‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 27 sur 76 · L. B. et L.Ut Une faut point mentir : espresaionfisû* lièrc · texte numérisé non relu

L. B. et L.Ut Une faut point mentir : espresaionfisû* lièrc

G. F. Racine se permet souvent de ces façons de parler trop communes : Une faut poinc menlir, à ne vous point mentir» çuoi^uUl en soii , quoiifu 'il en puisse être , etc. Plein da sentiment de ses forces , il croit pouvoir descendra impunément à ces familiarités. C'est ainsi qu'un grand homme , fort de l'estime et de l'admiration publique , se né^ glige quelquefois dans son maintien.

^^ Racines loin de croire pouvoir descendre impunéw ment à des familiarités ^ ne croyait même pas y descendre » selon toute apparence. Ces expressions pouvaient , de soa temps j lui paraître plus nobles qu'à nous^ parce qu'elles étaient probablement moins communes 5 et il Tant j certes j convenir qu'elles ne sont pastoojours sans noblesse h la place ou il les a mises. Il ne faut pas mentir, par exemple , n'est pas au«'dessous du ton de ce qui précède et de ce qui suit , et je ne vois pas en quoi il vaut beaucoup moins que , // le faut avouer, que personne ne blâmerait sans dootct C'est parce que Racine était plein du sentiment de ses forces , qu'il de-« Tait être le plus ennemi de tout ce qui pouvait le plus sentir la faiblesse. Quelle absurdité de croire qu*il se soit permisj^ comme à dessein , de faire moins bien qu'il ne lui eût éié possible ou facile de faire ! Sans doute qu'il eût pu^se né'* gUger dans son maintien sans avoir à craindre pour sa réputation de grand poète \ mais n'y eût-il en effet porté au-^ cuae atteinte en se négligeant dans son style?

10 II n'avait plus pour moi cette ardenr assidue. Lorsqu'il passait les jours attaché sur ma vue.

G« F. horsqu* il passait est un latinisme , un tour étranger à la langue , mais favorable ii la poésie. Cet usage fréquent des tournures les plus énergiques de l'idiome des Romains, est ce qui donne à la versiOcatiou de Boileau et de Racine, cette vigueur, cette richesse , cette fermeté auprès de laquelle les vers de nos meilleurs poètes modernes paraissent me^quius et prosaïques. Attaché sur ma vue est enrore une de ces hardiesses' heureuses, et si naturelles , qu'il n'y a que les connaisseurs qui s'en étonnent.

|{;^^ Je conçois que des hardiesséji que les connaisseàrf peuveu't seuls remarquer^ xxétùnnen^ que les connaisseurs seuls. Mais comment des hardiesisies dont les connaisseurs seuls %^ étonnent 9 et que, par conséquent , ils trouvent trop fortes ou étranges , peuvent -elles ^'\t€ si heureuses et sina^ turelles ? Eh bien I il y a une hardiesse > et une hardiesse heureuse et naturelle, dans l'expression attaché sur ma vue. Mais ceux qui ne sont pas tout-a-fait si coanaisseors feraient bien aises de savoir en quoi elle consiste* N'est-ce pas dans l'emploi du mot vue ^\xt le n|ot yeux par une métonymie de l'effet pour la cause 7

Quant à lorsqu'il passait ^ je ne vois pas du tout en quoi c'est un latinisme y et moins encore en quoi ce serait Un latinisme heureux. J'avoue même que le sens de ces deux vers me parait par lui-^méme assesS obscur, et que je ne puis parvenir h le fixer que par la connaissance des circonstances énoncées avant ou après. A les prendre à la lettre et isolément, ils signifieraient : c< Dans le temps qu'il passait » les jours attaché sur ma vne, il n'avait plus pour moi cette 'S> ardeur assidue qu'il avait eue autrefois. » Mais point da tout ; cela veut dire : rc Dans ces derniers jouVs, jours de soa » dciiil , il n'avait plu^ pour moi Cette ardeur assidue qu'il }) avait ci-devant Lirsqu'il passait les jonrs attaché sur ma » vue. » Or, reste à savoir si la construction , telle qu'elle est, pent bien se prêter à ce dernier sens, le seul raisonnable et le seul nécessaire. La ^u> pression de qu'il avait ^ fait, à mon avis , une ellipse trop Furie» .et qui ne peut pas se suppléer naturellement. Si encore il y avait que , avant lorsqu'il passait ^ on verrait au moins assez clairement c»^ que cela veut dire.

