‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 53 sur 76 · Acte IV^ Scène Fl · texte numérisé non relu

Acte IV^ Scène Fl

DE LA LANGUITPEaNÇAISE* 8o5

M^xM OJ& Dé dit {]» \90u/fd à ^uelifU*Hn* Sourd à Cmlcha* e»t donc une ellipse hftrdie^j^^ur dire 90ùrd\à tu voix 4à C^^lc/iasn Ces figurei aniia«al la poëtîie*

^i^^ M. Gatiel dit^daiM son Dictionaairé i que ceit^ sot I0 d*ellipse ne serait pas admi&e eo prose« MaU du moius oà conviendra qu'elle est asses coimnune en poësie « pour qu'otli ne doive pas. i 7 refarder coftiaie trèft-har4|ie« Dans quel poète f en effet , n'ei^ trouv^rait-Hin pas das ekemplea 7 hk^ lière^ Ùèpii amoureux , Acte V, Scàiu» dernière:

ifû pr^i6iid« q«'4a toit àoét^Ie é iomê iiamoifemmr^

J.-B. Rousseau » Ode première du Livrtf IV*' ! '

Ils savent qi)« U j ustioe ^ Sourde aux vaine* pa^ion^** • •

Vul taire, Brutus , Acte II, Scène III:

Vos loix sont tos tyrans : leur barbare rigueur , .

t)evieDt souirde au mérita ^ au sang-, à lafavei^r.

56 6éj2i Priant p&lit ; déjk Troie en alasmes

Redoate mon b&cher, et frémit de vos larmes. AUh ; et dafts seâ mtors Vides de citoyens*, ' ï'aitet pleurer ma mort au«t«uVèS des TroyetiÉ. 1

L.Hac. Quelle image I Dans Troie, vide de citoyens, \^s veuves pldufemnt > n^a pas la tnort de levrs matiê j lAàis celle dTphigënie.

L. B« Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens. Os verl ireufetine ttne p^tisé^ plus lihé bt plus ingéûrêûS6 que grande; ihaiÀ il h'e i6st pas moins beau.

L. H. Cette pensdô n'est point^/»<^i ëlte est parfaitement antique. Vous là rrouveroï datls Homère, dans Virgile, dans Horace, partout^ Mais Ratine ne doit qu'à lui cet bci^olisme attendrissant qiai » dàas son Iphigénie , vontmste si bien avec Thëroïsme ifn])«éitiecix et lerfbte dtt fef Achill^ :

6i je a*èi pas v^ la càiapagne d*Ae bille» . . J*espère ^ue ^a moins un he«rc;iix a?eQir A vos faits immorteb joindra mon souvenir , Et qa*un jour mon trépas, source de votre gloire. Ouvrira le récit d'nne tX belle hSstdire.

5o6 ETUDES

L'ëlëgaace «t le .nombre ne peaTenl aller plus loin; et coipbieii ils ajoutent encore à ^ mt^rèt I

^^^ Est-ce bien la mort même d'Iphîgénie, comme le veut Louis Racine > et comme Luneau et Lafaarpe semblent l'avoir entendu, que pleurei^nt les veuves désolées des Trojens? NVst-ce pas plot6t la mort deleurà maris <{a*aura comme entrateée celle d'Iphigéhie ? H me semble <iue ce clemier seos a beaucoup plus de rapport avec ce qui précède : Déjà Troie en alarmes redoaie mon bûcher^ et frémit de "VOS larmes : ( des larmes d*Acliille^ larmes qui anaoncent sa fureur et sa vengeance )i •

57 Et qui de ma faveur se voudrait honorer,

Si mon bjriftM prochain *ne peut vont assurer?

G. F. Ne peut vous assurer, pour ne peut assurer votre vie, est une façon de parler sans justesise, sans élégance, et qui choque à-Ia-foîs la Grammaire et le guût.

{^^ Assurer se disait alors pour mettre en assurance, mettre hors de péril, ainsi que pour rassurer. Mais il a perdu» depuis» ces différentes siguifications. VoirTarticle d* Estimer sur le vers :

O bonté qui m'assare autant qn^elle m'honore !

58 Mourrai- je tant de fois sans sortir de, la vie?

, . L* Rac. Ce vers parait partir naturellement de la passion ; cependant si Clytemnestre disait» mourrai-je tant de fois sans mourir,on serait choqué d*enteodre dans un moment si triste » un jeu de mots i si même le poète, lui faisait dire es qu'il a fait dire à Jocaste dans sa première pièce :

Me feroni*iU souffrir tant de cmels trépna, 3aQ$ jamais an toibbean préoipi^r mes pas ?

ces deux vers fixaient ici un très^niauvais effet» Clyiem* nestre paraîtrait chercher Pespkit» et elle né parait pas le chercher quand elle dit :

Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?

Cest rexpressioDMule qui fait cette ^fërence. SanssorUr dé la 'Vie fait entendre que, par mourrai^je^ elle entend^ la douleur me conduira- 1^ elle si sou9eni aux portes dé la mort, etc. Dans les poètes italiens et espagnols, on tronve plusieurs coneeiii sur cette pensëe qui est pourtant si simple , pourvu qu'elle soit exprîmëe naturellement, que M. de Thou finit les vers que, le jour de sa mort, il fit sur ses souffrances, en disant, la vie ne vaut pas que pour elle oa meure tant de fois :

Née vita ianti est , iandià ut vitras, morL

5g O moDStr* qae Mégère en Bts flancs a porté! MoQstre que dans nos bras les enfers ont jeté I Quoi 1 tu ne moarras point ! etc. , eljD. , eto.

