L. H. Mauvaise ligure» On.ne peut ni recuhr ni avancer
des pleurs* On sent bîen que Tidée dé Tauteur est «/'ai re^ cnlé le momenl de vos pleurs ; mais ce n'est pas là le cas de Teltipse^ parce qu'il n'y a aucun rapport entre le propre et le figura.
(JO^ Saouler ne peut , en effet , en parlant des choses, se prendre pour relarder, éloigner, différer, qu'autant que les choses sont purement morales ou abstraites , comme qui dirait des projets , des desseins , des affaires, etc. ; et par conséquent il est a sa place dans ce vers de Bérénice , Acte IV, Scène IV :
J*avance de* malheurs qne je puis reculer.
A!ais si les choses sont physiques par elles- m^jnes , ou si les mots qui les expriment présentent un sens physique , alors reculer rentre lui-même nécessairement dans son sens 'primitif et propre , dans son sen^ naturel et physique , qui est celui de ftrer ou pousser en arrière» Il y a plus : retarder tX éloigner ne pourraient pas , non plus , s'allier heureusement avec pleurs , parce qne le sens physique de pleurs répu|;oe au sens moral de ces verbes; et supposé qu'on voulut cependant en allier l'un oji l'autre avec ce mot » ce sens moral se changerait aussi tôt en un sens physique aussi absnrdé que celui de reculer dans cette même sorte d'alliance* Retarder des pleurs , signifierait les empêcher d'aller, de partir, d'avancer; et les éloigner, signitierait les écarter d*où ils étaient : enfin différer^ qui signifie renvoyer à un autre temps ^ conviendrait encore moins peut-être que reculer, recarder, éloigner, parce qu'il ne. présente qu'uu sens absolument moral.
5a Je sais que Yotre cœur se fjit quelques plaisirs De me prouver sa foi dans ses deruierS soupirs.
L'ab. d'Oliv. On ne doutera pas que ce ne soit oniqueraent la rime qui amène ici ce \Aavie\ , ^'uel^ues plaisirs. Mais notre langue était assez abondante pour fournir un autrv tour, et Racine assez ingénieux (>our le trouver.
Je répondrai à ceux qui m*acQusen^ de m'avréter sur des I>agalelles« que rAcadëmîe « dans ses Sêtinmens *uf le Cidf s'arrélfl pareillemeiii sur ces deux vers de Corneille :
QnisUe dooee nourelle \k ees jeunes amans f Et qoe tonl se dispose k leurs oontentemens t
II ei\t été mieux de mettre , à leur conâentemenif dit l'Académie. Et moi , dans un cas encore moins favorable , que dis-je autre chose ?
L'ab. Desfont. C'est toujours l'homme de la prose qui juge, ou plutôt Thomme qui ue saurait s'imaginer, apparemment, qu'il puisse y avoir plusieurs plaisir^ différcns dans la même chose* Ceux qui exercent le talent de la poésie^ pourront-ils soutenir une pareille critique ?
L. Rie, Il me parait qu'on peut se servir de ce i>lunel eu ▼ers f sans que la rime y engage , la poésie aimant les plur riels 5 comme je l'ai dit.
{^^^ La poësie ne pent aimer Jes p^uriejis qui feraient une ;sorte de contre-sens» Or, c^est.ce ijye ferait ici le pluriel i^uel^ues plaisirs» Il donnerait à entendre qu^il s*agii d^ plusieurs plaisirs, et il ne s'agit, sans doute ^ que d'un seu^ plaisir, que du plaisir de prowfer sa foi* Ce plaisir peut être plus ou moins grand, plus ou moins vif, et c'est à l'intensitë, non pas au nombre, qu'on regarde» Il faut même le dire , ^uel^ue est là dans un sens diminutif ^ pour un peu de , et ^uei^ue plaisir ne peut , en bonne logique^ y revenir qu'à un peu de plaisir^ ou » si Ton veut , qu'à »/» certain plais ir. C*est donc le singulier qu il f«iUait absolu-* ment*
33 Ne TOUS informel point ee qve je deviendrai. '
L'ad. d*Oliv. U faudrait, ne vous informez^ point de ce que fe deviendrai. %l pourquoi le faudra it-il ? Parce qu'aucun verbe ne peut avoir deux régimes sitnples ^ ou deux accusatifs , conunc on parlerait ei^ latin.'... ^e *vous in^rmest poi^t ce 9 c*eâi4if-di99^ ta chose-^èje dééfien-^
56o ETDDES
draim Alors vous et ce sont deux rëgimes 'simples ; ce (pii est contraire à notre principe.
Mais si )e dis ^ ne me demandez poini eequeje depien^ drai , noi phrase est correcte, parce qu'il y a plusieurs verbes , du nombre desquels est demander^ qui souffrent le régime simple et le régime pariieulé. Me est ici pour à moi 9 et par conséquent, régime particule : de sorte que demander n*a qu'un régime' Jiift/;}^, qui est ce,
L. B. Racine n'ignorait sûrement pas qu*oo ne dît point i^infomief quelque chose ; mais il a voulu éviter la caco» phonîe de de ce que je deviendrai,
L. H. Point du tout. Il était si facile de mettre ^ ne me demandez point ce que , etc. , quUi est à présumer que la construction dont se sert l'auteur, quoique vicieuse , était encore en nsage de ton temps : il y en a peu d'exemples dans Racine ; mais celui-là n'est pas le seul.
(f3^ Le même Critique prononce hardiment , dans son Cours de Littérature » que ne vous informez poini ce que est un solécisme, et que cette constrtiction , quand même elle aurait été d'usage du temps de Racine , n^en est pas moins incorrecte^ Desfontaines et Louis Racine reconnaissent la faute ; mais ils> l'excusent , l'un par les privilèges de la poésie , l'antre par la vivacité du dialogue. M. Geoffroy, plus sévère qu'eux , et que M. de Laharpe lui-même , décide que le vers , fidèle ou non à la Grammaire , esl égale^ ment contraire à la poésie. Pour nous, nous osons croire que le vers pourrait être avoué par la Poésie, s'il n'était pas contraire à la Grammaire. Tranchons le mot : le vers est , quant au ton et au style , tout ce qu'il doit être pour la circonstance. C'est la réponse toute simple et toute naturelle d'Atalide à cette demande de Bajazet :
El que deviendres-vôus, si , dès cette journée , Je célèbre a Vos yeax*çe funeste byménée?. . .
34 Qui m'offre , ou ton hymen ^ ou la mort infaillible. L'jiB« d'CU^iv.' '/is/bi/^'^/ci esfr- i«i . très-inutile. Mais de
DE LA LANGUE FRANÇAISE. 36i
plus , pour y pouvoir placer une ëpithèle , il aurait fallu changer Tariicle , et dire çui m* offre ^ ou son hymen ^ ou une mort infaillible , une mon prompte , une mortvio-^ leniCm
Quand radjectif ne dit absolument rien qui ne soit nécessairement renfermé dans le substantif, cela fait une épitbète insupportable* L'esprit veut toujours apprend^ « et par conséquent passer d'une idée à une autre. Ce mot , la mon ^ renferme l'idée ^infaillible* Ainsi cette éplthèle ne m*a{h« prenant rien , il faut qu'elle me révolte.