11 tl Ta sur tant d'Etats oonronner Bérénice ,

Pour joindre à plus de ùoms celui dUmpératfice.

L. H. Voilà de ces constructions qui ne sont permises qa*li la poésie , parce qu'elle seule a le droit de .les créer* On ne dirait point en prose, couronner quelqu'un sur tel ou tel

riE LA LANÔtJE PftANÇAISE. h8^

Etat : on dirait couronner roi de tel ou tel pays, faire rë^'nep «ar, etc. Mais la poësie s'empare de l'analogie, et comme ea effet couronner c'est faire régner, elle dit couronner 4ur^ parce que le rapport des idées jusUfie la précision.

J34 Sur tant d'États se rapporle-l-il immédiatement \ couronner , et en est-il un régime indirect? Je serais tenté d(^ croire yie non, et qu'il y a là quelque ellipse à suppléer 5 par exemple, \ élevant^ ou souveraine, suivant que cool ronnereu censé venir af>rès sur tant d'États, ou le pré-i céder illva, rélei^àntsur tant d'Etats, couronner Bé^ rénice , ou il va couronner Bérénice souveraine snrtani d'Etats. Peut-être même sur tant d'Etats est-il pour sur h trône de tant d'Eïats , ou pour au-dessus de tanL^ d'Etats, etforme-t-il un complément purement circons- Unciel, qui n'est le régime d'aucun mot exprimé ou sou»entendu : en sorte qu'il pourrait être aussi bien, au moin* p6ar le sens logique, avant // va couronner Bérénica qu'après , ou qu'entré il va et couronner. Alors couronner, foit qu'on le.prenne au figuré, soit qu'on veuille le prcodre ia propre , n'a rien d'extraordinaire, ^ *

Voir dans Androma^ue l'article sur le ytrs :

Sur lui, sur tout un peuple , il rous rend souveraine. I s Dans l'Orient désert quel devint mon ennui f

U Rac. TibuUe dit à celle qu'il aime,,« solis tumihi intba lôcis : elle lui rend tout le monde dans un désert et rOrient , sans Bérénice , parait un désert à Antioclius. '

L. H. L'Orieht désert est ici une expression de génie ' Voyex ce que peut la poésie. En prose, il faudrait dire • « L'Orient n'éuit plus pour moi qu'un désert ; vous n'y » éliex plus. » En vers , un seul mot dit tout cela , et par conséquent le dit mieux, en suggérant tout ce que î'ima^i nation peut y a jouter. Voilà ce que n'ont pas aperçu ceux qui »e Voyant que les entraves de la poésie, ont voulu si hial-à! propos la mettre au-dessous de la prose. Pour sentir combiea Wle est au-dessus , il faut connaître ses moyens et se% ri-

ago ÉTUDES

chesses : c*est ce qui a manque aux philosophe» qui D*ëtaieiit

que prosateurs , et qui de plus ëtaient jaloux.

st^ On peut observer sur le second hémistiche , qu*auloord'hui» probablement, on ne dirait pas^'^n^/ defint mon ennui l mais quel fut làon ennui ! on quel ne fut pas mon ennui! Il est Trai que 1 V»/stf î d'Aatiochus arait commence avant le d<^part de Bérénices et n'avait Esiit que re^ doubler par son absence. MaU n'y auiait-il qu'un seul tour et qu'un seul mot pour exprimer cette idée ? Quel ne peut être là raisonnablement que par exclamation , dani le sens de combien grand , et , dans ce sens » il doit toujours « )• crois , précéder immédiatement son subsUntif ^ ou il ne peut guère en être séparé que par le seul verbe 4ire*

iS Mais de mon amitié mon silence est nn gage :

J'oublie , en sâ foyeut , an discours qui m'outrage.

Volt» , cité par L. H. Voilà le modèle d'une réponse noble et décente. Ce n'est point ce langage des anciennes héroïnes de roman ^ qu'une déclaration respectueuse transporte d'une fureur impertinente. Bérénice ménage tont ce qu'elle doit à l'amitié d'Ântiochus^ elle intéresse par la vérité de sa tendresse pour l'Empereur. H semble qu'on entende Henriette d'Anglecert'e elle-même parlant au marquis de Vardes : la politesse de la cour de Louis XIV 9 l'agrément de la langue française, ladçuceur do la versification la plus naturelle « lé se^itiiùehC le plus tendre, tout se trouve dans ce peu de ▼ers. Point de ces maximes générales que le sentiment ré-> prouvé, nen de trop,, rien de trop peu* On ne pouvait rendre plus agréable quelque' choie de plus mince.