L« R. Toutes les passions parlent ici : la colère, la rage , le désespoir, et la tendresse maternel le.... Dans ce morceau de poésie, quelle variété de senti mens I quelle force d'expression I que d'images , et que de figures I Cette répétition du mot monstre , ces apostrophes à Éripbile , à la mer,jia soleil « au ciel, à elle-même, aux sacrificateurs; ces images d'an monstre sorti des enfers, de la mer ouvrant ses abîmes, du port qui vomit la flotte des Grecs, du soleil qui recule, d'Iphigénie, qui, la tète couronnée de festons, tend la gorge aux couteaux , d\^ tonnerre qu'elle croit entendre..'.* Toutes les beautés de la poésie la plus grande sont rassemblées dans ces vingt vers ; parce qu'ils contiennent une peinture des plus violens mouvemens de la nature.

tfo De ce speetaele affreux votro fille alarmée

Vo^it podr efle Aehille, et contre elle Tarmée; Maifr, quoique seul pour elle , Achille furieux

£pou?antait i*armée, et partageait les Dieux.

L. Rac. Quelle différence entre une iiuaginalion sage et celle qni ne l'est pas? Quand Lucain veut louer Caton, il le met seul d'un côté, et de l'autre tous les Dieux. Ici le poète , aana paraître vouloir dite de grandes choses ^ donne en un

5o» ETUDES

Ters la plus grande ïié^ ^'pq puiiae daiia«f d'un gnêmer. Toute l'armée est contre Ipbigéoie, et son u>n est dootem tant qu'Achille est pou^ elle ; les l^iwis méuief sont parisgv. Uinia^e est grande. sans enRnre*

L« H# Voilà le deruier coup de piacean qui achève œbeaa tableau dis l'Aphilie français» moàM sur TAchille gref. Hoipère et Corneille n'pnt rien de plus grand que ces tpoii derniers vers , pour la pensée et pour l'asjjressian.

{^3$^ Partager, dans le sens où il est ici» c*est-à-c1iiip , dans le sens de séparer en deux partjs opposés , ne prend ordinairement pour sujet qu'un nom de chose ; Celle yr/erelle va pàrêager lonte la Cour : Ceiie ifuestion a par-^ lagè loiilâ r école* Mais avec un nom de personne pour sa jet, îl est d'autant plus heûreusemenf hardi, qoe , par la nnlart de son régime , il pe saurait être équivoque^ A< hille laimême ne peut parlaget autrement les Dieux qu'en donnant lieu à ce qu'ils se déclaiteat «t se proaonoent plus ou moiiis f0rtçjQ9enl pour ou contre.

<Ji Entre les deux partis Calchas ' s*est avancé ,

L*CBii faroushe , l'air sombre y et le poil bérissc.

L. IUc« On dit dans la conversation poil pour chê$efUi\ il a le poil grisçn. Soit qu'où prenne ici ce mot pour bei cheveux ou ppur la barbe , il fait quelque ppiiie eu vers*

L. H. S lus la réunion de œs traits ^ X qiil/arouehe , /'^V nombre, et ce mol pittoresque hèris^^ ç\}xi finit le vers, la mot poil désagréable en vers j^ n'ai|r«|iit pu passer : il p^isis ici connue faisaut partie d'un tableau d'effroi.

6a Le ciel brille d'éclairs ^ s'cntr'onvre « at« parmi nùios, 'Jette une sainie horreur qui nous faisqre toi^«

L« H. Celte sainle horreur fui rassure est Tespressioo singulièrement lieureuse d'un seutimeut reUgteuit » et setuble n'avoir pu èire trouvée que par un poète aussi chrétien qve Racine.

S^ Racine était sans dqute un |»oèt« ttia^chrétieB j maii

DE LA LANQUE FRANÇAISE. Sp^

Iteiireusement il en a fourni d*autres preuves que ce vers. SaiiUB horrenr » été consacré de lo«i& lemj^ à esprifiMr fia saisissement de crainte ou de respect qui prend à la vue de certains lieux, ou de oertara» objets. Qui nous rassure aaltdela circonstance même» puisque tout annonce quels ciel est apaisé et qu'il devient pra|>ice. Peut-être pourraiton demander comment une sainse horreur rassure ? Ce a^est.pftsp^r 6ll#*iiitmj9 « J9 peusQ, mais par la confiano^ qui s^j faini néoecA^tireiueut d'après tous ces signes aussi heureux qu'imposans qui Tiaspirent* Boileau aussi a dil /tf eainie horreur ^ mais dans iin autre sens : c*est pour signifier les augustes et profonds mystères des Livres saints*

D'après eela^ dociear, «a pAlîr aar k BiUa ; Va marquer les 4aMiU de eatw ttm toniJ^S $ Pexea la asAilé herremr ée m llvta ^ki.

5,o ÉTUDES

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