L. H. Traverseri^xKt troubler, v^eslt pas juste
J!^^ Xipharis est Ih pour l'image de XTpharès, qne Monime se reproche d^aimer^ surtout si à contre- temps. Phœdime lui dit : «Vous avez donc toujours Xipharès dans » la pensée, et c'est toujours pour lui ce même anionrqui » vous fit autrefois verser tant de larmes ? » Ainsi le met traverser n'était pas en effet le mot propre : il ne pourait l'être que dans le cas où Xipharès aurait réellement et à dessein ( et il était , certes » bien loin de le faire) suscita des obstacles à Monime pour empêcher l'exécution de quelque projet , ou le succès de quelque entreprise. Traverser est très-bien à sa place dans ces vers de l'Ode si fameuse 4* Eousseau à la Fortune*:
6t'Ia fortune le tra\^rse , Sa consf^nte vertu s*exerce Dant ces obstacles passagers.
19 SMt4i eu sa fàTeur jusqu'où va votre estime?
b. Hw Qttaiid èstifne reat dire afnour, il est da style pri^ deux.
lU^^ Je ne vois pas pourquoi estime ne serait point ici dans &on sens propre et ordinaire ? pourquoi il n*y serait point pour le cas 5 Tëtat que Monime fait de Xipharès? Il est vrai que « comme le dit Corneille ,
VesUm^ bien souvent va plus loin qu'on ne pense,
«I que dan» Mottilile elle allait pisqu'à l'amour. Mais cela cmpêi^aiWl «jue^^anâ Monime fiièmB , tout dprise qu'elle ëtàrl de XipharèB , on ne jAi la considérer séparément dé celle pasftiéïi tnreo laquelle elle semblait ae confondre? Ce qui prouve que Phœdime entend réellement l'en distinguer^ c'est qu'elle ajoute aussitèt :
8ait-il que vous l'aiineB ?. . • •
Ses de«x phrases reviennent , ce me semble 9 à celles-ci : <c SaitMl jusqu'où va votre estime pour lui ? Sait- il qu'elle D va jusqu'à l'amour? » La remarque du commentateur /roff# dane àfaum% et bien plui à. faux que celle de Luneau;» a®. 7.
ao Malgré tons les efforts que je pourrais me faire.
G. F. On dit se faire na èf/ott » mais on ne peut pas dire , se faire des efforts.
^3^ ^^ ^'0° peut dire se faire un effort^ pourquoi ne dirait-on pas se faire des efforts ? Le pluriel réptigoe^t-il plus que le singulitT? Ou enfin quelle ysK la nison ? quelle est du moins l'autorité ? L'autorité , c'est M. Geoffroy. Voltaire dit au contraire sar ce vers de Corneille , dans /'al/eucte :
Quels efforts k moi^ndmo il a fallu me faire 1
4id ÉTUDES
que Ton dit lien, se faire des efforts ^m^vi non pas, faire des efforts à soi ; qu'il faut sur soi. Biais Voltaire , à sou tour, »-t-il bien réflëchi en faisant ikiie note ? Il a cm coih danùier Corneille, et il n'a fait que se condamner Ininèoie. Corneille n'a point dit , faire des efforts à soi ; il a dit prëcisëment se faire des efforts : les efforts ^u'il a fallu me faire. Me, assurément , ne se rapporte point k fallu, puisqu'il vient après , mais hifaire^qu^û précède; et il s'y rapporte autant sans doute que s'il y avait : Il a fallu me faire des efforts. Il est vrai qu'il y a de plus à moi^ même -, mais cet à moi-même ne peut pas plus répn^r que me, qui çst aussi régime indirect , et qui équivaut ii moi, comme, dans se faire des efforts , se équivaut à eoU On ne pourrait le blâmer que comme pléonasme , û c'était un pléonasme défectneui ; mais c'en est un au contraire de trksfort et de très-énergique , et qui ressemble asseï à celui qu*on a si souvent cité pour exemple , dans ce vers èUphi-génie : ■ ' . .
Et que m*a fait, k moi, cette Troie où je eonrs?
Concluons : si, comme le vent Voltaire, on peut dire , se faire des efforts , le vers de GomeiUe, et partant edni de Racine , sont irrépréhensibles. Celui même de Racine l'est plus, puisqu'il a de moins oet à moi-même, censuré par Voltaire. Ce dernier poète dit dans Zaïre , Acte 1V| Scène V :
Je me fais cet effort , Je la laisse sortir ,
et dans Mirope , aussi Acte IV, Scène V :
^e la subis pour Voi, je me fais cet effort.
ai Toat vainen que je suit , et Toisin du naufrage , Je médite un dessein digne de mon conraget
L. Rac* On ne dit pas ordinairement voisin en ce sens. Le poète, qui pouvait dire et tout prés du naufrage, a troufé voisin plus poétique.
DB LA LANGUE FRANÇAISE. 4i3
{!^ n est certain qiie voisin ne s'emploie guère qu*aa propre , c*est*à-dire , que pour esprimer une proziroîtë purement locale , et. signifier fui esâ auprès, ou fui demeure 0upris, sni?nnt qn'on parle d'une dtose physifue ou d'une personne. L'Acadëmie même ne donne aucun exemple du sens ^nrë qu'il présente dans ces vers. Mais Roubaud recon-» oall ce sens figuré comme consacré par l'usage , et il cite ces exemples : Un joueur esi voisin de sa ruine ; un discoure est voisin du galimathias \ les venus sont voisines des vices, n observe que ^ voisin pouvant recevoir après soi un régime j nous le substituons , dans ces cas-là , k prochain , tfù n'en comporte point.
ss Je sais vaincu. Pompée a stisi l'avantage
lyvaam noil qai laissait peu de ptaee au courage. Met soldats presque nos , dans Pombre intimidés; Les rangs 9 de toutes parts, mal pris et mal gardés; Le désordre partout redonbtant les alarmes ; lfov»^aiémcs contre nous conmant nos propres armes f Lee cris que les roekcrs renvoyaient plut affreux ; Enfin tonte [^horreur d'un combat ténébreux. • . . Qae pouvait la valeur dans oc trboble funeste ?
ti. H. Avec quel art ces mots » je suis vaincu , suspendent levers 1 Ce sont là les secrets de la versification^ et c'est •insi qu'on varie lés formes de notre alexandrin. j
Depoia le vers , mes soldais près f ne nus, jusqu'au dernier^ fus pouvait la valeur, tous ces nominatifs qui ne sont ni précédés ni suivis d'aucun verbe , forment une espèce de phrase absolue dont on peut trouver des exemples dans nos orateurs et dans nos poètes , lorsqu'il s'agit de peindre le désordre des objets par celai du discours. L'imagination supplée alors ces mots sous-entendus ^y^/irer-t^oiU; représentez-* vous, etc. , et la phrase devient plus vive par cette ellipse. L'ellipse est en général un des moyens les plus féconds ponr imiter les divers mouvemcns de l'âme , qui doivent être CSDX du discours.
