Scène IV
Lttnèau observe que Tordre d'Afnara\ ne ^ovaDt Ôlre que dans l'une des mains de Roxane, én'v&f/e mam est le Inot propre. Mais s*agH-il de l*ordcp d'Amurat pris physiquement? Cet ordre ,'"c'esl-à-dîre*l*<$mt qui le oooiienti est-il actuellement dans la main de Roxane? Et quand il 6D serait aitisi , est*ce qu*on ne pourrait pas anssi bien dire en vos mains tp^en voire maini
17 Je ne vous presse point de vonloir, aujourd'hui Me prêter votre voix pour m'expliqucr à luL
L. !/• En proae il serait plus d'usage de -dire , pourm^e»' plifuer avec lui 9 mais-en poésie m*expilfu^à Itii est plus précis et n*a rien d'irréguUer*
6. F. ISl expliquer à lui esteootraiie 2^ L'usage, et n'en vaut que mieux: ïvl expliquer à lui ai bien une loutre force que m^ expliquer ^vee lui»
2^^ Pour çhangjer quelque chose à la re^^rque de Laharpe , il fallait bien dire une sotUse : que ivt expliquer à Jui rien vaut que mieux, y parée qu'il est çomirnireàl'ffr saga ! Allons , nous saurons désormais qu^il f^ut se meUre en opposition avec Tusage pour bien écrire et pour bien parler. Ne voilà*t-il pas un bon défenseur de la Langue et ila
IVfais les deux commentateurs me paraissent avoir également tort « ruo^é^rântre> en ce qu'ils supposent q«ie f^expU' quer à quelqu'un et s^ expliquer asf'^e quelqu'un signifient absolument la même chose. S^explh^uerà quelqu'un , cfesi» •ai je ne me trompe , se'déùouvrirà lui , luifà^re connaitte .seà'seneimens , sa pensée^ et %* expliquer. ayeequmlfu*»nf c'est avoir un éclaireifsâmeni One^ Itd » bd demander ou donner une explic^Hon s,ur telle ou teU^ chose. Il parait bien^ d'apris loutes les ctfOQiMlaAoes.,.qun c'est ce
DE LA LANGUE FRANÇAISE. 34j
ierhlep sëns^ oelni d'at^lV/m éolairciisémeni , une expU** caiion 9 que Racine a eu ett txie ; maiê \ï s.'est mëpris liii« même en orçyaot que ce sens paovaU être aussi bien aitachë à &^ expliquer à» qu'il heoppii^aee a^ec» Voltaire emploie le premier de ces Hmts avec ptus de justesse daB& son £*«<• JuiU j^^^égu^ 9, Acte V^ 3cèjie III» qtt»Ad, lise deraa»r d«at ài p9iUM>ir entretiuir.iiD i^pmftot Eugliémop. , à qui elle « des s^crelQi imporlans a coqlier , Rondon , so;çi. père » dit :
A M demtnde il fiiil enoor soasorire : A ce bon homme elle veut %* expliquer s - ' On peut fort bien souffrir , ran« rien risquer ^ Qu'en oonfî dence elle lui psrie seule.
18 Avant que dans son cœnr cette amour f^t formée , J*aioiai8| et je pouvais m'assnrer d'élre aîitiée.
L. H. On dit généralemfiat./ariWdr Us, ^enUmens Je quelqu'un; mais l'^moar et la haine sont des passions, et je ne pen^e pa» qi^'on puisse d^re que mVampur ni la haime se forme dans un omur> c'est une impropriété de terme.
(j{!^^ Fut née on fiU allumée était le terme propre. Et puis , s'asun-e^P'On.-dfétre aimé , ou^qu^on» e^ aimi7 Se ne sachç ^as qu^'après s'assurer on puisse mettre de, et un inÇaitif.. Il fallait dire , ce me semble , je pouvais me fia-ttei: d'être aimée. Si je ne craignais qne quelque nouveau Geoffroy ne m'accusât de vouloir refaire des vers de Racine , je dirais que j; pour être correct , le poète aurait pu mettre:
...Av^nt que:c^l|»«liioqr.enluifùiillluméey ./^* J'aimais , et jje pouvais me flatter d'être aimée.
1 9 Ah ! dans quels sokis ^ Hhdame , all«s-^qus< voua plonge» ?
