scène, mab qui ne sont pas frivoles
Observons la différence qu'il y a entre de , simple préposition y ex. des t article pariiculé , c'est-à-dire , qui renferme une particule , et ici , par conséquent , signifie de les, comme si Ton disait , de ceux qui , etc. Boxane a donc tràs-biea dit» en disant » comme le portent les anciennes et bonnes éditions de Racine : Je ne vous ferai point des reproches frivoles i parce qu'elle a voulu dire de ces reproches qui ne seraient t/ue frivoles.
Au reste , mon dessein n'étant nullement de censurer M. Racine le fils, je ne relève ici sa prétondue correction , que pour empêcher qu'elle ne soit perpétuée dans les éditions suivantes..•• Quand il s'agit d'un auteur tel que Racine, son vrai texte doit être scrupuleusement représenté ^ sans la moindre altération.
({Q^ M. de Wailly pense, comme d'Olivet, qu'il &ut, des reproches frivoles , et il se fonde sur les mêmes raisons : que Roxànefait des reproches à Bajazet dans toute la scène où est ce vers ; %^ ainsi elle ne vent pas dire qu'elle ne lui fera aucun reproche y mais qu'elle ne lui fera point de ces reproches qui ne sont que frivoles. Puis, il cite à l'appui ce qu'a dit encore le même poète : Je n'ai point des sentimens si bas» Pour moi, je crois que l'abbé d'Olivet et M. de Wailly se trompent sur le premier vers* Roxane, il est vrai, fait dans toute cette scène plus d'un reproche à Bajazet : mais quand elle annonce , en commeoçant, qu'elle ne lui fera point de reproches frivoles ^ veut-elle dire, en effet , qoWZtf ne lui fera point de cet reproches qui ne sont ou ne seraient que frivoles 7 Noa \ il n'y a qu'à lire ce qui suit :
Les momens sont trop cbers ponr les perdre en parolcf* Mes soins vous sont connus En un mot , vous vives^ Et je ne vous dirais que ce voys saves. malgré tout mon amonr, si Jb n*ai pu tous plaire. Je n'en murmure point , quoiqu*à ne vous rien taire. Ce même amonr, peut*élrc , et ces mém«s bienfaits Auraient dà suppléer à mes faibles attraits.
If aïs j« m'étonne enfin ^ue , ponr reconnaissance , Ponr ptiz de tant d'amoar, de unt de conliante. Vous af CB si loQg4emps par des dotoars si bas , Feiat un amour pour moi que yoos tût senties pas.
Elle veut dire^ ce me semble^ que les reproches seraient frivoles , c'est-h-dire « superflus^ îrmHlest hars de saison^ et ija*elle ne lui en fera point , qu*elle ne lui en fera d'aucune espèce. Je conviens que , comme cepen(l«iDt die lui en fait ensuite, et même de très-vifs , de très-sangUns, on ne peut regarder cette première déclaration de sa part que oomme une prétérition ou pritermision , que comme ^ disje^nnefigure^ un artifice de style dont elle 8*est servie pour donner plus de force à ce qu'elle se proposait réelleineut de dire. Mais cette déclaration n'en est pas moins toujours consëe vraie et sincère , le sens même de la figure exigeant dans la feinte toutes les apparences de la sincérité. Enfin , tappesé que Rozane ^ par reproches frivoles ^ n'entende point toutes sortes de reproches , mais seulement , comme le venlcint ces Messieurs, ces reproches qu'on peut appeler^'voles ^ c'esi-^-^Hre^varnsetsans/onéiement, il faut encore de 9 et non pas des, parce que les reproches frivoles , comme les non frivoies, pouvant être en nombre infini et de plusieurs sortes f forment une classe beaucoup trop générale, et que d ailleurs on ne sait encQi*e ni quels sont , ni quels ^ronl ces TtfToàiei , frivoles ou non frivoles ^ annoncés parRoxane* Le second exemple cîlé par M. de Wailly est toot-h-falt différent : les senitmens y sont pris dans un sens bien déterminé, b'en précis ; il n'y a pas un nombre infini de senti'* meas bas ^ et l'on sait très-bien queb sont ceux dont il i'agit. Mais st les sentimens , et les semtimens bas surtout, poavaîent ne présenter qu'une idée aussi générale et aussi indéfinie que edie lïè reproches frivoles , ce n'est pas , je n'ai point des sentiment si bas 9 qu'il faudrait dire, mais hitn^fe n'ai point de sentimens si bas. Pour s'en con-* vaincre , il n'y a i|u*l^ changer d'exemple. Il est question entre vous el mol de tels eu tels homnaes qui ne peuvent A voir nul •
lement mon estime , et avec qui je serais bien fâché d'avoir le moindre .rapport. Vous me demandes si je les vois? Je vous réponds , je ne frééjuente point des hommes si in^ dignes : et il est bien clair que je n'entends parler que de ces hommes qui font l'objet de votre question ; il est clair que lout ce que je veux dire , c'est que ces homm^s-là soni $rop indignes pg)ur que je lesfréfuenie.Yons reprenes , et vous dites : «Vous en fréquentes qui peut-être ne valent pas » mieux qu'eux.» Je vous réponds ; ce Nommes-les moi , ces >, hommes qui ne valent pas mieux , et que je fréquente : je » vous dis , et je vous l'assure avec la plus intime persuasion, » que/a n^ai jamais fréfuenté, que je nef reçueme point j> d'hommes si indignes. » Alors il est clair aussi que je n'entends vous parler que des hommes que j'ai fréquentés , ou que je fréquente , et que je veux dire que, parmi tous ces hommes , sans en désigner aucun en particulier, il n'en est point d'aussi indignes que ceux dont vous sembUi prendre la défense.