{Q^ Parmi tous ces divers nom^inati/s^ fui ne sont ni
4i4 ETUDES
précédés ni suivis d'aucun verbe , il en est nil au moîiis qui ne s'annonce pas comvMi formant une espèce dephrasa absotuey ttàis qu'il faut nécessairement Regarder comme le cîomnnencenient d'une phrase qui n'est point finie , et qui par cette raison i^ se trouve point en hakinonie avec les autres^ c'est celui tlu septième vers :
Les cris que les rochers renvoyaient plas alfreaSL. Ce serait différent s'il y avait :
Les cris par les rochers renvoyés plus affreux %
On verrait qu'^/an^ est soui-entendu » comme il l'est daat le premier et dans le second. Je pourrais citer cent exemples de ce genre où la rëgularitë grammaticale se trouve heureusement conciliée avec un désordre apparent. Racine luimême m'en fournirait plus d'un , mais je me borne à celaici^ que j'emprunte de Voltaire, Zaïre, Acte II « Scène I*'*:
Ciel ! si vous avîes va ce temple mbaii^Bné y Du Dieu que nens serTOOi le «<nnbeBu pr^fataé y ^Tos pères, nos enfans, nos filles «t nos femBcs ^ < Aux pieds de nos autels cspiraos dans les flamoMS , Et noire dernier Roi , courbé ^n fais des wam , Massacré sans pitié sur tes fils expirans ! , Lusignah , le dernier de cette auguste race , Dans ces momens affreux ranimant notre audaoa. Au milieu de S débris y des temples reavèrsés, , Des vainqueurs , des vaincus , et des morts entassés^ Terrible y et d'une main reprenant cette épée^ Dans le sang infidèle k tout moment trempée , Et de Tautre , à nos yeux montrant avec fierté De notre sainte loi 1c signe redouté , Criant à haute voix : Français y scyrzjîdèles*... Sans doute en ce moment le couvrant de ses elles » La vertu du Très-Haut qui nous eauve aujourd'hui , Aplanissait sa route , et marchait devant lui.
a3 Ce coeur nourri de sang et de guerre afifamé...»
L. H. Affamé de guerre ! Quelle énergie daus cet écrivain, chez qui le préjuge et Tenvieiu'ont voulu voir que de Téiégance !
DE LA LANGUE FRANÇAISE, 4i5
{^^ On dit assez communément affamé de gloire , o/^ famé, 4'honneiêrs. Mais affamé de guerre est plus hardi , parce qu'il nW pas si usilé. Affamé de péril est cDCore bien plus hardi ^ surioui péril venaot avant ghirv , dans ces vers de Boileau au Roi, Épître Vllï :
Ton ccsxf^v ; affomé . df , pérU tt de gloire , . Court 4'nploiis cd exploiu ,,de fjcioire en Tktoice.
Maife le vers de Racine est néattfxièivis pites ^énergique quv lei ▼ert de BoHelftil , parce qq'à Jla hardiesse^ affamé de gtierre^ il en joint%ne lru|re assez çthmAt »* oevceur no^pri d^ ^ang^ J.-B. Rousseau, 4ans «ûi Qdà\à Uk^ain y'tdc^i\i^k:l\k'piterparlaijLf'^^AlAJrs:
MoiàU^' yUMtti de séritg >^ b^gaf ^Jbretftë dtf 'flfek *
i4 Seigneur/ j«uq«*k oe jod» qe^^ej^ai pu coàipYcîUre, Ce ^ptiÉèé < t >c#ii' p«tt«})ii9 »âpt^ votre trépas j ' Compt0# • (MUA pmino» •«n ' rang de eetf EtaU« ; .: . '
6. F. C0 prince a cm pouvoir» Ellipse qui serait une faote dans Ir prose , où il' fatidrâtit é*e^é qiie ^ce prince ; mais cette £au te grammaticale est en vers une' figure qui donne plus <le rapidité au discours. Toutefois il faut en user BobreméùtV et seulement lorsque -la vivacité dk dfalo^ue Texige ; elle n*èst donc pas ici heiireuseiiient placée»^ s - ^
({^i^ Qui se serait attendu à Cette éonséqueuce? Tout bè qui précède ne lendait-il pas^ uun-s^illement à tustifier l'eU tipse en question ^ mais knème à la doHiier pour une beauté de langage? Le commentateur , en en restreignant Tusago ao cas où fa^vi^uciié d^ di^i^hgue l'exige ^ di-l-x\ soin du moins de, prévenir que ce cas n'a point lieu ici ? Qo'il n'ait point lieu > en effet^^ je le veux avec lui ; mais il n*eQ fallait pas moins l^ dire pour la liaison des idées et des pTppp$itioAS dont se coippose la, remarque. Et puis, y a-t-il beaucoup de justesse à gf^£^U£cr de faute grammaticale l'eiUps^ même qui prciduit un bel effet dans le dlscoi^rs ? Al. Geoffroy aurait du savoir que toute ellipse avouée par la Logique et le
4,è ÈTûbES -
Goût est aussi avouée par la Grammaire , el qu elle ne ^nt en aucune manière être regardée comme une faute par lé Grammairien vraiment diVnè ^e ce nom» Enfln; pour éA linir, îVllîpse reprise clans Bacine serait Irl&s-^érihisè et trJ^ louable , même en prose» Vil s'agissait àé mar<^i]èr c'a d'eiciier de rétoonemént ; de la iûrprise \ Se nD<Kgnatii>& , de U doule^f, Se lia )oiè ', où Vôut àiitf è téritihiî^r $ ^ , eb An mot , U;pi!opo$its(on o(i elle ae.viroav^ était daoni^ phrase comme par (otnie d*iiitërjectioa« Noh , la'prose noMe etOoutenne se 1« lef'etlM'àU .point» oe m^êèaaiAe, telle qiie nous .roflreot €etfvéaâeia»M0^dV;,CliULlII: - •
Mais ce que Tavonir anra peine à iiSJ/pteisA% ,
C«j^f vo«t*iii4ai« «açqf ,^V9^i9^. X9W .Wnsft Cet inoostreê furieux , de earnage altéréa , . . JSx^ttés par la V^ia «ks'^élrel taDgttiiiaiilef , , , . . ^ , InToqiiaiénlle6etgB'ei^e^é«oqicaDlJeqraMfi|i4 . et lafaraè toat-ibi^daaaiigd^ wmpMUt^;,- .. , Otaient offrir k Dieu eet exéerable enocofl*
aS Dieux , qui tojex^icf ^n^n ^oqr ^t^ma.liaine ;^
Ëparcaei mes mallieura. et daignei empéoliec Que je ne trouTe encer eeux que je vaikcnerober.