^^^ Ce n'est pas seulement des deux vers ci-dessus , mais de toute la réponse de Bérénice qui en fait quatorse , que doit a'entendre tout cet éloge. Tout en 7 souscrivant , je ne puis lii'émpècher d'exprimer quelques doutes sur )e second des deux vers cités* A quoi se rapporte i en sa faiseur ? Est-ce à mon amitié, ou à mon silence? Le bon sens veut que ee soit à moh amitiés Mai^ le bon sens est-il bien d'accord

avec la Grammaire ? Et. puis » mettons qu'il B*jr aii poiat dVquivoqae » rexpressioo est-elle bien exacre ? En faveur de veut dire , en cofisidéroiion « en vue de , eu égard à , ou bien à davantage , au profU de. Or aucun de cea sens ne parait se bien concilier avec mon amitié. &iua doute qu'on pettc faire quelque chose , et beaucoup même % soit en faveur At ramilië considérée en général, soit en faveur de Tamitié particulière qu'on nous porte , et dont nous sommes Tobjet. Mais pouvons-nous plu» faire en faveur à^ notre propre amitié , en faveur de l'amitié que nous portons à d'autres, qu*en notre propre faveur^ ^n* en faveur de nousmêmes ? L'oubli dont il s'agit est en faveur d'Anliocbus » et noa pas en faveur de- Bérénice 5 ou de son amitié. Elle devait donc s'exprimer autrement ; dire , par exemple : JSt j'oublie à sa voix , ou bien» elle veut ^ue j'oublie un discours ^ui VoiUrage.

14 It en était sorti lorsque j'y suis eourn.

L'ai* d'Oliv. Je doute fort qu'il en soit du simple courir i comme de son composé, accourir. On dit indifférem* ment) j'ai accouru , je suis accouru. Mais je suis cour» me parait une de ces distractions dont les meilleurs écrivain9 ne sont pas toujours exempts. Personne n'ignore que ce verâ de l'Art poétique ,

Que votre Âme et vos mœars ^ peints dans tous vos ouvrages^

fat imprimé, et plus d'une fois» sans que l'auteur s'aperçût qu'un adjectif masculin suivait deux substantifs féminins.

L*Ab. Desfokt. J'avoue que^ quoiqu'on dise î^y cours , cependant» fy suis couru , ne se dit pas si communément que j'j suis accouru, £n général , il me semble qu'il serait k souhaiter qu'on abolit peu à [>eu , par des exemples contraires» ces misérables bisarrenes de notre langue» qui n'ont sacun mérite » et dont il ne résulte aucun agrément.' Elles se sont introduites maUà*propos dans l*usage i mais les grands écrivains n'y devraient avoir aucun égard.

((Q^ Tel est aussi l'avis de Louis J^acine » qui dit qu's7

i^â ÊTtïDES

ne faut pa9 resserrer la langue dés poètes dans des en^ iraves grammaticales* Mais VoUaire et Laharpe *n'ont tu dans jy suis couru , qu'un vrai solëcisme ; et Ton ne peat| en effet , qu'y en voir un y l'usage n'admettant que l'auxt^ liaire ai^oir dans les terops composés du verbe courir» Quelque bizarres qu*on suppose ces règles ^ elles existent, et il n'est pas plus permis à la poésie qu'à la prose de les enfreindre»

i5 De vos ordres y Seigneur, j*ai dit qa^on Tavertisse*

Les EDITEURS du Commentaire de Laharpe. La Grammaire veut avertit. Le premier veii)e étant au temps passé, le second ne peut comporter le présent du subjonctif a(^^/vme< On dirait : Je veux tjxCon P avertisse y f'ai voulu qu'on r^vertit, D'Olivet, Voltaire, et Laharpe n'ont point fait cette remarque ; mab dans un auteur tel que Racine , qui fait autorité 5 et qui est un de nos premiers classiques, nous avons cm que cette faute devait être relevée.

