L. H. Voici qui est plus que du . scrupule» Pourquoi le
commentateur, qui n*est rien moins que Grammairien , s'af«
▼Ise-t-il d'être plus sëyère que le plus sëvère des Grammai-*
riens ^ et cond^mne-t-il ce que d^Olivet oe blâme point t
a On ne dit point le temps torsçise.^i Cela est bientôt dit ,
et c'est trancher net. D'abord le critique a ici contre lui
Texcmple et l!autoritë de tous les poètes 5 à commencer par
Voltaire» qui» d'après l'exemple et Tautorilé de Racine, ont
adopte cette pbirase elliptique 9 favorable à la poésie, et qui
fie blesse aucun principe , lorsqu'il y a une phrase d^opposi*
tion après te temps , comme ici :
Le tetnps , à leur grand oœur si don»
Lorsque , au lieu 6*oà , a l'avantage d'être plus poétique, parce qu'il suppose une ellipso suffisamment indiquée , ce temps qui leur éiaitsi doux, torsçne ^cicm Edait-il bien difficile de faire le vers de manière à mettre oui Puisque le commentateur en est venu à bout , ne doit-il pas croire que si Racine n'a pas mis où , c'est qu'il a préféré lorsque , comme ilpréffire toujours les phrases, les locutions, les tournures qui éloignent la poésie de la prose î ' »
JTJ^ Voilà le pauvre Loncau asse» durement traité I Mais ces duretés sont des douceurs en comparaison de celtes dont M. Geoffroy l'accable sans pitié. M. Geoffroy ne dônne-t-il pas pour V extravagance d'un 1\ommesans go«/la correc*tion proposée par ce commentfiteur î Ke va-t-il pas jusqnW
ilire que ce commentateur ne saçait probabUmeni pas 1> latin , puisqûM n'a pas vu un de ces latinismes dont Racine eDPicliissait notre langtie i?t nôtre versification ? Peut-on pousser plus loin Vimpudence du pëdantîsme , la grossièreté, rindécence ? Et puis ebftû par quoi de si nouveau , de si niervëîlleux , terraine-t-il tout ce long débordement d*injures ? H rapporte tout uniment f exemple fT^thaiie , par lequel tl'Oliyet et Louis Racine ont jusiifié l'exemple en question , et laisse k d'autre» i Suivant sa coutume , le soin de c^erclier, ,5'ils veulent , cette raison que Louis Racine avoue ingénuement ne pas voir. Il ne s*est pas plus mis en peine d'examiner s'il fônt Voit là i avec Lahat^e , une ellipse , ou si l'ellipse indiquée par Laiiarpe est la vériuble. Eh bien 1 suppléons encore à soïi défeiut. R y a là , en effet, une ellipse; car, àans cela , comment ce /ors^ttè se lierait-il à ce qui précède? Mais celle eïlipse est-elle bien celle-ci, ce temps if ai leur était si doux , ou qui était si doux à leur grand cœur , lorsque, etc.? ïl me semble que non , puisque cetto même ellipse ne peut pas se supposer dans l'exemple parfaitement aemblable à*Athalie, et que dans ce dernier exemple, il serait absurde de dire , ce jour qui était^ à jamaU auguste et renommé, quami, etc. Quelle est donc l'ellipse que l'on peut-le plus naturellement supposer dans ces deux exemples ? C'est peut-êtrç celle-ci : Le temps qui courait lorsque, eic. > ce Jour qui luisait quand , etc. ; ou celleci , si l'on veut : Le temps qui était, ce jour qui était, mais en la plaçant immédiatement avant quand ou lorsque. Quoi qu'il en soit , Voltaire, dans la Henriade, Chant !•', a imité, ou plutôt copié le premier vers de l'exemple de Bajazet, et a dit oà , au lieu de quand.
n regrettait ces temps si cfiers à son grand csear. Où , fort de sa vertu , sans secours , sans intrigue , Loi seul atec Coudé faisaii trembler la Ligue.
Mais il a été lui-même plus hardi que Racine, en disant, Chant VII du même poème :
Ses acceiu rettemblaient à ceux de ce tonnerre * Quand du mont Sinai Diea parlait h la terre.
