nn contraire choix , Poar annoncer son nom , pour faire aimer ses loix I
58 Met soins en apparence épargnant ses donlenrs , De son fils ^ en moarant, loi cachèrent les plenrs.
L*Ab. 9'Olxv. a qui se rapporte ce gërondif , en mou-» tant? Est-ce an fils de Glaudius , ou à Claudius lui-mènie ? C*ést sans doute à Tun des deux. Et quand il n'y aurait que celte équivoque , ne serait-ce pas déjà beaucoup ? Mais il y a plus. Telle est la nature de notre gérondif ^ qu'il sert ^ désigner une circonstance liée avec le verbe qui le régit: yoits tne répondez* en riante et par conséquent , il ne peut se rapporter qu'au substantif qui est le nominatif de ce verbe , ou qui lui tient lieu de nominatif. Ainsi , dans la phrase de Racine » si nous la mettons dans son ordre naturel f en mourifnâ se rapportera nécessairement à mes soins.
L'Ab. DisroifT. Cet en mouranù est équivoque » et fait tine construction vicieuse ; j'en conviens de bonne foi. lia Kmarque de M. d'OIivet sur cette faute de Bacine est judicieuse et instructive. Je ne puis non plus approuver lasjntax» des deux vers suivans de la même scène et du même rôle :
Du fmit de tant de soins à peine jouissant , En avez-vons six mois paru reconnaissant.
La transposition d'à peine qui se rapporte nécessairement au second vers , est un exemple des plus fortes hardiesses de b poésie. Ainsi Virgile dit> Enëid», Livre IX :
Même adsum tjui feci , in me converUte lela.
L. H. En mourant , parle sens» se rapporte k Claude » et par la construction, à celle qui cache» Mes soins lui cachèrent en mourant. C'est une faute sons doute -, mais
2i64 ÉTUDES
comme il n*y a pas lieu h la moindre équivoque , la pir^dsion et la rapidité ne peuvent-elles pas faire pardonner l'inezaotitode grammaticale ? On sait bien que ce n'est ici , de là part du poète , ni une ignorance ni une faiblesse : c'est la Grammaire sacrifiée au style dans une occasion où la Grammaire est peu de chose , et où le style est tout. C'est toujours 80US ce point de vue qu'il faut examiner les licences , afin que les privilèges du talent ne deviennent pas les excuses de la médiocrité et de l'impuissance.
N. B* L'inversion poétique est encore une excuse trèsnaturelle et très-valable de cçs sortes de constructions irré^ gulières* En mourancest placé dans le vers isolément^ en sorte que la pensée le rapporte où il doit être ; ce qui n'aurait pas lieu en prose où l'on dirait lui cachèrent e^ mouranu L'arrangement des mots ferait un contre-seos trop visible.
({;^3S^ Voilà une bien faible justification d'une faute bien évidente. En quoi donc le style exigerait-il ce sacrifice de la Grammaire ? Aurait-il moins de rapidité et moins de précision 9 li le poète eût dit :
De son fils> à sa mort^ lui eaelièrent les pleurs t
du moins il n'y aurait point d'équivoque ^ et l'on sait qu'il faut éviter toute équivoque av(ec le plus grand soin. Qu'importe qu'un écrivain sache les règles s'il les vioW? qu'importe qu'il ait pu faire autrement s'il ne l'a pas fait ? Mais pourquoi ne pas croire que Racine a péché ici , comme tant d'autres fois sans doute ^ par inadvertance ? Pourquoi ne pas présumer qu'il aurait corrigé sa faute ^ s'il l'eût reconnue ? Quoiqu'il en soit , cette faute n'en reste pas moins toujours la même ^ et on ne saurait consentir à la passer peur une licence au poète qui avait le moins besoin de ces-sortes de privilèges, Aègle générale et sans exception: le participe précédé de la préposition en , le participe employé par forme de gérondif, se rapporte nécessaireméiit'au sujet du verbe auquel il est subordonné , et ne peut exprimer qu'une cireonstance de l'action de ce verbe. Enfin les vers de Racxue
DE LA LANGUE FRANÇAISE. aGS
en question ne* peuvent pas plus s'excuser que ceux-«ci de Regnard , justement repris par Wailly :
Et notre père même , en commençant k croître 9 Noos attachait un signe afin de noVis connaître.