L'ab. Dbsfont. Infaillible n'est point une cheville : il exprime avec force ladisjonctive.... Où le Critique prend-il que cette épilhète ne dit rien de plus que la mort? Le contraire est manifeste. Il n'en serait pa^ ainsi , selon lui , si Racine eût mb une mort infaillible* Hé l n'est-ce pas le même sens ?
6. F. Infaillible est , pour l'abbé d'Olivet , une épithèia insupportable et ^ui révolte. Racipe le^fils se plaint , avec raison ^ de la mauvaise humeur de d'Olivet : c'est l'injuste rigueur du Grammairien qui vraiment est insupportable et révoltante.
{![3^ Ce qu'il y a , suivant moi , de vraiment insuppor^ table et révoltant j c'est ce ton aussi inepte que décisif et impudent d'un critique qui ne molive jamais aucune de ses décisions > et veut toujours qu'on le croie sur parole comme an oracle. D'Olivet s'est expliqué avec autant de justesse que de clarté , en disant qu'avec l'épithète infaillible , il fallait une mort , et non pas la mort, ou qu'en mettant la mort, l'ëpithète infaillible devenait inutile. D'abord, ^ut m^offre, ou son hymen, ou la mort y ne di(-il pas tent» et même avec plus d'énergie que s'il j avait inft^illible ? Ensuite, qu'est-ce ^'offir la mort infaillible ? Supposé que cela ait un sens raisonnable , supposé quei^e soit français , qu'est-ce que cela peyt au fond signifier de plus ^n'offrir la mort ? Et puis enfia, cette épithète infaillible^ ajoutée à la mort , ne se rapporte-t-elle qu'à la mort seule? Ne se rapporte-t-elle pas
auMi , d'après les loix de la Grammaire , à ky^nan , tandis ^ue, d'après lesloix du bon sens, elle ne devrait point Vj rapporter ?
L'ëpilhète infaillible est , par exemple , i sa place ^ d^ns ce yen où le même poète « dans Phèdre, fait dire par Thésée h Hippol jte :
MiséraUe I tu cours k U perle infaillible !
Elle est à sa place dans ces vers de J.-B. Rousseau , Ode sut la justice divine :
Graod Diea ! j*étais prdt à périr.
Je vous ai dit i Seigneur^ ma mort est infailUbU / Je sucooinbc. Aussitôt votre bras iDvio<*«ibltt
SVtt armé pour me seconrii.
55 Ke vous figures poÎDt açae^ dans eette journée » D'an l&che désespoir ma vertu consternée , Craigne les soins d'un trône où je ponrraia monter. Et par un prompt trépas cherche a les éviter.
' L» Rag. Cette expression , consternée d'an désespoiff ne me parait pas exacte.
L. H. ( Cours de Littérature ). On est accablé d'ttn dé* eespoir^ abaun par le désespoir, el Ton n'en est pas consterné. On ne peut être consterné qoe du désespoir d'an* irui : Je l*ai vu dans un désespoir fui m* a consterné*
G. F. M« de Labarpe observe qu'on ne peut pas être consterné de son propre désespoir» Il est certain que Tii^sge n*adroet pas cette façon de parler. Je n'oserais assurer qu'elle doive èire esdue de la poésie. C'est une pbrase latioe ou consternée a le même sens ^fOL* abattue » accablée.
JPQ^ On dit consterné de , en parlant des choses qai causent la consternation : U sera consterné de cette morty de cet événement j et consterné par, quand on veut exp"' nier les sentimens intérieurs qui produisent la consternation: Il fut consterné par une crainte excessive. VotU ce <p« P'ifie textuellement le Dictionnaire do l'Académie. Si le* deux coinuiculoteurs se fussent donné la peihe de le cou-
suUer, ils eussent dit qu'avec par Vexprossion -cle -Raciae se* mit exacte : Consumé par un lâche' désespoir \ etqii*avec éie^ elle forme une sorte de contre^sens , puisqu'elle di>uue à entendre que €^e^X te désespoir qui cause la consternation, c'est-à*dire , que la ve¥iu est consternée à cause du dé^ sespoir^par rapport an désespoir^ au lieu que c'est le désespoir qui , comme sentiment intérieur , produit la consternation ; de même qne la produit cette crainte ex^ cessive de Texemple de l'Académie.
56 Et ms bouche , et mes yeax , da mensonge ennemis , Peut-âtre dans le temps que je voudrais lui plaire , Feraient par leur désordre no effet totit coniraîre.
L« H* ZiC désordre. de ma bouche et de mes yeux n'est ]Nis une phra«e française , et ne n*nd pas l'idc^e de l'auteiir. L'interralle d*un vers rend la faute moins sensible, mais non pas moins réelle*
6. F. Je crois, au contraire , que le désordre de la honcUe et des yeux est Ih une expression neuve , hardie , et juste, pour sig^niRer que la bouche et les yeux démentent ce qu'on a intention de leur faire dire*
^^^ Je suppose que l'on puisse dire le désordre, sinou lie la Souche y du moins des j^iix, où doit nécessairement se peindre le désordre de l'âme , et que la Bouche puisse ici , à la faveur des yeux , recevoir le désordre ; ou , si l'on veut encore , je suppose qu'on puisse dire , à la rigueur, le dé^ sordre , tant de la bouche qne Ans yeux , pour le désordre du langage dont la bouche et les yeux sont respective^ ment l'organe , l'expression , quelque neuve et hardie qu'on la trouve , ne sera pourtant pas juste ^ parce quelle ne sera ni prëciso ni claire. Gomment! quand je cbercherai à (ikiire, et qtie par mes paroles ^ par mes regards , je lÂcherai de persuader que j'aime , le désordre de ma bouche et de mes jrt'isa; produira un effet tout Gontr«iire en me démentant'? £5trK?e dr^uc que- les vrais amans doivent toujotuv se bien posMÎiler, étretouju^rs biencalmes ^ quand ils parlent amomr et tendr*/sse ?... '.->.. - • • ♦^
37 • . • • • . Crnel I poavez*TO«8 eroiie
Qae je sois moins que Toa» jalouse de ma gloire ?
L'âb* d*Oliv. Yciici encore une équivoque , ou platof mi .conti'C-sens. Par ces moU , ma gloire , l'objet de la jalousie est détermina, et c*est la gloire d'Alalide, puisque c'est elle qui parle* Ainsi celle phrase signifie : Pouvez vous croire çue ma glpire me touche moins fu 'elle ne vous ioucke ? AJais Ce n'est point là ce qu'Atalide enten.l* Poturez-vous croire^ veur-elle dire , que fe sois moins jalouse de ma gloire j que vous n'êtes jalouse de la vôtre} Revenonsen toujours à ce grand principe de Quintilien et de Vangelas, ou plaiôt du sens commun : qu'il faut sacrifier tout à la justesse e! à la clarlë*
L'ab. De .font. Quelle obscurité y a*t-il dans le ver» censure ile Rncinct considéré relativement à ce qui précède et à ce qursuit? Peut-on se méprendre au sens de ce discours? L'ellipse est une figure autorisée, et qui fait quelquefois une gran<le beauté, placée 11 propos. Par la critique de notre grammairien, la voilà proscrite à jamais...