L» H* .If|ipi:opriétéde tetnne. On se se plongspolnidaa^ des soi/u : l'une de ces deux expressions est trop forte , et l'autre tibp faible pour qu'on puisse les réunir sans discon^ ▼enance.' ' "
|{3^ Le mot soin est ici dans le sens d'inquiétude , d«
€OHci* C*i!st ëvtdeat d*aprè» ce tfû ftécki» « et' tnrlom d*après ce /qui suit iannëdialieiDi^ot::
Toujours , ayant Je temps , f«nt-il vous allliger ?
Vous n'en ponves dônter,- Bajtfsét voos' adorei» ' \^ Suspende», on Saches Peimni qui. TOUS dévoret.
Dr^ cômrnétit soin dans ce sens-là 'sérait>*9 trop ùtSAe po«r s*allîcr heMYetr$ement avec se' pibhgerl I9è dttHm pas se plonger diàis la douleur, dans raffltcden , dans la tristesse , et même dans TennuL ? La Fontaine dans la Fable dv Lièvre et des Grenouilles .*
Dans nn profond ennui ce lièvre se plongeait.
Si on ne peut pas se plonger dans des soins ^ entendus tels qu'ils le sont ici , on ne peut pas non plus , ce me semble , se plonger dAus des différends, etfl faut condamner leprenoier ^ ces v%i%i%\2iHenriade , Chant II : >
Si, âtiiis Tes différends 6& TEnropè ié plonge, La traliison , le meurtre ^t le sceau dtt mensonge^ L*un etl*autre parti, cruel également j Aipfi x^ue. dans le crime est iua l'arei^^ement*
so Voutt n*^treprenes point une injuste earrière. > . .
,1»; H* Assemblage de termes impropres* On iC entreprend point une carrière , et une carrière n'est ni ji^sté ni in' juste*
G. F. On n'entreprend point une carrière , mais on y entre : une'carriàre n'est m juste ni injuste y elle est longue ou courte , briHante ou obscure , > honteuse ou honorable.
(J^5^ A celle paraphrase de la remarque prëcëdenle, M« Geoffroy «ûipn ajouter, ce jne semble, que si on v^en^ ireprend point une carrière , on peut pent-étre la tenter, comine a fak'Boileau dans sa fameuse Épllré au Bx)isttr le )|>assage dttRbSh': '
Mais dis qu'on vent tenter cette vaste carrière j Pégase s*ef farouche et recule en arrière»
SI Croiront «ils mes périb et mes larmes sincères ?
L. H. Ce vers souvent critique a donne lieu à beaucoup de discussions. Voici ce qui m'engagerait à ne pas lé condamner. Sans doute des périls ne peuvent pas être sin-eères'9 mais c*est ici un artifice de style , à Tùsage de Ra*dneel des bons poètes qui Vont soivi, de rëunir deux mois par la même épithète 5 quand il se trouve dans le dernier qj| rapport exact , et dans. Tantre une analogie d'idées saCfisante : c'est ici le cas. Les périls sont réels quand les larmes sont sincères : ainsi Tune fait supposer l'autre ^ et la sin* cérité des larmes fait sous-entendre là. réalité des dangers* Nous retrouvons ce même procédé dans deux autres vers do la même pièce, que personne n'a jamais attaqués ^
Mais le Snhan , surpris d'nne trop longue àlisence , £n ehercbera bientôt la cause et la vengeance*
' Scène pneniière.
Certainement on ne dit pas la vengeance d'une ab-» sencei mais le principe de Topposition est ici de mise, parce que le sens est clair comme le jour, après tout ce qui précède. « Osmin a été tué : le Sultan , surpris de sa longue » absence y en cherchera la cause , et cherchera la ven^^ » geance de sa mort^ qui est cette cause. » Tel est l'ordre des idées dans l'esprit du spectateur ou du lecteur ; et comme rien n'y est faux , que tout y est conséquent y la précision et l'analogie , deux chose!t capitales y l'une pour la poésie » l'autre pour la raison , me paraissent justifier tout dans ces deux vers , comme dans celui qui est le sujet de cette note.
j^l^]$4 Quand mènie elle pourrait^ cette noie y n'être pas parfaitement juste en tout y ce que je suis pourtant loin de prétendre, combien n'est*elle pas toujours profonde , philo-r sophique ! Combien M» de Laharpe ne s'y élève- t-il pas audessus des autres commentateurs ! Combien ne s^j montre-* t-il pas 'l'émule des Dumarsais» des Condillac, et de tous ceux qui ont le mfeux connu la théorie des idées et du laa-> gagel Dans tout lé con\mentaire de M. Geoffroy» y en a-t-il
une de celte force ? Voici ce que M. Geoffroy dit aur ce vers : « Sincères s'appliqae bien aux larmes. Gela suffit pour » qu*il jouisse s'appliquer aussi aux périls. » Comparez et jugex.