Si en commençani à croître se rapporte naturellement k notre père dans ces derniers vers, en mourant, dans les premiers, ne se rapporte pas moins naturellement à mes soins pu, si Ton veut, aux soins d'Agrippine, qui est Iq personnage qui parle»
59 Enfin des légions l'entière obéissance , AjantdeTOtre empire affermi la puissance. On vit Claude ; et le peuple, étonné de son sort , Apprit en même temps yotre règne et sa mort.
L. H. En général , ce participe ayant est peu agréable en poésie. C'est la seule fois qu'il se trouve dons Racine , et encore dans un morceau naturellement susceptible des formes da récit | et dont la diction doit être plus sévère que gra-v cieose* Je ne crois pas que Boileau ait mis en vers le mot ayant <: il se trouve beaucoup trop souvent dans ceux de Voltaire. L'inconvénient de ce participe auxiliaire , c'est qu'il se joint toujours à un autre , et ce défaut élémentaire de notre langue rend la phrase lâche et traînante , surtout dans la poésie , dont le rnérilc et le devoir est de ne muulrer que les beautés du langage , et d'en dérober les faiblesses» Aussi Racine a-t-il eu sein de séparer du moins les deux participes: s'il eût mis ayant affermi, le vers manquah d'élégaiM».
£^^ Le participe ayant n'est pas , j'en conviens , très« poétique par lui-même ; mais l'est-il moins an fond que tels autres temps composés de L'infinitif. Il se peut que Boileau ne l'ait jamais uris en vers, et que Racine ne l'y ait mis qu'une seule fois» Mais est-il vrai que Voltaire l'ait employé sîsoiivent , et beaucoup trop souvent? Je ne l'ai trouvé que trois ou quatre fois dans' sept ou huit de sesmeilleures cr»- ^édies, et qu'une seule fois dans la Henriade. Voici tou^.
4^ diven exemples: Gimber 4il aux co&jutds» MçH iô César, Acte I , Sc^ne I :
De ce S^DAt sacré la moitié aoirompoe^ Jyant acheté Rome , k César l'a Tendue.
Uessala» à Arpns> Bruius , Acte I » ScènçIV:
Le pliu TÎI eitoyen | dans sa bessesse extf^me , A.yanî chassé les rois , pense être roi soi->ménie.
Polifonte, à Mërope, dans la pièce de ce nom, Acte I» Scène V :
Egiste , jeune eneore , et sans expérience , Etalerait en vain l'orgueil de sa naissance , N'ayant rien fait ppnr nous , il n'a rien mérité.
Henri IV ^ à Elisabeth, Hennide , Chant II:
&a cour de ^ka faveurs nous offre les attraits ,
Et x^çLyanl pu nous vaincre | on nous donne la paix.
Or, dans lequel de ces exemples , ayani est*il si déplacé et prodnit-il un si mauvais effet ? Essayez.d'y substituer qaelqae tour équivalent , et vous verres srla précision, l'énergie i la vivacité ou la rapidité de Texpression n'y auront rien ]>erda ?
60 Que faites-vous? Janiei enlevée a la cour. Devient , en une nuit^ l'objet de votre amour*
II. H. En unenui^lormeua redoubleàient de^yllslMS nasales , qu'il était facile d'éviter en mettant dans une nuU» Mais une faute beaucoup plus considérable , et la seule de eette scène si supérieurement écrite, cestenleçéeà U^ cour, expression impropre , et mftme employée à contre* sens. Enlevée à la cour signifie éloiggtée par force dé h cour 9 et l'apteur veut àite enlevée de chez elle ettranS" portée à la cour» Je ne doute pas que Bacine ne se. soit •utorisé de cette phrase reçue, enlevée aux cieuxi m*'^ icmarquez que cette manière de parler n'est admise que iorsqu*0/»/ef*ér signifie emporter en haut^ lancer en heuf)
les deux , dans les nues 9 qui aUlienl très-bien Afao enlever* Mais on ne dindi pas enievior dan* la ceur^y 00 tenue est donc ici impropre. Cetii ie siadàme vers qui ne dût pas siibsbter. ^
2;^ Rien depltis jtiste que cette critique de Fespcessioii enleçée à la cour. Màiséis une nuU me parait^ malgré ce redowblementde eànsùnnes nasales^ préférable à dans une nuit, puisqu'il rend beaucoup mieux Pidée qu'on a sans doute en vue. On ne vent pas dire que c^est dans urne nous pendant une nuit, que 3funie devient Td^ de l'amour de Néron, mais qu'il n'a fallu, pour qu'elle en devint l'objet 5 que le t6urt espace d'un«nliit. Or c'est ce <pie en une nuU dit mieux , assurément , que dans une nuis. L'un répond h la question en combien de temps ( ifuaniù iempore ), et l'autre, à la question en quel temps (fiio tempore)*