{{^,^3^ Louis Racine et Geoffroy répètent» d'après Dcsfontaiues , qu'il y a là une ellipse; qu'après moins ijue vous, il' .faut sous-eii tendre moins que vous ne l'êtes de la votr$. Oui , c'ct.il bien là certaîuenienl l'idée de Racine : mais estce bien celle que la construction fait naître par elle-même ? Luneau et Laiiarpe ont vu tout comme d'Olivet : €<ll estcer* » tain , diseut-ils , que Tauteur n'a point rendu ici ce qu'il a .» voulu dire. Atalide voulait dire : Pouvez-vous croire Y> çuejesois moins jalouse de ma gloire » que vous n'iiet » jaloux de la votre ? Mais elle ne le dit pas. »
Et nous aussi, nous admettons une ellipse après moins que vous. Mais Liquelle? Celle-ci, qui , d'après la construction y se présente naturellement et coninie d'elle-même : Qae vous ne l'êtes', et non l'ellipse forcée, imaginée par Do»fontaines. Et si Atalide eàt voulu dire en effet, elliptiquemenl, qu'elle était aus^i jalôusQ. dnsa propre -.gloi»^ , que Bajaxet pouvait en être jaloux, se serait-elle exprimée autre-
ment qu'elle ne le Fait dans le vers de Racine? N'aarait-elle pas toujours dit : Pouçe^^vons croire ifna je sois moins ^ue vous jalouse de ma gloire ? ou moins jalouse de ma' gloire 4fue vous ? ou enfin moins jalouse que vous d«!> ma gloire ? Car peu importe que les mots que vous soient* joints immëdiatemenl ^.rr^oins \ ou qu'ils en soient séparés ; le ie\\^ est toujours le même.
38 Déjà , Rur nn vaisseau dans le port pr;éparé ,
Cliargcant de mon débris les reliques plus chères. Je méditais ma fuite aus terres étrangères»
L'ab, d'Oliv. Quand f^///j est mis absolument, c*tst-àdire, sans article» il fait que Tadjectif quM précède est comparatif : mais alors le. second terme de la comparaison doit* toujours èlre exprimé^ ou clairement sous-enten<lD.... Quand' le second terme de la comparaison n'est pas exprimé , alors plus est précédé de l'article , et il forme une esp^ de su- ' pcrlatiC : Les plus chères reliques , ou les reliques les plus chères» C'est ainsi qu'il fallait dire en cette occasion.
L'ab. Dbsfort. Oui , à la rigueur et en prose. Mais c'est ici de la versification, et on a pu dire, les reliques plus chères , pour les plus chères reliques. Un poète ne doit pas s'asservira ces mtqulies grammaticales, qui ne font loi que pour les prosateurs.
*iSCï^ Louis Racine , T^harpe et Geoffroy justifient aussi les reliques plus chères, Geoffroy regarde la suppression de l'article comme une ellip.se favorable à la précision et à la poésie. Labarpe se contente de dire que quelquefois en poésie, on met le signe du comparatif po^r celui du super- Fdtif , plus pour ie plus^ quand d'ailleurs la phrase est claire ; et qu'il y en a mille exemples. C'est là autoriser une licence , qui dans certains cas peut être nécessaire; et ce n'est pas vouloir renverser ou confondre tous les principes, comme quand Geoffroy ajoute qu'»7 y a ians d'articles es de prO'^ noms dans la langue française ^ que c* est toujours Ufh gain de pouçoir ea supprimer quelques-uns*
Au reste y Labcirpe trouve ce vei« de Racine très-mauvais; d'abord , ])arce que les relii^nes d'un dé'Aris ' i'orme une espèce de bâttologie y c'est-à-dire , de mauyais pléonasme ; ensuite parce que le- mot mémetle re/i^ueê ne se dil que de la dépouille mortelle de Thomme , des ossemens > des cendres , comme dans ces vers de Phèdre :
. • . Non loin de ces tombeaux anliqaes, 0& des rois ses oïcux sont les froides reliques,
Louis Racinô trouve, au contraire, qu'au sens figuré , lej reliques de la fortune d'un grand visir, ce vieux mol , qu'aimaient Balzac et Vaiigelas,..» de Ja dignité en vers. Geoffroy voit dans ce mot. une ^beureuse imita liou du relifuiasDa^ naûm de Virgile ; mais il estimé que décrié ne peut pas aller avec reliqiies , dont il est une sorte de synonyme , et que les reliques de mon débris signifie à peu-près la même chose que les débris de mon débris. De tout quoi l'on peat conclure que ce n'est pas là en elTel ua des meilleurs vers ds Bacine.
39 Je méditais ma fuite aux terres étiangéreSé
G. F. Ahx terres f pour vers les terres , est bon et conforme h Pe^prit de la Grammaire , -qui donne cette fores au datif. C'est ainsi que Lafontaine a dit avec tant de grâce daas la Fable des Deux Pigeons :
Amans , heureux amans, voule»^ous voyager , Que jce soit aux rites prochaioes.
. ,{0^ Aux serres étrangères n*est pas là pour vers les terres étrangères , et vers ne présetiterait pas le même stus: il ne marquerait qu'une simple direction de la fuite du càié des terres éirangères , et l'on n'y verrait point un desscia formel d*entrer dans ces terres. Pour exprimer toul-à-Ia-fois et la direction et le dessein , ou » si l'on veut, le but de la fuite, on se sert de dans , d*en , ou ù*à daus un smii approchant de celui de dans on d*&n : Fuir ou s'enfuir e/s Fgypte , en Pologne, en Russie t aux Indes, au bout du
monde. On dîl de même 9 faire un voyage aux Indes , u/i voyagé au Levant ^ un voyage en Italie , en Perse , un voyage à Rome , a Jérusalem ^ etc. EiiIiaavecy]»«>oa s*en^ fuir 9 Sivec^aire un voyage^ ou même avec voyager ^ on emploie assex souinokit les mêmes prë positions qu'avec a/Z^r, Sachons toujoars grë à M* Geoffroy de nous avoir rappel^ les deux vers charmans de Lafontaine* Que ne nous procuret-il plus souvent de ces bonnes fortunes ?••• Voici un vers de Voltaire qui n'est pas sans quelque rapport de construction avec ceux de LafontaLne et avec celui de Racine :
Adieu donc ; bon voyage an pays des oLimères.
Le Fieillard et Pégase.
40 £t m'aeqnittcr vers tous de mes respects profonds*
L'iiB. d'Oliv. Je doute qu'aujourd'hui les poètes aient» encore le privilège d'employer vers pour, envers i .ces fleus prépositions ayant des sens tout-à-fait différons. Et quoique respects et devoirs soient presque synonymes , on ne dit pas s'acquitter de ses respects , comme on dit s'acquitter de ses devoirs,
L'jLB« Dbsfobt. Et moi je ne doute point que les poètes .ne, puissent dire vers pour envers , à cause des exemples fré^ ^uens qu'on en trouve. Les phrases de complimens varient y et je sais qu'aujourd'hui on ne dit flixss* acquitter de s,es res^, pects. Cependant puisque Racine Va, dif , je soutiens qu'on peut le (dire , non dans la prose , mais dans les vers , sur lesquels les nouveaux usages ne doivent pas avoir tant d'empiît. ' • .