f;^ La remarque est juste , et pour la règle générale , et pour l'application de la règle au cas présent. Mais il ikut se souvenir qu'il y a cette exception , que lorsqu'il s'agit d'une action qui se fait ou peut se faire dans tous les temps , le second verbe peut se mettre au présent. c( Allez , dit Wailly » dans sa Grammaire , demander à un vieillard , pourquoi » plantez-vous ? Il vous répondra ^ pour les Dieux imnior- 9) tels , qui ont voulu et que fe profite du travail de ceus qui » m'ont précédé , et que ceux qui me suivront profitent àa I» mien. »

Voltaire fait dire par Alzire à Zamore, Acte III , Scène IV :

I<ïos peuples , nos tyrans ^ tous ont su çue je t^aUne : Je Tai dit k la terre , au ciel , k Gusman même ; Et dans raffreox moment, Zaroore, où je te vois, Je te le dis encor pour la dernière fois.

Mettez que je ^aimais* Que deviennent tous ces beaux yors7 etquedoit|)VQserZamore de l'amour d' Alzire 7

DE LA LANGUE FRANÇAISE. âgS

Voir dans BriinHnicus, rarticlcsur les vers :

Mais qui n'est qu^un effet de la sage conduite Dont C^sar a voulu que vôiis soy es instruite.

16 Hé bien ! de mes desseins Rome encore incertaine Attend que deviendrii le destin de la Rciùe.

I^ H. Auend q^ie deviendra. Il est étonnant que ni Ra-^ cîne le fils^ nid'Olivet, ni aucun critique n*ait relevé cette ^ phrase ,. qui n est nulltfment française. Auend ce -fu^ d^m. viendra était la seule construction régulière*

G« F. La correction et Texactilude auraient ezîg;é ce ^ub deviendra^ Racine a supprimé le.prpnoia s^ntéçédept pour la facilité du vers. On n'ose pas condamner d/ins ,up si grand poète ces licences, qui sont cependant de véritables fautes contre Tusage <le la langue^ Ce ^ni est peut-être p^u^'^pfé-*' ben&ibleque la suppi;essioD d'un monosyllabe, c'est celte façon de parler,, ce fne deviendra le destin de la Jleine « qui manque d'élégance ^ et même (le j|uj^iesse»

^^ Ce ^ie deviendra manqueraiit d'éléga^n^ ,- même eo proses c*e&tce qu'on sent assaz ;* mais.il éiaili .t>€ai .de ùir^ en quoi il manque de justesse*. S^'estc-'^e ^paV parçei .fu^^ <?« §ve deviendra sig^ii^e |i peai^pres.^ piu,â ,^iioi i^ff^ruira, ^utl effet aura le destin de la Jieine ^/comu^.iiçe, éjuf deviendr\ei9>jf 'Ses propiesses^s^^ espérances; qn^ve.^nf jera/aiA^o^,^ai 4ri:ivern dnde^nd^^ la .Reines cç^me^ on neAaifi'M 4fHet:de,vien4ta ^san. bii§f$^ après s{i morfif ^^t&n'<m^49^^fiif0 t où s'efk'if^M destin de la Reine , comme ^oa nesait ce qu'est dei(^r^i4 ^^^ hamme.^ne Voa cherche. fMUMi envtain ; et qu'aucune de ces significations ne peut coi|7ipaiir ? Et puis le destin de l'homme est si sujet à Mrïer , et même du tout au tout , que l'on peut «f peler , et <}u'on appelle en el^fet du nom d^ destin chacuae de Ce& vicissitudes^ Ainsi, il fallait dire : RoMe attend ^uçl sera U destin data Reine, pour Rome atteidde suvoir/eic. , Çt il n'y narait eu rien à l'éprendre^ Je m'étonne que M^ Gcoz-*^ frp; I. «pii^iin^ Muil Içs latinUmff^^ et qui en totj^vo par^

<gi ETUDES

tout, n'en ait pas remarque un dans la supprossion Je Cê^ et dans remploi de fui pour le fuîd dubitalif des latins : Roma sxpeciat éfuid. Ce latinisjne donnerait de la précision et de Ténerg^ie à la phrase ; mais malheureusement il n*est point avoue par Tusage , et la suppression du monosyllabe ce n'en est pas moins un barba risme« que s*il s'agissait de la suppres- ■ion d*un mot long d*nne toise , d'un de ces mots qu'Horace Appelle sex^uipedalia. Ce serait mal juger de l'importance des mois» que d'en foger , comme fait ici M* Geoffroy , par le nombre des syllabes.

ly ........ J'etite'nds de tons côtés

Publier vos vertus > ^giMur ^ et tes beautés.