61 Et qui de ee dessein vous inspire l'envie?
L. H* On ne peut dire Venviè d'un dessein* Le terme est absolument inoipropre« C'est le septième vers de ceux qu*on ne pouvait pas laisser dans une pièce bien écrite.
{!^^ ÏJenvie est un désir plus ou moins ardent , et le désir est un mouvement de la volonté vers une chose que nous n'avons pas» Or» rien n'est plus à notre portée , plus en notre pouvoir qu'un dessein, puisqu'il ne dépend , oomnoe le désir» que de la volonté* H ne convient donc pas de faire un dessein l'objet du désir, et par conséquent de Venvie» V envie ^ il est vrai » précède le dessein et le fait concevoir; mais elle se porte sur la même cliose que le dessein , non sur le dessein lui-même» et c'est cette chose , non le dessein, qui est son objet.
6» £t ne snffit-il pas » Sei|piear, à tos souhaits , Que le bonheur public soit un de vos bienfaits? C'est k TOUS k choisir, yoiis êtes encor maître. Vertueux jusqu*ici^ etc. , etc., etc.
L» EL n serait inutile de Ssire observer la beauté de ce
discours deBarrlms : c'est an modèle da pathëti^e noble; il ne décJiire pas le coeur, comme le dit ridiculement le coninentateur (Lnneaa), aussi peu capi^le, 4e louer que de censurer \ mais il produit un des effets les plus heureux, de rëloquence dramatique, celui de mêler l'attendrissement à l'admiration, d'ëmouvoir et d'ëfever l'ànie tout-rà*la«fi>b. Cet effet n'est pas aussi profond que.celnides scènes douloureuses et passionnées qui déchirent, I0 cœur ; mais il est plus moral , plus doux , et les larmes qu'il fait répandre font bon-* neur à l'homme : ce sont celles de sa bonté , et^non pas de sa faiblesse. Il n'y a d'ailleurs que les grands écrivains qui puissent le produire , parce que l'éloquence de la morale, est bien plus près. de la déclamation, et p;^r conséquent de la froideur, que l'éloquence des passions , dont la médiocrité même peut , quelquefois approcher , d'aul«int plus que le germe en est plus communément dans le coenr*
Le trait rapporté par Sénèque , fe voudrais ne saçoir pas' écrire ( '^ellem nescirè liueras ) , est ici très-adroitement encadré , et pour que cette espèce de récit ne refroidit en rieo la réhémence et la rapidité oratoire , il fallait un art qui ne put être senti que de ceux qui savent écrire. Le colorifc de là dictiou est également bien entendu dans les imagek fortes et dans les images douces. '
Et laver dans le sang vo» bras ensasçUntés ,
est un vers terrible.
Le ciel dans tons lenrs pleuré ne m'entend point nommer»
est un vers charmant. L'orateur (car Burrhus l'est ici) a su . tirer le plus grand parti de l'effet des contrastes : ils se présentaient naturellement ;y mais le talent seul peut les traiter ainsi.
. £0^ Luneau de Boi&jermain observe avec raison que pleurs a dans ce. dernier vers un sens plus étendu que dans l'usage ordinaire. Il y est en effet dans le sens du latin plc^ Talus , et k peu-prè^ pour cris et cémi^semens accainpagaé& de larmes. ^
63 slTez-voos prétendu qik^'ûs se tairaient tonjonn?
L. H. Prétendre fue » pour penser fue , affinner^uêi peat rë|pr le futur. Je prétends fu'ilvien^ra ce eoir. Mai^^ comme dans celte phrase, avez'^ous prétendu €fu*ile se èairaient^ prétendre n'a pas décidément cette signification^ et peut présenter le sens de vouloir^ ai exiger^ de se flatter ^ qui régiraient l'imparfait du subjonctif , le futur ne fait pas ici un bon effet. Cette petite imperfection n'aurait pas lieu s'il y avait : avet^w>ns espéré ?