{^3% Telle est aussi l'opinion de Louis Racine et de M. Geoffroy sur lesileui points en litige. Mais comme ils ne donnent pas de bonnes raisons , où qu'ils n'en donnent itiême' aucune, «Lqne celles de l'abbë Dësfantaines , très mi nées d'aineuts, soÂt k peu-prAs en* eontradtctiou avec ellesmêmes , nous ne pouvons que nous déclarer pour l'abbé d'OUvet. y ers 5*est dit autrefois en poésie pour .</srerj ;
cVst ires-certain , et Molière , en particulier, nooi en fournit plusieurs exemples , tels que ceux-ci du Afysanihrope :
Et TOUS le poQTes Toir sans demenrer oonfnscy Du crime dont vers moi sod style voos aeeose ?. . . En se'rex-TOiis vers moi moins ooopsbie. ca effet?...
Mais enfin l'on s'est aperçu que la signification A*ençars revient h peu-près à celle de à l'égard de , et que cette signi* fieation répugne absolument à vers» Il se prête quelquefois à celle ai auprès ; mais elle ne lui convient point ici , et il ne saurait l'avoir avec s'acqtuter. Il est ëtonnant que Voltaire ait pu allier ces deux mots» en disant dans Alzire, Acte II , Scène II :
La mort a respecté ces joars qae je te doi, ^oar me domier le temps de ta* acquitter vers toi.
Quant aux respects , on les rend^ on les préseniô à quel* qu'un i on lui en donne des marques , Aies témoignages ; mais on ne s'en acquitte pas , parce qu'ils eonsistent dans la vénération , dans la déférence qu'on a pour celui qui en est l'objet, etque j'ao^if;/èr de cette vénération , de cette déférence 5 ce serait en quelque sorte «r 'dis dépouiller. On s*ac^ quitte , aîu contraire^ de ses devoirs, parce que les devoirs, tels qu'on les enleiid ici , sont des obligations imposées par la loi^, la coutume, l'honnêteté , ou la bienséance , et que remplir ces obligations, y satisfaire, c'est se libérer comme d'une dette, et, par conséquent, j'^tc^rii/r^r.
4l Je ne prends point plaisir k croître ma mitère.
L*JLa. d'Oliv. Aujourd'hui croître n*est que verbe neutre » soit en prose ^ soit en vers. Mais il a été .lon^-tanps permis eux poètes de le. fairiç actif». Raciae en fournit deux antres exemples. Dans i/^A^MÛt.:
Ta Tcr/as que les Dieax n'ont dicté cet oraeU , . Que p9ar croître k U-fois sa gloire e^ mou toormooC
Et dans £Jj/A^r /
Que ce nonvel konneor va firottre son audaee I .
(i^ DesfonlaînM» Louis Racine et Geoffroy soutiennent que croître peut être actif en vers ; et Geoffroy, après avoîr^ comme Lonis Racine , cite Richelet en faveur de cette opinion, ajoute que ce qui vaut encore mieux que l'autorité de Richelet» c*est celle de Racine » qui a employé |>lusieur9 fois ce même verbe activement. Peut-être que plusieurs exemples d*an même auteur ne prouvent pas en général beaucoup plus qu'un seul 9 surtout quand ce seul n'est pas dans un simple essai. Mais ce que M. Geoffroy aurait pu el dû citer, au lieu de ne faire que copier Louis Racine , c'est la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie , qui dit expressément que croître , dans le sens d'augmenter, est actif , et qui donne même en exemple le vers d'Esther, ainsi réduit : Cet honneur va croître son audace.
• 4s Après tonsles transports d'une doiilear si tendre.
Je sels qu'il n'a point dà lui faire remarquer
La joie et les transports qu'on vient de m'ezpUqner.
L. H. Le commentateur (Lonean) demande si on ex^ pliéfue la joie et les transports* Je pense qu'oui , et c'est ce qu'a £iit Acomat dans la scène précédente.
j;;;;^ On v! explique , je crois, que ce qui est obscur et a besoin d'éclaircissement , ou que ce qui n'est pas bien en-* tendu et qu'on veut faire mieux entendre. Or^ la joie et les transports ne peuvent guère être dans ce cas-là , excepté peut-être quant à leur cause et à leurs motifs. La cause et les motifs de la joie et des transports en question étaient aussi connus et aussi clairs que possible « et ce n'est pas là-dessus non plus que porte le sens d'expliquer. Il poKe exactement sur la joie et les transports eux-mêmes, et c'est ce qui fait que ce n'est pas là le ihoi propre. Dire , annoncer, raconter^ retracer, etc. , eussent mieux convenu. Racine a peut-être pris expliquer dans le sens de détailler, de développer, etc. Maisil ne parait pas du tout qu'il soit susceptible de ce sens en français , comme l'est en latin son correspondant expli'^ care. Je ne sais si étaler n'eût pas été ici à sa place.
43 A' me RtiercYlfr lui-aâme attendrai! *il m tard f M'était que de son cœur le liop juste reproche Lui fait peut-être^ héias ! éviter celle approche?
G. F. N'étaùéft^e i abréviation poétique poUf si Ce n*é' tait qne. Daas toutes les langoe» modernes, les poètes abrègent certains mois , et croieni gagner quelque chose a ces rctrancbemens. La langue française, naluiellement leste dnus sa marche, y gagne plus que touié autre. On dit ea vers, vow-/« ptis^ |>our ne vois-jê pas? Sais- je pas, ^o\xt ne sais-jè pas t Approche, pour entrevue, n'est pas élégant*
(|;;3^ Approche est ici bien plus ^ifièlègaht\ il est ahftol^ment impropre. D'abord, oh he cherche pas quelqu'un pour une approclie^ et puis , on peut éviter l'approche do quelqu'un qui cherche ^ mais celui qui cherche ne peut pa) éviter lui-même sa propre approche* Quant à l'abréviatioo n' était éf ne , il est à regretter peut-être qu'elle ne soit pas aussi poétique que le commentateur a l'air de le eroire. Corneille Ta employée dans ce vers iCHéraclius :
Et II eut été Léonce en la dernière guerre.*. .
et voici ce qu'en dit Voltaire: «Ces expressions sont bannies )> aujourd'hui, même du style familier.» Il paratt cependant, d'après l'Académie , que r^* était y pour si ce n* était ^ n*esC pas banni du style familier, et qu'on peut l'y dire quelquefois, comme dans cet exemple : Cet ouvrage serait fort bon^ n* était la négligence du style. Il est loin de déplaira dans ces vers de V Amphitryon de Molière :
Et n'était que ses mains sont un peu trop pesantes , J'en Serais fort satisfait.