VoltI On ne publie point des beaiués^ cela n'est pas exact.

L» H. 'Ouï , mois on publie vos vertus , et par le privilège de Topposition , eicpliquë ailleurs dans ce commentaire « privilège qui appartient à la poésie , et que Voltaire ne pou- .vait pas ignorer , iiertus Cait passer beautés. ' d^^ 'Vertus faH pas^r beautés , point do doute. Mais ti on ne pent pas ÎXve ptïblièY des beauté^ , d'ou^ vient qu'on peut di^ publier des vertus ? Dirait-on publier des talens? Diraif->lÀn vh^me pUb fier des mœurs? S'è ne sais ^ mais il me'seitiblc rfie publier ne convient bién'qiie lorsqu'il s*agit d'actions^ de ûiils, d'ëvënemehs^ de iMMt^lles ; et que lorsqu'il s'agit tle-qualités ^ 9oit morales i ito'it'physiquoi louer 9 exalter 9 célébyer^ etc. ^ convietinentmiêsrs^ •

On trouvera dans Mi thridate des obsewatîMaisiir l>ai« ploi de^tf07i/^^auplnrieK .» • . .

18 On sait qu'elle est cliarmante , et de n belles nnuiis Semblent vous demander l'empire des hamMnst'^* '

Volt. De sî belles mains ne parait pas digne de'Ia tra« gédie ; mais il n'y a que ce' Vers de faible dans cetlertirade.

L*'H. Le commentateur qui nous a précédés (Luneau ) . et qui défigure Voltaire comme Racine» nous dit 'hardiment qno Voltaire a eu raison de trouver dans de si belles mains toie expression iàcorrecte. On voit que c'est de la part du

commenUteuk* une iupposition très -gratuite, et Voltaire connaissait trop bien le mot propre , pour mettre là de /'//»correaion.

Les m^moirps du temp9 parlent d'une allusion p^rsonnqlle à ces belles mains, et liOuis Racine le fait entendre : co c|ui ne jnstifierait pas Tanteur d'avoir fait dire à un Romain , ^e de belles mains semblent demander V empire dtk monde. Cette galantçriç n'est pas plus romaine que tragique ^ ce qui n'empêche pas que la tournure de ce^ vers ne sojt très-gracieuse : un poète français aurçûtpu les placer trèsbien dans une idylle à la reine Anne d'Autriche.

H^ Ce commentateur si .^igrieinent repris par M. deLaharpe, observe avec raisipn que Thçqais^iche , çn sait ^fi^eUm est charmante, est aussi fade que Tezpression cepsur^e par Voltaire. Il est étonnant qu'aucun de tous ces critiques n'ait relève, dans la quatrième scène du premier acte, un vers bien digne de figurer à côté de celui-là : c'est celui où Antiochas se félicite d'avoir pu conter l'iistoifê de ses malheurs aux. yeux quiles çnà faits:

Henrenl dâos mes inalhears , d'en aToir pa sans criipc , Conier toute T histoire aux yeux qUi les oàtjhitsm

39 Et dès le premier mot ma langue omliarrassëe Dans ma bouche TÎogt fois a demeuié glacée.

L'sB. d'Oi«. Pai demeuré , et je Siuis demeuré , présentent des sens différons. Vai demeuré à Rome, c'est-à-dire ^ j'y ai fait Quelque séjour ; je^suis demeuré muet, c'est-à-dire , je suis resté bouche close. Or dans le vers que f exa-^ mine , demeurer ne saurait être pris que dans le sens de rester. Ainsi , ma langue est demeurée ^acée dans ma bouche, était la seule bonne ayinière de parler.

Un moment d'inattention suffit pour faire qu'on se trompe à ces verbes neutres^ qui se conjuguent avec nos deux auxiliaires \ mais toujours en des sens différens. Desprcaux parlant & des nobles entêté» de leurs aïeux; savetrvous,, leur dil-il :

w^ ETUDES

^ • • Si leur ung toat par , aio&i qac leur noUeMc^ ■ Est passé jusqu'à nous de Lucrèce en Lucrèce.