^l^ Avezrvotàs prétendu ne peut présenter ici que le sens déterminé par le temps du verbe qui le 2»uit.. Or, le temps de ce verbe 9 qui est , quant à sa forme gfammaticale, un conditionnel , et quant à l'idée qu'il exprime , un futur rela» tif , détermine nécessairement le sens de croire fortement , d' être persuade i ou, si l'on veut encore, de se flatter^ i^ espérer. Pour que ce pût être le sens de vouloir, d* exiger, il faudrait qu'il y eût l'iraparùit du subjonctif , c'est-à-dire^ qu'ils se tussent toujours. Le commentateur se trompe étrangement de croire que prétendre , dans le sens de se flatter, et sans doute aussi d'espérer, régirait l'imparfait du subjonctif. Dans le scTns de je flatter, d'espérer^ il ne peut régir que comme dans le aens de penser ou croire ^ue, d'être persuadé ^ue. Prétendiez-^ous , avez-^ous pré'' tendu, aviez^vous prétendu , devant ^u'iV vous obéis ^ ne signifiera pas plu» , vous flatsiezr^ous , vous étes^vous flatté , vous étiez^vous flatté , que prétendez-vous , ou prête ndre\-vouê , devant ^u'il vous obéisse , ne signifiera vous flattez-vous , ou vous flattereZ'-vous ', mais il signifiera , exigieZ'Vous , av ez-vous exigé , ou aviez-voue ^xigé , comme dans le second cas , prétendez-vous , pré^ tendrez-vous , signifie exigez-vous , ou exigerez-^vous. •
^4 Quoi ! même en ee moment je puis voir sans alarmes Ces yeux que n'ont émus ni soupirs ni terreur^ Qui m'ont sacrifié l'Empire .et TEmpei eur I
G; F. On attribue ici aux yeux beaucoup de choses qui
tk7o ÉTUDES
xie leur coDvienaent guère.*». Les y^ux jouaient un^^grand rôle dans les romans de ce temps-là , et Racine, sans s'en apercevoir 4 sacrifiait encore un peu à ce style romanesque*
^^^^ Oui 9 dans ce temps* là on attribuait souvent aux yeux ce qui ne pouvait convenir qu'au cœur ou qu'à l'âme» C'était sans doute parce que les/6iix sont le miroir de l'Ame, et qu'ils font Voir quelquefois assee clairement œ qui se passe dans le cœur. Mais enfin Ton a reconnu que les yeux n'ont par eux-mêmes ni sentiment ni passion , et l'on a rendu à l'âme et au cœur tons leurs droits. Passe encore d'é/no»- 9'oir les yeux 9 c'est-à-dire , de les faire parattre ëmus ; mais vouloir qu'ils sacrifient , et qu^'ils sacrifiens un Empire es un Empereur^ c'est un peu fort. Louis Racine observe » d'après le P. Bouhours , que sacrifier en ce sens était alors Aouveau : il est devenu depuis bien commun , même dans la conversation noble , et tous les jours l'on dit ou l'on entend dire ^ sacrifier une personne à une autres pour renoncer à une personne afin de s 'attacher ou de rester attaché à
une autre ^
65 Ah ! Madame ! Mais quoi I qndle nouvelle crainta
Tient , parmi mes transports , votre joie qn contrainte ?
G. F. La crainte €pn , parmi des transpotts , tient la joie en contrainte ^vieal pas un tour bafireux.
<fi^ Non, ce n'est pas un tour heureux, il fautenconve- ^nir, et l'on pourrait y reprendre plus peut-être qu'un défaut de vivacilé et d'harmonie. Je ne trouverais point étrange une .joie contrainte , et je ne puis goûter, je l'avoue, une joie tenue en contrainte. Serait-ce que tenir en contrainte ne peut bien se dire, que d'une chose animée ? Il est étonnant que M* de Laharpe ait fait grâce à ce vers, lui qui a prétendu compter rigoureusement ceux qui n'auraient pas dû entrer dans la pièce*