M. Geoffroy aurait dû, faire attention que c/oisje pat? sais'jepas ? ne se disent plus, et ne doivent plus en effet M dire. On peut ea voir les raisonj dans le Goauneatatre wx Alexandre.
44 Je VQI4S ai tcrs RoiAne entouré plein* 4e moi.
L. Rac. Etre plein de quelqu'un^ pour dire l' aimer ^ ne parait pas une expression noble» Elle le devient ici , de même que dAns la scène VI :
Il en était tout pleia qaand je l'ai renooatréy
pour ioul Qccupé , Umt pènépré de reconn/iii^ance* Le po^ a un art de plac«r las mots qui ennoblit souvent ceux qui sont du style familierk
^^ Il ine^seni]>U que plein d^une chose , poar ^//i en a l'imagination touêe occupée ; plein de ifnelqu'un ^ pour, ^ui en est domina , possédé ^ ftii 0n estJouteathouiiasfe,, qui est toiu soxu son empire , etc« , ^sl uoq expression en général assez, noble par elle-même ^ et qui p'a paa besoin d*étre ennoblie par mi art tout particulier. Racine» n*est pas le seul qui ait su ea faire usage : on la trouve asseft fréquemment dans Boilf au : ...
E: les laisse tout pleins de sa divinité ^
dit-il dans son Lutrin ^ Chaat III , en parlant de la Discorde :
Et pleine du Démon qvJL U vient o^pcesseru
dit*îl , «n parlant de ia Chicane 3 Chant V. Il fait dire à la Pieté, Clumt VI:
Ckaoïia, plein die inôn fiorri , ne respirait qae tnoL
Voltaire en fournit aussi plusieurs heureux exemples dan> sa Henriade : Chant V :
Et plein du monstre affreux doaC la liuwlir le ^aije , D\un air sanctifié s^ap^réie au parricide.
Chant VI:
Loin • des murs de PaVis le itepos st reliée »
i.e cœur plein du saint Moi , pleia du Dieu qni rinspic^.
Chant 12: :
^leim de Vmmahèe eéjet qa*a Cuit et i|ii*il uéott , ' £0 o^ndamatnt aes pUnra, ii ma vtna«t «oeoee.
45 J^irai, bien phu content et de tous et de moi^ — Détromper son amonr d*ane feinte forcée , '
Que je n'allais tantôt dégniser ma pensée.
L. H. J'irai^ bien plus contenir, • ^ueje n'allais tan^ lo/...« La construction nalureUe est intervertie dans ces trois vers* La phrase devait être arrangée ainsi : « J'irai dëlromper » son amonr, bien plus content et de voua et de moi , que je » n'allais tantôt » etc. i> L'einbams et le vice de la p^pse viennent de ce que le comparatif plus est sépare de son corrélatif <jue ; ce qu^il faut toujours ëviter, et pour l'exactitude , et pour la clarté*
d^;^ Il me semble , dit M. Geoffroy an sujet de celte ren»arque, que <c M. de Laharpe a un secret merveilleux puar » mettre de belle poésie en mauvaise prose. » H trouve pué« tique, excellente, la phrase censurée; mais , selon sa coutume, il garde ses raisons pour lui* C'est fâcheux ; car il en résulte que je ne puis que rester de l'avis de M. de Laharp.
46 L'offre de son hjmen l'eCil-il tant effrayé?
L. Rac. Dans toutes les éditions ce vers est le même. Tout écrivain peut faire une faute par distraction \ mais il en est bientôt averti, quand elle se trouve dans une pièœ souvent représentée. Le poète, averti de cello*ci, eût bientôt miS| l'auraii'elle effrayé ? Puisqu'il a conservé l'eûi^il tant effrayé , il a donc voulu faire offre , masculin. Il l'était autrefois, comme on le trouve dans le Dictionnaire deCotlt- Srave. Dans tous les autres Dictionnaires il est féminin. Bi' chelet seul observe qu'il se trouve masculin dans les figurei de la Bîbte (le M. de Saci.
(1^^ VoiU ce que M. Geoffroy répète d'apt*ès Louis Baci ne , sans le nommer. Mais on peut répondre a l'un et à l'antre que l'autorité de Racine lui-même ne peut rien cootrs les décisions de l'usage , et que l'usage a , depuis Raonei filé au féminin le genre i^ offre , qui autrefois était mascuIiO' Est-ce là le seul mot qui ait changé do genre sans que l'su-^ torité ou l'exemple de tel ou tel grand écrivain ait pu Tvin'
pê<lier? Je ne citerai qn^insulle ^ qui ne s'emploie plus qu'au féminin, qnoique Doileau ait dit dans son Lutrin^ Chant V:
Evrard » seul en ira coin prudemment retiré , Se croyait k Pabri de V insulte sacré;
etC&antVI:
A mes astels sacrés font un profane insuite*
47 C'était fait : mon bonhenr surpassait mon attente.
L. H. C'est fait y c'était fait ^ sont du style familier. Oen est fait ^ c'en était fait 9 sont du style souteiia. Telles sont les nuances du langage. En n'a été retranché ici qne pour la mesure ; ce qui prouve la négligence.
{^^ On ne dit c^estfait , à ce que semble insinuer TAca* demie, qu'en ajoutant de et un nom , comme c* est fait de moi y c'est fait de nous , pour dire , Je suis perdu , nous sommes perdus 9 et on dit, c'en est fait ^ quand on parlo d'une af£aire qui vient d'être conclue, d'être terminée, ou d'uoe personne qui vient de mourir. U a conclu son mar* ehé^ c'en est fait i il a perdu son procès , c'en est^ fait ; Àl vient d'expirer 9 c'en est fait* D'après cela , , c'en est fait est heureusement employé dans ces vers de Henri IV à Mornay, Henriade , Chant IX :
Viens, le coeur de ton prince est digne encor de toi; Je t*ai Tu^ c*en est fait, et tu me rends k moi.
n ne l'est pas moins heureusement dans ces vers du fameux épisode ^'Orphée et d'Euridice , 6^0 r^'^ue/ , livre IV, tiaduciionde Delille:
C'en estfakf un eoup«d*œil a détroit son bonheur.
48 Mais k d'antres périls Je crains de le commettre.
L. H. Expression absolument impropre : on ne peut dire Commettre à des périls.
i[^ En latin , on dit biea, alifuem periculo commit^ tere : mais il parait qu en français , commettre , dans ce
sens là, s'emploie sans désis^natîoh à\î fénlf et sans ce rë-* gime indirect marqua par ia prëpositioB^y sans ce régime que les Grammaires latines appellent datif. Commeure é^uel^n'fsn , en français ^ c*eat l'exposer h recevoir quelque mortiiication, quelque déplaisir, quelque revers, quelque préjutlice ; Commettre les armes du prince , c'est les exposer mal-à->propos ; commettre ia fortune de l'État, c'est Tcxposer au hasard. Commettre à , en parlant des personnes, signifie 3 je crois ^ employer, préposer pour un temps : Oa a commis cet homme à un tel emploi , à l'exercice d'une telle charge. Il peut encore signifier confier \ mais il le signifie surtout en parlant des dioses : Je commets cela à votre garde , à vos soins ; je vous en commets le soin, -^
4^ Madame , j'ai rrçu des leUres de r«rittée. Do tout ce qui se passe ètcs-vous informée?