%% nuis j« m^asrare encore au bontés de ton frère.
L. B* Nous|ne croyons pas qu'on dise s* assurer à fueifue chose.
L» H. On dit ; je nÇ assure dans vos boniès , et je m$
fie à vos bontés»
G. F. Idiotisme latin. La Gramntaîre française veut dans les bontés \ rbais aux bontés est plus vif^ et par consëqaeot meilleur en vert.
([;^^ n faut convenir que M* Geoffroy en veut bien à notre Grammaire et à nos Grammairiens* Qu'un tour lui semble latin» le voilà aussitôt en extase. Ce leur est excellent y divin ; il n'y a rien d'aussi beau. Ronsard eût donc été son poète favori» Ronsard, dont la muse en français parlait grec et latin ? Mais enfin j! assurer à est-il un vrai latinisme? J'ajjwr^r correspond-il kfidere^ confidere , comme se fier ^ se confiera Ne correspond-il pas plutôt à confirmari't El confirmari frend-iï le datif? Quoiqu'il en soit, on doit dire , suivant l'Acadëmie , Rassurer dans ou 9k assurer en : Malheur à celui ifui ne s'assure ^ue dans ses richesses ! Il faut s'assurer en Dieu* Racine a été plus exact dans Athalie, en faisant dire au grand-prètre :
11$ ne ê*assurent point en leo» propret mérites , Mais en ton nom sur eus invoqac tant de fois , En tes sermens jarés au plus saint de leurs Rois , En ce temple où tu fais ta- demeure sacrée , Et qui doit du soleil égaler la durée.
Voltaire a dit s'assurer sur, dans la Henriade^ Chant X :
Mais qui peut /assussersur un peuple voli^e.» Dont la faible amitié s'exbale en iraios discours , Qui quelquefois s'élè? e , et retombe toujours ?
£t il s'en faut que sur paraisse là déplace i
DE LA LARGUE FRANÇAISE. 35t
l3 BaJMet, éeoatet, je leiU que "je toos atme.
L. B. et L« H. Ce passage rapide de la fureur k la ten« dresse 9 et de là tendresse à la fureur, est sublime ; il ne manque jamais de faire beaucoup d'effet au thëAtre quand l'actrice 9 chargée du rôle de Rozane j est capable de le bien faire seutir*
Ce vers , si frappant de passion et de vërilë , est du nombre de ceux ^ui valent une belle scène , parce qu'ib la renferment toute entière.
{^^ Cc} qui rend surtout ce vers si doux et si tendre c'est oe vous tout-à-poup substitue au lu de la tirade de fu<reur qui précède. Roxane venait de dire :
Dans ton parfide Mog je pais loot expier^
Et ta mort saffira pour me jaatifier.
Iï*en doute point, j'y cours; et dès ce moment même...
14 VisiTi songea à voos , je vont en averti.
L. Rac. On a vn dans les Plaideurs , je vous iîen pour je vous liens , et on trouve dans Corneille :
. . • • • Prends vn oœar pins hardi ^ Et sans me répliquer, fais ce que je te di.