66 Je crois qn^k mon exemple, impuissant à trahir. Il hait a cœur ouvert , ou cesse de haïr.
G* F. Impuissant à trahir* Façon de parler peu usitée «
DE LA LAIÏGUE f'RANÇAISE. 271
que la vemfkation non-seulement justifie et autorise, mais ipù embellit et enrichit la poësîe*
^^ Le père Souhours , suivant Louis Racine , regardait comme barbare sm/ittiV^/sis/ à ^ et reprochait à Messieurs de Port-Royal d^avoir lâis dans la traduction de VImUaiiom , impuissatit à vous taire» Mais impuissant à rëpugne-t-il plus xpfimpuissance à y que Ton dit tous les jours 7 « Vous » ▼oyes 9 dit le Dictionnaire de Trëvouz , mafaiblessBy oit » plutôt mon impuissance à tenir contre tos diârmes. La » colère d*un auteur, dit-il encore, est un soupçon de soa » impuissance 0 répondre. » Et puis, y a-t-il moins im raison à dire , impuissant à , que savant à f
Ploi enclin k bUmer, qae saluant à bien faire.
( Voyes dans Bérénice l'article sur les vers :
Je vous entends. Seigneur. Les mêmes dignité Ont renda Bérénioe ingrate à tos bontés.)
C7 D*aa noir pressentiment malgré moi prévenoe^ Je Toos laisse à regret éloigner de ma Tue.
G. F. Eloigner esx une faute contre la Orammaîre; il fallait absolument vous éloigner»
([l^ Oni , il le fallait absolument , puisque Junie (c*esC elle qui parle) ne veut p«is d^re qu'on éloigne Britannicus de 9a vue y mais qu'il s'en tf/01^0 lui-même. Peut-être Tauteor avait-il mis éloigné » au participe : alors il n*y aurait point de faute. L'inânilif avec le pronom conviendrait mieux que le participe ; mais le participe ne me parait pas répugner, et il vaut mieux que l'infinitif sans pronom, pnisque l'infinitif ians pronom fait une sorte de contre-sens.
%^ Ah f si Tons ariet vu par eombien de caresses Il m'a renottTelé la foi de ses promesses I Far quels embk'assemeas il vient de m'arréter I $es bras , dans nos adieox , ne ponvaient me qàkter. Sa facile bonlé sur son front répandue, ^ J«squ!lanx moindres secrets est d'abgrd descendue.
n s'épinchtit en fils qai Tient en liberté Dans le sein de sa mère onblier sa fiertés Mais bieDlÀt reprenant nn TÎsage sévère , Tel qpie d'an Empereur qui consulte sa mère y' Sa confidence angnste a mis entre mes mains Des secrets d'où dépend le destin des humains.
L. H. On peut mettre au rang des vers les plus pai&îts de notre langue les dix <jui commenceni par ces mots^ par éjuelâ embrassemens , etc. , et les quatre derniers sont do style sublioie. Tont y est égalenaéni imposant, la pensée , lei images , et rharmonie.
^^ «Quelles superbes expressions, dit encore Laharpe » dans son Cours de littérature ! Comme elles peignent bien » l'ivresse orgueilleuse d'Agrippine 1 et comme elles sont » faites pour donner une haute idëe de sa puissance !
Romé^ encoce une fois, va connaître Agrippine. Déjà de ma faveur on adore le bruit.
l> On adore le bruit de ma fapeur! Quelle heureuse  hardiesse dans le choix des mots 1«. Oui, on adore tout de 7> la faveur f et même le bruit* Mais qui y excepté Racine, » aurait osé le dire? »
69 Passons obet Octatiè , et donnons-lui le reste D*un jour autant heureux que je l'ai cru funeste.
L. H. En prose , il faudrait aussi heureux : autant k it place d*ai#j.rf appartenait à la versification , qui en a besoin.
2^^ La versification n*en a besoin que devant un adjectif qui commence por une voyelle ou par un h muet, et, par conséquent, que dans les cas où Temploi À! aussi donnait lieu à VfuatuSf Hors de là autant pour aussi serait tout-àfait inexcusable : ce detnier seul peut se joindre au:( adjeo« tifs, aux participes déclinables et aux adverbes ; les noms et les verbes demandent autant : Il boit autant d'eau q^ de vin^ Ce diamant vaut autant fue ce rubis*
DE LA LANGUE FRANÇAISE. tji
^ La coape , dftOB se» maios, par ïfatciué elt remplie} Mais êea lèvres à peine en ont touché les bords.. •• Le fer ne produit point de si puissans efforts.