L. H. ( Cours de Littérature ). Le premier vers fut releva par les crilîffues , comme étant de la conversation familière: la silualioh le rend admirable. Des lettres de l'armée , dans les circonstances où Ton est , ne peuvent apporter qu'un arrêt de mort contre Bajatel. Ce seul mot doit épouvanter Alalide ; et quand l'expression n'a rien d'ignoble en elleniême, e'eit un mérite vrai meut dramatique de faiœ Iremblor avec les mots les plus ôixJinaires , et qui , partout ailleurs, seraient la chose du monde la plus simple* Le mAïiie iiiérite se trouve tlaus ces mots de iMonime à Miihrid.ue, admirés par Voltaire :
« • « • Seigneur, vous «basses de visage î
Ils sont aussi. familiers, et le moment où on les dit sont terribles. C'est ainsi que la haine aveugle ou de mauvaise /*'i s'attaque souvent à' ce qu'il y a de plWs ionable, et pir oes critiques spécieuses , en impose à la multitude, jusip à c3 que les connaiMeurs ftient parlé*
5o Hé qnoi ! Madame ! Osmio... — ' Etait mal averti.
L. IL Mal averti i terme impropre en celte occasion. Le mot propre ëfait in aï instruit, mal informé ', car Osmin n^a reçu aucun avis, aucune nouvelle « et c^esl dans ce cas seulement qu*il eût pu être mal averti. Du reste , tout le tlialo^e de cette scène est un modèle de précision , de justesse et d'art.
J;3^ Avertir cj^c\cfa*\in , c'est lui donner avis dç rjuclque chose qui peut le regarder, et Ton dit qu*Mn homme est bien averti , pour dire qu'il est bien iofurmé de tout ce qui se passe y ou qu'il se tient sur ses gardes , comme étant menace el ayant à craindre. Il en résulte » je crois, que non-sculument mal averti ne pouvait point se dire ici, mais nicmo <juM ne peut guère se dire dans aucun cas ; car mal ayerii signifierait y tout au contraire de bien averti y qui est m;.! informé de tout ce qui se passe. Or, mal informé de tout ce qui se passe ne renferme-l-il pas une sorle de contra<Iiction ? Si on est réellement informé de tout ce qui se passe , comment en serait^on mal informé, et mal informé en loul ? comment, dis-je, n'en s* ait-on point du tout informé? Eaûn , supposé que mal averti puisse se dire aussi raisonnablement que bien averti, ce ne sera jamais aussi j sans doute, que de la manière la plus générale, et jamais, comme ici, dans un cas particulier.
Si Mais au moin^ observe^ $^b xegardA , ses Jiseoiii;s ^ ToQt ce qui convaincra leurs p<-r6dcs aouonrs.
L*Ap. Desfont. <f On ne peut fonvainctc <|ue \c% per-** » sonnes, dit Tabbé d'OUvet; mais pour les choses, on \i% » prouve.» Cola est très-bien décidé. Mais si ers perfides amotêTs sorti ici personnitiét ; s*ïU somt h la place de per«fides amans ; eu un mot , si cVst une ligure ]Kiélique , et une ficrupc d'une grandi» nobtessc, ^ue devient la remarque ?
L. H. Métonymie élégante. En prdsa, il faudrait dire, tout ce qui convaincra ces perfides autant % car on ne peal proprement convaincre que les [personnes, et non pas.
les choses. C*est de Racine et de Boileau que nous avons appris à figurer convenablement la langue poétique.
(Ji3^ Ia. uis Racine parle ici comme Desfontaines , et même d'après Desfoiitaines , à ce qu'il parait* M* Geoffroy n'ose pas i cette fois-ci , être tout*à-fuit de leur avis. Il ne pense pas que Racine aie Bien fait de personnifier ici Us amours^ Je ne pense pas non plus , s'il a voulu en effet les personnifier, qu'il ait bien fait en cela^ et voici mes raisons, au défaut de celles du critique , qui , selon sa coutume , n'en donne aucune. D'abord , il ne faut, ce me semble, personnifier les passions , et surtout les personnifier dans la personne même qui les éprouve, que lorsque cette personnificatiun peut produire une image assez vive.' et assez frappante pour faire oublier un instant la personne ; et c'est visiblement ce qui n*a pas lieu ici. Ensuite, quand on personnifie une passion, i4 faut la personnifier au singulier, sans doute, et non pas au pluriel : car, par exemple, y aurait-il rien de plus absurde et de plus ridicule qu'une foule d'amours, soit dans un seul amant , soit même dans deux ? Mais Racine n'a point du tout, je crois, entendu personnifier les amours ; il n'a même pas entendu dire leurs perfides amours 9 pour cex perfides amans : il u*a fait qu'employer un tour plus vif et plus poétique que le tour ordinaire, pour exprimer , tout ce çui les convaincra dans leurs perfides amours, ou de leurs perfides amours, Roxane en ce moment, il n'a vu dans B'ijazet et dans Atalide qne ces amours perfides qui font son désespoir, et c'est à ces amours que son aveugle et j.ilouse passion fait rapporter convaincra , plutôt qu'à la personne même des deux amans. C'est ainsi que dans Mi" thridaSe , il dira , épargnez mes mallieurs\ dans Phèdre^ détrompez son erreur, et pourquoi détournais^tu mon funeste desseii ?
Molière nous offre, dans le Dépit amoureux 9 Acte V, Scène VII , un exemple à peu-près semblable à celui de Tauleur de Bajazet. Polidore y dit à Valère :
Et poor convaincre mieas. tes discours d'injustice , Veut qu*a tes propres yeas cet hjmen s^Accompliisc :
c'est-à-dire 5 tf^/^ofirm/difx la convaincre d'injttstice dans tes discours. Du moins c*est ainsi y ce me semble , qu*il faut Tentendre d'après la signification de convaincre dans l'usaga actuel de la langue. Je n'assurerais point que , du temps de Molière 9 convaincre n*ait pu se dire des choses mêmes j youx prouver jusqu'à l* évidence •
5a Lai-méme il peut prévoir et tromper mon adresse. D'ailleurs, l'ordre, TcscUve et le visir me presse.
L. B. et L« H* h* ordre et V esclave me pressent d'immoler Ba jazet , et le visir de le faire couronner. Ce vers renferme^ comme on voit, plus de sens que de mots. £n prose , il faudrait absolument un pluriel , rr^e pressent.
^^^^ Il me semble qu'il le faut aussi en poésie, des que \ei divers substantifs sujets du verbe sont lies par la conjonction , et que d'ailleurs il n'existe entra eux aucune synonymie* La règle a étë ici évidemment sacrifiée à la rime*
55 Elle n*a point parle. Toujours évanouie ,
Madame , elle ne marque aucun reste de vie , Que par de longs soupirs et des gcmissemens.