Ici du moins l'ellipse parait visible : de ce tonnerre qu'oa entendait ou qui retentissait ^ i/uand, etc.
8 Crois-tu qu'ils me suivraient encore ateo plaisir. Et ^'tls reconnaîtraient U ?ois de leur yisir ?
L. H. Crois^iu qu'ils me suivissent est la construction rëgalière » et vaut mieux sous tous les rapports de la Logique grammaticale. Il ëtait facile de répéter tu crois , ( qui se trouve dans les deux vers prdcédeiis :
Quoi t ta crois, oher Osmin , que ma gloire passée Flatte eneor leur valeur, éi vit dans -leur pensée? }
et hauteur conservait le sens de l'interrogation , sans être obligé de meltve le subjonctif après çue , comme cela est indiaiiettsaUe en mettant cmis^tu ?
fl^^ Le subjoBOtif ^tait ici en effet îndfspen^able , parce que celui qui parle , Âcomal , doute réellement si ses anciens soldats le suivraient encore et oonnaitraiem s'a voix, et qu'il interroge Osmin pour s'éclaircir à cet égard. Mais il Aoomat était , au contraire « parfaitement persuade des bonnes dispositions de ses anciens soldats pour lui , et qu'il voul&t faire partager sa persuasion h Osmin •, l'indicatif se^ nit très-bien à sa place , et crois-tu signtfietuîl.^ est'-ce fue itt ne crois pas ? Ne orois^tn pas ? C'est ainsi que parlant positivement et avec conviction, je dirai avec Wailly, croyez- vous qu 'un honnête liomme n 'est pas plus esti^ ^able fu'un fourbe et un fripon} Pourquoi tu crois t dans les deux antres rerâ tités par le commentateur , veutil l'indicatif ? Parce qu'il n'y a point de doute sur la persuasion, au moins apparente , de celui à qui l'on s'adresse^ et ({ue la question n'a plus pour objet que d'obtenir une nouvelle ^^urance^ sa part*
9 Quoi! Seigneur, le Sultan reverra son visage. Sans que de vos respects il lui poite «rbommagè ?
L. B. Cette expression » reverra saa^visags , parait tro^ amenée par la rime. ^
^rio ÉTUDES
. L. U; Point <lu tout : elle est du langage oriental , et c'est pour cela qu'elle reviendra encore dans cette pike.
({;3^' Elle revient dans les deux premiers vers du qua* trième acte : ' '
Ah I sals-tu mes frayeurs ? Sais^ln que dans ces lieux
' J*ai TU du fier Osmin le visage odieux ?
ccEt^ plac<Se comme elle Test ici, dit Laharpe, elle ne vaudrait » rien si elle n*ëiait conforme au gënie oriental. )»
10 L'imbécille Ibrahim , sans craindre sa naissance , Traîne , exempt de p^rii,* une éternelle enfance i Indigne également de vivre et.de mourir^ On Tabandonne aux mains qui daignent le nourrir.
L. B.etL*H..Loais Racine rapporte que Boileau disait que son ami a9aU , encore plus ^ue lui , le génie ^aiy-' ^ri^ue , et 4fu*il ciiaii pourpreufs 4:es quatre vers si ai-* mira 6 les,
il^^ Ces vers ne mettent-ils pas en effet sous les yeux » ne font-ils pas voir dans toute sa dégradation , ce prince , grand enfant, qui n'a pas plus à craindre qu'il n'est craint, et qu'on laisse vivre par mépris, parce qu'il ne mérite pas plus de mourir que de vivre? On n'est pas indigne de mourir, comme on peut l'être de vivre ; mais l'un fait passer l'autre ^ et tou^ les deux sont également justes. Indigne est ici plus heureusement employé que dans le vers de Brisannious :
Et trop indigne prix des vertus d'Octavie ; et surtout que dans celui de la lliébaîde :
Et trop indigne aussi d*étre fils de Créon. ( Voir les articles relatifs à ces deux vers. )
11 Et goûter, tout sanglant , le plaisir et la gloire Que donne aux jeunes cœurs la première yictoire.
L. B. Oa goûu le plaisir , mais on ne goûte pas h gloire f on en jouit* L'un passe k la Êiveur de l'autre.
DE LA LANOUJE FRANÇAISE, 34i
L. H., Ongùàie la gloire^, comme cent autres choses ;^ la vengeance , l*«spërance» le repos, la retraite j la paix; en un mot» tout ce qui est susceptible d'être goûté i^iorAlement. Le lecteur doit actuellemept connaître asses le commentateur pour ne pas regarder ses décisions comme des lois.