L*B. Racine a Jëjà employa plus haut la même pensée^ el J[-peu-*près les mêmes expressions « lorsqu'il a dit : Et le fer est moins prompt pour tranclier nne fie.
On peut observer ici qu'on dit bien le fer produit des effets^ mais qu'on ne dit pas également le fer produit des efforts .
L II. Généralement la remarque est juste : cependant ea Considérant le poison comme une force active , la poésie ne pourrait-^lle pas dire les efforts du poison^ Dans cette oc-* casion particulièrement^ j'avoue que le mot i^ efforts ne ma blesse point : il rend mieux que celui ^effets la prompte et terrible énergie du poison qui tue Britaniiicus ^ comiae oa le tuerait avec un glaive.
(P3^ Tout ce qui me choque, moi ^ dans cette occasion i c'est ^alliance ^efforts avec produire. Produire des efforts a-t-il jamais pa se dire de quoi que ce soit ? Oafait des ef^ forts , el on ne teS produit pas , ce me semble. Produire , cW mettre en avant ^ au-dehôrs^ au jour, en face, au loia Ou au long ; c'est engendrer, enfanter, tirer .de soi , de sa substance ou de son fond ; ou enûu c'est causer par son efficacité propre ; et aucune de ces acceptions, je crois, ne yteut le concilier avec le mot effort, mot qui , le plus ordinairement , signifie emploi violent des forces* Mais du reste g loin de condamner les efforts du poison , je ne condamnerais même pas toujours les efforts du fer: je ne les condam» Berais pas dans les cas où Ton peut prêter de la fureur aa fer, ^mme dans ce vers à^Esther si admiré de M. de Laharpe lui-même :
Le fer ne oonnaiira ni le sese ni l'&ge.
Te ne les condamnerais pas dans ces vers de la Henriade »
Chant II :
Quelques-uns , il est vrai , dans la fonle des morts , Dkl fer des assassins trompèrent les efforts,
$74 EîtDËS
*)i Madame , la Inmlère à «es yeux est ravitf ; Il tombe sor son lit sans chaleur et sans yie* Jagez combien ce coop frappe tous les esprits t l>a moitié s*ëponvante et sort avec des cris i Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage y Sur les yeux de César composent leur yisage.
L. H. Toat grand peintre qu'est Tacite j Racine a coutume d^enchërir sur lui. Ici seulenAent il me parait être resté un peu au-dessous dans ces deux vers , mais ceux ^ui de la cour, etc. Ce n'est pas que ces vers ne soient trèa-ëiégans \ mais la prose de Tacite est plus forte : At quibus aUior iniellecius f resisiiml defixi et Neronem incuenlesé {Maïs veux qui sont capables de voir plus loin , restent im^ mobiles et les yeux fixés sur Néron)* Celle immobilité absolue dans un événement si subit et si terrible y cette compression de tout premier mouvement quelconque , en observant quel sera celui de l'Empereur^ est le dernier effort de Tesprit dtt courtisan 5 et Tacite n'a peut-être pas de coup de pinceau plus vigoureux. Peut-être aussi ^ pour en avoir de cette espèce, faut-il avoir vécu sous la tyrannie. Si le gënie qui peindra la révolution française a pu être affecté en proportion des objets , Tacite sera surpassé.
(£2^ La révolution française n'offre sans doute que trop de scènes horribles à peindre. Mais je n'en vois aucune qui ait rapport h celle que Racine > au jugement de M. de Laharpe > a ici faiblement retracée d'après Tacite- Il s'en faut que ces jours marqués par tant de sang et de crimes , aient été le temps des courtisansé Le temps des courtisans recommençait à peine quand M. de Laharpe a terminé sa carrière. Ce n'est que depuis et qu'assez récemment 5 que nous avons vu jusqu'où peut aller quelquefois dans celte es|ièce d'hommes la lâcheté , la dégradation , la bassesse , l'oubli de tous les sentimens , de tous les devoirs 3 et de toutes les bienséances* En attendant que quelque Juvënal ou quelque Tacite moderne voue à la juste horreur de la postérité tant de honte et tant d'infamie, rapprochons des ver3 ci-desius de Racine,
DE LA LANGUE PRANÇArajî.* 27S
^éiques vers de V>1 taire ( Henriads ^ Chant V ), qoi l^rvuTcu» «]J* •* Ji^mn\f»r poète au^i Couiiaîssaît assez bien la €o«ur« et la savait peindre avec assez de vigueur et de vérilë \
Drjà Valois toueliait \ son henre dernière : Ses yeaz ne voyaient plus qa*un reste de lumière. Ses courusaos en pleurs, autour de lui rangés « Par leur desseins divers en secret partagés ^ D'une commune vois formant \t^ mêmes plaintes j Exprimaient des douleurs ou sincères ou feintes. Quelques-uns que flattaii l'espoir du changement / Du danger de leur Roi s'aflligeaienl faiblement $ Les autres, qu'occupait leur crainte înléressécy Pleuraient y au lien du Roi , leur fortune passée.'