.. L^ H* Jlèpa^nez, ma douleur est upe.fhrzse iqpfnmuDe. Epargnât jnes,m4if&4uns,Qi^i de la v«i'fiable.ël<^nce9 de celle des -grands écrivainsi mais comoieo elle a peu de jngesl
d^l^^ L'tSzpression 8| par|i belje à ScliHe , puisqu il Ta t*m- -!pl«yéé dans sa tradociion de l'i^AtfiWoj.^iiyre.I» discours Je Sinon àPiiaui: .,.^.f. :
Grand Roi , praseï {HOi "ét^^àh dèiûh ^MMIt^^ "^aîr Tes Dieux îttitDO)rtela, 'par la'fot que j.'aitèrte , PiaigBf a mon sunôcsBee , épargheit m^s'ifnalheunt I
Epargner ne ie dît dans cb sens-là qoie dès 'j^ersontie^. Mais le poète cependant n'a 'pas plu» entendu , 'je ci^is» pér^ohà'îifiêr ici les m/2///^f/rj'; qu'il n*nvaît entendu pc^tonnifierTès 'amours 5 parce vers du riletlc Hoxane dans Bàfà^i:
Tout oc qui eouTainera ietirs perfides anronrs :
DE LA LANGUE ^AANÇAISE. 4i^
n â enteûAù seulement substituer un tour hondi >el ]<iléli^« au tour ordinaire et com^uïi : EpurgnBt-m&i êH voyant mes maVieàf-s , 'ayant égard à fHes malhent^
s$ Apprend qua, suivi d|Qn ooqi si glorîeax , Partout ^e l^nh^ers j'aUaeb«ral les yeux ^ IÊ.1 t]u*'il n^est point de Bois , l^s tout digocid» IMlre^ Qui sur lie udne «sais tt^ot laa^at p«t»t<^tve , Air-â(MQê ém leur gloire im iwmÉ&<y ëlrré ^ Çue itome et^Mftraote #M ont à peine ache?ë.
L'A^/ù'Oirv. Yô Suis arrêté parlegfrand nottt ^ Rftcinei faille tïi^ l^crm'^t point d'a])péfèr;deoi tin g^it^ttiàlhiAs. On aura l)eau me' dire y aviec M. Ilffcihe le fils , <{ite hà\sardef ces aXliârices de mats , n'^appani^nt fn'à celui fwi a le crèdkdà lèsfairo appmû'^et. Je convtonduai qu'en'effet* lorâ^'un Véi'syônifie bien dan^ l»'bou^he d'ukl ftctetfr, «jiiel** quefoîs- le paitérrre ne demande rien de plus. Main îl n'en eal pas moini Trarl qo'nn atlteurtre dort jamais coirrir' a|ir4» un bel ah'angëmetift de taons-; ^ans' ankiSr ëgard à )a olartë dea idëes , «t h la ^âste!(sé des "nfvét&frtn^ës.
^nri 5 qn'om^'m'accùMT^M iet do f><enser siilgulfèremcint'f je met^ ci*dosa(ouflt;e'qu^a dit undcrivain asse» Seoilnti (4è P /df| Cerceau) dans se^ Réflexifdn»mr la 'Poésie-: «i J'îi^cnBe , dii-il* ^ n que je n'èÀ tends pas troprblén ce^e-si^ifîie vnTxtfïi/?'^^^. i> èle^^à au-dessus d&'la'^ira de^r atitres E&is ^^^ encore 9> niûin^ée'^tté'vetit dini'ëtffif&9^n*t nkPtsfrdgWi^€}^^t^98^ i> siens- ^ilttfés' ont d'abdrd 'qoétqlio dfaose i^i «ttloiift ^-et » Ton tic ke 'dottne fas ki p^ne^fie lés maminèr, t\ywtcB qn*on » les devine plutôt qu'on ne les entend ^ «Huis 'qukmd «n f » regtfrdd de>;près 5 on entlout sui«|Art8 de ne trouver quSin % bafbàriéine brillant dans ee qu'o«i avait ndmirë^i»
L*iB;DifiF<yii'r* aQu'eël^b qi!un naufrage élevé, au* » dès/us dé^lenr gloire 1- demande loi M. r-abWdr'XDliYet. » i^^eétMu naitfrage '^ unedéAiite, qui 'surpoase les: succès les «plus gldriéUâi* fie censeur ^t^adittit apparemment que ie mot de naùfra^étJatîiuïi terme figuré ^ loul le reste do la'phrasp fut m«(tt[^hui4||ué« Mais eela n'uift pas- nécessaire : ^y^ acuraU
4i8 ETUDES
souvent de Ja puërilité à ajuster de celte façon les mots figujés» Lle^à au'dessuS'ds leur gloire, ^ çst une expression simple 5 géffé^le^ propre, ei sans figure. Or» les termes simples el propres vont bien avec les termes figuras. La critique est doue excessive. Qu'est-ce qu'achever un naiH frag^y demande encore notre censeur? Je lui réponds que c*cst achever \a^ d<^lai40yi la ruine de quelqu'un.. Quelle affectation de vouloir paraître ne pas entendre ce qa*on enleod parfaitement- \' Le naufrage dans le sens propre a lui cornmenceCùeal et une ila^ commet toute autf*e cUose. Il est aciievés lorsqu'il n'y a plus dVspdranrc » plus de ressource. Gekk a*appeUe chercher ui^. ^çp^d dans un jonc.