Malherbe a icnlje Ofkuvri , qu'il fait rimer avec Ii^ry, et Ménage prétend que c'est ainsi qu'il faut écrire , et qu'on n'a «jouté une ^ à ces premières personnes que par licence, en faveur des poètes. Aujourd'hui les poètes eux-mêmes n'ont pins la liberté de la retrancher, excepté à quelques verbes. Us disent encore /> voi^je oroi, poury^ vois , Je crois,
L.B. Cette licence des premiers poètes d'ajouter une ^ à ^ la première personne , est devenue une sorte de règle pour tous ceux de notre temps*
L, H* Elle est devenue une véritable règle dans la prose , qui ne doit jaihais retrancher Ys de la première personne ; et ntêoie en poésie le retranchement est une licence que la nécessité seule peut ezcuseo et qui défigurerait le langage si
35i ÉTUDES : : . .
elle ëtait plus fi^équenle qu elle ne l*est 4aBs Racine, qui ne la prodigue pas*
1^;;^ Citer ici M. Geoffroy^ ce serait citer une seconde fois Louis Racine sous un autre nom. S^ais )e.,ciierai Voltaire qui, dans ses Remarques sur Corneille » restreint à la première personue du présent la licence du retranchement en question, mais qui l'ëteod.à un plus grand nombre de Verbes qae Louis Racine; et par exemple^ h, j0 connais, je dis y je fais y je vais y j* avertis , en observant toutefois qu'elle n*est point autorisée pour 70 suis , je puis ou je peux* Je citerai aussi M* de VVailly, qui dit dkns son Traita de la Versification^ que les poètes peuvent retrancher Vs ùàmjâ crois, je vois , je dis , je sais, je vis, j'avertis, etc. ( Voir dans les Plaideurs , l'article, sur le vers:
Oh! Monsieur, je vous tien.)'
a5 Et sans compter sur moi, preoes votre parti.
L* B. Prenez votre parti : expression trop familière* L. H. Je crois qu'elle peut entrer dans lé dialogue tragique. Voltaire s^en est servi dans A dé/aide et ailleurs:
Nou f j*oi pris mon parti : soit crimte, soit justice,. etc.
(^^3^ Que prenez votre parti ne soit pas absolument déplacé dans le vers de Racine , je le veux, puisque le ton de la tragédie peut n'être quelquefois que celui d'une noble conversation. Mais est-il a com^ûtrer tiVif* ai pris mon parti du vers de Voltaire ? Ce j* ai pris mon parti , quelle force, quelle énergie n'a-t-il pas après non î et combien n'est-il pas encore relevé par le dernier hémistiche I tandis qne tout le vers de Racine est tout juste au niveau de la prose la plus commune. Peut-être pourrait-on observer t^e j'ai pris mon parti n'est pas tout-à-fait dans le même sens que prenez votre parti. J'ai pris mon parti , veut dire , j al pris mon extrême et dernière résolution ; ^l prenez votre parti , me semble signilier ici à peu-près , partez et sauvez-vous :c*iist ce f|u'on'voit pa^ee qui précède, songez à vous , Visir\ et
par ce (joi suit , vou^ et vos amis , cherchez quelque re^ sraiu.
a6 La mort n'est point poar moi le comble des disgrâces s J'usai y tout jeone cnoor, la chercher snr tos traces ; Et l'indigne prison où j« sois renfermé , ▲ la wr de pins près m'a même accoutumé. Amurat k mes jeux l'a vingt f(MS présentée \ Elle finit le cours d'une vie agitée.
Hélas ! si je la ^itte. avec quelque regret. . . •
Lbs iDiTStrms Axk Commentaire de Laharpe. Nous ne pouvons nous empêcher de relever ici , une fois pour toutes, la négligence avec laqiaelle le pronom le bu^^I^Tse trouve quelquefois employé dans Racine* Une des règles les plus raisonnables de la Grammaire veut que lepronom se rapporte au nom qui le précède immédiatement; ainsi ^ dans ces deus vers:
Et l'indigne prison où je suis renfermé,
A la voir de plus près m'a même accoutumé ,
ce 2a , si Ton ne consultait que la Grammaire , se rapporte- • raità la prison ^ et non à la mort^ qui n*est nommée que deux vers plus haut*
On ne déroge à cette règle que dans le cas où le nom exprime une idée principale^ qui domine dans tous les membres de la phrase , et qui captive asseSs Tattention pour ^'elle ne se partage poiitt entito cette idée principale et les idées accessoires.
Ainsi , dans le discours de Bajazet , la Tisoi^présentecette idée principale^ Elle revient dans tous les vers suivans , soit Comme régime , soit comme nominatif*
J'osai) tout jeune enoor/Za chercher sur vos traces: Amurat k mes yeux Ta vingt fois présentée; ' Elle ÛHt.ie eonrs d'one vis agitée.