Je crois qvî^a passé valait mieux.

L'Ab. Desfont* Puisqu'on dirait bien , ma langue de-* ^0teure glacée » il serait fort bon que la contume fût abolie de> dire est demeurée ^ et quW dit a demeuré. Du reste, un poète est au-dessus de ces règles trop sévères. S'il s'en rendait Tesclavo, les plus belles pensées lui échapperaient n jet sa chaleur s'évaporerait. Donnons de l'étendue à la langue poétique > et ne la resserrons point par ces entraves grani-' insfticales*

^I^S Toujours cette doctrine subversive de tout principe en fait de langue, tandis qu'il faudrait répéter sans cesse avec Boilean :

Que dans tous vos écrits la langue révérée ^

Dans vos plus grands excès tous soit toujours sacrée.

Te conviens que les temps composés de nos verbes s«nt souvent Irès-gènans pour nos poètes , surtout quand le parttci^ie se décline ; ce qui arrive toutes les fois qu'il se combine avec le verbe être* Mai^ dès que la langue est sa^s doute, et depuis long-temps 4 aussi fUée qu'elle puisse l'être » qu'j a-«t-il de mieux à faire que de la prendre telle qu'elle est , et que de respecter ce qu'ont respecté les plus grands écrivains jen tout gpnie ? Lorsqu'ils nous paraissent quelquefois s'être mis au-dessus de certaine^ règles, croyons le plus souvent, ou jq^e ces règles n'étaient pas bien établies de leur temps, ou ^qu'elles pouy«^ient ne. p^s.leur être bien connues. Kûi-il été ici si difficile à Racine d^ changer son vers en .uneutre aussi jbonss'il n'çût pas cru qu'a demeuré ^oc^^était aussi exact, aussi français que , tsi 4^ n^urie glacée ? Et Boilçau , qiû pouvait si )>ien mettre a passé dans les vers cités par d'Olivet, pB l'euf'il pas mis plutôt que est passée Vil n'eût pas regarnie ce dernier comme aussi légitime, et peut-être comniç seul légitime ? Il a rencontré plus juste 4ans ces ^ets dç son flp^trc sur le passage du Rhin :

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 3qi

^UAiid pour nouvelle alarme k ses esprits glacés g Vn bruil s^épand qu'Enghien et Condé sont passé4f

tt dans ceaz*ci de sa Satire X ;

Je crois déjà les voir « au moment annoncé « Qa'k la fin sans retour lenr cher oncle est passé,

s'il est vrai, comme le veulent plusieurs avec Tabbë d*Oli-* vet , que passer doive prendre Sire , quand il n*est pas suivi d'an régime. Voltaire s'est fX)nformé à la règle pour le mo% demeurer dans ces vers de sa Henriade , Chant V :

Les uns sont demeurés danb ane paix profonde , Toujours inaccessible aux vains attraits du monde;

Il s'y est conformé ponr le verbe passer dans ccux-rcîj( Chant X;

Tu remportes^ Bourbon, nùlxttk^te^t passé, •% Chant III :

Le sceptre de là Li§|ae a passé dans ses main&,

Chant y :

£t de Uobsourite des plus humbles emplois. Ont passé tbut-a<^oup dans le palais des Rois..«. Vous connaisses la Ligue y et vous voyez ses coups | Us ont passé par moi pour aller jusqu'à vous.

Mais s'il s'en est écarté dans ce vers du Chant III ;

Sa gloirt at^ait passé comme une ombre légère,

il faudra pour le condamner » condamner aussi l'Acadj^ailè qui dit : // 0 passé comme un éclair. L' Académie, au reste, dit: // a passé le long de la n^uraille; il esi passé de l* assure çoié de i'eau.

Revenons aux deux vers de Racine, ils en rappellent dçtix dcBoileau, avec lesquels ils ont le plus grand rapport, et qui ne sont pas moins remarquables pour le'mcrite de Thar^ tnonie imitative :

• ••.......• La mollesse oppressée,

pans sa bpuche / s ces ces mots , sent sa langue glacée. • •

s^S ETUDES

flo Depuis cinq ans entiers chaque jour je la vois i Et crois toujoars la yoir pour la première fois.