L« H« Le dernier vers est ai beau qu'il suffirait pour excuser œ qu*il pourrait y avoir de hasardé dans le naufragé élevé au^de^s^is d'une gloire f cju'on, a tant, critiqué; car plus les fautes sont rares, njoifi3 on lespi^rdonne. Quant à moi, je trouverais, la justific&tîjon de ce vers prëcisëment dans ce qu'on « <lii pour 1^ bl&mer. On a cherche où pouvait être V image d'un naufa^ge, élevé au-dessus d'une gloire ; et pourquoi y chercher une s;ysaj:f ? Pourquoi ne serail-ca pteloi^t Aini|>lement ,una idée 7 Et <;n quoi est- elle mal rendre.? Ne 4irailron,pa^.bifi{V«,.^éme en vers, mon nau" firagâ m' éliv^,,aur-da^su^ 4^ leur gloire Jl. Qu'a fait le poète» quç de mettre le naufrage ù la place de la personne? G'ost; tottjOùr» la seule idée de supériorité qu'il .a.youlu ex* primer» sans prétendre faire un tableau ; et tout so réduit ici il une métonymie très-permi,!^ « dont il ne fallait pu iaira tant de brait*
'* ^EO^ M* Geoffroy laitlà^desiusun asses long article » où, après avoir rapporté l'opinion du .P. du iletcenfi, i\ voaiit coatre Luneau les injures les plus giossières» |>ai!ce qnece pauvre Luneau a eu le malheur, de penser comme le P. du Cerceau et comme l'abbé d'Oiivo( ; ensuite il se vnet à justifier Racine avec les raisons que lui a fournies U^sfontaines * qu'il ne nomme pas » vt tout ce qu'il y ajoute du sien > c'est qu'on ne peut , avec la plus grande rigueur grammaticale ,
Dt LA LANGUE FRANÇAISE. 41^
reprendre ici qu'âne opposition vAgue entre gioire et nats^ fTiM^B ; que le mot gloire \ au surplus, y est pris poar éclai et pour /9or//}9rtf 9 en sorte qu*il peut.s*appliqu'er à (ies-Rois faibles qui ne fi»nt rien de glorieux. Sa remarque touteRus ne'sera-.t pas la plus mauvaise de son coihnienbire , s*il uj fût pas sorti des bornes de la bienséance à l'ëgard de celui qu*il voulait combattre , et s*il eût daigné y faife quelque mention de celui doiït il empruntait les armes»
La remarque de M. de Latiar[}eest bien toute à lui , assu^ renient^ et Ton y voit des raisons toutes nouvelles en feveur de Texpression de Racine. Mais je ne sais si ces rais<ms nesont pas plus spécieuses que solides , si elles n'ont pas plutôt pour effet d^éblouir que de convaincre* Comment recevoir pour une mèionytnie ce qui ne saurait en être une, d'après l'idée que je me suis faite de cette %ure 7 Et je ne^ois pas qne ce 501 1. plus une-synécdo^ue qu*une métonymie. Enfin , Dion esprit se refuse absolument à voir là le naufrage pour le naufragé , k voir Mithridale lui-même élevé pardon naufrtig* au-dessus de la gloire de tous les Rois assis sut leur irone ^a\i lieu du naufrage de Miihridaie élevé au-dessus de cette ^oire » comme le. dit le p<»ète». Pouf que le naufrage pût ou dût se prendre pour le naufragé , '\\ faudrait que ce qu'on en dit ne. pût s'entendre 'quiê d'une personne, et établit nécessairement une pers<>nnificatipnr Or , c'est précisément tout le contraire : non^seulement ri^a de ce qu'on .dit .du naufrage «ne xioit s^enteiifiro néces^air renient d*une personne 9 iHais on n'en.dit rien qvi ne puisse ou même ne doiye, à la rigueur^ s'entendre d'une chose: Elevé au-dessus de leur gloire j et àùe Home et i^uarante
ans ont à peine achevé,
». » ( ''fil
Je ne prétends pas pourceli) que I^acine fi£t voulu faire vn tableau 9 bien qu'il ait commencé, par représenter les * Hois assis sur leur tro/ie, Mhls quoi que ce soit qu'il ait Voulu faire 5 cxamintms ce qu'il a fût. Il élève nrtnaufrttgB au-dessus d*une gloire. Or, le mot gloire est la âu-propres ou dan» un sens tout au plus exteasif,éitxo tepr^seata
qu'une simple abstraction. Le mot aaufraga J^\ dans un ^ns mëUphorique , pour malheur, pour disjfr&ce ou infortune. Mais co naufrage i (oui n[iétaphoriqiie qu'il est, n'en offre pas luoins Timage d'un naufrage physique et rëel. Comment donc ce qui es^t ceosé un natifrage physique « réel , peut-il é(re ilevi snr une. abstrac^on ? Voilà ce qui fait que Texpression n'est peut-être p^s trèa-cohéreiite ^ et qu'elle semble mème^ tenir un peu du phéhus^
Un ëpilogu^eur pourrait 'prélcpdre que , d'apf es la construction 9 aïk-d^iASius de Uur gloire se rapporte à anyiasferu, et non k élevé' Mais ce sont bien de pareilles misères qui doivent nous occuper !
97 QaVIle ne pousse point cette même tendresse y Que saÎ9-je ) à de» fureurs d^t mon cour ontrsgé Ne se 'repcntiMiit qu^après s^étra Tengét
L. B. Racine parait avoir étendu dans ces trois vers l'idée qu^Ovide a esprimëe bien plus vivement dans le vers soivaat de Médée à Jason :
. Q^6 fiirei w^ ^cquor i/ae^ifortassà pigehii.
' Je me ^Qrtertti ààouê lep excès fuje la colère jmc sëggé* hera , Jàssé^/e m* en rependr après*
Lé Hv ,11 eu aAto que ie latin est plus prëoia ; mais te français esti beaucoup plus ^ify ifrftces k ce beau mouvement <b )»bfase , ^nè sais'jê 7 à dês/ttreurs , elc* Et eette idée de os se n^emirfft* après s*éfirc»V'f^è9 kit trembler ^saa U boiiehede-Mittirkiate.r : > ^ #
^9, . yp^JB. n'en ssuries , Sei^nçur^ retrseer la mémoire , ^i couler vos mallliea^s sans conter mon liistoirc; Et y lorsque ce matin j'en écoûtsis le Cours ,' " '
'"* Mon oièàr Vous répoatfaii tous' vos mêmes dise^uM.
