IPHIGÉNIE
V^uEL ne fut pas dans le temps le succès ai Ipbigénie! Jamais pièce I dans sa nouveauté « n'eut tant de représentations et ne fit conler tant de larmes. On sait ce qu'en dit Boileau à Ra-« cîne j dans son Epttre à cet illustre ami :
Jamais Ipbigénie, en Anlide immolée, N'a coûté tant de pleurs k U Grèce assemblée, Qae dans l'beurenz spectacle k nos jeoz étalé , En a fait sons son nom verser la Champ-Meslé.
Mais cela seul ne prouverait point que la pièce est un chefd'œuvre, et non-seulement elle en est un, mais c'est un de ceax où Racine s'est en quelque sorte élevé au-dessus de Ini-;ménie. c< Voltaire , dit M. de Laharpe , qui pense à cet égard i) comme ce grand mattre, Voltaire a écrit que, s'il fallait » donner le prix de la tragédie , il serait difficile de le refu- » ser à Iphigénis en Aulide. Il y trouve tous les genres da i> beauté : l'intérêt du sujet, la force Aes situations, la va-* » riété et la vérité des caractères , le pathétique violent dans i> Gljteninestre ^ le pathétique doux dans Iphigénie , les )> combats de la nature et du rang suprême dans Agamcm- » non y et enfin le plan le plus irréprochable , et la conle»- » ture dramatique la plus parfaite : Tincertitude , la s crainte, l'espérance, la pitié, la terreur, étant soutenues, 9 graduées et variées, sans un seul moment de relâche, de* )) puis le premier vers jusqu'à la dernière scène. Il ne dit n rien du style : c'est celui de Racine dans toute sa perfecn tion. »
1 Mais tout dort , et Parmée , et les vents , et Neptune.
L. H. Tout ce début est pris de l'Iphigénie d'Eoripide ; mais Ce seul vers vaut mieux que tout ce que le poèic fran-
4^» ETUPïiS
çais a jnsqa'ici imité da grec; et remarques que Racine a ^ofngé et einbelU tout ce qti*il imitait..,. Da reste , il y a tant mis du sien qu*on peut dire que le fond n'était qu'on canevas grossier qu'il a brodé d'or «si de perles.
Quel vers que celui qui réunit le silence de l'armée, des vents et de Neptune! Quelle élégance dans tout ce qui précède ! Quel intérêt dans ces vers que personne q*« oubliés!
Heureux qui, satisfait de loa haroble fortune ^
Lihre du joug superbe oÀ je suis ailaché ,
Vit dans Pétat obscur o& les Dieux l^ont cacHé t
On voit déjà combien de beautés sont rassemblées dans» début de Racine. Actuellement que nous en sommes à ses cheL-d*œ'uvre , je dois répéter qû^un Commentaire où Ton vourirait tout remarquer dans cet esprit serait sans fin : c'est une étude d'artiste ^ et dont même très-peu d'artistes seraient a portée de profiter. Mais, en général , Pesprit des lecteois n'a besoin, en ce genre , que d'être averti et de s'exercer suivant ies forces, et ne doit eu aucun cas être rassasié.