L. B. Le grand Condë appliquait ces vers à la pièce* Volt. Ces .vers sont connus do presque tout le monde : Ol CD a fait mille applications; ils sont naturels et pleins de «entîment; mais ce qui les rend encore meilleurs ; c'est qu'ils terminent un morceau charmant. Ce n'est pas une beantéf sans doute, de V Electre ou de VOedipe de Sophocle; mais qu'on se mette à la place de l'auteur 9 quon essaie iç faire parler Titus comme Racine y était obligé ^ et qu'on ▼oie s'il est possible de le faire mieux parler» (je grand mérite consiste à représenter les choses comme elles sont dans la nature : Raphaël réussit aussi bien à peindre les grâces que les forces.

L» H. Voilà ce que j'appelle louer comme un maître seul peut louer. Remarquez ces mots : Qu'on se meue à la place de Racine.. Sans doute c'est ce que faisait Voltaire en le commentant; mais cela est-il à la portée d'un critique vulgaire? C'est par cette raison qu'un grand artiste n'est jamais parfaitement senti et apprécié que par ses pairs , ou ceux qui rapprochent de très-près , quand ils ne sont pas jaloux ; el c'est aussi ce qui rend plus insupportable et plus impardonnable la prétention de l'ignorante médiocrité y qui vient se placer auprès des chefs «- d'oeuvre qu'elle n'a ni le droit ni les moyens de juger.

SI Tandis qu'autour de moi , votre cour assemblée , Retentit des bienfaits dont tous m'aies comblée , Est-il juste 9 Seigneur , que seule en oe moment^ Je demeure sans voix et sans ressentiment?

Volt., cité par L. H. et par G. F. Ce mot est le seul^mployé par Racine, qui ait été hors d'usage depuis lui- Ressenti" ment n'est ])lus employé que pour exprimer le souvenir des outrages y et non celui des bienfaits.

L'Ab. d'Ouv. , après avoir dté ce passage der Voltaire. Présentement je d eraande si un seul mot dont la signification

a été restreinte ».et quelques particules dont Vusage a rarîë ;••• je demande s'il y a là de quoi accuser la langue française d'aimer le changement ? Car enfin > à remonter du jour où j*<5cris ceci (1767 ) jusqu'au temps où parurent les premières tragédies de Racine « nous avons un siècle révolu* Voit-on iiilleups cette pureté inaltérable, et si j'osais parler ainsi, cette fraicheur de style j toujours la tnéme ati bout de tant d'années? Je l'attribue surtout à ce que Bacine suivait exactement le conseil que donnait César ^ de fuir comme un écoeil toute expression qui ne serait pas marquée au coin de l'usage le plus certain et le plus connu. Bacinç , peut-être y n'a pa^ employé un. terme qui ne soit dans Aroyot; mais des fermes les plus commutis^ il avait le secret d'eu faire un langage qui lui appartient , et n'appartient qu'à luj.

(^^ Il ne fapidra pas avoir parcouvu.utio grande partie de ce travail ,s>ir ^aci^, pour voir combien 1 assertion de Voltaire, ci-de|ssus rapportée, est tout au moins hasardée et irréfléchie. On passeiraiteiicore à l'abbé d'OUvet de l'avoir repétée de confiance: elle peut se concilier'avec ses remarques* Uaifl Laharpe , .m^i^rj&eeffroy poutaietit-i^ ^ .trpuver bien conforme à la vérité » eux qui l'ont démentie par tdn.t.(l!a^ seriîonA à peut>pFf9§^:«pniraires? e>ix-qui'Qnt signalé- dans PoUeJpoète ,, t^nl: de mola, ou comnie |LouI-à-fait hqrs d'ut Mge .aujourd'hui , w <^en9ine horji d'uiiage dans Ic^sens oi^ili sont employés ?*..^ .,.>. .\

Observons toutefoifT sur resseniiment , que , si ce mot ne peut s'employer , comme ici, pour reconnaissance ou sen-^ sibilieé , maïs seulement pour signifier le souvenir des ouirages\ àreeui^ oertaifai.désir de «engeance , comne daxU ces vers de la Henriade , Chant III :•«:.-■ ^•.< /

MByenii6à'Jas^«9|Kai«t)(Mine IfW/ftolâre;»-.. .