I4,r», Z'oi^^.^'o.r^Tii^^iii^/^ç^t.'nApléonasnie,]; il fallait Tua
tp^V*^^;ç^ ...
j^ H., l^ pt^QRa^nie ir 4*iJi j en a ^ ne bloA^e poi^At « fWf
DE LA LAITGUE Fj^ANÇAISE. ^^i
jp> !?• ^^^^ ^l «urabpnclanl ; mais le principal défaut , ç*eft le tour un pea reçher/L'bë de celte phrase : J^on cane w>u^ réppndaii vos mentes discours', eJL puis, rîêpondre J^S discours est un peu srnj;uUer9 quoicp on puisse Hir^ dans. le style familier répondre des injures, des imperti^ nences»
Cr> Le mot mêmes signifie que les discours n'étaient pas auSreSf dijférens , et te mot ious, (ju'il n'eç mai^qqait paf un 9cu) ; en6n mirr^^s exprime une. identité de nature àans le discours, et tous • une Jdenlilé de nombre. Ces deux roots n'çtant(|pfM>pa9 parfaitement synonjrçnes, on ne peut pas dire que Tun fasse précisëaienl pléonasme par rapport à l'autre , quoi(]ue le plus souvent on ne les emploie pas tous les deux à la fois. Lç pléonasme , s*il y en a an , est en effet de sentiment , comme l'observe M* dé Laharpe , et l'on sent assez combien il fortifie l expression , au lieu de ParFaiblir» Se peut-il que M. Geoffroy ait vu de la reclierche dans un Ters que le ccpui* même semble avoir dicUi ? Poarqiioi ne dirai t-on pas les discours du cœur, puisqu'on dit tous les jours
ifieXe cœt^r parle f et qu'il a son langage^ Pourquoi ne dirait-on pas répondre des discours, puisqu'on dit ré^ jfondrê des mots , dés paroles^ Il n'a pas répondu un seul mot, il n'a répondu ^ue deux -mots , est-il singulier i Je no vois pas que répondre 4^.s discours le soit pl«u dans le sens du vers. Quiconque a un cœur trouvera j ce me semble, l'expression aussi naturelle qu'heureuse, la troûverfi 3fgîie en tout du poète toat-à-la-fois le plus élégant et Le plus sensible.
SQ Je vous U dis . Seigneor, pour ne plus toqs le dire • Ma gloire me rappelle et m'entraîne à l'aatel OÙ |e vais tons jurer un lilenee éternel.
In tl. , df n^ ^.ou ,Cour9 c|b LiM.éra^nre» Que dp s^pjùment e( d'inlfir^t ijauf cçttQ espressioii si peuvpl V'ous jurj^r un si" hnQ4 éfim^l' Jm^r ur^ fl^çmr il(frn>ef, , voilà ce que tou|
1^ vmàn w^ dk?f nwi« i^f»K m ^Umçf ?t «» 5''??»^
éternel i mais 1c jurer â son amant , il n*y a que Rieine <pû l'ait dit* Et combien d'idées dëlicalés sous-eh tendues dans cette expression ! Dans le fait » ce n'est pas à lui qu'elle lé jurera ; il ne sera pas à l'autel ; elle ne prononcera point ce serment : c'est & son cœur» c'est à son devoir, c'est i son époux cpi'elle doit l'adresser*
(^T^ Ce serment no sera que le serment même de fidélité qu'elle prêtera à son époux , en lui donnant sa main aux pieds des autels. Par ce serment , elle s'engagera tacitement « implicitement , à un silence éternel envers Xipharèssursoa amour pour Iui« L'expression est belle» très-belle sans doute; mais elle se trouve si naturellement amenée par ce qui précède A et dont elle se présente comme la conclusion » qu'elle n*a y ce me semble , rien qui étonne. Elle ne me parait ni aussi neuve 9 ni «l'un aussi grand effet que le silence dicté de ce vers de Brit(innicus :
Sft Téponse est dictée , • et même son siieitee,
5o Moi «eut je leur résiste. Ou lassés » on soamis y Ma funeste amilië pèse à' tous mes amis.
L'ab, d'Oliy: Voilà encore une inversion vicieuse, parce que ces deux participea , lassés et soumis , sont coupés par un nominatif auquel ils n'appartiennent pas, et que d'ailleurs U particule là, qui vient «près , £Eiit qu'ils ne peuvent paa être immédiatement unis avec leur substantif.
L. Bâ et L* H« Lassés, au sctémis , qui se rapportent au cas du verbe , sont' placés avant le nominatif* Qes sortes d'in* versions sont fréquentes dans Racine : la poésie les autorise*
^P^^ Le nomin^sij'ei le C(ts du verbe ! On sait que ces dénominations sont empruntées de la Grammaire latine, et qu'en français nous disons le su/e^ et le régime du verbe, régime direct , ou régime indirect , suivant qn*il n'j a point de préposition y ou qu'il y eu a une , sinon d'exprimée , du moins de sous-entendue. Mais passons h' l'objet de la remairque. Ces tartes d'inversions sont san» doute fréquente» ea poéfiti et
inrtout dans Racine; mais celle-ci est une des plus hardies en ce genre s h cause qu'elle se rapporte , comme l'a très-« bien observe l'abbë d*Olivet , à an régime indirect , et qu'elle ne saurait en être plus fortement séparée. Suppose qu'on doive la passer en poësie , elle serait , ce me semble , une très-grande faute en prose ^ tandis qu'elle pourrait y être quelquefois admise , si elle se rapportait à un régime direct , comme celle de ces vers que Delillo , dans sa traduction de V Enéide ^ fait prononcer par Didon contre Énée :
Sans seeoarty sans asile , errant de mers en mers. Par les flota en courroux jeté dans nos déserta » Je l'ai reçu l'ingrat : des fureurs de l'orage , etc. ;
on conune celle de ces vers de Méropé , où Erox dit à Polifonte ^ en parlant d'Arsace , Acte IVj Scène !•'• :
Simple dans ses discoan , mais ferme , invariable , . La mort ne ûéchit point cette àme impénétrable.
le l'ai reçu » l^ingraty sans secours, sans asile , etc. ; la non ne fléchis poini ceue âme impénétrable , simpla dans ses discoun, etc.
Observons qu'il no faut pas confondre ces sortes d'inver-* stons avec ces sortes de complëmens appelés ablatifs ab-^ solus , et tels que le premier de ces deux vers de Zaïre , Acte !•», Scène !*'• :
jtu sérail d^un Soudan dès Venfance enfermée , Chaque jour ma raison s'y voit accoutumée :
OU que le premier hémistîehe de ce vers de Brutus, Acte I*', Scène r»*:
Mail y plein du même esprit , mon sentiment diffère.
Moi èsanù enfermée dès l'enfance au sérail d'un So»* dan , etc. ; jnoi éianS plein du même esprit, etc. Voir dans Androma^ue l'article sur les vers :
Captive, toujours triste, importune à moi-même , Pottveaofous sonbaiter qu'Aadromaque vous aime?
. $x Cluoim ^ Cft ftrdeai^ vent 4léKob<c ^
L» B. et L. H: Dérober sa iéts au fardeau d'une amitié ! Bell^ image remplie de hardiesse.