9 Tous oes niîUe vaisieaus qui , «barges de vingt Eoîa , JN'at^ndeat que les vents pour partir sous voa lois ?
L«Rac. Quelle image présente ce seul mot ohargèil II semble que les Rois posent tant qu'U n'en faut que vingt panr diarger mille vaisseaux*
Xi. H. C'est » je crois , \à seule fois qu'on a mis le mot èùui ftuec un nombre détermilié. Je ne connais point de oonstmo* tion plus originale et plus hardiment créée, et cette nouveauté dans le langage se dérobe sous l'extrême vérité du sentiment qui a suggéré l'expression. Quelle place tiennent dioi ce vers, eorame dans l'imagination, ces milh vaiee€muxi Grâces au mot eonSf il y en a bien plus do mille* ' {O^ M. Geoffroy, qui em^>rHiiie eelte remarque à Bi. dé Laharpe sans on rien dire , observe que celle de Louis Raclai est futile et aussi mal e^rita^e. çu'eUe est fawsfi* H pouvait UB^èrae dire qu'exprimée dç la sorte , elle est vni' meut buirlesquc^. AJai^ (die vi^f^ij^^ point que ce mot
chargés nesoit toa)ntirs trèft-eipressif , ei ne fasse infiftgîner tatôur deces vingt Rois des troupes innombrables. On sait assez qœ des Rois ne vont jamais seuls , snrtont des R^ls lignés ensenaUe et partant pour une expédition : on ne sait pat moins que vingt Rois ne pourraient jamais par eux-mêmes , quelque peMms ijn'ils fassent, charger, qud pas mHU itais" seaux, msnis vingf ^ maisif/» s0uL
3 pu'«9t-Qe ^'qq voua é«ril 7 Daifnez m'tm avariir^
L^ H. L'impropriété An terme est iei beaucoup plu» miir'^ quée qvc dans ce vers qui a été noté dftas Bajat^t .* Osfnità étais mal areni^ Cest la mdme Aiule, et plus graire en» oore. Daignssi me l'apprendre ^ m'e^ iasiruiret m'en informer^ c*était-là la phrase absolument nécessMre. Mais ce mot avertir est la seule tache de cette a«én« si riche ei| beautés de tonte espèce, et qui yaut mieux que plusieurs tragëdiet médiocres.
^Z^ ^* GedfFrby» moins sévère ici que M. de Laharpe» accorde aux poètes la liberté d^employei» «r^f^Vdans le seh^ ^informer, àHinssruire. Mais pourquoi les mpU^ anraientils dans la poésie un autre sens que dans la prose? M» Geqfffoy, d'ailleurs, Fail-il bien autorité en fait de poésie, ou même en fuit de langue ? Avertir était si peu le mot propre, que celui qui demande à connaître , sait très-bien qu^il ne l'agh de rien qui intéresse , tui persoânetlement.
4 Le vent qui nous flattait, noos laissa dans le port. Il fallut s'aerréa«f, at la MUia inafftle Ff âgaa taiwioMiit «na mmr inmobilt*
L. B. Peut-on peindre plus heureusement les efferts inutiles qu'on fait pour s'éloigner du rivage? lié vblqx fatiguer est une expression très-poétique. Ce vers rappelle celui de Virgile:
OlU remigio noctemqtœ Jienique Jhti^arU.
L. H. \jà fatigant de Virgile était 4ij(ne d*éire adqpié par iElacine ; mais une mer imt^obile n'est ^'à Ini^ fjt combien il ajoute Ji^o^T^ivirr/
46q ETUDES
({^^ Comment la rame fatigue-C-elle la mer qui reste iiAr mobile? Louis Racine rëpond ainsi à cette question qu*il se fait lui-même : « La mer prête h porter ces vaisseaux, n'étant » point secouru^ par les vents, la rame qui la frappe inutile- »ment, semble lafati^^er.
5 Quelle fut ma réponse , et qnel de?iii»-je , Arets ? G. F. On dirait aujourd'hui : Çue devins-je ?
2^^ Oui ; mab il y a bien des cas où ^uel et quelle valent ^nieux , ce me semble , et où ils ne pourraient roênie être parfaitement remplacés pour le niême sens* Par exemple , ces vers ^Athalie , où Ton dit du jeune Joas :
Yoiu ne savèi encor de quel père il est né , Quitl il est
ces vers de La Fontaine ^ Fable des Femmes et du Secret:
Vous moqaes-TOiu , dit-elle. Ah ! yons ne saves guère Quelle je sais
ce vers do-la Henriade , Chant II :
Vous tte demanderes quelle était Mfédicis. . • •
Çueli/êst, c'est-à-dire I quelle sorte d* enfant; quelle je suis 9 fuelle était Médicis , c'est-à-dire , quelle femme , on quelle sorte de femme. Or, est-ce bien là ce que signifieraient , qui il est^ qui je suis , qui était Médicis f oa ce qu'il est 9 ce que je suis , ce qu* était Médicis ?
6 U me représenta l'honneur et la patrie ,
Toat ce peuple , ces Rois^ à mes ordres soumis. Et l'Empire d^Asie à la Grèce promis : De quel front, immolant tout Pétat k ma fille , Roi sans gloire, j'irais vieillir dans ma famille*
L* Rac. Il est si naturel de sous*entendre , et il me demanda, avant de quel front, qu* on ne s'aperçoit pas qut cette construction n'est pas suivie.