Mais tout-à-coup ; ati vers qui suit : *
Hélas 1 si jç /a quitte^ etc*^ ^
le proDOTfi io ne se rapporte pins à la mort, mais k une vie agiiée\ en sorte qu'il faut consulter le sens de la phrase pour pouvoir juger de ce rapport. Renaarques de plu» que ce dernier nom , une vie, n'eiprime qu'une idée pariîculté/v, tandis que l'idëe qui dominait dans la • phrase » ëtait géné^ raie ; ce qui rend rëqnivoqne encore bien plus sensible.
Aucun des Goromenta4eurs de Racine n'a fait cette observation 9 quoique roccasion s*en fdt souvent présentée ; et comme cbe^ l'es poètes qui l'ont suivi , cette négligence est très-commune , nous ne croyons pgs devoir omettre de la faire sentir.
Nous n'igvorons pas que la poésie n'est pas asanjettie , comme la. prose, à tputes les, lois de la Oramitiaires mais celles qui ont pour objelt fie prévenir les amphibologies» oj)Ufe^t tous les écrivains 9 :\ sans exception, eft peut^tre encore plus les poètes, parce que la langue de ceux^-d étant pleine d'inversions et d'ellipses , elle exige beaucoup plus de soins pour que la clarté , le premier mérite de tous lei styles, y soit parfaitement maintenue.
vj Pardonne!, Acomat : je plaint aveotajet,
Des cœnrs dont les bontés trop mal récompensées
M'avaient pris pour objet de tontes leurs pensées.
* • * L,p. Avec' sujet esX trop l&cbei il ne parait là que pour
la ri.pfïe*
L* H» Le mot propre éuii avec raison. Remarques qu'on dit bien , ;*ai sujet de me plaindre de vous^; mais je me plaùij^ avec sujet est une phrase au moin^. inélégante dans le style i^oble, et ne peut être supporté quQ c|ans le style familier.
(Ç^ Je me plains açeo sujet serait encore moins mal , ce me semble , que je plains avec sujet. Se plaindre , c'est témoigner du chagrin, d^ mécontentement, ^-plaindre , c'est témoigner de la pitié , de la compassion,. Dans le premier cas donc, avec sujet fait entendre qu'il 7 a quelque sorte de tort ounl'in justice l^iie qui donné lieu à la plainte >
et dans le second cas , où il ne peut sûrement rien faire entendre de semblable j puisqne la pitié est nn senftment tout favorable à celui qui en est Kobjei > on no sait vraiment pas ce qu*il fait entendre. Mais je crois que , même avec je me plains, avec sujet ne oon vient guère dans aucune sorte de style» Elst-ce parce que le sujet de se plaindre doit né^ cessairem^t pr^der la plainte , et que la préposition avec , dans je me plains avec sujei, semble ne faire aller le sujet de la plainte qu'avec la plainte même, ou semble , qui plus est , l'y subordonner en quelque sorte ? Ou est^?e pafce que avec sujet ne justifie peut-être pas suffisamment la plainte,* et que pour la rendre tokit**à-fait légitime et convenable, il faut encore» outre des* causes et des motifs, ce que nous appelons des raisons? De plus habiles que moi trouveront ce pour^u^i f fevLt*èîre, Ce qui me paraît sùr^ c'est que, dans tous ces cas-là , avec raison est seul conforme au bon lua^ , cooirae à la logique.
a8 Hé ! pourrai-je ^id pécher, malgré ma diligence , Qae Koxane d'an coup n'assure sa vengeance ?
L*AD. d'Oliv. Pour la netteté de la construction , il fal— lait j pourrai'je empéclier tfue , malgré ma diligence , Roxane, etc« Ou ponrrai^je , avec toute ma diligence , empêcher ^ue^ etc. Qointilien ne veut pas qu'on donne au lecteur, ou à l'auditeur, la peine de rien, éclaircir. C'est à celui qui parle, ou qui écrite de faire qu'on Tentende, et que nième on ne puisse ne point l'entendre* Voilà de ces leçons dictées par le bon s^nty et qui regardent autant les poètes que ceux qui écrivent en prose. J'en reviens toujours à la clarté , à une clarté sans le moindre nuage.
L'ab. Desfont. Hé I pourquoi fallait-il » pourrai-je em^ péclter que , malgré ma diligence , etc. ? Voilà de ces fausses délicatesses qui sont insupportables.