(T^]^ Luneauj qai^ quoiqu'on disç M. Geoffroy^ ^^^M soii latin comme qd autre, et Laharpe^ à i^vj^i per&onne^ qi^ je sache, ii*a reproché de né pas le savoir, auraient ^leii dû rappeler à ce sujet c^ vers d^Horace ( 0(^e à la Fortunt^), que Racine paraît avyir eus préseM à ^'e^pril gu^ U a (ait le sien :
.... pif/ujfi^M ^94i^
j Cumfi^i^û siççatis omiçi », Ferre ju^um pariter dolosL
et qûî en français signiljenl li(tcralcment : cr !^s amÎJ eux- » mêmes , quand les vases sont desséchés avec la lie \ se dis- )> perdent , trom|)our8 à porter le joug de concert , ou ( en » faisant rapporter ^//rrVtfr à i/o/oj»; également trompeurs IX \i pcrteir le joflg; » c'c^t-Ji-dirp » que les i\B|is eus^-oièaiçs , .guau4 il pe re$te pl\ij^ fifn ^u ma\hçii^e\\x quç Içs larmq, s'esquivent adroilemenl pour ne pas p^rt^r av^ lui i^ jo.u| 4,e ri(nfprtuRe. l^aisç,^ serait }^\x de rappelctr cçs y^r^j^i oa nç fiiti^it 9f^\\ût tout ce qii.ç la p?u,$,é^ qui en f^it robîet, ç(oit à Uejpreftsion figurée dojo^t le poêle Tp rp.^.t^e. C'est ^9 ^^ que remplira bien mieux que moi Tabbé dç^ flado^ivilliccf* Voici ce qu'il dit dans sa Manière d'apprendre les langues : u Les nmis ne partagent pasim jnu^ ; le nr^pt^le l'é- » nigme est les devoirs de l' aminé 9 et la pensée rendue .to simplefnent est celle-ci : Ils trompenif parce çn^i^s n0 » remplissent pas les devoirs de l' amitié. C'est une r^ n marque vraie , mais sans agrément. GhanseB ^ve): Horace h les devoirs de l'amitié en unjottg^o deux amis sont con- )» venus de porter ensemble. Voyes le faux ^mi qui se ^ » charge adroitement de sa part du fardeau , et qai le laisse » tout entier sur les épaules de so^ compagnon, lequel , de » son c^lé 9 lui ren4 louioui:^ 1^ ^^o[i^ 9CUVP* P<*t''>''''^° » d'idées îu»te« > fiofis > Uffàti:^^ 9 M\» ioiAg^ réveille d«A<
» 'vaire aspvii \ Le - s^lo 9 tout fait* Q^eU. çentMiiena 4^ }} çon^piuiston pour l'^oii ^^ « d'ia4igfim,tic^ ÇQA(r9 kl » tr^itr^ t 2> .
3ft Ne vous figatct point qae de celte eontrée. Par d'éternels remparts Rome fit séparée. Je sais toa> les ehe^iins pi^r ok je doit passer ; Et si 1« nori bisot&t ne vient me iraTersev, anal rosoler plus loin l^cKfii. <)• m* pwolf t jr^ v«u4 n^ % cUfif troif molUi t aaf pîe4s du Ci^pitjajf •
L. H. , dans son Cours de Littérature. Le poète reut dire par des remparts cjn'on ne puisse franchir, et malheureuse^ ment notre langue ne lui permettait pas d'esprinier celle idée en un seul mot. Mais celui* qtt*il a substitué la rend-il bien? On appelle proprement des remparts éternels ceux qni sont ToaTrage de la nature, et faits pour durer autant qu'eWe, comme les montagnes et les mers ; ainsi les Alpes, par exemple , ^QnMdes remparts éternels entre la France et l'Italie. Mais ces remparts ,^ tout éternels qu'ils sont j on pen| les franchir : on les a franchis mille fois ces
ÉUmels boulevards qui n^ont poipl garanti
pes Lombards le beau territoire, Ces monts qu*ont traTersés par un toI si hardi , Les Charles, les Othons, Catinat et Conit,
Sur les «lies de la Victoire.
VOLTAiaE.
Donc un rempart étemel n'est pas la même chose au^'un rempart qu'on ne peut franchir. Cette remarque peut paraître sëvèrc ; injais le rapport e^act de Texpression avec Tidée est une qualité essentielle au st^le , et si éminent dans Racine a qu'il nous a donné lé droit de ne lui faire grâce 4o rien.
Q»F. M. de Laharpe s*épul3e en subtilités et en chicanes , pour trouvei^ quelque cho^e à reprendre dan^ cette belle ex^^ pression , par à! éternels remparts* Il se demande à luiajême : Qu'est-ce qw des remparts éternels ? e\ il se répond : Ce sont des rexpp^rts qu pA o^ peut francjiir. Mais il
4a6 ÉTUDES
se trompe : its remparts éternels sont des remparts dont I^ fongueur est infin c... Rjicine veut seulement faire dire h' Mithridale que le chemin qui sépare Rome de la contrée qu'il habite, nVsl pasausM loiig qu'on se l'imagine; que le voyage aura une lin el un lerme, même assex court. Il a pu appeler poéticpiement remparts ^ l'espace qu'il faut franchir pour aller du Pont en Italie : espace que l'imagination ardente de Alithridale abrège beaucoup* Une immense ^tendoe de terre, de mer, enCre un peuple et ses ennenns, n'est-elle pas ua véritable rempan ? Eternel ne signifie donc ici qu'immense\ el dans ce sens l'expression est belle et poétique.