({13^ Sans doute que gùùiêraiç dit moralement d'une infi* nité de choses, et en particulier de toutes celles dont on vient de voir l'énumération. Voltaire , dans Sémiramis ^ Acte m, .Scène III : ^ .
Enfin ma gloire eSt pbre , et je pois U goâter. Dans Bmtas , Acte lit , Seine !«'• :
Je commence ii goûter une. juste espérance^ Baosla Henriade^ Chant IX:
L^homme y «emble goûter dans nae paix profonde , Tout ce que la nalure , aux premiers jours du monde » He M main bienfaisanu accordait aux humains; , * Un, étemel repos y des jours purs et sereins ^ IjCS douceurs, les plaisirs que promet 1* abondance , Les biens du premier âge ^ hors la seule innocenoew
Mais goûter n'est pas toujours alors dans le sens de jouir : il est quelquefois dans le sens Saimer^ ii approuver^ ou dans le sens de i accommodef^ de ^e faire ou se plaire à ; et cest dans ce dernier sens qu'on dirait , cet homme est trop dissipé^ il ne pourra jamais goûter la retraite : c'est ^SDs le premier qu'on dirait d'un prince doux et clément , * T^'o/K n 'a jamais pu lui faire goûter la vengeance. Toutefois ^o/i/^r la vengeance peut être aussi pour en jouir i car on goûte en ce sens les plaisirs , et la vengeance est non-^ seulement un plaisir, mais même un très-grand plaisir, et le plaisir des Dieux , s'il faut en croire les cœurs féroces j qui , sans doute , ont pour Dieux les furies.
Goûter la gloire peut donc se dire , et se dire dans le sens ie jouir. Mais observons que la gloire du vers de lUciné uest pas la même que celle du vers de Voltaire : celle-ci e$t
34a ETUDES
cette gtoîre , en quelque sorte extërieure et pitUiqne^ qui se compose des idëes combinëes '-d'heaneur» <l*esiiiiie/ de louange et de rëpatfttiop ; et la première est ude gloire toute intérieure et toute persoifineile , s'il faut le dire , consistant dans nn sentiment de satisfaction qui, bien que pur et légitime dans le principe , pourrait , dans une Ame £aible j dégénérer en orgueil et en Taniié.
13 Je plaignis Bajaset, je Im vantai ses oharmeSy Qui , par an soin jaloux , dans l'ombre retenus , ' ' Si Toisins d» ses yeux . leur étaient inconnus.
L. H. , dans son Cours de Littérature.' Ses charmée: cette expression est remarquable. Partout ailleurs que dans cetle pièce I Racine ne s'en serait pas servi, et je n'en connais même aucun autre exemple , si ce n?est dans la EaUe* On dit bien d'un homme quil est charmons , mais on nf parle guère de ses cb armes : c'est une expression que notxe langue a réservée pour les femmes , tairt les nuance» du- ISangage tiehncntaux mceurs* Celles du serrati antonsaient Vexpression de Racine. On sentira aièément , sans que }*^en. dise les raisons , qu'on peut parler d)es charmes d*un homme dans on pays aÙL le» feuHues. sont esdà^ts et vontermà»*.
i[!^ Le commentateur ne songeait guère, e$ ftiisast cette note, h ces deax ven ^e \sk Itenriadè sur é'AîHj lo
fils:
Honteux de n^étre eoeor fameux que par ses charmes. Avide de 1* (loire , il volait adx alarmes.