L. Rac. En poésie , de pareilles inversions , quand elles ne causetit aucune obscurité , sont élégantes.
^s^ Je crois bien qu'il n'y a ici aucune obscurité , et
que rinversîon est par elle-même ëlëgante* Mais Tabbë d'Oli\'§t cependant a raison quant au fond , et le pourquoi est assez sensible : c'est que maigre ma diligence se trouve employé précisëment en sens contraire. Il se rapporte par la construction à empêcher, tandis que par le sons il se rapporle à TLOSSure* Pour qu'il pût se rapporter aussi par U construction à ce dernier verbe 5 il faudrait qu'il (If partie de la proposition complétive dont Roxane est le sujet , et , par conséquent , qu'il fût 9 non pas avant « mais après le ^ue qui sert à lier cette proposition à* la principale , fe n& puis empêcher. Placé avant le ^ue , il se rattache nécessairement à cette dernière proposition ^ et en devient une dépendance. Oui a d'apréis cet arrangement de la phrase » il faudra'! avec t comine le di^ d'Olivet , et non pas ma/gré : car alors on n'op* pose point la diligence h l'action d'empêcher; on n'en fait point un obsiacle à Vempêchemeni , mais , an contraire , on la fait servir à empêclier ^ on eu fait un moyen/ et le plus fort moyen possible d'empêchement; au point que, sans rien changer au sens fondamental , on pourrait dtre aussi bien , touie ma diligence no peut empêclier quCi je ne puis empêcher avec toute ma diligence.
89 Hé hien I c'est maintenant qu'il faot que je vous laiise.
Le ciel punit ma feinte , et ocofond votje adresse.
L* H« Quefe vous laisse , terme impropre. B ijaset veat dire, que je v^e sépare de vous , que je renonce à vods, que je vous abandonne , etc. ; et dans ce sens on ne peut dire laisser qu'en y joignant une idée du lieu ou de Tétai où un /i}i5#^ quelqu'un v laisser dans une Ue , laisser a soft désespoir : familièrement ^ laisser là,
2^^ Il est vrai que laisser xie s'emploie guère en ce sens qu'avec désignation du lieu ou de Télat où l'on laisse. Mail cette désignation, qui n'est pas de rigueur pour ^titter, Testelle en effet pour laisser? Boileau <lu moins ne l'a pas croi car il emploie ces deux verbes de la même manière que Ra-
DE LA LANGUE FRANÇAISE. SSj
ctne 9 avec le seul rë^me direct. Il dit d'abord , dans son Luirin , Chant IV :
Aux élans redoublés de sa toîx douloorease ,
Tous ses valets tremblans quittent la piame oiseuse ,
et puis , quelques pages après : «
Mais en vain dans leurs lits un juste effroi les presse ; Aucun ne laisse encor la plume enchanteresse.
On lit aussi dans son An Poétique y Chant III :
Seulement les acteurs laissant le masqne anliqne. Le TioloD tint lieu de chœur et de musique.
VoUaire, à son tour, noas fournit cet exemple dans la Hen^ nade. Chant Vlli :
C'est un Dieu bienfaisant qui, laissant son tonnerre, Enchalae la tempête et console la terre.
Et Molière avait dit avant tous, dans son Amphieryon :
Laissons ce diable d'homme et retournons an port«
3o Ri«n ne m^a pn parer contre ces derniers coups.
L. H* 9 dans son Cours de Littérature. Parer est un terme impropre. On dit parer des^ coups et se garantir des conpsm Parerne peut s'appliquer aux personnes que comme verbe réciproque , suivi de la particule de : Se parer des embûches de l'ennemi ^ se parer du soleil \ hiais on ne pourrait pas dire se parer contre l'ennemi*
^^ Parer n'est" point ici dans un sens réciproque, mais dans un sens purement actif, et ce n'est point In personne elle-même qui n'a pn se parer^ mais rien qui n^i pn parer\A personne. Ainsi le Critique s*écarte de la question , et ue la résout pas* Geoffroy le trouve en opposition formelle avec rAcadémie. Voir dans Athalie Tarticlesur le vers: De ce coup impréyu songeons k nous parer.
3i J^ai reculé vos pleurs oatant qne je l'ai puw