(Ji^ Que par éternels remparts , il faille entend» id des remparts d'une longueur infinie » des remparts imr' menses, et par remparts, l'espace fu* il faut franchir pour aller du Pont en Italie, ou si Ton veut, le chemin fui sépare Rome delà contrée ^ue Mithridale habitel ne voilà-t-il pas uoe bien singulière interprétation ? Ratioe peut-il avoir eu une telle idée, et est-ce bien celle que les mots font naître , pris dans leur sens naturel , ou dans le sens figuré le plus ordinaire ? Qu'est-ce qu'un rempariàu propre? C'est , diaprés Roubaud , dont la définition me parait la plus juste et la plus précise, une construction élevée pour défendre, protéger et couvrir. Et au figuré? Tout ce qui paraît tenir lieu d'une semblable construction ou en a l'appareuce. Il y a donc nécessairement dans le mot de rempart , et tant au iignré qu'au propre, entre autres idées , celle de quelque chose de plus ou moins élevé : ainsi ce mot ne peut jamais s'entendre ni d'un espace, ni d'un chemin, et disons-le contre M. deLaharpe, ni même d'une mer^ que l'on dirait bien mieux , par exemple , une barrière. Quant à éternels, voyons ce qu'il peut signifier joint à remparts. D'abord, ce n'est ni immenses , ni A* une longueur infinie \ car ce n'est ni Vétendue u'un rempart, ni sa longueur, mais son élévation , son épaisseur, ou son escarpement, qui peuvent le rendre plus ou moins propre à défendre. Et en effet , que serait-ce qu'un rempart dont toute Xà/orce consisterait dans
DE LA LANGUE FRANÇAi;SE« 427
sa longueur entre l'objet défendu et l'objet attaquant? Ne rëviterait-on pas bien facilement en passant è droite ou à gauche? Étemels ne peut pas plus signifier ici fails des mains de la nature j ou aussi anciens qu'elle» aussi anciens que le temps; «ar ces.remparu seraieot->ils par-I& nécessairement inexpugnables ou infranclUssahles , conune le di( Laharpe ? Et puis , de tels remparts pourraient-ils être autre chose que des montagnes ou des rochers ? Or, Mithridate n'aurait-il pas dit faussement qu'il n'existait ni montagnes ni rochers entre Kome et le Font? Que signifie donc ce mot étemels^, ou du moins qu'est-ce que Racine a voulu lui faire signifier avec remparts? C'est, je crpis, remparu inac* eessibUs ^ ou infranchissables ^ comme on voudra ; des remparts faits.potir arrêter étemellemerU\ ou bien encore des remparts sans nombre et sans fin , élevés les uns derrière les antres ^ et toujours plus difficiles les uns fue les autres àforoer^ à franchir. HiùHs éternels peut-il avoir œtle signiiication ? Poor moi» j'oserais penser qu'oui* Laharpe prétend que non »• dnns son Gommeniaire ; Vnais il ajoute que là langue infusant le mot propre , le po%te s'esl servi dw terme approximatif.
' ri.
33 Jamais on ne vaincra les Komains qae dans Rome ; No/ons-la dans'son saog justement répandu.
L'ab, DEsroiiT. M. d'Olivet ne trouve rien à reprendre dans ces deux vers , mais il profite de la belle occasion ^ pour faire observer un gallicisme , au sujet des villes qui ont an nom féminin, ce Voilà Home au féminin , dit-il, ixo/o/xx-' I» la :^l cependant on ne dit point conte Rorrie* n L'oosier^ ration j qui est juste » est de M. Patru. Mais pourquoi n'ajoutet-il pas ce que dit cet auteur, que tout Rome se dit, et non toute /{ome, parce que tout désigne le peuple de Rome , qui est masculin ; c*est une espèce de syncopé : iontRome^^oxii iout le peuple de Rome.
. ^d^^.I^a'i^ tout. Rome pyoMv tout le peuple de Rome^ quelle antre figure peut-il y avoir que celle de ces exemples, où
^aé ÉTODES
ioiue r Europe est pour tous les pedple)i deVEiiitypè) Mit» ta France , pôUir tôïil le pèfûple dfe la F^ttcfe, *t ibûïie l'An" bletefrè , po'uif tout te pfeùp^e de TAnglèlefrë : tonte i'Ew tope s'est ttgfi:éè contre la France ; ïoute la Ftànbe if'e^ti levée en artnès\ toute V Angleterre a pàr^ trMthfér â^ Vanl eâel Ofr, «Jnèllë ert cette «rt-tfe de figure? Vaérnëto^ hythiè du â'dà't^nt^nt pàùrk ùàHte^a. Geit Avtnc par une métonyifiieérl edHtèHaht pbUrlê tontenn « et i!i6h pas }>ètr iyncop'è rtipaVieHipsè, qu'où dit Hàinflàmè; car oii paraît à' accord qu'A ïàtlt dire ^o»/, et nbnpaà tonte. Milîs pourquoi /o«^ ûvèd ûtt ti«n fi^ixTiïiiii d\9 titter*, t<WïHie^Br^^ im inasciilm? Pôiii^cfuôi lioli paS toute ^ to^i^hie aVet un nom ^érnmin de èoiitV*, dTëtat, de ^Wvibtiè? l^bruM^oî «on p% ïoûte tiottï^ , c^oimàte tôUtë l *An'^ëtèrrè ; "Petite iii. Fhwii» , lonU i'Eiïrbpe', \X dtftti'rtie hilàîë iei^/W ià idHè? ft ^ pùi* , pôuV le moinént , tnte titêr âè *à ^a'fâi ifi^iit , tbihiv» à^Ûflîvët, qtiie è\*ù un g»//ïCi>3W^V
fif CethQoaoïirvoaiTQgaFde, c|i j>ifdt çkoUd«toiu, . Aarimce, Aile»., »oyc» oc bienheureux époux.
L. H. Encore bienheureux^ ^Radae fierraît e'-ètre afifinv tîonDë quelquefois à certaine^ expressions, à certaines phrases : celle-là n'avait alors rien de rë^rëhensîble \ elle a passe de mode , et u'esi pas à règretler.
£r^ Éienheureux , comme ad jecliF composé de iièhei $heiueux réunis en un seul mot , parait consacre presque exclusivement à la religion , pour sigtHficr , éfui est extrême^» ment lieureux , ou éjui jouit de la béatiude éternelle. Mais bien heureux , iuimédiatemcnt jbiiit à un verbe i comme dans ces exemples de T Académie ^'fe te tien^ iien fieureuxd'en être échappé ; il est bien heureux il'afàif évité ce d4^nger i [^ût , je croîs , entrer dans toutes \& •ortés de style. t*ôurt|uoi^ Parce qu*àlprs bien se sépare nécessairement d* heureux , et devient un adverbe éi^nl^alût de très àiifoff. iB*V«ftdi/r«iij5, cbHiJnè-a*jeciif tompesé, ne 'me paVkït p^oint répréhensiblt.daûtitès vers de^aiffav
Aàiè , 'Cftant I , V|àe Von cfirkil ié rapprocher xA ^tt VIâ Ikn^^ de fa i%li'g^oa :
Il s« ci*nt irensporté dans ces iemps hienlieureux Oq le Diea des homains conversait avec eux , ^
Où Ta simpre veriu , prodiguant tes miracles, 'Cômtilàndilt k d^ !ltéiS ^i ri^diiit âck bradel.
Pent»étre aussi que le ton de l'ironie et de la satire cloit lê faire passer cfaiis'(&i véri A côtaiitis de Àotléaû :
Blenhcw^HS 9fiuàén dont, la fertile plam«
Pent au moins chaque mois enfanter un Tolume 1
' 58' JVtiùttCé^Vtso tvatls^cArt «nette >grin% eiitreprise.