61 Tratnerai»-je en ces lieux un lort infortuné. Vil rebut d'un ingrat que j'aurais couroonë ?
G. F. Trainer un sort : façon de parler peu usitée. On dit trainer une vie malheureuse, trainer des jours in-fortunés. Pourquoi ne dit-on pas trainer un sort't Parce que la vie , les jours présentent l'image d'une suite de moœens qui se succèdent, et dont on peut concevoir la chaîne plus ou moins longue. Le sort est un terme métaphysique, qui exprime généralement rinfluence de la Divinité sur l'état de l'homme dans la vie.
(Er> Il est faux qu'on ne puisse trainer qpe les choses qui présentent l'idée ou l'image d'une chaîne plus ou moins longue. Trainer peut se dire aussi de ce qu'on ne peat pas porter, et encore, je crois , de ce qui est ^i accablant, si écrasant, qne nous le portons bien moins que nous ne le traînons^ bien moins que nous ne le tirons comme par terre après nous , en BOUS traînant pour ainsi dire nousp-mèmea. S'il y avait
DE LA LANGUE FRANÇAISE. 387 ie l'absarditë k traîner un son, il n'y ^1 aurait pas moins sans doute à irainer une fortune ; et l'autenr de la Henrriade aurait mal-à-propos fait dire à son héros « Chant li de son poëme :
Mon père mallieoreaz , k la cour enohatné,
Trop faible , et malgré liii servant toujours la Reine ,
J^ratma dans les affronta %ai fortune inceriaine*
6s Ponrsaivei , s'il le faut , nn courroux légitime,
L« H. On poursuit une vengeance , et non pas un cour" roux : on suit son courroux ^ parce qu*on s*y laisse entraîner; on poursuit la vengeance , parce qu'on veut l'ob'tenir.
G. F. Poursuivre un courroux. Expression forcée ; ellipse un peu dure , pour poursuivre une vengeance fui est l'effet d'un courroux*
%li^ C'est vouloir trouver des ellipses où il n'y en a pas l'ombre ; c'est en chercher bien mal-à-propos pour dëguiaer l'emprunt d'une remarque dont on ne veut paraître redevable qu'à son propre jugement* Il n'y avait absolument ici qu'à répéter ce qu'avait dit Laharpe.
63 Bajaset à tos soins t&t ou tatd plus sensible , Madame, à tant d'attraiis n'était pas ioTincible.
L. U. Le commentateur ( Lunéau) ne croit pas qu'on puisse dire invincible aux aUraits. Je pense que cette con»traction , qui nous a été donnée par les poètes , n'a rien de contraire au génie de notre langue , et nous est nécessaire. Invincible par ne vaut rien» mais nous disons infatigable au travail 9, dur à la fatigua ^ inabordable à, tout le mondefeic» Cette préposition à est d'nne grande. latitude dans notre langue; elle représente également par, pour, dans f suivant l'occasion et l'analogie. Ne dirait^-on.pas iné* branlable à la séduction , au danger^ Pourquoi ne dirait-on pas invincible aux attraits*^ Ce serait se priver volontairemeqt d'une construction favorable au s^le soa*« tenu.
^S3^ VoilÀ c|ui De peut que paraître tris-raisooDable. Mais un adjectif qui a plus de rapport avec iapinciite , qae tous ceux qif on vieiit de voir cites par le commentatcnr, c'est s «flexible* Or, od dit , inflexible à , et l'Académie elle*niènie en donne pour exemple : inflexible aux prières. Voltaire, dans Alzire > Acte V, Scène V :
Ne sois point inflexible à cette faible iroiz t Je tç devrai la vie miç seepiide fois.
Et dans la ^«isriaJtf , Chant II:
A cet otijet toàehant loi seal est inflexible^ Li|i s«ul à la pitié toigoors inaccessihêe.* * •
Au surplus , Racine n'est pas le seul qui ait dit invincible à : *oa le trouve aussi dans Boilean « Satire X :
Mais qui pent t'assnrer qu'invincible aux plaisirs, Chcx toi, dans une vie ouverte k la licenoe i EHe cpDservera sa première innocence ?
64 Et de "ma mort enfin le prenant à partie..,.
L. H. On se servait encore alors figurëment , dans la poésie et dans l'éloquence , de ces termes de barreau , qui , depuis 9 y sont restés. Corneille y est fort snjet : Racine ne se l'est permis qu'une fois, et nos bons écrivains y ont renoncé.