L. H. On dirait bien ses soupirs et ses gémissemens marquent encore un reste de vie ; mais quand le nominatif est une personne, il faut dire elle ne montre. C'est que le mot marquer, dans les personnes, suppose toujours une intention ; elle marque de la haine , de l'amour » etc. Ces petitc5 distinctions tiennent h la logique de la Grammaire , et c'est dans un écrivain tel que Racine qu'il faut les ob« server, d'autant plus qu'il y manque plus rarement.
Le commentateur ( Luneau ) blâme le vers qui suit :
Qu'il semble que son cœur va suivre k tous momens,
et demande ce qu 'il veut dire. Ce vers me parait très-beau, »tla critique très-injusle. Qui ne voit pas qu*au soulèvement
delà poitrine oppressive 4e sangloUt on 4iwl qu*à (eat moment son cœur va se détacber d'elle 7 Vima§ê est Ires-juste , quoique le commentateur ne voie là aucune image*.
34 Qu'ils viennent prépirer ces nœuds infortanés F»r qui de ses pareils les jours sont terminés.
L. iliG. En parlant des choses inanimées , on doit se servir dans les cas obliques de lequel ^ lesquels. Mais , comme ces mois n'ont aacune grÀce en vers , les poètes disent de qni^ par qui : et d'ailleurs , suivant la remarque de Vangelas^ qnî au nominatif et à l'accusatif s'attribue auK personnes et aux choses iudifféreoiment. On peut voir Tobservatioa de l'Ara- \lëmic sur cette remarque de Yaugeias ; elle fait connaître rincerlilude de la règle. Je ne dirai pas « voilà un livre à qui je destine une couverture de maroquin , et je dirai , voilà un livre à qui je dois ma science , ma consolation. Alors auquel serait ridicule : on ne songe pas à le dire.
L. B. Par qui y bien plus élégant en vers que par les^ quels.
L. H. Lesquels ne peut jamais entrer dans la poésie noble > et je ne crois pas que , depuis Corneille » on en irou* vât un exemple dans aucun auteur de quelque nom.
j;^^ Oui; mais dans la prose la plus nable, par qui ne peut se dire des choses qu'autant qu'on les perso nuifie, comme dans cet exemple de la Grammaire de M. de Wailty : l' amour-propre n*est pas un guide à qui nous puis" sians nous confier. Pourquoi , suivant Louis Racine, dil-on» voilà un livre auquel je destine une couverture de maro'» quia ? C'est que le livre n'est eonsidéré que matériellement et que comme une chose sans activité et sans vie. Et pourquoi dit-on y au contraire , voilà un livré à qui je dois m(^ science^ C'est qu'alors le livre est considéré comme quelque' chose d'actif et d'animé ^ Comme une sorte de maître et (I0 consolateur.
55 Ab ! tr4SLre^ tu mourras. . . Quoi ! tq n*es point partie? Va. Mais nous-ni|2me allons , précipitons nos pas.
L« Ràc. Le sc.:s oc ce vers n'est pis, alloas^y aussi i
maïs allons^ nous^méif^es ^IBkoxslo,^ pe soage p9$ à accompapier aa confidente } elle faii au cootrairç rëfleftîaa que oe n'esl paa'ime con^deote qu'il faut envoyer, mais'quHl faut qu'dle y aille elle-même. Il est doqc certain que mime n*est paa ici adverbe jt mais pronom , et que par conséquent il j maiMjae une 4^ Cette fauH; , si c*en est une , no méritait p«is» à ce qu'il me semble « la remarque de M. l'abbe d'OIivet , ni la longue {usiification d^ Tabbé De^ootaines» qqiVdcrie: Est-ce tfue les poètes s'abaissent à de pareiilee haga^ telles ? C*est aUentet à la liberté publique du Parnasse^ ^He de iM>uloir impaser uuk pareil joifg aux ieatês^ esprits.
iÇ^Z^ L'abbé d'Olivet avait d'abord cru que m^/na était là adverbe , dans le sens iVaussi ; et il ne s'étonnait poinl alors que le mol fi\t sans s* 11 peuSniit que Racine^ s'il ont voulu l'emploj'er comme adjectif, n*aurait pas fait [ajauieffrossière rie le mettre nu singulier. Mais dans ses dernières éditions , il reconnaît que le vrai sens du vers est celui que loi donne Louis Racine , et au lien de condamner même au singulier , quoiqu'adjectif de nous y il chercl^e h le justifier» en considérant que nous représente ici la première personne du sing^ulier, comme vous en représente si souvent la se-* conde. c< Peut-être me trompé- je , dit-il , mais il me semble » qu'un bomme qui voudrait dans une crise sWhorier tacin lemeiit lui-même, se dirait, soyons brave , soyons p a* )> èienii l'adjectif demeurant au singulier.»
55 Lui? — Pour moi , poiiv voiis-méoie, également perfide, . Il nous trompait tous deux
L. H. Je ne crois pas qu'oji puisse dire , même en poésie , perfide pottr quelqu'un, quoique cela soit beaucoup plus court que perfide envers ou à l'égard de quel qu'ion ; ce qui est la phrase exacte et reçue* Perfide pour a quelque chose de choquant qui se sent plus <]u*ou ne Tespliqu^ •
(JvJ^ Fo/ir est ici dans le sens de /7ar ra/i/?oriii, relati-^ veinent à y dans le même sens à peu-près que dans ces vers, de Bratus , Acte V, Scène HT :
58o ETUDES
Mais il rcfte k tous dire un malheur plos affreov , Pour vous , pottr Rome entière , et pour moi plus sentîMe.
Mais il exprime an rapport beaucoup trop vagae et beàDecop trop ëloignëf et voilà , j'imagine» ce qui le fait paraître, sinon cho^nanù^ du moins peu convenable. A serait peutêtre moins déplace > et il se dit même tràs-blen avec waicrê et 9C9ec parjure 9 espèces de synonymes de perfide :
Le fils de Saint-Louis , parjure à ses sermens , Yient-fl de nos auteb briser les fondemens ?
Henriadef Cbant VI.
Mais» avec perfide, il faut TaTOuer» à l'égard de ei envers sont beaucoup plus d'usage » si même ils ne sont^as seuls d'asaa:e :
Toujours infortunée , et toujours criminelle , Perfide envers Zamore, k Gnsman infidèle.
ALsiaa.
56 Que Teux-tu dire ? Ks-tn toi->méme si crédule Que de me soupçonner d'un courroux ridionle?
L. H. Ridicule ne semble pas fait pour entrer dans la dialogue tragique. Ici c'est une beauté : le poète ne pouvait pas mieux faire sentir le profond mépris d'Acomat pour ces ridicules jalousies d'amour qui viennent , malgré lui , m mêler à de si grands intérêts. Corneille s'est servi du même mot plus heureusement encore » en parlant de cefoudre ri" dicule que les Païens mettaient dans les mains de leur Ju« piter. Le contraste àe foudre et de ridicule est de g^nie.