Il «Uumejtn cent lieux ce grand embrument,

le verbe ressentir n'a pas éprouvé cette même vicissitade, et qu'il se preiid toujours et en bonne et en mauvaise part. c<Je » ressena conune je dois^ dit rAcadiSmiie ,9 les obligations

Soo . ETUDES

» que je TOUS ai*» Et Voltaire^ dans Mèr&pe ^ Acte \i Scène I :

Lfs Dieux nous ont donne la yictoire et la paix : Ainsi que leur courroux , ressentez leurs bienfaits,

%% N'en dooies point , Madame^ el» j'atteste les Dmox , Que toujours Bécénice est pr^Kpl^ âmes yeux.

Volt., cîlë^pâr L. H.* él par G. F. Ces mots de Madame tl de Seigneur ne sont que des complimens français. On n*envploya jamais chez les Grecs ni chez les Romains la valeur de ces lermes. C'est une remarque qu*on peut faire sur toutes dos tragédies. Nous ne nous servons point des mots ^Monsieur et Madame dans les comëdies tirées du grec. L'usage a permis que nous appelions les Grecs et les Romains Seigneur y et les Grecques et liés Romaines Madame ; nsage ticieoxen €oi j mais qui cesse de l'être ^ puisque le temps l'a autorisé.

s3 .... Hé bien ISei^eur , mais quoi! s^ns^CQerëpondte^ Vous détournez les yeux ^ çt scmblcs vous confondre?

' G.'F, Vous èonfùTîdré y pour voms àràuiler^ n'est p» français. • :^ - - : :....! »

^^ Confimdrèf^îohAxe avec ou ensemble ) , c'est méki', brouiller plusieurs- choses enseraBle , -ot^'iie- pas ' en fciii^ ta «lisVrnciion r 2*outes le^^ kttmeurv sont cénfandaesdàh^ h sang: • '

Les loiis fuient sans force I et les droits con/bri<fux* .

I^ENaUDZ.

C49St«Mivainçre'en,oa«sant de >aiii0èite/<G»TMuireàil**« voir rien à répondre:: *•' '• ••»* ^ t*'V /a^/sI • j • '

A ce Iiar4i'^i6»6lffft*alléyfl ifiViêU?^<fid»t i

# par des traitai trop' pubsadsill'â^ ^tMd^ <on/b|iilMr.

C*esl encore iroutler / abattre , te^asser . mettre en dr lordre > jeter dans la çoia>iStion.; . . ■

,1 i.tiilt- >■

Ienkiade. •••

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 5oi

Dieu peut confondre AmaB , il peut briser nos fers ^ ]Par U plqs faible main qui soit dans l'aniyers.

EsTasa.

I>e oninte , k ce speotaele , et .d*horrear agités , Ces monstres confondus courent épouvantés.

HlNElÀOK.

Telles sont les principales significations de ce vei^bc à Tactil Avec le pronom personnel ^ il signifie se mêler \ se perdre^ s'il est suivi d^un régime indirect : tiCs fteuvcs se confon-' dent dans ta mer; on voulait lui donner un rang dis" Hngué , il se confondit dans la foule ^ Il conserve à peu-près la même signification, s'il est employé absolument en parlant de Taction réciproque de plasieurs personnes ou de plusieurs choses : I^es deux armées s* avancent ^ seren^ contrent y se mêlent ^ se confondent. Mais s*il se dit abso^ loroent comme verbo réfléchi ^ en ne parlant que d'une seule personne, ou en parlant de plusieurs sans réciprocité d'action, il signifie, ce me semble, s'humilier profondément, s'abimer pour ainsi dire dans la confusion , s*anéantir en quelque âorto : Etre des êtres , ma faible raison se confond devant toi* Enfin , quoiqu'il en soit ^ vous confondre n'était pas en effet le mot propre que devait employer Racine. Mais il faudrait que les décisions de M. Geoffroy fussent un peu plus motivées. On n'est pas toujours tejQU de le croire sur parole , et on aimerait si souvent à savoir pourquoi 1

«4 Comme tons je me perds datant plus que j'y pense. ^

L'ab, d'Ol. Par les exemples accumulés dans le Diction"naîre de l'Académie, on verra qu'ici d'autant plus ne répond point à l'idée de Racine-, qui voulait dire, plus j*y^ pense , plus je me perds. . . • \

L'Ab. Desfont. D* autant plus , en ce sens là , ne se dit plus en prose; mais il ne le faut pas bannir du vers , où il est commode. Cette expression est fort commune dans les poètes contemporains de Racine,

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