99 Et ton nom paraîtra , dans la race future^ Au plus cruel tyran la plus cruelle injure.
L* H., dans son Cours de Littérature. Voilà un exemple da cet art si fréquent dans Racine de donner aux idées les plus fortes l'expression la plus simple. Dire à un homme que son nom sera une injure pour les tyrans est déjà terrible y mais pour les plus cruels tyrans la plus cruelle injure ! Je ne crois pas que Tinvectiva paisse imaginer rien «iu-<ielà ^ et pourtant il n'y a rien de trop pour \éruu : son nom est devenu celui de la cruanié...» Quelle véricë effrayante dans les pein-« tures de ce monst^ naissant ! G est une des productions les plus frappantes du génie de Racine 9 et une de celles qo^ prouvent que ce grand homme pouvait tout faire*
73 Mats s'il TOUS faut , Uadame , expliquer ma douleur^ Héron i*a vu mouiir sans changer de couleur. Ses yeux indiffcrens ont déjà la constance D'un tyran dans le crime endurci dés l'enfance...;
L. H. , dans son Cours de Littérature et dans son Commentaire. Quel nerf d'expression 1 Tel est dans œat endroits le style de cet homme à qui Ton ne voulait accorder que le ta«* Unt de peindre Tapionr.... Racine n'a dû. qu*à lui-même ce coup de pinceau qui est daus la manière de Tacite : s'il Ini a ^lé inférieur une fois , il fait voir ici j comme en plus d'un
^fC ÉTUDES
en^lroit de celte pièce, qu*il sait peindre comme lai, mèm^ dans lui rien emprunter. ' .• •
£CIS^ Ces vers de Racine font penser à ceux ou Voltaire , dans la Henriade ^ Chant II, peint la froide et tranquille Médicis au moment que l'on porta à ses pieds la tête du malheureux Coligny :
Médiois la reçot iTec indifférence > Sans paraître jooir da fruit de sa Tcngeanee j Sans remords , sans plaisir, maîtresse de sts sens, £t comme accoulnmëe à de pareils prcsens.
7^ Madame, sans mourir^ elle est morte pour lui.. •• Vous sâyez de ces lieux comme elle s'est ravie.
L. H. Rien ne peut faire passer Timpropriëtë du mot 9' est ravie. On se dérobe, on s'échappe , etc. de quelque endroit; mais ou ne peut se ravfr d^ua lieu. C'est le huitième et le dernier des vers que la critique la plus sëvère puisse être autorisée h rayer de cet ouvrage.
^!^ Nous avons dëja observe que ces sortes d'assertions ne devaient pas se prendre dans un sens rigoureux. Quand même M. de Laharpe n'aurait trouve que huit vers indignes de la pièce, s'ensuivrait-il qu'il n'y en a réellement que ce nombre ? N'en avons-nous pas noté plus de huit comme àpeu-près incorrects , ou comme n'ayant pas toute, la correction nécessaire ? Et n'y en aurait-il pas poirr le moins autant d'aussi répréhensibles à d'autres égards ?:Cependant il faudrait bien se garder, sans doute, de condamner tout ce qui pourrait ne pas être du plus haut style. La vérité du dialogue demande quelquefois que la diction ne s'élève pas au-dessus de la conversation soulenue, et c^est pourquoi M. do Laharpe, dans son Cours de Littérature, justifie des vers tels que ceux-ci :
Agrippine, Seigneur, se Tétaït bien promis. •• .
Elle s'en est vantée assez publiquement.. . .