%^ Voltaire parait avoir fourni le fonds de celte remarque 9 en disant, d'abord sur ce vers de Pofyeucie :
Un songe en notre esprit passe pour ridicule , que le mot ridicule ne doit entrer dans les vers héroïques y que lorsqu'il s'agit de jeter de l'opprobre sur quelque diose que d^autres respectent) et puis^ sur cet autre vers de U même pièce :
Allons fouler aux pieds ce foudre ridicuhs,
c Voilà un exemple d'un mot bas , noblement employé. »
DE LA LANGUE FRANÇAISE. 38i
Voltaire et Laharpe sont sans doute d^ux bien grandes aulofit^ en lîuëratnre. Mais » je l'avoue à ma honte , . je n'ai jamais pu bien sentir en quoi le mot ridicule est par lui-* même bas et indigne du stjle noble. Ces Messieurs n'auraient-ils pas un peu confondu y par h&sard , la chose avec le mot ? Ce mot » qui , comme on vient de le voir» va asses bien dans les vers de Corneille et dans ceux de Racine « ne ▼a pas mal non plus , ce ta^ semble, dans ceux-ci de VoN taire, Mahomei^ Actel»», Scène IV:
Ta verras dé chameaux «n groasier eondueteory Chex sa pcemièro épousa insolent imposteur. Qui, sons le vain appas d^un songe ridicule , Des plus vils des humains tente la foi orédule. ...
57 Hélas I je cherche envain. Rien ne s'offre k ma vue* Malhenreosel Gomment pnis-je Tavoir perdue ?
L'ab« d*Olxv. Trois vers après on voit qu'il est question d'une lettre qui avait é\é perdue. Il est naturel que, dans un lemblable embarras , Aulide ne désigne pas -autrement qne par un pronom ce qu'elle a perdu. Comment puis^ je l'avoir ferdue ? Bien ne lui parait exister dans^le monde que cette lettre. Je suis donc bien éloigné de^âmer le tour de Racine* Je voudrais seulement que , comiiie perdre la vue est une phrase très- usitée,- il eût lâché d'en trouver une autre qui donnât moins de prise à l'équivaque : on même , sans; rien changer k ces deux vers , il n'avait qu'à les transposer
ainsi :
Malheareuse ! con^ment pnis^je l'avoir perdue ? Hélas ! je cherche en vain. Rien ne s'offre à ma vue.
L. Rac. L'observation de M. l'abbé d'Olivet sur ces deux v^rs est très-judicieuse. Je ne crois pas cependant qu'il y ait la nioindie équivoque , parce que personne ne s'avisera de rapporter V avoir perdue à vue. Âtalide, ^n entrant, cherche an même endrmt où elle s'est évanouie , et ne trouvant rien, s'écrie, comment puis^je V avoir perdue î Le spe<y tateursent bien qu'elle parle de cette lettre, qu^elle nere-* trouve point.
L. B* et L. H« L'iilftserration Àe d'OUrel e&t juste eii ellemême ; mais nous peiisoni qcr« ce dësorclre ooavieiit mieiut > la situation d'Atalide. ,
53 J*ai senti défaillir ma force et mes esprits.
L. Rac. DéfaiHir est un f«tt Ti^ux : on dit tomber en liéfaillancê. Mithridate dit etl iMouf j«nt :
Mais je sens affaiblir ma force et mes esprits.
L. B. Le mot défaillir parail avoiï vieilli : bous nVo connaissons point qm t'ait -rcmflacéj affaibUr vmSx plus faible 3 et ne peindrait pas si 'bien. Où devrait conser<rer éti terAies aussi pittoresques ; les supprimer, c*est appauvrir la langue»
L. H. Je ne sache pas que difétiMr ait Yîeilii ; et toutes les fois qu'il iera aussi bien placé qu'il l'est ici., sAremeift il ne déplaira pas*
Ç^k i7ef/at'^tV,smvant1*Acadëmie^ vieillit dam le seM #e ifnnn^nèr^ dans le sens de toué ces exemples : CeUB race ^défailli ët% HKUL Ils craignaieiit f ms lejour i»e vint ù i&ttt Jéfaii/ir ' avant ^u^iis pu f sent arri'fer* Tmties ^âhôsês bomfHêf^siêH^ é leur défaillir» Mais il ne pâialt )Mis ^ tout qu'il ait vieilli ou qu^il vieillisse dans le sens de dépérir, de t^ affaiblit ^ ou "dans le sens de -tomber enfai'^ ^ieise, en défaiUance. Ce qu'il est bo^ d'observer, cett que ce verbe n'est plus guère usité qu'au pluriel du présent: nous dèf aillons ; h l'imparfait , je défaillais ; au prëlérit|
Je défaillis, f ai défailli i et h Tinûaitif , défaillir.
$9 Sur qui sera d'abord sa vengeance exercée ?
L« B. Nous n'approui^ons point cette inversion, qui sendill «n peu forte» ^
Ijm H. Non**scttlemont je l'appronve, parce que Boiltae* Roosseeu , Voltaivfi;) l'eut eiU|iloyée, mais je regrette qu'oa B!en fasse pas usage pins souvent. C'est une de ces censtroc* tiens qui, n'ayant rien d'irrégulier en elles-m^mes , dîMÀflr
guent les vers de là pfose, et Ton n'en laarait trop avoir de cette 8orte«
{Q% L'abbé d*Olivet Iui*meme ne blâme point ce loor. Il fait remarquer le verbe auxiliaire » seras mi» avant soa nominatif, et le nominatif mis avant le participe, wxercèé^ (}ai r^nd au verbe auxiliaire. Il rapproche de cet eiORipl^ celui d'Ester, Acte II , Scène VUI :
. • Quand sera le Toile amché *' *
Qui sur tout l'Univers jette «oa nuit si sombre ?
et ajoute : ce Aujourd'hui nos poètes n'osent presque plus » employer ces transpositions ^ qui Cependant ne peuvent » faire qu*un bon eifet. Pour peu qu'ils continuent h né >/ vouloir qne des tours prosaïques , à la fin nous n'aurons » plus de vers : c'est-à-dire , nous ne conserverons entre la' » prose et les vers, aucune différence qili soit putement » grammaticale.» Oui, c'est ainsi que parle cet homme qu'on a voulu représenter comme ennemi du langage poë* tique, et comme absolument sans gt>&t en fait de poésie. It eût pu, h ces deux exemples de Racine, en joindre un pour le moins aussi beau et aussi frappant ^ que Voltaire noui fournit dans sa Benriadô^^ Chant VII :
Là , sont, après leur mort, nos âmes replongées. De leur prison grossière k jamais dégagées.
60 Je ne vous ferai poiat de reproches frivoles.
L. Rao. La négative 6tant he noùi du général , de n'est plus artfcle , mai% iaterfeotiom^ : ainsi il faut de reproches^ €t non pas des reproches y de même qu'on dit , fe ne w>tÈ$ donnerai point de louanges inusiies , et non pas des»
L'^B. b'Oliv. Une négiition qui dte le nom du général! Uo de qui n'est plus atticle^ mais interjection l Je n'entends ^pas ce langage. Venons au fait.
Roxane veut^le dire à Bajaaet, qu'elle ne lui ibra nul reproche, de quelque espèce que ce puisse être? Point du tout : au contraire , elle lui en fait d'un bottt à l'autre de cette