G* F. Ecouter une entreprise ^ pour ëèouter l^èsàpùVi oùtàp*rôp6sittoii a une entreprise : iigure ttàrdi'e ^uelK Tersification admet et autorise. Rien lî^âpproc^e en ce ^eni^ tRé 1& Sëanré Sé)cé)Slfè iaétà'phoéêiïé Vjf^itè^ qui ait qotole QiakVmtae'j»u:ifosiéfÉesi
• ..•.•• ITetiue audit currus l^abekas,
Gioao. , Liv. I.
£3^ Ce qu'il y a de hardi et de remarquable dans le vers de Virgile 9 c est bien moins, je crois j la figure qui fait les rênes écoutées , que celle qui fait le char écoutant* La premâ^' est en effet une métaphore par laquelle le verbe écouter est prfsâahs le sens à^oi/ir^ : la sècotîde est uflé syn)ecii6ç'ue liièn'ràre , surtout en françats', ^ne synécdôi^ù^, dis-je, du tout pour la partie, par laqîtellé fe cha/^ àCtàSf est pris pduir Vatiètitg» éti drar , pour le» qhevaux du char ; car il n'y a sAnôment qaè les àhè^ati^ Kfiiipt^iMnV écouter les rênes. 9 ou leur ôbëir. DeliUe^ pour fairo passer dans noire langue et la <j/i»a<?^oyii6 et la méiapliore^ a eu-sojç d'adàucir celle-ci^ en joignant le mot voix au mol/rein^ qoi.ptjrurtant irait mieux a{>ràs voix ; il «1 dit : ,
ht Aux tL^éèàiéte '{Aus ni le Jfkih ni lia 'uoix.
\^ons au Vèis d'e ftàcUe. 11 à^ i^^dibTc & èéhK dé Vir-
43o ETUDES
gîle que par le verbe écouter : et netes bien raèine q,ue ce Terbe n*y est point pria au %urë ^ comme Jans Virgile j mais au propre et dans le sens d'ouir avec atfeniion , ou ds fréter Voreilh pour ouïr. La figuré qu'il y a là n'est donc pas une métaphore, et M. Geoffroy ne le prëttnd pas non plus; mais c'est tout uniment une figure.de construction « XLùe ellipse. * .
56 Dignef plutôt d'un chef de malhenrenx bannis , Que d'aa Roi qui nagadre , atee quelque apparence j De Paurore tu eottohaat portait son espérance. . . •
L. H. Il faut sous-en tendre , Quelque apparence de raison i de succès. Ces sortes d'ellipses $. choisies et niesurées piir le goût, donnent au style un air de liberté et de bardiesse » qui est une des grâces de la poésie j et c'est aussi une de celles de Racine*
. ^^^ Je. doute qu'il j ait après app^fefice^ l'ellip^ supposée par le commentateur. Cette ellipsç nie paraîtrait un peu forcée, et tputes les circonstances dn discours me la font juger inutile. Voici les ' vers qui viennent immédiàleroeiit après ceux-là : '
Fondait sur trente Etats son trâne florimnt , Doùt b débris tix même no empire puissant. -
Qu*estr-Ge donc que Fharnace ^ personnage qui parle , peut avoir voulu entendre par avec quelque apparence ? Il s YOulu entendre^ jecrois^ açec appareil ^ avec éclata ou quelque chose d'à peu-près semblable.
37 '. Continues » Seigi|cur. Tout vainou que tous êtes, La guerre > les périls sont vos seules reuailes.
L. H. Le commentateur (Luneau) nous, ai'ertit que n^ irai tés est pour ressources : retraites /-e^i pour retraites. Quelle figure audacieuse el juste de £ijrire de la guerre la sû^ reté de Mithridaie » et des périls ses retraites ! Afalhffor à qui veut expliquer là ce qui n'a pasbetoin d'explication l
(£C^ M^traifes iisX ici bien évidemment pour asiles^ pour
rtfûgès , et la figure par laquelle le poète donoe ce nom à la guerre et aux pèriUp est une mëtaphore. Mais la métaphore ne doit-elle pas être fondée sur la ressemblance, et n*j a*t-il pas une opposition marquée eniVe les retraites et les périls ou \si guerre ? La métaphore pAche donc-esseniiellement contre la vérité et contre la justesse ? O.i^i « v<^ilà biea ce qui paraîtrait d'abord » à n envisager la chose que comme elle se présente ordinairement. Mais faites bien attention que Mithridatey dans- le cas tout; particulier et si extraordiiiaire où il se trouve j n'a pins rien à. attendre que de so|i courage, n'a plus d'espoir que dans le désespoir, et qu'il ne pêiU. te sauver qu'en poussant la guerre et en bravant les périls, vous verres, à l'opposition entre les idées, succéder cette resseniblance nécessaire pour que le signe de l'une puisse être raisonn<iblemént' substitué au signe de l'autre , et ce qui vous choquait dans la métaphore ne vous semblera plus' qu'une heureuse audace. Celle expUcàtion ne sera peut-être pas tottl-à-fait inutile , si on peut la' trouver satisfaisante.
37 YoasHnémea'alle» pomt ^ dé contrée es contrée 9 iHMilrer aux natioas If ii^ridate détmk • Et de \otre grand nom diminuer l«s britit.
L. H. i^ucls versf Mithridate vaincu est à tout le inonde : Mûhridate dèfruU est au grand poèjle. H j a dans ce seul homme appelé MUhridate , tout un empire , toute une puissance. C'est ainsi que ce qu'on croit n'être ique de l'élégàncè, est une grande idée. Pour écrire supérieàre*ment , il faut penser supérieurement.
{^3^ Je suis loin de contester la force et Vheureuj/ effet de ce mot* Mai$' d'après la manière dodt Racine Va emplojrë dans d'autres occasions , je doute uil peu qu'U l'^it cru ici d'une au&n grande impcn'tance qu'il nous paneft à nousmêmes. On' conviendra qu'il n'y a pas également à s'extasier sur ce vers de Bérénice , Acte IV, Scène V :
Et c'est moi seul aussi qui pouvais mo détruire ,
43^ ÉttibÈS
'ai^iitééVAi'Jierialiè:
L'impie Àcbab détruit , et de son sang trempé Le cliamp que par le meurtre il avait acheté;
Je Be le tliërebau |ia§ afifl èe le âéiniire.
Voiries rémarques sur ce âerniér vers.
Zt 'fe Vous 4d icomaBamlé de j {Partir totit-k-'rhinice.
Ïj. b. '^out'à'V heure est liiôins JxMe que ne Te sérail à