(^^ Louis Racine dit que ce vers ne fait point de peine,
qnoique le prenant à partie ne soit pas poétique. S'il m faiipoinù de peine ^ c'^eit que, sans doute, le prenant à .partie est ici aussi poétique qti'il doive ou puisse l'être.
Une eiqiresston peut n'avoir par irfle-roéme iii dignité ni no* ' blesse , et en acquérir bea06ôu(>par la place qu^elle occupe, • par la omnière heureuse dont elle se trouve combinée avec
d'autres. Celle dont il s'agit n'était pas encore , au temps de 'Racine, tombée dans l'espèce de discrédit où il parait qu'elle •est aefourd'hut pour le style soutenu. Vdlèaitl» ne Fa point
reprise dans ce vers è^Uéraelitte :
n' n*a point pris le ciel ni le soit 4 partie*^
DE LA LANGUE FRANÇAISE. Sîîg
▼ers doQi se rtpproehe oekiwci de Boileân , Chantier du Lutrin: . • ^ .
Vtvà beau prendre le tiel et Te cb antre à partie, .
Mais qu'est-rce que pten^Vf qii,elqu*un àpariie ? (J'esr lui imputer un ma] qui iest «rrivié, c'est s'en preo4re à ^ui, comme uii plaideur attaque son juge qu'il accuse d^pr^vari* cation, n ipe semble <inejfrôn4r^ àpariie se dit absolu-ment et sans complément indirect^ et qu'ainsi « de ma mari est peut-être de trop dans le vers de Badne.
65 Si detcmt de aordliettiv ^aélt^iié pitié te liéoeliè.
L*AB. 'DksroNT. <c Je n'ose, dit 8f. d'Ôtivet , condamner » cette phrase , et ]*oseraij encore moins l* approuver, » ( Pourquoi ? Écoutes la raison. ) c<tl' me semble , dit-iî , que » pitié ne se dit que des personnes \ au Ucu <{ae ^ompas^ » jio» se dit autant des penonnee que des ckoses. Ayez » pitié de moi ', ayez Compassion de rnes mausf^yi Ciel f quelle délicatesse 1 Mais où M. d'Olivet prend-il cette distinc*. tion? Ce n'est pas assurë^ment d'ans l'usage de la langue parlée ^ encore moins dans colui de la langue, é€fiie* Je supprima trente mille citations d'exemples dont je pourrais, ici accableirle lecteur et l'auteur* Mais voici bien plus* (c Et 3» cpnind o^âne, ajonte-t-SI^ on- dirait, ay es pitié d^ sanp » de malheurs,, il ne s'ensuit pas qu'on pût aice , la pitié y> de tarit de malheurs te touche. » Mais qui est-ce qui raisonne ainsi ? ' C'est celui qui tout-à-l'henre invectivait contre les poètes modernes , trop scrupuleux observateurs des usages de la prose.... ^
l(^^ Ce .vers est-ce me semble ^ traduit mot pour mot du latin , et il est tout latin en français. Mais je doute que ce soit im-ffè^heareux latinisme. En français f nous disons bien , avoir pitié de tfuelju'nn, et même» quoi que prétende d'Olivet I avoir pitié de quelque chose , comme dans cet exemple de l'Académie g on a pris pitié de sa peine , de sa misère» Mais nous ne disons pourtant pas la pitié d'une chose , ni même la pitié d'une personne , en par-
3y> ETUDES
lant de la piiié (ju*une dibse ou nue personne inspira r c'est-' à-dire que nous ne faisons pas stà/ei de la pitië la chose ou la personne qui en est Vobjet. Or^ Racine , en disant si quelque pitié de tant de malheurs te touche , change visiblement Vùhjet^^ la pitië en sujet de la pitië, et suppose dans les malheurs mêmes la pîtîë qui ne doit ètfoque dans la personne sensible .aux malheurs. Tous les tours ci-après ne sont pas sans douté ëgalement bohs, et Ton pourrait péiit-^Cre en trouver de meilleurs , àiémé en prose ; mais Its sont du moins plus conformes à l'usage et au gënic de là langue : Si tu as quel(fj^e. pitié de tant de jnalhèwrs'i si tanè de mal-m heurs t'inspirent quelque pitié , excitent pn toi quelque pitié ; si tu es un peu touché de tant de mallieurs ; si tant de malheurs te touchent f, eic^ ,
66 Joste eiel ! l'innocence a trente ton ftppoi. ' Bftjatet vit encor; yvàx^ coures k loi.
L. H. La phrase est inëlëgante. Trou9e un appui dans toi, trouve en vous un appui, ëtait la construction naturéllo. ^ . *
(JCiii^ Eq effet , ce n*est pas de V appui du ciel qu^îl s'agit , mais de Vappui même de Vinnocence* A trouvé V appui du c se/ semble signifier à la lettre.» a trouvé ce qui ^ppuie le ciel, et l'on avait à exprimer, à trouvé, dans 14 ciel qui t'appuie.,. Lé Seigneur est Tno» seul dppûi\ mon Unique appui , dit-on en parlant de Dieu. On eût pu dire, en crjfiant l'ëpithète de 7*/<j/^ .* ^ * , , *
Ciel t en toi rinnocence a trouve son ,appni« .