Mais, Pîarcisse , dis-moi : que veux-tu que je fasse?. ••
A Nos critiques du jour ne manqueraient pas^ dit*il, ti
)> Kacine était vivant , de le trouver bien froid et bien FaiLte/ » Quels vers que ceux-là ? diraient-ils. S'exprimerak-on ïi autrement en prose ? Et c'est pour cela qu'ils sont exreU » lens y car ils sont ce qu'ils doivent éure» Le dernier, tout » simple qu'il est , fait trembler. )>
M. Geoffroy ne dit rien des vers ci~de<isus ; mais en voici* du même genre dont il trouve le style nëgligë.
Je Tài laissé passer dans son apparte.mexiU J*ai passé dans le mien. . , ,
Il ajoute même que,, comme on parle d*une Temn^ (dir • Junie) « la Grammaire exigerait absolument^/^ Vai laissée passer. Pour moi, )^e crois que tout au moins en cela il a torf». quoiqu'il pût atlëguer en sa faveur roplniion dé quelques Grammairiens recoromandables 9 et pAtticuUèremenAtde^ Duclos. Je peôse^ coibme Wailly et comme- beaucoup d'autres » qae le poète ne peut qu'être avoué ici» ei par la Logique « et par la Grammaire. Névon , qui est oeliiiqui pnrlo^ ne veut pa$ dire qn'// a laissé elle qui passait ^ ou elle passant ,. mais. qu'il a laissé passer ^^^a Zr^, qu4 p.rccède, n'est donq pas rëgi par j'ai l(iisse tout seul^ majis.tpu.t-àr\a-fpis par f'ai laissé et passer ^ rëunis cpsem|3Jle pour n'e]^primei> qa'u^iQ oiêq^^ idée : par conséquent.^ laissé devait resteir invariable 9 et ne pas se mettre au féminin* Et suppose qu€) le poète eût eu à se servir du verbe faire au lieu du verbe laisser, prëtendraHU-on qu'il.^i^rait/.dû.dire ,/> l'ai faite passer, et non. pas, fe l'ai fait passer if a/is son apparu tementl
75 César, de tant d'objets eb m^ine-.lenips frappé ^ Le laisseentre II» mains qui l'ont enveloppé. Il renue. Chacal fuit Son siiefiacê'favoaabe%
L^Rac. Fuir un silence ! Quand on voudrait examiner h la rigueur cette expression , on la trouverait très-^sie.. « Peut«on faire entendre en moins de mots que , le silence de Néron étant la preuve de sa fureur^ chacun s'enfuit 7 Cleafe.
par ces alliances de mots que le poète dit les choses avec tant de vivacité ^ et se fait uoe laogue qui semble n'être qu*k lui.
(fi^ Voltaire a dit aussi un silence farouche ^ dans sa belle description de Fassaut livre à la ville de Farjs par Ilenri IV^ Henriade , Chant VI :
Alors on n'entend |)lwi cet foudres de le gnerre Pont les bouches de bronte épon^antent la terre s Un farouche silence^ enfant de la fureur^ A ces brajans ëdats succède avee borrenr*
JX Ta dit encore dans Sèmiramis , Acte I*'^ Scène !'••
A travers les horrenrs d'un silence farouche ,
Les noms de fils , d'époux , ëeliappent de sa boaohe..*
jB Et l'oo craint , si la nnil , jointe ^ la solitude , Vient de son désespoir aigrir l'biqoiétQde , Si vous l'abandonnes plus long-temps sans seeonsi ^ Que aa 4oaleor bientôt p'attente snr ses jours.
L. Bac. On pourrait demander encore ce que c*est qne Vinquiéfude d'un désespoir. Tout le inonde entend par ces vers^ que si on laisse Mëron seul « il est à craindre que la nuit et la solitude n'augmentent son désespoir. Quand on se fait entendre si clairement de tout le monde « on écrit Bien.
(Kv^S^ Qu*il s'en faut qu'il suffise toujours, pour bien écrire, de se faire entendre bien clairement I*.. Mais je suppose que le mot in^uiéiude ne soit pas un peu faible par rapport à désespoir ; je suppose qu'il y ait entre aigrir et infuiétude une parfaite convenance, le mot douleur vient-il bien à propos après celui de désespoir dans la même période, et f s(-ct* la douleur, plutàt que le ifésespoir, qui doit mier^et furfejijfaurs,7
DE LA LANGUE FRANÇAISE. a^y