PoUfonte dit à Mérope , dans la tragédie de ce nom^ Acte I*^ Scène III :
le mt emnuis ; )t sais ipffi, blpnslii sons' les. arairav Ce Cront triste et sévère, a pour vous, pei» de charmes*
l5 Ceux mêmes dont lès yeux les d^aient éclairer, Sortis de- leur devoir^ tt*osè»eni y rentrer.
L. H. Remarques qu'iï y aurait équivoque dans l'cxprcv ftion du premier verS| s'il pouvait y en avoir dans te sens, et
qœ le sens.i^'^ ^?9^^ lu'©)lipji(p\eD\«nl. Èçlqixer no^ peut «ignUi^r ici.qu*^daiiçerUm4çr|>arc6^^ (dUn^ l'ac-:
ception propre, éçl^irer^ en pa^don^ ^es personnes; ne .signifie axk^ii^mirr;, c'est en, pairl^n^ 4?.? cjbqses qu'il si^niftç épipji suivre^ 4^ l'œil: H/aviiVéelairer 4ur ses iniéréfs , ilfatu éclairer ses menées^ Il y a donc dans le ve^ d& Racine une Ucencç, el même asses forte; mais il j a i^ne si heureuse priéçision ^ et tant de clarté !
((^^ Oui> il 7 a"^ de la précision et de la clarté fTOAiÈ point de licence- Eclairer se dit très-bien des personne» nèmes ^ pour observer , épier. C'est ce que dit expressément le Dictîoni\aire de l'Académie , où l'on trouve ces exemples : yous allez dans un monde oiâ vous serez éclairé de près : Les grands doiveni bien prendre gard& à tous ce fiâUls disent , à tout ce i/ n' ils font ^ parce qn& tous le inonde les éclaire : Qiiand un homme est sns^ pect , on toi donne fuelfu*un pour l'éclairer , pour éclairer ses actions^ Mais éclairer ne s'entend que des chofies 9 dâus œt eKBOO^le d» la Henriade , Clatoa V i
MajreoBe, dont les* yeux savent tant écÎAÎrerf Vx>tt lis coup ^Q^ov prépare y et feint die l'ignorer^
14 Et ne me pî^e point dn scrupule insensé
De bénir mon trépas quand ils. Pont prononcé.
L^ Bjuz. QjnafoiMBtf ne atiait pas ai hiea^et ceux qui ont tpitk[iié ce vera^ paro» qu'oip ne dit pas ordinaiveiBent pnth^ noneerJt trépas ^ mais Varré^du trépas^ ^ se soint trompib » Siiiçaat moi*. Lejpoè^e jxmvait mfiWx^de.bénitnmn-ar^i, R uie9eiii|>le qu'il a misîplas de force en disant» iie bénir mom trJpAs.
^IZ^ SI prononcev le' trépas ee^\>om!c prononcer l^'anitt du trépas , ostttt ellipse est st naturelle ei^-si simple^-qu'on n» conçoit pas qnk'éil^aîfe pu 6t*e œwupée. Mai» promon^oer s^ prend anea ordi«aiveineat peur, déoider, ordonner^ et> comme c'est même dans ce sens-là qu'il semble se présentée i^ y l'expressioa prèHî bien moins enc^is à la censure» /'m-^
noncer mon âtrit , ou bénir 'mon arrét\ sefâît / taôn-^sen-^ Iciiieiit plus faible , mais même vagae ^ éqdlvoljDé ; 00 pour» KlJ.l cfemander quel est cet atrèt ? à c'est ^'un'âh'èt' d'alwolution ou (le trondcimnatioii ? '^i e'ést lin arrêt de mort . ou tout autre? Air et vàlrès-bieû tout seul dans ces' vers de la Hen-^ rîaiie, Cliaiit VIII, bu l'on vfe'ut dire qbe les'jAisonnîers de guerre^ amenés devant Henri IV, attendaient' en silence oe qu'il plairait au vainqueur de décider à lenfë^ard :\
Les oaptifs, en tremblant , conduits èta û présence ^ Attendaient leur arrêt dans nn profond silvnce.-
Mais le même poète a-t-il eu tort de dire notre mort^ au
lieu, de notre arrêt , dans ces vers XAlzire , Acte V,